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Full text of "Dictionnaire des sciences médicales"

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A gift of 

Associated 

Médical Services Inc. 

and the 

Hannah Institute 

for the 

History of Medicine 









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DICTIONAIRE 

DES SCIENCES MÉDICALES, 

PAR UNE SOCIÉTÉ 
DE MÉDECINS ET DE CHIRURGIENS : 

MM. ADELON, ALIBERT, BARBIER, BàYLE , BÉGIN , BeRARD , BlETT, 
BoYER , BRESCBJiT , BRICHETEAU , C ADET DE GASSICOURT , ChAMBERET , 
ChAUMETON , CHAU5SIER , Cl-OQUET , CûSTE, CULLERIER , CuVIER , De 

Lens , Delpech , Deli-it , Demours , De Villiers , Dubois , Esquirol , 
Flamant, Fodéré, Fournier, Friedlander , Gall , Gardien, 

GuERSENT , GuiLLlÉ , HALLE, HÉBREARD , IIeURTELOUP, HuSSON, ItARD, 
JoURDAN, KEB AUDREN , LARREY , LAURENT , L.EGAI.LOIS , LERMINIER, 
LoISELEUR-DeSLONGCIïAMFS, LoUYER-WlLLERMAY, MARC, MAB JOLIN, 

Marquis, Maygrier, Mérat, Montcfalcon, Montegre, Murât, 
NAcnET , Nacquart , Orfila , Pariset , Pâtissier, Pelletan, 
Percy, Petit, Pinel, Piorry , Renauldin , Reydellet, Ribes , 

RlCHERAND, ROUX, RoYER-CoLLARD , RlJLLIER, SaVARY , SÉDILLOT, 
Sl'URZHEIM , ThiLLAYE fils, TûLLARD , ToURJDES , VàIDY , VILLE- 
NEUVE, YlLLERMÉ, VlREY. 

RACI-RESO 




PARIS, 

C. L, F. PANCKOUCKE, ÉDITEUR 

3\UE DES POITEVINS, N°. l/\. 
X820. 



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DICTIONAIRE 

DES 

SCIENCES MÉDICALES. 

11 A C 

KACINE, s. f., radix. Oa donne ce nom à la partie ia 
plus inférieure des plantes, ordinairement place'edans la terre, 
et qui sert à extraire les sucs nécessaires à leur nutrition. Dans 
l'organisme animal, on donne aussi ce nom h des parties aux- 
quelles on accorde le même usage; c'est ainsi qu'on dit les ra- 
cines des dents, les racines des nerfs, des cheveux , du pou- 
mon, pour désigner l'origine de ces organes ( Voyez dent, 
m:rf, etc.). On dit aussi couper le mal dans sa racine, pour 
dire qu'on en détruit la source. 

La thérapeutique emploie un grand nombre de racines z 
telles sont celles d'acorus, d'angélique, d'aristoloche, d'au- 
née , de chiendent, de contrayerva, de curcuma , de galanga , 
<le gentiane, de guimauve, d'hermodactes , de jalap, d'ipéca- 
cuanha, de méchoacan, de nard, de pyrèthre, de ratanhia, 
de rhubarbe , de salsepareille , de serpentaire , de squinc, de 
turbith , de zédoaire, etc. Voyez tous ces mots pour les détails 
concernant chacun des végétaux d'où proviennent ces racines. 

11 y a quelques racines qui portent des noms collectifs. 
C'est ainsi qu'on désigne sous le nom de cinq racines apéritives, 
celles de petit houx, d'asperge, de fenouil, de persil et 
d'ache {Voyez ces mots). 11 y a un sirop officinal, dans les 
Pharmacopées, qui porte le même nom, et dans lequel ou 
fait entrer ces racines. 

On récolte les racines pour l'usage au commencement de 
l'automne , pour les plantes annuelles ; celles des plantes vi- 
vaces peuvent se recueillir en tout temps; il faut les choisir 
bien nourries, saines, entières; on les néloye des substances 
étrangères qui y adhèrent, et on les met sécher au soleil ou à 
la chaleur douce d'une étuve, si on veut les conserver; si 
elles souttrop grosses, on les coupe par tranches, pour que la 
dessiccation en soit plus facile; on sèche rapidement les racines 
qui contiennent beaucoup d'eau de végétation. Les racines aro- 
juatuiues ne doiveut être desséchées, au contraire, qu'à un 
47. 1 



2 RAG 

feu extrêmement doux. On doit visiter souvent les racines 
sèches, pour voir si elles ne moisissent p«s, ou si les vers ne 
les attaquent pas; daus le premier cas, on les expose de nou- 
veau à l'etuve; dans le second , ou pourrait les placer dans uti 
four très-chaud , qui tuerait ces animaux sans nuire à la subs- 
tance de la racine, surtout si elle n'est pas aromatique. 

Les racines résineuses conservent ce principe, malgré la 
présence des vers qui paraissent ne détruire que le ligneux ; 
de sorte que , sous le même poids , elles sont plus actives. 

Dans les racines ligneuses , il n'y a souvent que l'écorce 
qui renferme les principes médicamenteux; c'est ce que l'on 
voit dans l'ipécacuanha , la ratanhia, etc., où le bois, ou 
meditullium , est à peu près inerte. 

On désigne quelquefois sous le nom générique de racines - 
la racine des piaules potagères, comme la carotte, le navet ? 
le panais , etc. (f.v. m. ) 

r\cine de disette. On désigne sous ce nom une variété 
de betterave dont la racine prend un grand accroissement ? 
jusqu'à devenir de la grosseur de la cuisse, et qui a été pré- 
conisée par quelques agronomes , comme pouvant fournir unt 
nourriture abondante à toute espèce do bétail cl même aux hom- 
mes. Voyez betterave , vol. il i , pag. Ç)5. (l. DESLOJVGCHAMPS) 

racine de jean de lopez , s. f. , lopeziana radix , pharma- 
cie : c'est le nom sous lequel on désigne en matière médicale 
une racine ou un bois dont on ne connaît pas l'arbre. Jean 
Lopez Pigneiro, né à Campo-Maïor , dans l'Alenlejo, décou- 
vrit ce végétal qui croît dans le Zanguebar, en Afrique, et 
dans les régions de Mangaîo et d' Angos, sur les bords du fleuve 
Cuania qui arrose ces différons pays. Suivanl Gaubius , ou ne 
connaît pas exactement le lieu où naît celte plante. Un de ses 
amis lui a assuré qu'elle croissait à Goa, d'où on en apporte 
les racines aux îles Malaca , et de ces îles a Batavia , pour les 
y vendre. Un autre lui a écrit qu'elle croissait a Malaca même, 
et qu'elle parvenait par la voie du commerce, soit à Goa chez 
les Portugais , soit au comptoir de la compagnie des Indes 
hollandaises. Redi esl le premier auteur qui ait parlé de cette 
substance médicale dans un ouvrage où il en donne une assez 
bonne figure {Francis ci Redi, nobilis aretini,opuscidoruinpars 
secunda , sive expérimenta circa varias res nalnrales quee ex 
Jndid ajf'eruntur, in-ia, Lugd. Jiatav., 1792 ). Ce qu'il rap- 
porte, d'après d'autres, sur les feuilles, les fleurs ei les semences 
de cet arbre, ne peut guère donner de notions bien précises ; 
M. de Jussicu soupçonne pourlanlqu'il est voisin du genre zan- 
tkoxyhun, <t il appartiendrait par conséquent à la famille des 
térébinthacces. 

Celte racine est dans le commerce en morceaux d'un assez 
gros Yolumc Celui que j'ai eu l'occasion d'examiner avait 



RAC 3 

deux à trois pouces de diamètre, et il y en a quelquefois de huit 
à neuf pouces de long. Il présentait un bois d'un blanc jaunâtre, 
compacte, veiné, assez analogue au buis , sans odeur, et d'une 
saveur légèrement amère; l'écorce était assezépaisse et formait 
deux couches bien distinctes : l'interne qui adhérait au bois 
était rougeatre et ressemblait à toutes les écorces ; l'exiérieure 
était formée par une substance pulvérulente douce au loucher, 
grenue, comme byssoïde , d'un jaune clair. On peut la com- 
parer à la matière rougeâlre, pulvérulente, de couleur ferru- 
gineuse, qui recouvre la fausse angustu>e, ci il est a croire que 
ces deux substances ont la même origine, et qu'elles sont dues 
chacune à une espèce de lichen différent; mais toutes deux 
du genre lepra. M. le docteur Andry qui a donné un très bon 
mémoire sur la racine qui nous occupe, dit que son tronc est 
couvert de petits aiguillons disséminés le plus souveut trois a 
trois, mais irrégulièrement, ce que je n'ai point rencontré sur 
l'échantillon soumis à mon examen. Quoi qu'il en soit, la pré- 
sence d'une poussière compacte et presque citrine sur l'écorce 
fera distinguer celte substance médicale parmi toutes celles 
qu'emploie l'art de guérir. 

Lorsqu'on mâche l'écorce secondaire de la racine de Jean de 
Lopez, elle développe une amertume très-considérable, mêlée 
d'un peu d'astriction ; l'amertume du bois se montre égale- 
ment par l'infusion qu'on x en fait, au point qu'une once eu 
poudre dans une chopiue d'eau, réduite à moitié, est d'une 
amertume considérable. 

Les premières vertus que l'on a attribuées a celte racine étaient 
de guérir les morsures et piqûres des animaux venimeux , les 
plaies, ainsi que les lièvres tierces et quartes. Don Curvo de 
Semmedo dit que sa décoction eu gargarisme apaise la dou- 
leur de dents; qu'employée à l'extérieur en forme de Jini- 
ment, eu la mêlant avec du vin, elle guérit les douleurs de 
côté ; et que prise en poudre dans de l'eau , elle guérit les en- 
gorgemens des viscères et les obstructions de l'estomac 

La principale vertu de la racine de Jean Lopez est d'être as- 
tringenie; elle a réussi dans plusieurs diarrhées rebelles à Gau- 
bius,qui est le premier qui l'ail employée sous ce point de vue, 
dès 1769, comme on le voit surtout par le mémoire qui! pu- 
blia sur cette racine en 177 1 , et qui fut réimprime en 1779 
( Adversarioruni liber unus ). Ce célèbre praticien compare son 
action à celle du simarouba , et assure qu'elle lui e>t préfé- 
rable sous bien des rapports , étant moins amère , et ne cau- 
sant point de sueurs ni de vomissemens. Plusieurs autres mé- 
decins hollandais, comme Monçhy, Palyn , Boudewyusen , 
ont confirmé par leur expérience ceile de Gaubius, notam- 
ment son utilité dans la dianhéc des pulhisiques. Les obser- 

1. 



4 KAG 

valions rapportées par ces auteurs sur le succès de cette racine 
dans les diarrhées laissent pourtant à désire* des détails sur la 
cause de la plupart de ces dévoiemens, et surtout sur l'état du 
canal inlesliual. A Paris, ditM. Andry dans le mémoire cité, 
et que nous transcrivons souvent presque textuellement, cette 
racine a été employée avec succès soit en substance, soit en 
décoction, tant en boisson qu'en lavement, soit en teinture, 
avec le viu ou une eau distillée édulcorée avec du sucre ou du 
sirop de guimauve, ou dans la décoction même de la racine ; 
il rapporte deux observations qui lui sont propres où les suc- 
cès furent évidens , au moins pour Tune d'elles. Sanchez a 
également employé avec succès cette racine contre les diar- 
rhées. 

Il résulte des observations des médecins cités que la racine 
de Jean de Lopez est le plus puissant des antidiarrhéiques que 
possède la matière médicale. Il faut cependant faire attention 
que ce médicament, paraissant agir par sa qualité tonique, ne 
conviendrait pas dans un état inflammatoire de l'intestin , nf 
dans les flux diarrhéiques avec une irritation très-marquée , 
comme Alvarès, médecin espagnol , l'avait déjà entrevu, au 
rapport de Sanchez. Il ne convient bien que lorsque les éva- 
cuations alvines sont dues à l'atonie du canal intestinal et à la 
faiblesse des parties. Il est probable même qu'il ne borne pas 
son aslringence à modérer les flux intestinaux , mais qu'il agi- 
rait aussi sur les écoulemens des autres parties du corps hu- 
main, comme sur les -hémorragies passives, les jleurs blan- 
ches, etc. , à la manière de la ralanhia , de la racine de Co- 
lombo , etc. 

Ce médicament est donc du nombre des plus précieux que 
possède la matière médicale. Il est fâcheux que sa grande ra- 
reté eu rende l'emploi nul. Dans ce moment les droguistes de 
Paris n'eu possèdent pas , il n'y en a que dans quelques dro- 
guiers. Les dernières quantités vendues par le commerce 
l'ont été à raison de soixante francs l'once. 

La dose de cette racine en poudre, en sirop, en opiat ou 
eu pilule , est de quinze à trente grains pendant trois ou quatre 
jours. S'il n'y a pas de lièvre , que l'estomac soit sans irrita- 
lion, on peut administrer sa teinture ( JVlurray, App. med. , 
lom. vi , pag. 164 )• 

josse , Analyse de la racine tic Jean Lopez. 

Elle est insérée dans le tome J 1 1 des JMémoircs de la société royale de. 
médecine y p. 'x\Q. 

Celte analyse aurait besoin d'être répétée, car elle est sans résultat évi- 
dent, ce qui nous a empêché d'en parler. 
A.MDRY, Notice sur la racine de Jean Lopez, ou tatuleiva y et sur ses venus 
( Bulletin de La société de la faculté de médecine île Paris , t. v , p. 117). 
(*<- savant pralicieu a réuni dans oc mémoire, ayee son érudition ouU- 



RA.C S 

«aire, font ce qui est relatif à cette précieuse racine : notre article n'en est 
guère qu'un extrait. (mkrat) 

RACINE-VIERGE. Voyez HERBE AUX FEMMES BATTUES, Vol. XXI r 
pag. 4°. ( L> DESLONCCHAMPS) 

RA.CLOÏRE , s. f. , instrument fait en baleine , et avec le- 
quel on ôte tous les matins le limon qui se trouve sur la langue. 
On sait que par le seul repos , ou par suite d'un état patho- 
logique , la langue se recouvre d'un enduit blanchâtre ou jau- 
nâtre , d'un goût fade , qui épaissit la langue , rend la sapidité 
plus obluse, et offre quelquefois une odeur désagréable. 
11 y a des individus chez lesquels cet état de la langue est 
bien plus prononcé que chez d'autres, par suite d'une idiosyn- 
crasie particulière , dont la source est difficile à trouver. Cli- 
que matin , ces personnes , qui sont, en général, de gros man- 
geurs , replets , pleins de sucs, sont obligés d'ôter un limon 
épais et fade qui récouvre leur langue , surtout vers la base et 
au milieu , sans quoi ils ne dégusteraient qu'imparfaitement 
leurs alimens , et resteraient presque sans sapidité. 

Cette couche est certainement analogue aux mucosités 
qu'exhalent les membranes muqueuses ; seulement elle est plus 
abondante à la face supérieure de la langue, et est presque 
concrète par la disposition anatomique des parties. La saburre 
linguale n'indique pas constamment celle de l'estomac, comme 
on le dit dans les livres, car souvent celui-ci est sans muco- 
sité surabondante, tandis que la langue est épaisse et revêtue 
d'une couche albumiueuse marquée , fait dont je me suis as- 
suré bien des fois à l'ouverture des cadavres. La surabon- 
dance muqueuse de la langue indique , en général , l'atonie du 
système muqueux et le besoin des excitans et des toniques, 
parfois des vomitifs et des purgatifs qui sont, comme on sait , 
des excitans. 

Lorsqu'on veut nétoyer la langue, on se sert d'une ba- 
guette flexible en acier, en baleine, ou en écaille, longue de 
six à huit pouces , avec une oreille ou manche à chaque ex- 
trémité pour pouvoir la tenir , ou percée pour y placer les 
doigts. Comme la langue fait à la base une dépression moyenne, 
on configurera la lame de la racîoire en saillie au inilieuet en 
dessus, avec deux enfoncemens à côté, afin de répondre à 
la structure de cet organe. Pour s'en servir, on joint les» 
deux extrémités de la lacloire qu'on serre avec le pouce et l'in- 
dicateur , et ou porte la convexité à la base de la langue qui 
est toujours plus sale que le reste j on la reprend avec les deux 
mains pour nétoj r er la partie antérieure , en allant cl venant 
plusieurs fois de suite. 

Il y a des personnes chez lesquelles les matières qui couvrent 
îa langue sont tellement adhérentes , qu'on ne parvient que 



6 EAU 

difficilement à les enlever au moyen de la racloire. On se sert 
alors d'une autre espèce de racloire qu'on appelle gmttd-lan- 
guc,el qui est faite comme un râteau sans dents, avec lequel on 
ratisse à plusieurs reprises la surface de cette partie de la bou- 
che. Ces diiférens inslrumcns se trouvent chez les tableliers. 

(F. V. M.) 

RACLURE, s. f. , rctsura : parties de certaines substances 
cornées ou osseuses, qu'on obtient en les détachant avec un 
instrument coupant. Telles sont les raclures de corne decerf , 
de pieds d'élan \ d'ivoire, etc. On les nomme plus volontiers 
j'apure, quoique ce ne soit pas tout à fait la même chose. 
Voyez, RAPUBE. (F. v. m.) 

KADESYGE , radsygé, radsygin, s. m. , suivant les uns, 
f. suivant les autres. Ce mot veut dire dans la langue du pa*ys 
maladie de mauvais caractère. C'est le nom que les médecins 
du Nord , et spécialement ceux, de Norwège, ont donné à une 
affection de la peau , particulière à leur contrée, et qui parait 
n'être autre chose qu'une espèce de lèpre ou éléphanliasis : 
aussi est-ce sous ce rapport qu'ils l'ont tous envisagée, et c'est 
à lort que quelques médecins n'ont vu dans cette maladie 
qu'une dégénérescence de la maladie vénérienne. L'auteur de 
l'article lèpre, n'ayant fait qu'indiquer cette affection, et 
renvoyant pour de plus amples détails au mot radésy ge , je 
vais en donner une histoire analytique prise en grande partie 
dans les ouvrages des auteurs du Nord, les seuls qui l'aient 
bieu observée et bien décrite , mais "surtout dans la monogra- 
phie de Pftffercorn, publiée en 1797, et que le docteur Dcmun- 
geon a fait connaître. 

Dcbitt du radésyge. C'est toujours dans les temps froids , 
humides et nébuleux , qu'il commence par une fièvre rémit- 
tente catarrhaïe assez légère; le pouls est lent, il y a du dé- 
goût , de la faiblesse, de l'indolence. Les malades ne font au- 
cune attention à ces symptômes : bientôt la fièvre augmente , 
il y a des rcdoublemens le soir, il survient dans les sinus 
frontaux une douleur gravative , que les malades désignent 
sous le nom de sprengsel , et (jui devient le signe caractéristi- 
que de la maladie. Les membres ressentent des douleurs va' 
gués , les articulations sont roides , une sueur chaude et onc- 
tueuse qui survient quelquefois soulage momentanément le 
malade. Le visage est rouge, la céphalalgie intense; les nari- 
nes enflées, surtout chez les individus qui font usage du tabac 
du Nord , donnent issue à une matière corrosive qui brûle Ja 
peau; la respiration devient pénible, l'haleine est fétide , l'o- 
dorat se perd ; quelquefois il y a enrouement , gonflement des 
amygdales, relâchement de la luette, dysphagie , plyalisme; 
la peau du Iront paraît rOoge, luisante; elle est onctueuse eu* 



RAD 7 

toucher; le pouls devient mou et plus fre'quent ; le sang tiré 
des veines se couvre d'une couenne bleuâtre assez tenace. Telle 
est à peu de chose près la série des symptômes qui se déve- 
loppent au moment ou peu de temps après le début de la ma- 
ladie, et qui constitue la première période. Alors, quoique 
peu intense encore, l'affection est bien caractérisée, tous 
les symptômes qui se développeront dans les périodes suivan- 
tes , et qui ne sont dans quelques cas que la confirmation des 
précédens , ne feront qu'ajouter un degié de giavité déplus à 
la maladie, sans rendre son diagnostic plus certain. 

Aux. signes qui caractérisent la première période s'en joi- 
gnent de nouveaux qui forment la seconde période. Ces signes 
sont : la cachexie, la boutfîsSure du visage qui devient rouge 
foncé pendant le temps de la chaleur , et rouge bleuâtre pen- 
dant le froid , la pâleur jaunâtre de la peau , l'enllure œdé- 
mateuse des jambes qui sont cependant encore assez dures au 
toucher, et qui prennent plus difficilement l'empreinte du 
doigt que dans le véritable œdème. Les extrémités inférieures 
sont quelquefois froides et insensibles , et les malades éprou- 
vent un sentiment de fourmillement quand on les réchauffe. 
La menstruation devient d'abord douloureuse , puis elle di- 
minue , et enfin cesse complètement. C'est ici que se borne la 
seconde période. Jusque là le mal n'est pas encore très-grand, 
l'organisation n'a pas encore été attaquée , le traitement est 
encore tout puissant ; mais il n'en sera plus de même lorsque 
les signes qui vont survenir et qui constituent la troisième pé- 
riode auront paru , l'affection devient alors souvent incurable 7 
et fréquemment mortelle. 

La troisième période commence au moment où la maladie 
attaque d'une manière évidente le tissu de la peau, et donne 
lieu au développement de taches et d'éruptions exa q théma- 
tiques. Elle prend le nom de spécial khed , ce qui veut dire 
ladrerie ou maladie pour l'hôpital : alors elle devient conta- 
gieuse , ce qui oblige à isoler hs malades; mais ce n'est point 
une maladie particulière , comme l'ont cru quelques médecins, 
elle n'est que le dernier degré de la première. C'est à cette épo- 
que que surviennent ces symptômes effraya ns qui rendent ie& 
malades horribles et méconnaissables par l'altération et la dé- 
composition des traits du visage. Des taches rouges , blanches, 
brunes ou d'autre couleur, se montrent isolément ou eu groupes 
sur les membres et le tronc ; leurs bords sont élevés audessus 
de la peau , et le centre déprimé ; ces petites tumeurs se crè- 
vent et se convertissent en ulcères , ou bien ce sont de petites 
taches rouges ou brunes, dures au toucher, qui se dévelop- 
pent d'abord au visage et aux membres , puis sur tout le reste 
du corps. Dans le principe, ce sont de petites lentilles ccait- 



n ràd 

]euscs insensibles, et auxquelles on ne fait nulle attention ; 
accompagnées de démangeaison , elles forment bientôt une 
Croate, qui , par sa chute, laisse la peau dénudée , œuge, hu- 
mide, douloureuse. Petit à petit ces croules se reproduisent , 
et finissent par envahir tout le corps qu'elles défigurent d'une 
manière horrible , eu désorganisant le tissu de la peau. 
D'autres fois , ce sont de petites tumeurs ou verrues qui se 
développent sous là peau , abondent au visage, aux lèvres , au 
palais, et jamais aux mains ; quelquefois ce sont des vésicules 
humides , onctueuses avec une démangeaison insupportable , 
qui cause l'insomnie : elles paraissent d'aboi d aux pieds et aux 
mains , puisse répandent partout. Les malades, en se grat- 
tant, ics irritent; elles s'agrandissent , et bientôt couvrent toute 
3ft surface du corps , en répandant une sanie purulente et- des 
plus fétides ; enfin tous ces symptômes et beaucoup d'autres 
encore qu'il n'est pas possible d'indiquer , en raison des varié- 
tés innombrables de cette maladie , et des formes différentes 
sous lesquelles elle se présente , venant à augmenter , les ma- 
lades ne tardent pas à périr au milieu des plus horribles souf- 
frances qu'il n'est même quelquefois pas possible de soulager. 

On a cherché à établir quelque ressemblance entre cette ma- 
ladie et la lèpre furturacée que Ton observe quelquefois dans 
nos contrées; mais il est plus juste de la regarder comme une 
maladie suigeneris , et capable de revêtir les caractères de tou- 
tes les autres lèpres. Elle appartient essentiellement aux pays 
du. Nord , elle est endémique dans quelques parties de la Suède; 
mais surtout en Norwège. L'âge , le sexe, l'idiosyncrasie, les 
habitudes du corps , le régime, le traitement , les passions , le 
genre de vie tranquille ou laborieux , les lieux , l'origine du 
mal par hérédité , par contagion ou par accident , la compli- 
cation avec d'autres maladies, unelouie de circonstances ap- 
pellent des changemens dans la forme et les progrès de celte 
maladie qui n'épargne personne, mais qui cependant parait 
pins fréquent'', et fait plus de progrès chez les femmes que 
chez les hommes. 

Une particularité digne de remarque' , c'est qu'il y a des in- 
dividus tellement insensibles, qu'on leur enfonce des aiguilles 
dans les parties molles sans qu'ils le. sentent. 

De l'origine et des causes de celte wnlndie. Leradésyge n'est 
produit par la dégénérescence d'aucune maladie, < omrne on 
.l'a prétendu : c'est une véritable lèpre. On l'avait attribuée à 
l'habitude de monter des chevaux galeux qui sont extrême- 
ment frequens dans la Norwège; mais en Dancmarck, où la 
même cause existe, la Maladie est inconnue. La première, la 
seule et véritable cause, est dans le mauvais régime et la mal- 
propreté des Norvégiens. Ces peuple? se noimisstnl de £«é4» 



RAD 

sons à demi-pourris et cuits dans l'eau de la mer. Ils en man- 
gent aussi de sales , fumes et sèches à l'air. Leur pain est fait 
avec un mélange de farine d'avoine, de paille , d'éccrcc de bou- 
leau , d'arêtes de poissons et de leurs œufs moulus , sans avoir 
fait fermenter ni lever la pâle, encore en mangent-ils fort ra- 
rement ; ils y suppléent le plus ordinairement parleurs pois- 
sons sèches a l'air. Comme ils nourrissent leurs pourceaux et 
leurs vaches avec des têtes et des arêtes de poissons , ou des 
entrailles à demi - pourries et de plantes maritimes , ces ani- 
maux sont presque tous atteints de ladrerie , en sorte que le lait 
est mauvais et même puant, le lard huileux, et la viande de 
boucherie très-disposée à la corrilption. Lesinleslins decesam- 
maux sont ordinairement recouverts d'une lymphe fétide et 
comme purulente, les glandes du mésentère sont réunies en 
grains de chapelet plus ou moins gros. Le beurre et le fromage 
qui se font dans le pays sont d'une mauvaise odeur, et le lait 
acre et disposé à la rancidité. En outre, ces peuples ignorent 
l'usage des correctifs, tels que le poivre, la moutarde, le vi- 
naigre , etc ; leur unique boisson est de l'eau croupie sur le 
bord de la mer et une mauvaise eau-dc-vic de grain; leurs 
habitations sont sales, écrasées, n'ayant qu'une pièce, avec 
un foyer sans cheminée, et des fenêtres qui ne s'ouvrent jamais; 
ils s'entassent dans cette chambre pour boire, manger, dor- 
mir , souvent sans lit ;, avec der vètemens mouillés qui sèchent 
sur leurs corps ; leurs habits , leur linqe et leurs lits sont laits 
de mauvaise laine grossière, et tirée d'animaux presque tou- 
jours malades, et imprégnés d'huiic de poissons pour résister à 
l'humidité à laquelle ils sont constamment exposés; ils ne- les 
quittent que lorsqu'ils tombent de vétusté. Telles sont les véri- 
tables causes du radésyge , ce serait vainement qu'onles cher- 
cherait, a» Meurs. 

Pronostic et traitement. Celle maladie est toujours fâcheuse, 
cependant au début , ou peu de temps après , elle est asseî 
simple, et n'entraîne pas encore de grands dangers; mais arri- 
véeà la troisième période , elle devient souvent incurable et 
mortelle. Relativement au traitement , lorsqu'on s'y prendra 
de bonne heure, on réussira presque toujours par la seule at- 
tention d'éloigner les causes connues du mal et de renouveler 
entièrement les habitudes et le régime des malades. Quelques 
tisanes sudorifiques et quelques purgatifs , l'usage de la ciguë , 
desantimoniaux , du mercure, du quinquina, des acides , de 
la bière ont aussi leurs cas d'utilité, et à l'extérieur , les prépa- 
rations de soufre , de mercure, de ciguë , de plomb ; les bains 
sont avantageux. D'après l'observation faite par quelques mé- 
decins que plusieurs individus attaqués de radésvge avaient été 
guéris par la petite vérole , on avait conseillé l'inoculation et 



io RAD 

la vaccination. Les docteurs Heberden et Pfeffercorn ont fait 
usage de l'acide su lfurique : ce dernier dit qu'en employant cet 
acide concentré, à la dose de trois gouttes , d'abord le matin 
et le soir, puis à midi ,- tous les jours, il a vu guérir deux fem- 
mes, l'une de vingt-sept ans , malade depuis sa dix-huitième 
année , et l'autre de vingt-trois ans. Le docteur Mangor a pro- 
pose de traiter leradésyge par une diète sévère, et qui consiste 
dans deux onces de viande maigre bouillie ou rôtie, avec au- 
tant de pain, à midi pour dîner, et la même chose le soir pour 
souper. La boisson pour vingt-quatre heures consiste dans une 
décoction de deux onces de racinede salsepareille ou desquine 
dans cinq livres d'eau commune réduites à moitié. On y joint 
six grains d'extrait de ciguë en pilules à prendre soir etmatin. 
Il est rare, ajoute ce médecin , que la guérison se fasse attendre 
plus de six semaines. Callisen et plusieurs autres médecins 
proscrivent entièrement les répercussifs à l'extérieur comme 
dangereux. Du reste, le traitement de cette maladie se rap- 
proche de celui des autres lèpres {J^oyez ce mot) , et quels 
que soient les moyens auxquels on ait recours, ils ne produi- 
sent aucun effet sans le régime. (retdkllet) 

RADIAL , adj., radialis , de radius , rayon, qui a rapport 
au rayon ou au radius. 

I. Bord radial. C'est le bord externe de l'avant-bras. 

II. Région radiale. C'est ainsi qu'on désigne la partie de 
l'avant-bras qui répond au radius et aux muscles radiaux. 

III. Muscle grand ou premier radial. M. Chaussier l'appelle 
hunier 'o- sus-métacarpien ; Scemmerring, musculus radialis ex- 
ternus longior. Allongé, plus épais en haut qu'en bas, place 
en dehors de l'avant-bras, à côté du long supinateur, ce muscle 
s'insère sur le bord externe de l'humérus et sur l'aponévrose 
qui le sépare du muscle triceps brachial ; il reçoit aussi quel- 
ques fibres du haut de i'épicondyle ; il forme un faisceau d'a- 
bord aplati, puis arroudi , qui se porte directement en bas, 
et qui arrive au tiers supérieur du radius , se termine h un 
tendon d'abord large, mince et occupant son épaisseur, mais 
qui se rétrécit ensuite, prend un peu plus d'épaisseur, s'isole 
des fibres charnues , et descend en côtoyant le radius. Parvenu 
près de son extrémité inférieure, il se détourne en arrière, 
glisse audessous des muscles grand abducteur et petit extenseur 
du pouce, et couvre celui du second radial auquel il est uni 
par du tissu cellulaire ;il s'engage avec ce dernier muscle dans 
une. coulisse particulière, et se termine enfin a l'extrémité su- 
périeure du second métacarpien en s'élargissant un peu. 

Le grand radial est recouvert parle grand supinateur, l'apo- 
névrose de l'avant-bras, le grand abducteur et court exten- 
seur du pouce; il couvre J'atticuUtion hums'ro cubitale, le 



RAD u 

pclit supinateur , le petit radio! et le radius ; la gaine fibreuse 
qui l'assujétit sur l'extrémité inférieure du radius , est atta- 
chée à deux saillies que Tes présente en cet endroit : en fen- 
dant celte gaine, on trouve ces deux tendons embrasses par 
une membrane synoviale. 

Ce muscle étend la main sur l'avant-bras , et celui-ci sur 
la main. 

Muscle petit ou second radial. M. Chaussier l'appelle épi- 
condylo- sus-métacarpien ; Sœmmerring, musculus radialis ex- 
ternus brevior. Absolument semblable au précèdent , derrière 
lequel il est placé, ce muscle prend naissance a la tubérosité 
humorale externe par le tendon commun à la plupart des 
muscles de la région antérieure et superficielle de l'avant-bras ; 
il s'insère aussi à une cloison aponévrotique qui le sépare de 
l'extenseur digital ; il descend dans la même direction que le 
premier radial , dégénère en un tendon de même longueur et 
de même forme qui s'engage dans la même coulisse , et qui 
va s'attachera la partie postérieure et externe de l'extrémité 
supérieure du premier os du métacarpe. 

Le grand radial , le grand supinateur , les muscles du pouce 
et la peau forment eu dehors les rapporta de ce muscle , qui 
est applique sur le petit supinateur, le grand pronatcur, le 
radius et les- articulations du poignet. 

Les usages de ce muscle sont les mêmes que ceux du pre- 
mier radial. 

Radial antérieur. C'est ainsi que quelques anatomistes dé- 
signent le muscle grand palmaire. Voyez palmaire , t. xxxix, 
pagi i2'3. 

IV. Nerf radial. C'est le nerf le plus volumineux de ceux 
qui partent du plexus brachial ; il naît de sa partie interne et 
postérieure , formée principalcmen! par les cinquième , sixième 
et septième nerfs cervicaux et le premier dorsal. Ce nerf des- 
cend obliquement de devant en arrière entre les trois portions 
du triceps brachial, et se contourne sur l'humérus de haut eu 
bas, de devant en arrière et de dedans en dehors pour gagner 
la partie externe du bras. Avant ce contour , il donne plu- 
sieurs rameaux qui se distiibuent aux trois portions du muscle 
triceps brachial ; il fournit aussi un rameau cutané qui quel- 
quefois est double , perce Je brachial antérieur, ou bien sort 
entre lui et le long supinateur, devient supeificiel , passe der- 
rière ta coude, descend le long de la partie externe et pos- 
térieure de l'avant-bras et de la main jusqu'au pouce en en- 
voyant un grand nombre de filets aux tégumeus. Piien n'est 
plus variable que l'origine de ces ïameaux. 

Après avoir donné les rameaux que nous venons de décrire, 
Je nerf radial s'engage entre le muscle long supinateur et le 



U RAD 

brachial antérieur, et descend le lôiïg de la partie externe et 
antérieure du bras jusqu'à l'extrémité supérieure du radius : 
dans ce trajet, il distribue deux ou trois rameaux au long su- 
pinateur et au grand radial. Parvenu vers i'extrémité supé- 
rieure du radius, le nerf radial , plus petit presque de moitié, 
se divise en deux branches , l'une antérieure, l'autre pos- 
térieure. 

La branche antérieure , la plus petite des deux, descend le 
long de la partie antérieure externe de Pavant-bras entre les 
"muscles long et court supinateur, placée en dehors de l'artère 
radiale : vers le tiers intérieur de Pavant-bras, celte branche 
se détourne un peu en dehors en passant entre !c tendon du 
long supinateur et celui du premier radial; puis elle descend 
entre les tégumens et les tendons du grand abducteur et du 
court extenseur du pouce ; bien ot elle se divise en deux ra- 
meaux, l'un interne y l'autre externe. Le premier se porte 
sur le dos de la main , et se divise en plusieurs rameaux qui 
se répandent sur le côté interne de la face postérieure du doigt 
du milieu, et sur le côté externe de la face postérieure du 
doigt annulaire. Ces rameaux envoient un grand nombre de 
filets au tissu cellulaire et. aux tégumens ; le rameau externe 
se dirige sur la face dorsale du pouce, et se subdivise en deux 
filets dont l'un va au coté externe de cette !»'«• dorsale, et 
l'autre au coté interne de cette même farce, au côté externe de 
la face postérieure de l'index. 

La branche postérieure , beaucoup plus volumineuse que la 
précédente , donne d'abord plusieurs filets au court supinateur, 
aux deux radiaux et. à Pancône , ensuite elle se contourne de 
haut en bas, de dehors en dedans et de devant en arrière à 
travers (e muscle court supinateur pour gagner la face posté- 
rieure de Pavant-bras. Lorsqu'elle y est parvenue, elle se di- 
vise en plusieurs filets dont le nombre varie, et. qu'on peut 
distinguer en postérieurs et en antérieurs. Les postérieurs se 
portent an petit supinateur, aux cubital postérieur et exten- 
seur des doigts et de l'index. Parmi ces iilcls,il en est qui 
se prolongent fort loin dans ces muscles, e! ne disparaissent 
qu'auprès de leurs tendons. Les filets antérieurs se distribuent 
spécialement aux muscles postérieurs et profonds de Pavant- 
bras. Plusieurs se portent d'abord aux muscles grand abduc- 
teur et petit extenseur du pouce. L'un d'eux , qui est le prin- 
cipal et qui quelquefois fournit les autres , descend entrfftces 
muscles cl le grand extenseur du même doigt, donne quelques 
filets en arrière à l'extenseur commun des doigts, suit le li- 
gament intorosseux , sur lequel il est immédiatement placé, 
liasse sur l'articulation du poignet , audessous des tendons ex- 
lenreurset du ligament annulaire du carpe, et, parvenu sus 
fa frro postérieure de la main, il distribue un grand nombre 



RAD i3 

de filets aux muscles interosseux , et s'anastomose avec les filets 
profonds du nerf cubital. 

La lésion du nerf radial, à l'endroit où il contourne l'hu- 
mérus , entraîne ordmairement lu perle du mouvement dans 
les muscles extenseurs de l'avant-bras. 

Y. Artère radiale. Elle résulte de la division de l'artère bra- 
chiale, qui , à un travers de doigt au dessous du pli du bras , 
se partage en deux bi anches; une, externe, plus petite, qu'on 
nomme radiale ; et l'autre, interne, plus grande, qu'on appelle 
cubitale. L'artère radiale est 'a plus superficielle, et se trouve 
située à Ja partie antérieure et externe de l'avant-bras ; elle des- 
cend un peu obliquement de dedans en dehors, en suivant le 
trajet d'une ligne qui s'étendrait de la partie moyenne du pli 
du bras à l'extrémité supérieure du premier os du métacarpe. 
Parvenu vers l'articulation du poignet , elle se détourne en de- 
hors, passe obliquement sous les tendons extenseurs du pouce, 
et arrive dans l'intervalle des deux premiers os du métacarpe: 
elle s'enfonce entre le second de ces os et le premier muscle 
iuterosseux dorsal pour se porter profondément dans la paume 
de la main en formant l'arcade palmaire profonde. Ou peut 
donc considérer l'artère radiale à l'avant-bras, au poignet et 
dans la main. 

Rapports de l'artère radiale à V avant-bras. En arrière , cette 
artère correspond à la face antérieure du radius ; elle en est 
séparée supérieurement par le muscle court supinateur j plus 
bas , par le long pronatcur ; pi us bas encore, par le fléchisseur 
subi i me et le long fléchisseur propre du pouce, et enfin par le 
petit pronatcur. 

En devant , elle est recouverte, dans sesdeux tiers supérieurs, 
par le muscle long supinulcur ; dans son tiers inférieur, elle 
est couverte seulement par l'aponévrose de l'avant bras et par 
la peau ; elle devient d'autant plus superficielle qu'on appro- 
che davantage de la partie inférieure de l'avant-bras où elle 
terme l'artère du pouls. 

En dedans , la radiale répond au grand pronatcur , au grand 
palmaire et au fléchisseur digital superficiel ; en dehors, elle 
répond au grand supiuateur. 

Branches fourmes par V artère radiale. On les distingue en 
antérieures, postérieures, externes et internes. Les branches 
antérieures sont fort petites et très multipliées ; elics vont se 
ilistribuer aux tégumens. Les postérieures , fort petites aussi , 
vont au grand fléchisseur du pouce et au petit pronatcur. i'arm* 
les externes, on en trouve une assez volumineuse qui nuit de 
la radiale dès son origine, et que l'on nomme récurrente irt- 
di aie antérieure. Cette branche naît quelquefois de la brachiale - y 
elle descend d'abord un peu obliquement en dehors, iàentcf 



i{ RAD 

après elle se courbe de bas en haut , et monte entre le long sa- 
pinateur, le court su pinateur et le brachial antérieur jusqu'au 
voisinage de i'olécrâne. Plusieurs rameaux ,. nés de sa convexi te , 
se jettenldans les muscles, grand et petit supinateur», et vont 
même jusqu'aux radiaux; ils s'anastomosent avec les artères 
collatérales fournies par la brachiale. 

Les branches internes, très-nombreuses, descendent oblique- 
ment , suivant des directions un peu différentes , et vont se 
distribuer à tous les muscles qui forment la première conclu? 
antérieure de l'avant bras : à la paitie inférieure de l'avant- 
bras la radiale donne deux branches ; -l'une , très- petite et très- 
profonde, se porte transversalement en dehors en dedans, en 
suivant le bord inférieur du petit pronateur pour s'anastomoser 
bientôt avec une branche semblable née au même endroit de 
la cubitale. De cette espèce d'arcade , partent de nombreuses 
ramifications poiar la partis antérieure de l'articulation du 
poignet , pour le périoste des deux os de l'avant-bras , et pour 
le muscle carré pronateur. 

L'autre branche superficielle se dirige très-obliquement au 
devant du ligament annulaire du carpe pour gagner la paume 
de la main. Son volume est très-variable. Tantôt très-petite , elle 
se perd, par des ramuscules, dans les muscles du pouce et dans 
les tégumens ; tantôt très- volumineuse, elle traverse en partie 
l'épaisseur de ces muscles , et va s'anastomoser avec l'extrémité 
de l'arcade palmaire superficielle formée par la cubitale. 

Quand l'artère radiale a fourni cette branche, eile se dé- 
tourne en dehors sur le côté externe de l'articulation de la 
main en passant sous les tendons du grand abducteur et du 
court extenseur du pouce; dans certains sujets, elle passe 
entre ces tendons et les tégumens communs ; elle descend en- 
suite un peu obliquement de dehors en dedans, passe sous le 
tendon du long extenseur du pouce , et s'avance vos le pre- 
mier et le second os du métacarpe , entre les extrémités supé- 
rieures desquelles elle s'enfonce pour se porter dans la pat} me 
de la main en traversant la base du premier muscle interosseux 
dorsal ; parvenue dans la paume de la main , elle marche de 
dehors en dedans devant l'extrémité supérieure des quatre der- 
niers os du métacarpe , en formant une espèce d'arcade dont 
la convexité est tournée en bas , et qu'on appelle arcade pal- 
maire profonde ou radiale : l'extrémité de celte arcade s'anas- 
tomose avec une branche de l'arcade palmaire superficielle. 

Considérée au poignet, l'artère radiale envoie quelques ra- 
meaux aux ligamens de cette articulation , et au périoste de la 
partie inférieure du radius. Elle fournit ensuite deux braucîu s : 
l'une, externe, plus petite; l'autre, interne, plus grande. La 
première est la dorsale du pouce, la seconde ctl la dorsale du 



RAD ,5 

carpe. La. dorsale du pouce descend sur la face convexe du pre- 
mier os métacarpien , et sur la première phalange du pouce , cri 
s'approchant toujours de leur bord radial, où elle se termine 
en s'anaslomosant avec la collatérale externe du même doigt» 
La dorsale du carpe se dirige transversalement sur la face dor- 
sale du carpe, recouverte en arrière parles tendons des ra- 
diaux et de l'exteûseur digital , appliquée en devant sur les li- 
ganiens qui unissent lecarpe au métacarpe. Arrivée au bord cu- 
bital du carne, elle s'anastomose avec une branche semblabîe 
de la cubitale, d'autres lois, se termine en se subdivisant en 
ramuscuics ténus; dans ce trajet, elle donne des ïameaux su- 
périeurs et inférieurs. Les premiers, très-petits, se distribuent 
aux ligarnens qui unissent les os du carpe entre eux , a ceux 
de l'articulation de la main avec l'avant-bras et aux tégumens : 
ils communiquent avec l'interosseuse antérieure. Les rameaux 
inférieurs, plus longs, sont en nombre indéterminé. lis descen- 
dent entre les os du métacarpe, communiquent par des ramus- 
culesavec les rameaux perforans de l'arcade palmaire profonde, 
puis continuant leur trajet sur les muscles inlerosseux dorsaux, 
se distribuent, soit à ces muscles, soit aux tégumens. 

Lorsque l'artère radiale est parvenue entre les extrémités 
supérieures du premier et du second os du métacarpe, elle 
fournit deux branches, dont Tune est externe et l'autre interne. 
La première descend le long du bord interne du premier os 
du métacarpe, derrière le muscle interosseux dorsal , et quel- 
quefois dans son épaisseur ; elle se distribue à ce muscle et aux 
tégumens du pouce ; dans certains sujets, cette artère se jette 
dans la collatérale interne de ce doigt. 

La seconde, ou l'interne, est plus petite ordinairement que 
l'externe : elle descend derrière le premier interosseux dorsal 
3e long du côte externe du second os du métacarpe, et se dis- 
tribue à l'articulation de cet os avec la première phalange du 
doigt indicateur, au premier des muscles inlerosseux dorsaux 



et aux legurnens. 



Considérée dans sa portion palmaire , l'artère radiale forme 
V arcade palmaire profonde , dont la description a été fuite u 
l'article palmaire, t. xxxix, p. 126. 

VI. Veines radiales. On en compte deux qui naissent de la 
veine brachiale vers le pli du coude, et accompagnent l'ar- 
tère radiale dans toutes ses divisions et subdivisions. 

Vil. Antvrysme et plaies de V artère radiale. Cette artère 
peut être atteinte d'un auévrysme faux consécutif. Tulpius 
fait mention d'un anévrysme de cette espèce a l'artère radiale 
eu dehors du poignet; cet anévrjsme fut guéri par la com- 
pression et les emplâtres as'.ringens. Petit, de Lyon, a vu un 



iG II AD 

anévrysme de la même espèce dont le siège était aussi à la por 
tion carpienne de l'artère radiale. Le malade, pusillanime à ua 
point extrême, fut soumis à l'opération par l'ouverture du 
sac; il mourut de spasme. 

Toutes les fois que l'artère radiale est ouverte, il vaut 
mieux en faire Ja ligature que la compression. Peu d'artères 
en effet peuvent être aussi facilement mises à découvert que 
l'artère radiale. L'avant-bras étant dans la supination, une 
ligue tirée du milieu même du pli du bras , et dirigée un peu 
obliquement en bas et en dehors jusqu'au milieu de l'inter- 
valle qui sépare au devant du poignet l'apophyse styloïde du 
tendon du muscle radial antérieur , en indique exactement le 
trajet; c'est dans cette direction que doit être faite toute inci- 
sion destinée àmettreà nu l'artère radiale. On n'a à diviser seu- 
lement que les légumens , le tissu cellulaire , l'aponévrose anti- 
brachiale, qui est fort mince, et une autre couche de tissu cellu- 
laire filamenteux, En haut , et dans ia moitié supérieure de 
son étendue, l'artère radiale est séparée de l'aponévrose par 
le muscle long supinatcur ; mais ce muscle ne la recouvre que 
par son bord antérieur ou interne, et il est facile de sou- 
lever ce muscle et de le renverser en dehors. L'incision de la 
peau doit être un peu longue; on est ordinairement obligé de 
lier les deux bouts de l'artère ouverte , surtout à la partie in- 
férieure de l'avant-bras ; sans cette précaution , on s'expose à 
voir renouveler l'hémorragie par le bout inférieur qui reçoit 
le sang de l'arcade palmaire superficielle fournie par l'artère 
cubitale. Nous avons pratiqué deux fois la ligature de l'artère 
ridiale qui avait été ouverte, et deux fois nous avons été forcés 
de lier les deux extrémité» de l'artère. Quant aux lésions de 
l'artère radiale dans la paume de la main, Voyez palmaire, 
tome xxxix , page 127. ( m. r. ) 

RADICAL, adj., radicalis , qui est la racine, la base, le 
principe de quelque chose. Plusieurs physiologistes donnent 
ce nom k un fluide qu'ils supposent caché dans l'économie, 
et être le principe de la vie, et dont l'épuisement amène la 
mort. Tant que, disent-ils, ce fluide, par sa présence dans les 
organes animaux, les soutient et les anime , la vie se maintient; 
mais dès-lors qu'usé par le temps, ou détruit par l'une des 
causes innombrables de destruction qui nous environnent, il 
cesse de les vivifier, la mort survient immédiatement. Ils ont 
appelé aussi radical le fluide qui environne et nourrit le germe 
de tout animal : humidum radicale , humidum primogenitum. 

L'existence de ce fluide radical est une suppositiou gratuite, 
une pure hypothèse, à laquelle on ne peut attacher la plus 
légère importance. Aussi celte expression, presque inusitée 
dans ce sens, est-elle Tune de celles déjà si nombreuses eu 
physiologie , que l'on emploie uniquement pour cacher un. dé- 



faut de connaissances précises, et qui n'offrent à l'esprit rien 
que d'imaginaire. Voyez principe vital. 

En thérapeutique, le mot radical a un sens plus juste et 
mieux déterminé. Il s'attache a un mode particulier de traite- 
ment, pour lequel tous les thérapeulistes sont convenus de le 
consacrer. C'est ainsi qu'on appelle traitement radical , cure 
radicale , le traitement dans lequel on s'attache à combattre 
non pas seulement les symptômes, mais encore le principe du 
mal , et en suite duquel la guérison est parfaite, et la maladie 
totalement et radicalement détruite, par opposition au traite- 
ment palliatif, que l'on n'emploie quepour masquer les phéno- 
mènes apparens , blanchir pour ainsi dire l'affection, et parer 
aux. accidens les plus urgens sans remonter à la source soit 
qu'on l'ignore, soit que cette conduite soit commandée par les 
circonstances et les intérêts du malade, comme cela arrive 
assez fréquemment. Prenons pour exemple l'hydrocèle. L'éva- 
cuation des eaux par la ponction, l'inflammation de la tuni- 
que vaginale, déterminée par l'un des procédés connus, quel 
qu'il soit, et par suite le recollement des parois de cette mem- 
brane, constituent le traitement radical, parce qu'une nou- 
velle accumulation de sérosités devenant impossible, la ma- 
ladie est guérie sans retour. Au contraire, la seule évacuation 
des eaux, faite dans l'intention unique de soulager le malade 
et de le débarrasser momentanément du poids d'une tumeur 
devenue trop volumineuse, sans chercher à provoquer l'in- 
flammation, constitue le traitement palliatif, par Ja raison 
que, rien ne s'opposant au retour du liquide, l'opération 
doit être réitérée autant de fois que la plénitude se renouvelle. 

Dangers du traitement radical, envisage'* d'une manière 
générale. Toutes les fois que l'on entreprend le traitement 
d'une maladie , il faut, avant de rien faire, reconnaître si celte 
maladie n'est pas nécessaire à celui qui la porte, ou si du 
moins il n'en retire pas quelque utilité, dont il serait prive 
par une guérison radicale, qui l'exposerait en outre àdegrands 
dangers. Il est certain que l'on commettrait de graves erreurs 
en cherchant à obtenir cette guérison dans tous les cas sans dis- 
tinction, et ces erreurs ne sont malheureusement que tron 
communes. Avant de décider si le traitement doit être radical 
on recherchera la cause du mal, on s'assurera s'il est local ' 
ou s'il tient h une cause éloignée et ancienne ; s'il est essentiel * 
idiopalhique ou seulement symptoraatique ; en un mot on se 
pénétrera bien de sa nature et de ses effets. Combien de ma- 
lades ont été les victimes de négligences de ce genre ! Combien 
de médecins qui s'applaudissaient d'avoir détruit des maladies 
rebelles, ont eu h gémir sur les conséquences de leurs préten 
47- ■ 



i« RAD 

dus succès! Ce n'est pas peu de chose pour un médecin que 
de savoir bien distinguer les cas daus lesquels il faut guérir, 
de ceux dans lesquels il faut seulement soulager ; et il ne faut 
pas moins de science et de discernement pour savoir bien à 
propos ne pas toucher à une maladie utile, que pour diriger 
le traitement de l'affection la plus grave. 

Or, il est bien démontré qu'il est une multitude d'affections 
que l'on ne pourrait faire disparaître sans danger : telle est 
cette foule de maladies chroniques extérieures, que le temps a 
rendues habituelles et pour ainsi dire organiques , qui ne récla- 
ment le plus ordinairement que des soins de propreté , et dont 
Ja guérison serait souvent mortelle. Tels sont encore ces ulcères 
iistuleux à la marge de l'anus chez les phthisiques , qui entraî- 
neraient inévitablement la perte des malades s'ils étaient con- 
sidérés comme les autres fistules et traités de même. Ainsi 
donc la guérison radicale est loin d'être toujours un avantage, 
et l'on n'a pas toujours lieu de s'en applaudir. Voyez cure , 

PALLIATIF , TRAITEMENT. 

On se sert encore du mot radical pour désigner un vice des 
humeurs existant dans l'économie , et reçu par hérédité , ou con- 
tracté dès la plus tendre enfance : on dit qu'il y a dans tel in- 
dividu un vice radical, inné, originel. (r.) 

RADIEES, radiatœ : belle famille de plantes, formant 
une des trois divisions du vaste groupe naturel des composées, 
ou synanthérées. Le nom de radiées exprime la forme des fleurs, 
souvent très grandes, de la plupart des plantes de cette fa- 
mille, qui présentent, comme l'astre du jour, un disque en- 
touré de rayons. Sous le nom de corymbifères , qui rappelle 
la disposition fréquente de leurs fleurs , M. de Jussieu les réu- 
nit a beaucoup de flosculeuses; mais ce nom ne convient pas 
à toutes comme celui de radiées, et il n'a pas, comme ce der- 
nier, l'avantage de les distinguer du reste des végétaux. 

Elles offrent pour caractères principaux : calice commun 
ou involucre, ordinairement polyphylle, renfermant un grand 
nombre de petites fleurs portées sur un réceptacle commun : 
les unes , tubuleuses ( fleurons ) , formant le disque , et 
presque toujours hermaphrodites ; les autres, en languette 
(demi-fleurons) formant la couronne ou les rayons, et le plus 
souvent femelles : cinq étamines, dont les anthères réunies 
forment un tube traversé par le style surmonté d'un stigmate 
bifide; fruits monospermes, nus ou aigrettes, placés sur le ré- 
ceptacle lanlôt nu , tantôt garni de poils ou de paillettes. 

Presque toutes les radiées sont herbacées j leurs feuilles, 
quelquefois opposées, sont le plus ordinairement alternes; 
leurs fleurs forment souvent d'elégans corymbes. La couleur 



HAD 19 

de ces fleurs, dont le disque est presque toujours jaune, ne 
varie que dans les rayons. 

C'est h celle famille que nos jardins doivent le soleil, nui 
incline si uobiemeul sa tête vers l'astre dont il a mérite le nom ; 
la reine-marguerite, la rose et l'œillet d'Inde, le souci , les 
chvysanlhemum , les zinnia, les dahlia et une foule d'autres 
plantes remarquables par leur élégance et leur éclat. 

Les tubercules charnus et mucilagineux du topinambour 
(he liant luis tuberosus) offrent un aliment salubre. 

On fait usage en Amérique , sous le nom de cresson de Para, 
du spilanthus oleraceus, dont la saveur est chaude et piquante. 

Les semences du madi (madia saliva) , au Chili, et ceiles 
de Yhuts'ella (verbesina saliva), dans l'Inde, fournissent de 
bonne huile. On pourrait également chez nous en extraire des 
graines de Vhelianthus. Celles de toutes les radiées en contien- 
nent plus ou moins. 

On prépare dans les Alpes, avec Vachillea mina, un vinai- 
gre dont la saveur rappelle celle du vinaigre à l'estragon. 

On se sert en quelques cantons des fleurs du souci pour 
donner au beurre une couleur jaune qui le rend plus agréable. 
L' anthémis linctoria est employée par les teinturiers pour don- 
ner aux laines la même couleur. 

Les radiées sont généralement amères et toniques comme 
toutes les composées ; mais elles contiennent en outre un prin- 
cipe résineux, ou une huile essentielle, qui, suivant la pro- 
portion où ils s'y trouvent, les rendent plus ou moins stimu- 
lantes. 

Celles où la résine et l'huile volatile sont peu abondantes T 
comme l'aunée, le tussilage, s'emploient comme toniques, sto- 
machiques. D'autres, comme la camomille, sont usitées en 
qualité de fébrifuge. 

La matricaire, lemaroute, le souci passent pour emména- 
gogues. La matricaire et quelques autres radiées sont aussi re- 
gardées comme anthelmintiques. 

\1 arnica montana offre dans ses fleurs et sa racine un ex- 
citant énergique. Diverses radiées excitantes agissent souvent, 
soit comme sudorifiques , soit comme diurétiques : telles sont, 
entre autres, Verigeron philadelphicum, et les achillea atraia 
etnana, que recueillent, sous le nom de genipi, les habitans 
des Alpes , qui font grand usage de leur infusion théiforme. 

Les doronicum pardalianches et planta gineum , vantés jadis 
comme alexitères, ne sont en réalité que des plantes fortement 
excitantes et dangereuses , surtout dans l'état frais. 

Il est enfin certaines radiées très acres, comme la ptarmi- 
que, la pyrèthre, le bidens tripartita , le spilanthus, le co- 
reopsis bidens, le sigesbechia orientalis 7 etc. , qui, suivant 

2. 



20 RAD 

qu'on les introduit dans les narines ou dans la bouche , devien- 
nent slernulatoires ousialogogues. 

( LOlSEtEUR-DESLONGCHAMPS et MARQUIS.) 

RADIO-CUBITALE (articulation). Voyez radius. 

RADIO PHALANGETTIEiV DU POUCE, s. m., radio- 
phalangettianus pollicis r nom du muscle long fléchisseur du 
pouce , ainsi appelé parce qu'il s'étend depuis les deux tiers in- 
férieurs du radius, jusqu'à la seconde phalange dur pouce. Ce 
muscle a été décrit , tom. xxix , p. 6. Voyez long. (m, p.) 

RADIS, s. m., raphanus sativus , Lin. , raphanus minor , 
Offic. : plante de la famille naturelle des crucifères, et de la 
tétradynamic siliqueuse de Linné, dont on distingue deux va- 
riétés principales, d'après la forme des racines, qui sont tu- 
béreuses, presque globuleuses dans l'une, c'est le radis pro- 
prement dit ; et fusiformes dans l'autre , à laquelle on donne le 
nom de petite rave. La tige de ces plantes s'élève à deux pieds 
ou environ ; leurs feuilles inférieures sont pinnatifldes avec un 
erand lobe terminal arrondi ; leurs fleurs sont blanches ou 
rougeâtres, disposées en grappes; et les siliques sont courtes , 
ventrues, prolongées en une pointe qui a presque la forme 
d'un bec. Le radis et la petite rave sont cultivés dans les jar- 
dins potagers et dans les champs. 

C'est beaucoup plus comme aliment que comme médicament 
que les racines de ces deux plantes sont employées. Sous le pre- 
mier rapport, on en fait une grande consommation, principa- 
lement dans les villes. A Paris, on en sert pendant toute 
Tannée sur les tables. On les mange avec un peu de sel, au 
commencement du repas. Pris avec modération, ils excitent 
l'appétit; mais il ne faut pas en faire abus, car ils sont alors 
difficiles à digérer. 

On les a quelquefois employés en médecine, comme inci- 
sifs diurétiques et antiscorbutiques. C'était de leur suc mêlé 
avec du sucre ou du miel, ou réduit en sirop, qu'on faisait 
usage; aujourd'hui on a perdu l'habitude de s'en servir. 

Le radis noir , autre espèce du même genre , étant plus connu 
sous le nom de raifort, c'est à cet article qu'il en sera ques- 
tion. Voyez RAIFORT. 

( LOISELEUR-DESLONGCIIAMPS et MARQUIS ) 

RADIUS (anatomie), s. m. Le plus petit des deux os de 
l'avant-bras, ainsi appelé, parce qu'on l'a comparé à un rayon 
d'i roue {radius). 

I. Cet os, situé presque verticalement à la partie externe de 
l'avant-bras, est un peu moins long que le cubitus. Moins gros 
en haut qu'en bas, il est légèrement courbé en dedans, vers 
son milieu. On le divise en extrémités numérale, carpicune, et 
en corps. 



RAD 21 

L'extrémité humer aie ou supérieure présente en haut une 
cavité circulaire, cartilagineuse, articulée avec la petite tête 
de l'humérus; la circonférence de cet enfoncement, également 
encroûtée de cartilage , est contiguë en dedans , où elle est plus 
Jarge au cubitus et au ligament annulaire dans le reste de son 
étendue. Cette partie articulaire du radius est supportée par 
un col arrondi, long d'environ un travers de doigt, un peu 
oblique en dehors. Ce col se termine en bas et en dedans a la 
tubérosité bicipitale , éminence raboteuse, saillante, donnant 
insertion au biceps, dont la sépare une petite bourse syno- 
viale. 

L'extrémité inférieure ou carpienne, plus volumineuse que 
la précédente, offre en bas une surface articulaire , qui est tra- 
versée d'avant en arrière par une ligne peu saillante, et qui 
s'unit en dehors avec le scaphoïde, et en dedans avec le semi- 
lunaire. Elle présente, à cet effet , deux facettes , dont l'externe 
est triangulaire et plus étendue, et l'interne carrée et moins 
allongée. En avant, cette extrémité de l'os donne attache au 
ligament antérieur de l'articulation du poignet ; en arrière, 
elle offre deux coulisses verticales, dont l'externe, étroite, un 
peu oblique en dehors, laisse glisser le tendon du muscle long 
extenseur du pouce, tandis que l'interne plus large et super- 
ficielle donne passage aux tendons des muscles extenseur com- 
mun des doigts ei extenseur de l'index ; en dedans, elle est 
creusée par une cavité oblongue , cartilagineuse, recevant 
l'extrémité correspondante du cubitus; en dehors, elle est 
parcourue par deux autres coulisses, l'une antérieure pour les 
tendons des grand abducteur et court extenseur du pouce, la 
postérieure pour ceux des radiaux externes; le bord qui les 
sépare se termine en bas par X apophyse styloide , éminence 
verticale, triangulaire, à l'extrémité de laquelle s'implante le 
ligament externe de l'articulation. 

Le corps ou la partie moyenne du radius est plus mince en 
haut qu'en bas. On y remarque trois lignes saillantes, longi- 
tudinales : i°. l'interne, très-marquée, étendue de la tubéro- 
sité bicipitale à la petite cavité articulaire inférieure, donne 
insertion au ligament interosseux; i°. l'antérieure, moins mar- 
quée se dirige obliquement du devant de la même tubérosité à 
l'apophyse styloïde, et donne attache au fléchisseur sublime, 
puis au carré pronateur, tout à fait en bas au long supina- 
teur; 3°. la postérieure, encore moins saillante, naît insensi- 
blement derrière le col de l'os, et se prolonge jusque derrière 
l'extrémité carpienne, où elle isole deux coulisses. 

Ces trois lignes séparent autant de surfaces longitudinales : 
i°. l'antérieure, s'élargissant de haut en bas, présente vers son 
milieu l'orifice du conduit médullaire, en haut et au milieu 



22 RAD 

l'insertion du long fléchisseur du pouce, en bas celle du carré 
pronateur; i°. la postérieure, de même forme que la précé- 
dent , examinée successivement de sa partie supérieure à lin- 
IVrieure, correspond au court supinaleur, aux extenseur et 
grand abducteur du pouce, qui s'y implantent, aux extenseurs 
commun, propre de l'index et grand du pouce, qui la recou- 
vrent s» ulemen , >°. l'externe, arrondie, est en rapport en haut 
avec le court supinaleur, an milieu avec le rond pronateur, 
auxquels elle donne insertion, en bas avec les radiaux externes, 
qui ne font <ju'y glisser. 

Le radius est celluleux à ses extre'mite's , et presque tout com- 
pacte à sa partie moyenne ; il est creusé d'un canal médullaire 
plus ample en haut qu'en bas. Il se développe par trois points 
d'ossification, un pour le c">rps eî un pour chacune de ses ex- 
trémités, li s'articule avec l'humérus , le cubitus , le scaphoïde 
et Je semi lunaire. 

II. Etat du radius chez le fœtus. Le radius offre chez le fœtus 
une particularité dans sa direction , qui est telle, que l'extré- 
mité supérieure de cet os est bien plus antérieure que chez 
l'adulte. Il est facile de s'en convaincre en comparant dans ces 
deux âges l'avanl-bras, placé en supination , et examiné en 
devant. On voit alors, en effet, que le radius de l'enfant est 
beaucoup plus saillant. Cetie circonstance parait dépendre du 
développement de la petite tubérosité , à laquelle répond le 
radius , développement plu- marqué que celui de la poulie, à 
laquelle le cubilu> est adjacent. Cette disposition lend chez le 
fœtus la pr nation un peu plus étendue et favorise lacuration. 

U 1. Mouvemens du radius. C'est le radius qui est l'agent pres- 
que exclusif des mouvemens de pronation et de supination. Sa 
position sur un plan un peu aniérieur a cilui du cubitus en 
haul y est singulièrement favorable; la largeur de son extré- 
mité inférieure n'y esl pas moins avantageuse, parce qu'en 
écartant l'axe de l'os du cubitus, elle facilite sa rotation sur 
celui ci. 

IV. Articulation? radio-cubitales. Ces articulations, par leur 
ensemble, constituent un ginglyme latéral double, et ont lieu 
en haut et en bas par un contact immédiat des deux os de 
l'avant bias, qui sont séparés au milieu et maintenus en rap- 
port seulement par le ligament inierosseux. 

V. Articulation radio- cubitale supérieure. Elle résulte du 
contact d*une partie de la circonférence de la tête du radius sur 
la petite cavité sygmoïde du cubitus, se trouve affermie par 
un ligament annulaire, et n'a d'autre membrane synoviale que 
celle qui vient dr l'articulation du coude. 

Le ligament annulaire [ligam. orbiculare radii, Wcit. ) est 
esl une baudelultc fibreuse, très-forte, aplatie, entourant l'ex- 



RAD 23 

trémité supérieure du radius et formant avec la petite cavité 
sygmoïde une espèce d'anneau, dans lequel cet os tourne avec 
facilite'. Le ligament constitue à peu près les deux tiers de cet 
anneau et s'attache, d'une part, au bord antérieur de la petite 
cavité sygmoïde, de l'autre h son bord postérieur. Ce liga- 
ment s'encroûte souvent de gélatine et devient comme cartila- 
gineux. 

VI. Articulation radio-cubitale moyenne. Il n'y a pas ici de 
rapport de surfaces articulaires. Un ligament interosseux et un 
ligament rond servent à remplir l'intervalle qui existe entre le 
radius et le cubitus. 

Le ligament interosseux ( membrana interossea , Weit. ) se 
présente sous la forme d'une membrane mince, moins longue 
que l'espace interrosscux , parce qu'elle commence seulement 
audessous de la tubérosité bicipitale. Les deux bords latéraux 
de ce ligament se confondent intimement avec le périoste du 
radius et du cubitus. Sa face antérieure est recouverte par les 
muscles profonds de la région antérieure de l'avant-bras et par 
les vaisseaux interosseux antérieurs ; la face postérieure est en 
rapport avec les muscles profonds de la région postérieure. Ce 
ligament, qui est écliancré en haut pour le passage des vais- 
seaux interosseux postérieurs, est percé en bas d'une ouver- 
ture que traversent les antérieurs. Il est formé par des fibres 
parallèles, resplendissantes comme les aponévroses , écartées 
en divers endroits pour le passage des vaisseaux. 

Le ligament rond ( chorda transversalis cubiti, Weit. ) sem- 
ble destiné à remplacer le ligament précédent dans la partie 
supérieure de l'intervalle interosseux. C'est un cordon fibreux, 
d'uu petit volume, étendu obliquement de Téminence coro- 
noïde au bas de la tubérosité du radius, où il vient se fixer 
après avoir côtoyé en descendant le tendon du biceps. Ce liga- 
ment a une direction opposée à celle des fibres de l'interosseux; 
il laisse entre lui et le radius un espace très- marqué, triangu- 
laire et rempli de tissu cellulaire pour la rotation de la tubé- 
rosité de cet os. 

VII. Articulation radio cubitale inférieure. Elle est formée 
par la réception de la tête du cubitus dans une facette concave 
qu'olfre le radius en bas et en dedans. Les deux surfaces sont 
revêtues d'un cartilage mince. Quelques fibres irrégulières , 
qui sont à peine sensibles, se remarquent devant et derrière 
l'articulation, qui est pourvue d'un fibro-cartilage et d'une sy- 
noviale. 

Le fibro- cartilage (cartilago intermedia , Weit. ) est mince, 
étroit et de forme triangulaire; fixé à l'enfoncement qui sé- 
pare l'apophyse styloïde d'avec la surface articulaire du cubi- 
tus , il se porte en dehors , s'unit dans son trajet en devant et 



:i\ lî.AD 

en arrière avec les fibres de l'articulation radio-carpienne, et 
vient ensuite se terminer au bord qui sépare les deux cavités 
articulaires du radius. 

La membrane synoviale ( membrana capsularis sacciformis, 
Weit. ) est très-lâche , surtout en arrière et en devant, à cause 
de la grande étendue du radius ; elle passe du cubitus au ra- 
dius, en formant entre eux un cul-de-sac très-lâche, et de ce 
dernier elle se réfléchit sur la face supérieure du iibro-cai tilage 
précédent. 

VIII. Articulation radio- carpienne. C est une arthrodie, qui 
est formée par la jonction de la main et de l'avant-bras. L'extré- 
mité du radius et le fîbro-cartilage décrit plus haut présentent 
une cavité oblongue, transversale, qui reçoit une surface con- 
vexe formée parle scaphoïde, le semi-lunaire et le pyramidal. 
Les deux premiers correspondent au radius, et le dernier au 
iibrocartilage, qui le sépare du cubitus. Une membrane syno- 
viale revêt toutes ces surfaces, dont deux ligamens latéraux, 
un antérieur et un postérieur, affermissent les rapports. 

Le ligament externe descend du sommet de l'apophyse sty- 
loïde du radius à la partie externe du scaphoïde : de ses libres 
qui sont divergentes, les antérieures, plus longues, se conti- 
nuent avec le ligament annulaire du carpe, et se portent même 
jusqu'à l'os trapèze; il a une forme assez irrégulière, mais il 
est très-résistant. 

Le ligament interne part de l'apophyse styloïde du cubitus, 
descend de là au pyramidal, et s'y fixe en envoyant un pro- 
longement de ses fibres superficielles au ligament annulaire et 
au pisiforme. 

Le ligament antérieur, large , aplati, naît au devant de l'ex 
liemité carpienne du radius, et se porte obliquement en dedans 
à la partie antérieure des scaphoïde, semi-lunaire et pyrami- 
dal, auxquels il s'insère d'une manière peu distincte; il cor- 
respond en devant aux tendons fléchisseurs , en arrière à la sy- 
noviale. 

Le ligament postérieur , moins large et moins fort que le 
précédent , s'attache d'une part à l'extrémité carpienne du 
radius , de l'autre aux semi-lunaire et pyramidal ; il ne se fixe 
point en bas au scaphoïde et se trouve intermédiaire aux ten- 
dons extenseurs et à la synoviale. 

La membrane synoviale se déploie d'abord sur la surface 
articulaire du radius et sur le fibro-cartilage , puis revêt la sur- 
face interne des ligamens, se propage ensuite sur la convexité 
des os du carpe. (pâtissier) 

PlADIUS (pathologie). La fracture du radius est plus fré- 
quente que celle du cubitus , et même que celle de l'avant-bras. 
On trouve la raison de cette différence dans la situation du 



radius et dans ses rapports avec l'humérus et la main. Place au 
côté externe de l'avant- bras , le radius est beaucoup plus ex- 
posé que le cubitus à l'action des causes immédiates qui peu- 
vent fracturer les os de celte partie des membres supérieurs , 
d'un autre côté , comme le radius s'articule avec les trois pre- 
miers os du carpe, et que sa direction, lorsque Tavant-bras 
est étendu , est la même que celle de l'humérus; il soutient tous 
les efforts que l'on fait avec la main , et les communique à 
l'humérus, qui lui-même les transmet bientôt à l'omoplate: 
aussi arrive-t-il souvent que lorsqu'ils sont considérables , 
comme lorsqu'on tombe sur une des mains ou sur toutes les deux 
à la fois , le radius se fracture seul. 

La fracture de cet os peut donc dépendre d'une cause immé- 
diate, comme d'une chute sur l'avant-bras, un coup , ou d'une 
cause médiate , comme une chute sur la main. Dans le premier 
cas , la fracture arrive à l'endroit même où le coup a été porté, 
et presque toujours alors elle est accompagnée d'une contu- 
sion plus ou moins considérable; dans le second cas , elle a 
lieu ordinairement vers le mi Ijeu de l'os, et les parties molles 
n'éprouvent presque aucune lésion. 

Les fragmens de celte fracture ne peuvent pas se déplacer , 
suivant la longueur du radius, parce que cet os est soutenu 
par le cubitus ; mais ils sont entraînés vers ce dernier os , non- 
seulement par l'action des muscles pronateurs, mais aussi par 
celle de tous les muscles qui s'insèrent à l'un et à l'autre de 
ces os et au ligament interosseux. Ce mode de déplacement , le 
seul dont la fracture du radius soit susceptible , diminue l'é- 
tendue de l'espace interosseux , et si les fragmens delà fracture 
se réunissent dans cet état , les mouvemens de pronation et de 
supination sont très-difficiles, et même quelquefois impossibles. 

Les signes de la fracture du radius sont faciles à saisir : le 
malade a fait une chute surla main, ou a reçu un coup sur le 
côté externe de l'avant-bras ; il se plaiut d'une douleur fixe, 
qu'il rapporte à un point de la longueur de l'os; en pressant 
sur ce point, on y sent une dépression et un défaut de résistance; 
les mouvemens de pronation et de supination sont gênés et 
douloureux : si l'on appuie le pouce sur l'extrémité supérieure 
de l'os , pendant que l'ou fait exécuter ces mouvemens a la 
main, on ne sent point cette extrémité tourner comme dans 
l'état naturel , et ordinairement alors on distingue la crépita- 
lion. Il est bon d'observer relativement à ce dernier signe , que 
les personnes qui exercent leurs mains à des travaux pénible* 
et fatigans,sont sujettes à une affection singulière du tissu cellu- 
laire qui environne les muscles long abducteur et court exten- 
seur du pouce, dans laquelle ces muscles , devenus un peu plus 
sailJnns , font cutendre, lorsqu'on les comprkne , un bruit par- 



iG 11 AD 

ticalier que l'on pourrait confondre avec la crépitation , et que 
l'on ne peut mieux comparer qu'à celui que fait entendre l'a- 
midon quand on le presse entre les doigts. Celte crépitation est 
si différente de la véritable crépitation produite par le frotte- 
ment des fragmens d'une fracture, qu'elle ne peut jamais en 
imposer à un chirurgien exercé, pour lequel d'ailleurs un symp- 
tôme isolé n'est point concluant. 

On peut éprouver quelques difficultés à saisir les signes de 
cette fracture quand elle a lieu très - près de l'extrémité infé- 
rieure du radius : dans ce cas , l'espace interosseux étant fort" 
peu étendu vis-à-vis le point correspondant à la fracture, le 
déplacement des fragmens vers ce même espace est très-peu 
considérable , et la dépression qui le caractérise est à peine 
marquée. H y a ordinairement alors un léger déplacement du 
fragment supérieur vers la face dorsale , ou vers la face pal- 
maire de l'avant-bras , et si le gonflement est déjà survenu, 
cet élatpeut présenter jusqu'à un certain point les apparences 
de la luxation du poignet; mais si l'on considère que la saillie 
formée par l'extrémité du fragment supérieur est située un peu 
plus haut que l'articulation ; que les mouvemens de la main 
sont libres aussi bien que ceux des doigts ; qu'en faisant exé- 
cuter à la main des mouvemens de flexion et d'extension , l'a- 
pophyse styloïde du radius suit le poignet dans ses mouve- 
mens ; si l'on considère , dis-je, toutes ces circonstances , on 
reconnaîtra facilement la fracture de l'extrémité inférieure de 
cet os , et on ne risquera point de la confondre avec la luxa- 
lion de la main. 

La fracture du radius est une maladie sans inconvénient 
marquant, surtout lorsqu'elle a lieu à la partie moyenne de l'os, 
et qu'elle dépend d'une chute sur la main , parce qu'alors les 
parties molles n'ont éprouvé presque aucune contusion. Quand 
elle est située près de l'une des extrémités de l'os, elle est plus 
grave, surtout si elle dépend d'une cause immédiate , comme 
cela a lieu ordinairement. 11 y a toujours alors un engorge- 
ment considérable de l'articulation voisine, et par la suite 
une gêne plus ou moins grande dans les mouvemens. 

Le traitement de la fracture du radius est le même que ce- 
lui de la fracture de l'avant-bras; il faut prendre le même 
soin de pousser les muscles entre les deux os , afin do conser- 
ver la largeur de l'espace interosseux et le libre exercice des 
mouvemens de pronation et de supination ; mais comme les 
fragmens du radius sont unis avec le cubitus, qui leur sert d'ap- 
pui par ses extrémités , et «fue , dans la réduction, il s'agit 
moins de redonner à l'os fracturé sa longueur naturelle qu'il 
n'a point perdue, que de replacer ces fragmens à une distance 
convenable du cubitus , l'extension ne doit point être faite 



KAD 27 

d'une manière directe, mais en inclinant la main sur le bord 
cubital de i'avant-bras. La fracture étant réduite , on procède 
à l'application de l'appareil propre h la contenir. On prend 
deux compresses étroites, d'une longueur presque égale à celle 
de l'os fracturé , et graduées des deux côtés ; on les trempe 
dans une liqueur résolutive, et, après les avoir exprimées, on 
en place une sur la face palmaire et l'autre sur la lace dorsale 
de l'avant-bras; ensuite, avec une bande roulée, longue de 
cinq ou six aunes, large de trois travers de doigt , on fait d'a- 
bord trois tours ou circulaires sur le lieu de la fracture; puis 
on descend par des doîoires jusqu'au poignet, et après avoir 
placé quelques circulaires sur cette partie et sur la main , on 
remonte également par des doioires jusqu'au coude , après 
quoi on applique sur chacune des compresses graduées une at- 
telle de bois , et on l'assujélit avec le reste de la bande en cou- 
vrant le membre de doioires , d'abord de haut en bas , et en- 
suite de bas en haut; on place la main dans un état moyen 
entre la pronation et la supination, on fléchit l'avant-biasà 
angle obtus, et on le soutient au moyen d'une écharpe. 

Les compresses graduées que l'on place sur les faces de l'a- 
vant bras , avant d'appliquer le bandage roulé , sont une des 
parties les plus essentielles de l'appareil. On concevra aisé- 
ment leur utilité , si l'on considère que les bandages compri- 
ment également tous les points de la circonférence des mem- 
bres sur lesquels on les applique, lorsque ces membres sont 
exactement ronds, c'est-à-dire que tous leurs diamètres sont 
égaux , et qu'ils compriment plus fortement les extrémités du 
plus grand diamètre , lorsque ces mêmes membre» ont une 
forme ovale ou toute antre qui s'éloigne de la circulaire. Or, 
comme l'avant-bras a une forme ovale, dont le grand dia- 
mètre s'étend du radius au cubitus , si l'on négligeait l'u- 
sage des compresses graduées, la pression du bandage étant 
plus forte aux extrémités du grand diamètre du membre , les 
fïagmens du radius seraient rapprochés de ceux du cubitus , 
et s'ils venaient à se consolider dans cet état , l'espace interos- 
seux serait détruit, et les mouvemensde pronation et de supi- 
nation seraient extrêmement gênés ou même entièrement im- 
possibles. 

Les compresses graduées ont donc pour usage de rendre la 
compression du bandage roulé plus forte aux extrémités du 
diamètre clorso palmaire de l'avant-bras, qu'à celles du dia- 
mètre radio cubital, et par conséquent de pousser les muscles 
dans l'intervalle des deux os et de tenir ceux-ci écartés l'un 
de l'autre; mais, pour qu'elles produisent sûrement cet effet, 
leur épaisseur doit être d'autant plus grande, que la forme de 
l'avant-bras s'éloigne davantage de la circulaire. En général , 



28 RAD 

cette épaisseur sera telle, qu'étant ajoutée à celle du diamètre 
dorso-palmairc du membre, l'étendue de ce diamètre soit plus 
grande que celle du diamètre radio- cubital. 

Quand la fracture est simple, si le bandage n'est ni trop 
serré ni trop lâche, on ne doit toucher à l'appareil que le 
dixième ou douzième jour -, ensuite on le relève le trentième, 
puis le quarantième jour, époque a laquelle la fracture est 
consolidée. 

Dans la fracture simple du radius, il est rare que le malade 
soit obligé de garder le lit; le membre est soutenu par une 
eçharpe durant le jour ; la nuit, on le place sur un oreiller , ou 
bien on le laisse dans l'écharpe, suivant que le malade pré- 
fère l'une ou l'autre de ces positions. 

Quand la fracture a lieu vers l'une des extrémités du radius, 
après la réunion des fragmens on doit s'occuper de l'état des 
articulations voisines, qui sont toujours plus ou moins roides; 
on combattra l'engorgement chronique des ligamens et des 
autres parties molles, d'où dépend la difficulté des mouve- 
mens, par les moyens indiqués à l'article Des fractures en gé- 
néral. Ployez FRACTURE. 

Luxations de l'extrémité supérieure du radius. On connaît 
maintenant on assez grand nombre d'exemples de luxation en 
arrière de l'extrémité supérieure du radius, nous l'avons ob- 
servée nous-mêmes deux fois ; mais on ne connaît pas d'obser- 
vations bien authentiques de la luxation de l'extrémité supé- 
rieure de cet os en devant: cette différence vient probablement 
de la résistance des ligamens et des muscles, et suitout de la 
disposition des surfaces articulaires. Le mouvement de supina- 
tion forcée, qui serait nécessaire pour cela, est empêché par la 
petite tête de l'humérus, qui presse fortement alors sur le ra- 
dius. Nous doutons que cette luxation pût avoir lieu sans une 
complication de fracture /et nous verrons plus bas que, dans 
quelques circonstances favorables , l'articulation inférieure 
des os de l'avant-bras a cédé, plutôt que la partie antérieure 
de l'articulation supérieure. On ne peut donc point , dans l'é- 
tat présent de nos connaissances, admettre une luxation de 
l'extrémité supérieure du radius en devant. 

La luxation en arrière , la seule qui ait été observée, est 
plus fréquente et plus facile chez les entans que chez les adultes 
et les vieillards. Dans les premiers, la structure de l'articula- 
tion présente quelques particularités qui favorisent le déplace- 
ment; les ligamens en général ont beaucoup moins de consis- 
tance : il en est de même des fibres tendineuses des muscles ex- 
tenseurs, qui , a toute autre époque de la vie , augmentent sin- 
gulièrement la résistance du ligament latéral externe de l'arti- 
culation du coude, et par conséquent du ligament annulaire; 



RAD 2 9 

mais surtout la petite cavité sygmoïde du cubitus est moins 
étendue , le ligament annulaire forme une plus grande portion 
de cercle autour de la tête du radius j il est plus long, et par 
conséquent plus disposé à s'étendre et même à se rompre. Pour 
les mêmes raisons, on observe dans les enfans que les efforts 
insuffisant pour donner lieu immédialement à la luxation, 
parviennent, lorsqu'ils sont fréquemment répétés, à produire 
peu à peu un certain allongement dans les ligamens, à altérer 
plus ou moins les rapports naturels des os , et qu'ils finirent 
même par opérer un déplacement aussi étendu que dans la 
luxation soudaine et immédiate. 

Enfin, il survient quelquefois, particulièrement chez les 
sujets scrofuleux, des déplacemens plus ou moins étendus, 
produits par l'altération des surfaces articulaires ; déplacemeus 
qui doivent être rangés parmi les luxations spontanées ou con- 
sécutives. 

La luxation en arrière de l'extrémité supérieure du radius 
ne peut être que complette; l'extrémité supérieure peut s'être 
portée plus ou moins loin derrière la petite tête de l'humérus: 
mais il faut absolumentque cette dernière éminence cesse d'être 
contenue dans la dépression de la tête du radius, pour que 
celle ci soit véritablement luxée. D'un autre côté, le point de 
la tète du radius correspondant à la petite cavité sygmoïde du 
cubitus , ne peut être logé en partie dans cette dernière cavité* 
il faut, de toute nécessité, qu'il l'abandonne entièrement, pour 
ne pas y retomber et reprendre sa position naturelle. Ces deux 
articulations peuvent donc être comparées, sous ce rapport 
avec les articulations orbiculaires, où les luxations incomp Jettes 
sont impossibles. 

On pourrait croire d'abord que la luxation lente et Gra- 
duelle que nous avons dit survenir chez les enfans, serait une 
exception à cette règle générale; mais si l'on y fait attention 
on verra que la luxation ne se fait pas peu à peu, mais seule- 
ment qu'elle se prépare par le relâchement successif des liga- 
mens; que chaque fois que l'os s'éloigne un peu de sa situa- 
tion naturelle pendant un effort de pronation, il y rentre aussi- 
tôt que l'effort cesse, et que la luxation ne survient que lors- 
que l'effort est suffisant pour amener l'extrémité supérieure 
du radius derrière la petite tête de l'humérus, et alors le dé- 
placement s'opère pour ne plus disparaître de lui même. On 
n'a point vérifié si dans ce cas , le ligament annulaire est 
rompu , ou seulement allongé. Mais dans celui où la luxation 
est l'effet immédiat d'une violence extérieure, ii est incontes- 
table que ce ligament doit être rompu ; la seule tendance du 
déplacement à se reproduire au moindre mouvement eu est 
une preuve suffisante. 



3o 1\AD 

On a des exemples de la luxation dont il s'agit, produite 
par une chulc sur la main , surprise dans un état de pronation 
forcée : des trois cas recueillis par Duverney, les deux pre- 
miers sont de cette espèce, mais la cause la pius fréquente de 
celte luxation est un grand mouvement de pronation produit 
directement par une violence extérieure. 

Celte cause est très-familière chez les enfans que l'on coir- 
duit par la main dès qu'ils peuvent faire quelques pas, et lors- 
que leurs mouvemens sont encore trop mal assurés pour ne 
pas être exposes h des chutes fréquentes. Pour leur faire fran- 
chir un pas difficile, pour les élever sur les bras, dans les jeux 
par lesquels on les amuse, c'est toujours par la main qu'on 
les saisit, et le plus souvent en la portant brusquement dans 
le sens de la pronation. Aussi est-ce toujours là la cause de 
cette luxation chez eux , aussi bien que celle de ce relâche- 
ment successif des ligamens, qui finit par le déplacement per- 
manent du radius. 

Dans le moment où la luxation du radius en arrière a lieu , 
il survient une douleur vive que le malade rapporte à l'arti- 
culation; l'avant-bras est fléchi, et la main demeure fixe dans 
la pronation; la supination ne peut être opérée ni par l'action 
des muscles, ni par une force extérieure, et chaque effort ten- 
dant à produire cet effet est accompagné d'une augmentation 
considérable de la douleur; la main et les doigts sont tenus 
dans un état de flexion médiocre; enfin l'extrémité supérieure 
du radius forme une saillie manifeste derrière la petite tête de 
l'humérus. Dans un enfant de douze ans, fort maigre , sur le- 
quel j'ai observé celte luxation , la tête du radius, en se por- 
tant en arrière, avait parcouru un si grand espace et soulevé 
la peau avec tant de force, que celte membrane portait des 
marques évidentes de la distension qu'elle avait éprouvée. 

Dans les enfans chez lesquels des efforts de pronation ont 
préparé la luxation, mais ne l'ont pas encore opérée, on s'a- 
perçoit qu'elle est à craindre, en considérant le relâchement 
manifeste de l'articulation, la sail lie plus considérable que forme 
la tête du radius , pendant que l'on fait exécuter le mouvement 
de pronation , et surtout le léger engorgement des parties 
molles qui entourent l'articulation. Dans ce cas, les enfans se 
refusent à l'examen, à raison des douleurs qu'on leur cause; 
ils poussent des cris aigus , soit qu'on leur fasse exécuter les 
mouvemens de pronalion et de supination, soit qu'on leur 
fasse exécuter ceux de flexion et d'extension de l'avant-bras, 
mais surtout quand on presse l'articulation elle-même. Si on 
leur présente du bonbon, ils le prennent avec la main du côté 
sain , et si on les force à le prendre avec la main du côté ma- 
lade, et qu'ils veuillent la porter à leur bouche, ils fléchissent 



PlAD 3i 

la main et ils inclinent la tête le puis qu'il leur est possible, 
en sorte qu'ils portent cette partie vers la main, plutôt qu'ils 
ne portent celle-ci vers la tête. Pendant le sommeil , s'il leur 
arrive de mouvoir l'avant-bras malade, ils se réveillent en 
jetant des cris. Cependant la luxation n'existe point encore, 
et ou peut la prévenir en éloignant la cause qui a distendu les 
ligamens, en entourant l'articulation avec des compresses et 
un bandage roulé, trempes dans une liqueur résolutive , et en 
soutenant le membre au moyen d'une écbaipe; mais si la cause 
continue d'agir, le ligament annulaire s'allonge de plus en 
plus , se rompt même , et la tête du radius abandonne entière- 
ment la petite cavité sygmoïde du cubitus : alors la luxation 
existe réellement, et on la reconnaît aux signes dont nous 
avons parle plus haut. 

Cette luxation n'est jamais accompagnée d'accidens graves; 
mais lorsqu'elle n'est point réduite , les mouvemeus de pi o- 
nalion et de supination sont extrêmement gênés, et la main 
est beaucoup moins propre à remplir les fonctions pour les* 
quelles elle est destinée. 

Pour procéder à la réduction de cette luxation , le malade 
sera assis sur une chaise , le membre sera soutenu à la hau- 
teur convenable par deux aides, dont l'un saisira la main et 
l'autre la partie inférieure du bras. L'opérateur, situé au côté 
externe du membre malade, placera les quatre derniers doigts 
de l'une de ses mains sur le pli du coude , et le pouce sur la 
partie postérieure de la tête du radius déplacée et saillante, et 
il embrassera le poignet avec l'autre main. Les choses ainsi 
disposées, l'opérateur doit, de concert avec l'aide chargé de la 
main du malade, ramener l'avant-bras dans le sens de la supi- 
nation et dans l'extension, tandis qu'avec le pouce placé sur 
la partie postérieure de la tête du radius, il s'efforce de re- 
pousser cette éminenec en devant, sous la petite tête de l'hu- 
mérus, et de la faire rentrer dans la petite cavité sygmoïde 
du cubitus. La disparition subite de la saillie que formait la 
tête du radius; quelquefois un bruit manifeste qui accom- 
pagne ce phénomène; le retour de l'avant-bras à la supina- 
tion ; la possibilité de l'étendre et de le fléchir librement , sont 
des signes certains que la luxation est réduite. 

Dès que la réduction est opérée, le malade recouvre la fa- 
culté d'exécuter ses mouvemeus de pronation et de supination ; 
les enfans se servent volontiers de leur membre l'instant d'a- 
près, si l'on excite leur curiosité ou leur gourmandise ; mais 
c'est une imprudence de pousser jusque-là les preuves du suc- 
cès que l'on a obtenu : il ne faut pas oublier que, dans uu 
mouvement de pronation y le déplacement peut d'autant plus 
facilement se reproduire 7 que le ligament annulaire est rompu 



3a RAD 

ou fort allongé, et que les surfaces articulaires ont très-peu 
(Te'tenduc. 

Pour prévenir la récidive du déplacement, et laisser a la 
nature le temps de réparer dans le repos le désastre que l'arti- 
culation a souffert, il faut s'opposer au mouvement de pro- 
nation. Dans cette vue, après avoir placé l'avant-bras dans la 
flexion, et la main dans une légère supination, on entoure 
l'articulation avec des compresses longuettes, que l'on soutient 
avec un baudage roulé, médiocrement serré; ensuite ou place 
le membre dans une écharpe, et l'on met sur la partie anté- 
rieure de l'avant-bras et de la main un rouleau de linge ou un 
paillasson de balle d'avoine, afin de prévenir le mouvement 
de pronation qui pourrait renouveler le déplacement. Si les 
parties molles sont engorgées, tendues et douloureuses, on 
emploiera les cataplasmes émolliens et anodins, et, aussitôt 
que l'engorgement sera dissipé, on aura recours aux résolutifs. 
Lorsque le radius a une tendance marquée à se déplacer de 
nouveau, comme je l'ai vu sur un enfant de sept ans , qui s'é- 
tait fait la luxation dont il s'agit en tombant d'une petite voi- 
ture qui était traînée par d'autres enfans, on place une attelle 
de bois le long de la partie postérieure de cet os, et on l'assu- 
jétit avec quelques tours débande. 

Après le vingtième ou le vingt-cinquième jour, temps au 
bout duquel ordinairement l'articulation est raffermie, il faut 
rendre au membresa liberté, en supprimant l'appareil, et tra- 
vailler au rétablissement des mouveinens, en les faisant exer- 
cer avec la prudence convenable. 

Dans le cas où l'on s'aperçoit chez les enfans que l'articu- 
lation a été relâchée, et qu'il y a du danger pour une luxa- 
tion prochaine, après s'être assuré qu'il n'existe aucune pro- 
babilité de l'altération des surfaces articulaires par un vice in- 
terne on doit , comme nous l'avons dit plus haut, s'empres- 
ser de défendre expressément aux personnes chargées des soins 
de l'enfant, de jamais lui forcer l'avant - bras dans la pro- 
nation en le tirant par la main; interdire toute espèce d'eïfort 
et même de mouvement de la part du bras ; faire assujétir, s'il 
Je faut, le membre auprès du corps du petit malade , et calmer 
l'inflammation etl'irritation, s'il yen a, par l'usage des topiques 
émolliens-, s'il n'y a pas d'engorgement inflammatoire, ou 
bien quand il est dissipé, la suppression de la cause et le repos 
suffisent pour que la nature raffermisse l'articulation relâchée. 

(boteii) 

RA.DOTA.GE, s. m., discours sans suite et dépourvu de 
sens, quia son principe dans l'affaiblissement des organes, par 
l'effet de>> progrès de l'âge ou de toute autre cause capable de 
porter sur les facultés intellectuelles une influence débilitante, 



RAD 33 

et de déterminer une décrépitude prématurée , au physique 
comme au moral. On donne encore ce nom à cette manie 
qu'ont en général tous les vieillards de revenir sans cesse sur 
les récits qu'ils ont mille et mille lois répétés à tous ceux qui 
les environnent, de n'occuper tout le monde que du souvenir 
de leurs anciennes affections , de fatiguer toutes les oreilles 
d'histoires renouvelées chaque jour, et que le seul respect 
que l'on doit à la vieillesse, ou bien les liens du sang, don- 
nent à ceux qui sont obligés de les entendre le courage de les 
écouter avec une patience affectueuse. Celle manière d'être 
constitue ce que l'on nomme familièrement le rabâchage , es- 
pèce de radotage bien répandu dans le monde, qui ne tait pas 
Je partage exclusif des vieillards, et n'est pas toujours le fruit 
des années. Que d'individus radotent ou rabâchent dans la so- 
ciété, et qui sont pourtant dans la force de l'âge! C'est que 
les passions qui agitent le jeune homme, peuvent déterminer 
momentanément cette disposition chez lui, eu affaiblissant l'in- 
tégrité de sa raison; et si le vieillard radote ou rabâche lors- 
qu'il pense a ses anciens souvenirs, le jeune homme que sa 
passion consume eu fait autant sur l'objet présent de son affec- 
tion; aussi peut-on dire avec raison que dans bien des cas, le 
radotage est le langage des amans. Il n'y a de différence entre 
le premier et les derniers que celle de la cause et de la durée. 
L'homme ne serait peut-être pas aussi vain de sa raison, s'il 
réfléchissait bien au peu d'instans dont il en jouit dans toute 
sa plénitude; en effet, dès qu'il entre dans la carrière de la 
vie, elle est absolument nulle pour lui; des impressions que 
le temps amènera ne l'ont point encore développée : arrivé à 
l'âge orageux de la jeunesse et de la force, époque où sa rai- 
son lui deviendrait si nécessaire, à peine peut-il la trouver 
quelques momens au milieu des passions de toute espèce qui 
le tourmentent; et lorsqu'enfin délivré par le temps des illu- 
sions trompeuses de la vie, il s'apprête à jouir du fruit de son 
expérience, au moment où sa raison mûrie , et dégagée de tous 
les prestiges qui l'obscurcissaient, pourrait lui rendre de véri- 
tables services, il la perd; à peine a-t-il appris à penser, que 
dans lui la pensée s'affaiblit, disparaît, et fait place a l'im- 
bécillité. 

On sent de la pensée 
Se déranger tous les ressorts ; 
L'esprit nous abandonne , et notre ame é&ipsée 
Pcid en nous de son être , et meurt avant k corps. 

Volt. 

L'état de radotage n'est point positivement une maladie ; 
c'est le résultat inévitable de la succession des années du 
temps qui use nos organes ; c'est un phénomène naturel et 

47- 3 



34 RAD 

pour ainsi dire constant , qui n'a rien qui doive étonner le 
physiologiste, habitué à observer d'une manière comparative 
Ja progression du dépérissement de nos parties et l'affaiblisse- 
ment de nos facultés mentales , dont Je radotage n'est que le 
dernier terme. Ce n'est point en effet tout d'un coup qu'il se 
manifeste ; il est précédé par des symptômes qui l'annoncent 
et le font craindre. Le vieillard arrivé a une certaine époque 
sent son esprit faiblir; il conserve bien encore l'intégrité de 
son jugement , mais ses perceptions rie sont plus aussi fortes : 
la mémoire manque, suitout celle des événemens les plus ré- 
cens j les seuls souvenirs anciens se maintiennent, parce qu'ils 
sont plus fortement gravés, et c'est en raison de cela que le 
vieillard aime tant à les rappeler : dès-lors que la mémoire 
manque, les termes de camparaison nécessaires pour unir et 
former les idées ne suffisent plus , et le jugement se perd pro- 
gressivement. Celte époque est très-pénible pour lui; il la sent; 
il voudrait se la cacher à lui-même, parce qu'il conçoit qu'il 
approche du moment où ses forces physiques et morales vont 
se dissoudre. II est d'observation que les vieillards qui sont 
arrivés là sont extrêmement susceptibles , qu'ils s'irritent faci- 
lement, parce qu'ils supposent toujours que ceux qui leur sont 
opposés dans la discussion ont deviné le secret de leur faiblesse 
et s'en font un appui. Malheur à celui qui , par une franchise 
déplacée, ou un manque d'égards condamnable, oserait pré- 
venir le vieillard qu'il est temps qu'il se repose, qu'il dorme 
en paix sur ses travaux passés, dont ses travaux présens ne 
pourront que ternir l'éclat : il se sera fait un ennemi qui ne 
lui pardonnera jamais, et nouveau Gilblas, il aura trouvé un 
nouvel archevêque de Grenade ! Quoi qu'il en soit, et malgré 
de nombreuses exceptions, il est une observation générale, 
c'est que la vieillesse est peu propre aux travaux de cabinet. 

Gigni panier cum coipore et una 

Crescere senlimus , patiterque senescere mentem. 

LUCUKT. 

II suffît, pour se convaincre de cette vérité, de jeter un coup 
d'oeil sur les divers ouvrages dont les grands hommes ont enri- 
chi noire littérature. 11 est facile de voir l'immense distance qui 
s( ; p;ire ceux qu'ils composèrent à l'époque de la force, alors 
que le temps ne leur avail encore rien ôté, de ceux qui signa- 
lèrent la fin de leur carrière. C'est à ce sujet que le satirique 
Borieau disait des dernières productions du grand Corneille : 
Ai)ics l'Agésilas , 

Hélas ! 
Mais après TA ttila , 
Hola! 

Montaigne a dit que la vieillesse n'altachait pas moins de rides 
à l'esprit qu'au visage. 



RAD 55 

Mais jusque-là l'esprit n'est encore qu'affaibli, il n'y a 
point radotage : ce n'est que plus tard qu'il arrive, lorsque, 
tombé dans la décrépitude par la perte successive de presque 
tous ses sens et de toutes ses facultés , il ne montre plus à l'œil 
étonné que des débris au physique et au moral. 

L'homme, dans son dépérissement comme dans sou accrois- 
sement, suit toujours à peu près une marche régulière, tout 
ne se perd pas en même temps ; ce sont les facultés qui, les 
premières, ont été en action, qui disparaissent les premières ; 
elles s'en vont dans le même orare qu'elles sont venues. Aussi 
la mémoire est -elle celle qui manque d'abord : prima lan- 
guescil senum memoria, longo las t. a sublabens sciai ( Senec. ) 
L'imagination s'éteint ensuite, le jugement se maintient en- 
core; mais basé sur la mémoire, Il ne peut tarder à se perdie 
également ; c'est alors que survient le radotage , si bien exprime 
par ces mots, état d'enfance. En effet, les vieillards semblent 
alors reprendre les goûts et les passions de cet âge : iSïtque se- 
nex iterum puer ( Lucret ). Quel spectacle que celui de l'homme 
arrivé au dernier période de la vie, et qui, après avoir traveisé 
l'âge delà force et de la maturité, après avoir rempli le inonde 
du bruit de son nom et de l'éclat de ses travaux, retombe dans 
cet état de faiblesse qui caractérise l'enfance, et près de suc- 
comber sous les coups du temps, se rapproche en quelque 
sorte de l'origine de sa vie ! Le célèbre Marlboroug nous oifre 
un grand exemple de cet état déplorable. Ce guerrier, si heu- 
reux dans les combats, qui porta de si grands coups à la 
Frauce , et fit trembler si longtemps Louis xiv, devenu octo- 
génaire, était tombé dans une imbécillité comphtte, se lâchant, 
s'apaisant sans sujet, et servait , pour ainsi dire, de jouet et 
d'objet de pitié h tout ce qui l'environnait. Que d'exemples on 
pourrait joindre à celui ci! On sent facilement qu'en pareille 
matière ils ne seraient pas difficiles à trouver. 

L'époque à laquelle l'homme commence à radoter n'a rien 
de fixe; elle peut arriver plus tôt ou plus tard, suivant la mul- 
titude de circonstances dans lesquelles l'individu s'est trouvé 
dans le cours de sa vie, et qui peuvent avoir été de nature à 
amener une décrépitude prématurée , ou à reculer de quelques 
années ce terrible moment. Eu général, ceux qui oui use avec 
excès de toutes les jouissances de la vie, mais essentiellement 
de celles de l'amour, y arrivent beaucoup plus lot, parce que 
ces sortes d'excès portent spécialement sur le système nerveux, 
sur le principe de l'intelligence. On voit de ces individus ra- 
doter quelquefois bien longtemps avant làgc de la décrépi- 
tude , à soixante ans. 

Il n'est pas rare cependant de voir des hommes pousser leur 
«arrière jusque dans un Age irçs-avancé , el conserver leurs Lit 



36 RAF 

cultes intellectuelles presque intactes. Ces exemples se rencon- 
trent tous parmi les nommes qui ont su conserver jusqu'à la 
fin des organes vigoureux, par le moyen d'une vie bien réglée 
et d'un régime bien entendu. C'est que le physique et le moral 
se lient et s'enchaînent si étroitement, qu'il est bien rare que 
la force ou la faiblesse de l'un ne coïncident avec la force ou 
la faiblesse de l'autre. 

Une remarque qui a été faite par plusieurs observateurs, 
c'est que les hommes qui ont cultivé les sciences et les arts, et 
dont le cerveau a été pendant toute leur vie dans une activité 
permanente, sont beaucoup moins sujets à radoter que ceux 
qui u'ont exercé leur intelligence que dans les rapports, ou 
pour les besoins ordinaires de la vie, et l'on sera plus encore 
convaincu de cette observation, si l'on jette un coup d'œil sur 
les hommes qui se sont illustrés dans la carrière des lettres, et 
qui , presque tous, sont morts à un âge très-avancé, avec im 
jugement sain. Tels sont, entr'autres, Foutenelle et Voltaire* 
La raison de cette particularité est dans l'excitation qu'un tra- 
vail constant et habituel communique au cerveau. Cetétatfinit 
par devenir permanent, et se soutient jusque dans un âge très- 
reculé, pour pi u qu'il soit entretenu. On peut dire que c'est 
une habitude queie cerveau a contractée depuis de longues an- 
nées, et dont il lui est impossible de se d- faire, au point que 
de tous ics organes de l'économie, il est 'c plus vivant, qu'il 
conserve jusqu'à la fin son activité, souvent même dans un 
corps débile , qu'il est pour ainsi dire Y ultirnumjnoriens. 

S'il est quelques vieillards qui, soit par l'effet d'une force 
morale peu commune , soit par l'influence d'une force physi- 
que bien ménagée, savent se soustraire à celte loi générale qui 
condamne tous les hommes à rentrer dans l'étal d'enfance avant < 
de cesser d'être, il n'en est aucun qui n'éprouve d'une manière 
plus o\\ moins marquée l'influence funeste de l'âge, et ne se 
ressente plus ou moins de la faiblesse morale qu'il amène. Aussi 
est-ce en raison de cette faiblesse qui, pour n'être point le ra- 
dotage, n'en n'est pas moins le plus ordinairement incompa- 
tible avec l'intégrité du jugement, que les législateurs, mettant 
les vieillards sur la même ligne que les enîans , les ont décla- 
rés incapables de remplir certaines fonctions dans la société, 
et les ont également affranchis de certaines peines que les au- 
tres encourent. P^OYeZ VIEILLESSE. (reyi>ellet) 

RAFRAICHISSANT, adj. , réfrigérons. On donne ce nom 
aux mcdicameùs qui ont la propriété de combattre eflicace- 
nicnt l'iriitaliou des parties, l'augmentation du caloiique, 
l'inflammation, etc. , etc. V 'oyez tempjÉba-nt, qui signifie 
exactement la même chose. ( »■ *• «O 



R A G 37 

bercer (ccorgius), Disserlaiio de réfrigéra ntiiim modo operandi mecha- 

nico ci usa inedico ; in~4°- Jïrfnrduv , 1 702. 
carthekser ( jobannes-r riderions ) , Disstrtatïo de rejrigerantium diffé- 
rend indole ac modo operandi; in-.^ - Francojurli ad fiadrum , l 'j^n. 
BAHBBB6BB ( Georgius-Eiïtardus ) , Dissertatio de calore acfrigore cotporis 

liumani , alque modo agendi remédiai uni refrigerunlium cl calefacLtn- 

tium ; iii-4°. lenœ , 1 7 5 1 . 
breîvdfl (joannes-GOlbotVedus) , Disserlaiio dejuslâ melhodi rejrigeranlis 

in morbis erstimatione ; in-4°. (soettingœ, 1^5%. 
faselius ( johannes-Fridericus), Disserlaiio de medicamenlis rejrigeran- 

libus ; in~4 . Ienœ, 1 y 64- 
carrère ( Joseph— nancois ), Dissertation médico-pratiqne sur l'nsage dos ra- 

fraîcliîssaos et des échaufTans dans les fièvres exandiématiques; in-8°. Paris, 

scîiroeder ( f. F..), Disserlatio de melhodo réfrigérante et antiphtngis~ 
Ucd; in-4°. Erfordiœ , 1 790. (\ .) 

RAFRAICHISSANTE (méthode). Voyez tempérant. 

(F. V. M.) 

RAGE, s. f., rabies des Latins, kv/rtret, des Grecs : maladie 
ainsi nommée, à cause de la fureur qui parait transpoiter les 
animaux qui en sont attaqués. Chez l'homme , la rage propre- 
ment dite est toujours occasionée par la morsure d'un ani- 
mal enragé ; elle a pour caractères principaux , un sentiment 
d'ardeur et de construction au cou et à la poitrine, un accrois- 
sement de sensibilité' des organes des sens, l'horreur des 
fluides, des accès de convulsions, et la terminaison prompte 
par la mort. Loin d'être constante, îa fureur n'existe pas or- 
dinairement; le phénomène le plus remarquable est l'horreur 
de l'eau : de là, la dénomination d'hydro phobie , devenue le 
synonyme du mot rage. 
§. 1. Distinctions établies. 

1. On a réuni sous ces deux noms toutes les maladies dans 
lesquelles le même phénomène s'est' montré. Mais plusieurs 
médecins, frappés de Ja confusion qui en resuite, ont proposé 
de restreindre le mot hydrophobie à son sens étymologique, 
c'est à-dire à la crainte, à l'horreur des liquides, et de nom- 
mer rage cette m tlade horrible essentiellement susceptible de 
se transmettre par la morsure de plusieurs animaux qui en 
sont déjà atteints, et dont l'hydi ophobie ( symptôme commun 
à beaucoup d'affections) n'est qu'un seul des accideus qui 
l'accompagnent. 

Cette distinction est importante. La société royale de méde- 
cine ne l'a point établie d'une manière positive dans le vo- 
lume de sou Histoire et de ses Mémoires, qui contient la col- 
lection immense d'observations et de recherches qu'elle a pu 
rassembler sur la rage (ann. 1783, seconde partie) ; mais dans 
le compte que cette célèbre et laborieuse compagnie rend de 
ses travaux , à la tête du volume, on lit constamment le mot 
ragc ? et jamais celui hydrophobie, excepté pourtant une seule 



38 RAO 

fois , où elle introduit celui-ci de manière à laisser voir l'opi- 
nion à laquelle elle inclinait; car elle dit : « Dans la première 
section , on a place les diverses observations envoyées sur la na- 
ture, les préservatifs et le traitement de la rage communiquée : 
on a rangé, dans la seconde seclion, celles sm Y hydropho- 
hie spontanée. » ( TJisL, pag. 4). 

La différence que nous venons d'indiquer n'est pas la seule : 
il y en a encore d'autres que nous allons énoncer succincte- 
ment. L'hydrophohic est l'effet de diverses circonstances , et 
complique un giand nombre de maladies ( t'oyez hydropho- 
bie, lom. xxn, pag. 33o), dans lesquelles elle survient le 
jour même ou peu de jours après la cause qui y donne lieu, 
et peut, le plus souvent, être guérie avec ces maladies ou 
même indépendamment d'elies. La rage, au contraire, ne se 
développe qu'après un laps de temps assez long, et une lois 
déclarée, elle a paru jusqu'à présent incurable ou presque in- 
curable. Quelque analogues qu'on suppose la rage et Ihydro- 
phobie qui s'observent dans d'autres maladies, elles sont donc 
essentiellement différentes par leurs causes, par leur marche, 
et surtout par leur curabihlé, et nous ajouterons par les moyens 
qu'elles réclament. 

2. Ainsi , adoptant une distinction que l'exactitude du lan- 
gage médical exige , on appellera rage, dans cet article, l'en- 
semble des phénomènes redoutables qui sont, chez l'homme, 
la suite de la morsure d'animaux dits enragés , et que presque 
tous les auteurs en médecine ont désignés ordinairement et in- 
différemment sous les dénominations à 1 hydrophobie ou de 
rage canine , communiquée , contagieuse , vraie, vulgaire, et 
rabieuse ou rabique. En cela, nous nous conformons à l'opi- 
nion du savant collaborateur qui a rédigé l'article hydropho- 
bie , et à celle de M. Andry (dont Je nom doit être honora- 
blement cité dans tout écrit sur la rage), qui avait, depuis 
la publication de ses recherches sur cette maladie, donné 
l'exemple de la distinction que nous établissons (Voyez En- 
eycl. méihod. , Dict. de mêd. , art. hydrophobie). 

3. Les médecins qui ont confondu dans leur esprit l'hydro- 
phobie ( symptôme) avec la rage, les ont pourtant, pour la 
plupart , distinguées de fait, sous les noms de rage spontanée 
et de îage communiquée. Quelques uns ont admis une troi- 
sième variété, sous celui de rage tiaumatique ; enfin, il en est 
qui ont divisé la rage en essentielle et en symptomatique. 

La lage spontanée des auteurs se développe sans cause évi- 
dente, comme dans le premier qui en fut atteint. Leroux, de 
Dijon, l'appelait rage de cause interne. Elle fait le sujet de 
l'article hydrophobie de ce Dictionaire. 

La rage communiquée, qui succède à la morsure des ani- 



R A G 09 

maux enragés, est produite par l'inoculation d T un virus pro- 
pre à cetle maladie. 

La rage traumatique, qui n'est qu'une hydrophobie, est 
causée par une blessure , ou par Ja morsure d'un animal non 
atteint de la rage. 

La distinction la plus généralement reçue , en rage spon- 
tanée (hydrophobie) et en rage communiquée ( rage propre- 
ment dite) , paraît simple et naturelle : toutefois , elle est une 
source d'obscurité. En effet, sous le nom de rage spontanée , 
on confond deux maladies différentes : i°. celle qui naît ou 
semble naître d'elle-même dans plusieurs animaux, et 
qui est contagieuse ; 2, . celle qui semble aussi se développer 
spontanément dans l'homme, et qui n'est , aux yeux de beau- 
coup de médecins, dont nous partageons l'opinion, qu'une 
hydrophobie symptomatique non contagieuse. Enfin , par la 
dénomination de rage communiquée, on sépare celle qui sur- 
vient par la morsure d'un animal enragé, de celle qui se dé- 
veloppe spontanément dans les chiens, etc. Le nom de rage 
communiquée a encore été donné à l'Iiydrophobie symptoma- 
tique qui suit quelquefois la morsure d'un homme ou d'un 
animal non enragé. Voyez plaie et tétanos. 

4. Pour éviter touîe confusion, nous appellerons hydro- 
phobie contagieuse ou simplement rage, la maladie dont nous 
traitons. 

5. Nous pourrions, afin de mieux éclairer le point de doc- 
trine que nous avons établi ( 1 , 5), mettre sous les yeux du 
lecteur quelques-uns des exemples les plus connus sous les 
noms de rage spontanée et de îagc symptomatique; mais le 
grand nombre de ceux qu'on a rapportes à l'article hydropho- 
bie, nous dispeuse d'en citer d'autres. En les lisant avec at- 
tention, on reconnaît toujours une maladie essentielle, tantôt 
inflammatoire, tantôt nerveuse, accompagnée d'horreur de 
l'eau, et jamais l'existence d'un virus qui , développé dans 
certains animaux, a communiqué, par contagion, la rage, 
dont il est le caractère le plus essentiel. Voyez hydrophobie. 

§. 11. Synonymie. 

(5. Outre le nom d'hydrophobie, la rage en a reçu d'autres. 
Cœlius Aurelianus nous apprend qu'on la nommait cynolissori 
(de X vvo *i ge'nitif X Vft "S chien, et de hv<T<r& , rage),et;;/ioZ;o- 
dipson ( de <poCoç , crainte , et de £i*\,cta> , j'ai soif) , parce qu'on 
éprouve en même temps une soif intense et l'horreur de l'eau. 
Elle a encore été appelée hygrophobie ( les Grecs lui avaient 
déjà douné ce nom) , aérophobie, panophobie ou panto- 
phobie, cynanthropie , brachypotie , angine, et, dans ces 
derniers temps, angine spasmodique ( FothcrgHl ) , fièvre 
nerveuse portée à son plus degré (Reich) , rage furieuse (Bos- 
quiiloi) , dans sa traduction de Culleo), toxieose rabique 



4o R A G 

( M. Baumes) , et tétanos rabien (M. Girard ). Les titres d'un 
grand nombie d'ouvrages qui tiaitent de cette maladie, la dé- 
signent par la circoDloculion , morsure des chiens ou d' ani- 
ma ua enrage' s. 

§. m. Places assignées à la rage dans les cadres nosolo- 
mques, 

■j Les autours ne diffèrent pas moins entre eux sur la place 
de la rage dans le cadre nosoiogique. Fi. Boissier de Sau- 
vages et J. \S Michel Sagar la lui assignent dans la classe des 
vésanies, et dans l'ordre des morosités; Charles Linné, dans 
Ja classé des maladies mentales, et dans l'ordre des maladies 
pathétiques : RudoJpIie Vug. Yogel, parmi les fièvres conti- 
nues simples : David Macbi ide , parmi les spasmes ; Guillaume 
CuIImj, dans la «lasse des névroses, et dans l'ordre des 
spasmes (Cenera morbor. ), ou des affections spasmodiques 
sans fièvre, section des affections spasmodiques d> s fonctions 
naturelles {Eléni. de méd. pratiq. ) ; Tourtelle, dans la classe 
des névroses, dans J'oich» des douleurs, et dans le sous-ordre 
des douleurs fixes ; Darwin, dans deux classes : i°. dans celle 
des maladies de l'irritation, avec mouvemens rétiogrades du 
canal alimentaire, 2°. et dans celle des maladies de la voli- 
tion , avec augmentation d'action des muscles; Chr. Godefroi, 
Selle, parmi les maladies vénéneuses produ tes par un venin 
externe; M. Pinel , parmi les névroses des fonctions cérébrales; 
M. Baumes, dans les oaygénèses , sous-classe des su roa y ge- 
nèses , et dans le genre des toxicosesj M. Chaussicr, parmi les 
fièvres nerveuses qui affectent le principe vital, et particuliè- 
rement la salive. 

Nugeut ( Essay on ihe hydrophobia) , Morgagni ( De scd. et 
cousis morb. , epist. 61 , art. 16), Roure [Mém. de la soc. 
roy. de méd, , an. 1783, part. 11, pag. 1 : ), Bouteille {Jbid., 

Î>ag. 1^9)» Charles-Frédéric Bader, Marcel, MM, Andry , 
Portai , Jacques Mease, de Philadelphie , etc. , etc., ont affirmé 
ou allirment que la rage est une maladie nerveuse, convul- 
sive et spasmodique; Bocrhaave, et beaucoup d'autres, qu'elle 
est inflammatoire; Benj. Rusb, que c'est une fièvre maligne 
portée à un haut degré 1 , et compliquée d'une squinancie la- 
j vngee. J oyez plus haut (6 ) les opinions d'Antoine Fother- 
gill , de Godcfi oi-Çhr. Reich et de M. Girard . <ie Lyon. 

Les auteurs de toxicologie ont traite de la rage, ei les chi- 
rurgiens la rangent parmi les accidens occasionés par des plaies 
envenimées, ci avec les plaies par morsure ou a leur suite. 
M. ». Delpech la classe parmi les corps étrangers, article des 
corps tr« ers liquides introduits du -dehors. 

tf. Les noms multipliés donnes à la rage (2 , 3, G), et les 
places si différentes qu'où lui a fait occuper parmi nos mala- 
dies ( 7 ) , montrent combien en est peu d'accord sur sa nature. 



RAG 4i 

Néanmoins, les médecins , à l'exception de plusieurs cepen- 
dant, ont toujours conclu de leurs recherches, qu'elle est, 
chez, l'homme, produite par un virus sui generis , absorbé et 
porté ensuite sur le système nerveux ou vasculaire, qui en 
est affecté d'une manière particulière. Quant à ceux qui ne 
pensent pas ainsi , ils regardent la rage comme reflet d'une ir- 
ritation locale fixée dans le lieu de la blessure , et déterminant 
ensuite une névrose générale, une inflammation a la gorge, etc., 
ou bien comme l'effet, dans tous les cas, d'une imagination 
fortement frappée par la crainte de la maladie ( 1 1 ). Selon 
ces derniers, la rage n'est point contagieuse. 

Lorsque nous l'aurons décrite, nous reviendrons sur sa na- 
ture (i38). 

§. îv. Historique. 

t). On doit croire que la rage a existe de tout temps. Mais 
est-ce une raison pour penser avec des auteurs, parmi les- 
quels nous devons compter le savant M. Rurt Sprengel, qu'Ac- 
téon, fils d'Arislée et d'Antonoë , en mourut? Nous ne pou- 
vons nous persuader qu'il faille admettre comme première 
trace de la rage, la fable d'Actcon métamorphosé en cerf et 
déchiré par ses chiens. 

Les écrits des Grecs ne disent presque rien de la rage. Aucun 
passage des livres d'itippocrate, et de ceux qu'on lui attribue , 
ne la désigne clairement ; il ne paraît pas certain non plus 
que Démocrile et Polybe l'aient observée chez l'homme. Le 
fameux philosophe deSlagyre, Aristote, qui floriaiaît environ 
un demi-siècle après l'illustre vieillard de Cos, et qui s'est 
occupé des maladies de plusieurs animaux, dit que les chiens 
soûl sujets à la rage et rendus furieux par elle , mais que les 
hommes qui sont mordus par des chiens enragés ne sont point 
atteints d'hydrophobie (flist. anim., lib. vm, cap. 2-2). 

10. S'il n'est pas prouvé que les médecins de l'antique 
Grèce eurent connaissance de la rage dans l'espèce humaine, 
il n'y a point de doute qu'il n'en était pas de même à Rome 
dans les dernières années de la république : il parait que plu- 
sieurs médecins la croyaient alors nouvelle (Ccelius Aurelia- 
.nus, Acutor. morb., lib m, cap. i5); et, selon FJutaïque, 
elle n'a commencé réellement à se manifester dans l'homme 
que du temps d'Asclépiade. Vers celui d'Auguste, Marcus 
Artorius, un certain Artémidore de Sida , et l'archiàlre Ma- 
gnus , voulaient que l'estomac ou bien le diaphragme en lût le 
siège; ils se fondaient principalement sur les vomissemens et 
les espèces de sanglots qu'on observe ( Cœlius Aurelianus, 
Jcut. morb., lib. m, cap. i4; Kurt Sprengel , ïfist. de la 
méd. t traduct. de M. A.-J.-L. Jourdan, lom. 1, pag. 4<>3 , et 
lom. 11, pag. JyctQi). 



44 RAG 

ii. A. Cornélius CcSsc définit ia rage une maladie extrê- 
mement fâcheuse, dans laquelle les malades sont a la fois 
tourmentes par la soif et par l'horreur des boissons. La descrip- 
tion qu'il en trace brille de précision et d'élégance. Il veut que 
lorsqu'un homme a été mordu par un chien enragé, on appli- 
que une ventouse sur la morsure, et qu'on brûle cette dernière 
si la partie le permet ; sinon, il conseille la saignée. Il dit que 
plusieurs médecins cherchaient à prévenir le développement 
de la rage , en faisant mettre, immédiatement après la bles- 
sure , le malade dans un bain , où il devait suer jusqu'à ce que 
ses forces l'abandonnassent, et où il fallait que la plaie restât 
à nu pour que le virus pût s'en écouler avec le sang. Ensuite, 
l'on faisait boire beaucoup de vin généreux. On répétait les 
mêmes choses pendant trois jours; après quoi, ajoute Celse, 
le malade paraissait hors de danger. Il parle aussi de jeter les 
malades dans l'eau froide, et de les mettre dans des bains 
d'huile chaude (Derc. medicâ^Yxh. v, sect. 12). 

La rage devint un peu plus tard l'objet de l'attention sérieuse 
de Dioscoiïde(Op. , lib.vn,cap. 2), de Pline l'Ancien (Op., 
lib. in , c. 5o - y lib. vm , c. 40 » ^e Malien et de Cœlius Aure- 
lianus. Galien et Cœlius fuient peut-être les premiers qui re- 
connurent que l'hydrophobie peut naître chez l'homme, quoi- 
que sans contagion. 

Cœlius Aurelianus est celui de tous les anciens qui a fait le 
plus de recherches, réuni le plus de notions sur la rage. Il la 
range parmi les maladies aiguës, et il la rapporte au strictum. 
Il nous a conservé les noms et fait connaître les sentimens de 
plusieurs médecins ou philosophes qui avaient écrit sur cette 
maladie, mais dont les ouvrages sont perdus (De nwrb. acut. t 
lib. ni). Il faut, selon lui, ou plutôt selon Soranus d'Ephèse, 
qu'il parait avoir traduit, rejeter de son traitement les ven- 
touses , le fer et le feu ; il indique, pour la combattre, les re- 
lâchans et ce qui peut diminuer les douleurs ; mais les précau- 
tions nombreuses qu'il recommande n'ont pas, pour la plu- 
part, ainsi qu'on l'a dit, été inventées au lit des malades, ou 
ne les auront pas empêchés de mourir dans les convulsions 
de la rage. Il soulenaitquedès la plus haute antiquité on avait 
reconnu que l'homme y était sujet. Mais, comme M. Combes- 
Ikassard l'a prouvé tout récemment, Cœlius Aurelianus n'est 
point une aussi grande autorité qu'on le croit, ses assertions 
n'étant souvent appuyées que sur des témoignages douteux et 
sur des interprétations forcées de divers auteurs (Journ.compl. 
de ce Dict. , tom. v , pag. 179 et suiv. ). 

12. Depuis Galien et Cœlius Aurelianus , on ne trouve 
nlus de Latins dignes d'êlrc'cilés. Mais on compte parmi les 



Il A G 43 

Grecs ou ceux qui ont écrit en grec, Aëtius, Paul d'Egine 
ou Paul Egiuette, et Actuarius, auxquels on peut ajouter 
Arétée deCappadoce, et Rufus ou Ruffus d'Ephèse. Ce der- 
nier, qui vivait un peu avant Gaiien, paraît avoir parlé du 
mouron rouge [anagalUs) , comme utile contre la rage (Rurt 
Sprengel, otivr. précité, t. 11, p. 48). Aëtius ou Aëce, le pre- 
mier auteur chrétien peut-être dont nous ayons des écrits sur 
la médecine, et qui vivait dans le cinquième siècle de notre 
ère, recommande non seulement de tenir ouvertes les plaies 
faites par des animaux enragés, mais encore, si elles se fer- 
ment , de les rouvrir aussitôt; il voulait qu'on entretînt la sup- 
puration pendant deux mois (Tetrabiblos , etc. Voyez M. Au- 
di y, Recherches sur la rage). 

i3. Parmi les Arabes, il y en a deux dont les noms appar- 
tiennent à l'histoire de la maladie qui nous occupe : ce sont 
Jahiah Ebn Sérapion et Rhazès. Jahiah Ebn Sérapion , ou 
Jehan, fils de Sérapion, regardait comme incurable l'Irydro- 
phobie provenant de la morsure d'un chien enragé, lorsque 
cette maladie était bien déclarée (Kurt Sprengel , 1. 11, p. 280). 
11 dit que le grand chaud et le grand froid la font naître chez 
les chiens (M. Andry ). Rhazès prescrit de la prévenir par 
l'application locale des caustiques ; après quoi il veut qu'on 
donne des médicamens qui opèrent l'évacuation de la bile 
noire, dont, selon lui, il faut nécessairement supposer la pré- 
sence dans la maladie (Kurt Sprengel, Ibid. , pag. 29S). 

14. Les irruptions des Barbares ayant, pour ainsi dire, 
précipité dans une profonde ignorance les nations de l'Asie et 
de l'Europe, il faut franchir un long intervalle pour trouver 
dans ces pays des ouvrages dignes de quelque attention, écrits 
sur la rage comme sur la médecine en général. Aussi , on ne 
peut citer qu'Arnaud de Villeneuve et Pierre d'Apono ou 
d'Abbono pendant le treizième siècle, et, au commencement 
du quatorzième, Mathieu Sylvaticus de Mantoue ( Voyez 
M. Andry ). 

i5. 11 paraît que les anciens, et les médecins antérieurs au 
renouvellement des lettres en Europe, regardaient, pour la 
plupart, la rage comme une maladie essentiellement incura- 
ble , lorsqu'elle existe déjà, et *>e se sont flattés que de pou- 
voir empêcher son développement. H y a bien près de ces 
idées à celles d'aujourd'hui , et la différence, s'il y en a , est 
nulle, quand on sait encore qu'ifs attribuaient la rage à un 
germe, a un virus, à un venin déposé dans les plaies, où. il 
restait cantonné pendant quelque temps avant de faire explo- 
sion, et que le traitement avait pour but de détruire ou d'em- 
porter ee virus avant qu'il n'infectât toute l'économie. C'est 
pour cela qu'ils l'attaquaient d'abvud dans le lieu même où il 



44 RAG 

avait été introduit , par des ventouses , par le fer", par le feu , 
et qu'ils entretenaient ensuite, durant plusieurs semaines, et 
même plusieurs mois* une grande suppuration, espérant attirer 

au dehors la portion du virus qui avait pénétre dans l'inté- 
rieur. Ils employaient aussi des remèdes internes, ils faisaient 
prendre des bains, ils purgeaient, ils tâchaient d'exciter des 
sueurs; mais ce n'était , en générai, que secondairement et 
pour favoriser le succès du traitement local. Plusieurs d'entre 
eux ont, comme on l'a fait depuis, cherché un antidote, un 
spécifique; et, quand ils ont cru le connaître, ils ont égale- 
ment négligé le seul mode de curation qui aurait pu sauver les 
malades. 

16. Tels sont, jusqu'au quinzième siècle, les détails histo- 
riques les plus imporlans sur la rage. Mais après la prise de 
Conslantinople par les Turcs, les Grecs, qui s'étaient sauvés 
en Italie, ayant répandu dans cette contrée le goût de la lilté 
rature, on vit, à compter de l'époque où les sciences sortirent 
enfin des ténèbres, paraître mie foule d'écrits sur la médecine, 
cl en particulier sur la rage. Ici commence, en quelque sorte, 
une nouvelle ère pour la maladie qui nous occupe ; les faits 
les plus nombreux sont recueillis, interprétés, discutés; leur 
collection existe pourrons, et c'est d'elle presque unique- 
ment que les rédacteurs de cet article doivent le tirer. Nous ne 
pourrions indiquer sans des répétitions multipliées, inutiles, 
fastidieuses, quand bien même il nous serait donné de le faire, 
les idées, les observations et les titres des ouvrages de la plu- 
part de ceux qui ont écrit sur la ragé. La longue liste des au- 
teurs que nous citerons dans le corps de notre travail, suffi- 
rait pour prouver qu'il y a peu de maladies dont on se soit 
plus occupé. En 1779, M. Andry portail à tiois cents le nom- 
bre de ceux qui en avaient élé traités, et bien sûrement, quelque 
grand que paraisse ce nombre, il n'était point exagéré. Néan- 
moins, il n'y a peut-être aucune autre maladie dont l'histo- 
rique offre plus de traces de ce qu'on peut appeler supersti- 
tion médicale. Lorsqu'on apporte dans la lecture des faits un 
esprit d'analyse sévère, on s'aperçoit bientôt que certaines 
vues théoriques, la crédulité, l'erreur, les ont trop souvent 
altères, et qu'il faut rejeter tous ceux qui sont incomplets ou 
invraisemblables. Des hommes d'un savoir étendu n'ont pas 
toujours eu celle précaution, ou n'ont pas ose prendre sur eux 
la responsabilité d'un tel choix. 

§. v. Animaux sujets à la rage. 

17. Quels sont les animaux chez qui la rage véritable peut 
se développer spontanément? Quels sont ceux qui peuvent la 
communiquer à d'autres ? Quels sont ceux qui peuvent la re- 
cevoir ? Y a-l-il des circonstances où clic peut être produite 



HAG 45 

par la morsure d'hommes ou d'animaux qui ne sont pas en- 
rages? La rage communiquée à l'homme est- elle contagieuse? 
Autant de questions, autant de sujets de controverse. 

18. Quels sont les animaux chez lesquels la rage peut naître 
d'une manière spontanée! Ce sont, dans nos climats , les 
chiens, les loups , les renards, les chats. Quelques auteurs 
ont dit , entre autre» Darwin [Z oonomie , traduct. franc. , 
tom. iv , pa.,'. 61) , que les chiens nesont jamais attaqués de la 
rage sans avoir été préalablement mordus,- d'autres, d'une 
opinion toute contraire , et qui ne paraît pas moins erronée , 
ont soutenu que la rage contagieuse ou susceptible de se trans- 
mettre par la morsure de ceux qui en sont atteints, peut surve- 
nir spontanément chez l'homme , les chevaux , les ânes , les 
chameaux , les porcs , les bœufs , les ours , les singes , les be- 
lettes , etc. , etc. , et même 1rs coqs, les poules de nos basses- 
cours. Les noms de Cœlius Aurelianus , de Forphyrius , d'Avi- 
cenne,de Vaieriola, de Fernel , de Stalparl van der Wiel 
et de plusieurs autres , sont invoqués à l'appui de ce dernier 
sentiment. Nous avouons n'avoir fait aucune recherche dans 
les ouvrages de plusieurs. Néanmoins nous croyons que si 
assez d'exemples prouvent que le chien le loup , et l'on pré- 
tend encore le renard et le chat, sont atteints de la rage d'une 
manière spontanée , il est fort douteux qu'on ail vu chez nous 
d'autres animaux la contracter autrement que par communica- 
tion. 

19. Quels sont les animaux qui peuvent propager la ra^c , 
et quels sont ceux qui peuvent la recevoir? L'opinion générale 
n'excepte aucun quadrupède comme pouvant la communiquer, 
soit à ceux de leurs espèces , soit à ceux d'espèces différentes, 
et veut également que tous les oiseaux soient exposés à la con- 
tracter par la morsure des quadrupèdes enrages. Quoi me la 
double question que nous posons ici ait été le sujet de beau- 
coup de recherches, il n'est encore possible de résoudre le 
problème que dans quelques points. JNc voulant admettre que 
ce qui est démontré, nous allons dire les faits certains , et nous 
abandonnons le reste aif jugement du lecteur devant qui les 
pièces du procès vont être exposées. 

Les animaux que nous avons nommés comme sujets h être 
atteints spontanément de ld rage contagieuse (18) peuvent la 
communiquer à ceux de leurs espèces , aux autres quadrupè- 
des et à l'homme. Il n'y a qu'une seule croyance sur ce point : 
elle çst en faveur de cette assertion , et elle s'appuie sui u ,e 
foule innombrable de fails bien avères. En pariant au chapi- 
tre du traitement des essais tentés pour anéantir le virus de 
la rage dans la plaie qui vient «le le recevoir , nous citerons (160) 
plusieurs inoculations pratiquées avec succès par le docteur 



45 RAG 

Zinke, deJena , et desquelles il paraît résulter que les oiseaux, 
au moins le coq, peuveut aussi recevoir celte maladie. 

20. Biais s'il est bien certain que les animaux qui appar- 
tiennent aux genres canis cl J'élis propagent tarage, rien ne 
prouve que les autres la communiquent quelquefois. M. Hu- 
zard a , le premier , du moins nous le croyons, dans un Mé- 
moire lu à l'Institut de France , annonce que ies quadrupèdes 
herbivores atteints de cette maladie ne peuvent la transmettre. 
Depuis , des expériences et des observations nouvelles faites a 
l'école vétérinaire d'Alfort ont confirmé cette assertion ; M. le 
professeur Dupuy , qui nous en a fait part, n'a jamais pu don- 
ner la rage à des vaches et à des moutons , en frottant une plaie 
qu'il leur avait faite, avec une éponge que des animaux enragés, 
mais des mêmes espèces, venaient de mordre , tandis que la rage 
était la suite des essais d'inoculation semblable quand il faisait 
mordre l'éponge par un chien enragé. En outre , M. Dupuy a 
vu, dans beaucoup de troupeaux, des moutons attaqués de 
cette maladie , et jamais celle-ci n'a été communiquée à d'au- 
tres , malgré les morsures que les derniers recevaient quelque- 
fois dans des parties dépouillées de laine, et que la peau se 
trouvât plus ou moins écorchée. 

M. Jacques Gillman, auteur de recherches précieuses sur la 
rage des animaux, a tâché d'inoculer cette maladie à d< ux la- 
pins , en se servant delà salive d'un cochon qui en était atta- 
qué ; mais il ne put y parvenir ( Dissertation on the bite 
of a rabid animal , pag. 38). D'un autre côté , M. Jean Ashbur- 
ner affirme que M. Dora. King , de Clifton , a inocule la rage à 
une poule eu faisant une petite plaie à celle-ci ,et en se servant 
de la salive d'un bœuf qui venait de succomber à la maladie. 
La poule mourut après le soixante - quinzième jour (Dissert. 
mecL inangur. de hydrophobiâ , pag. 29). Celte poule est elle 
morte véritablement de la rage ? Le fait est rapporté sans plus 
de détails , et il est permis d'élever des doutes. 

21. On a dit que la morsure des oiseaux et la grilfedes ani- 
maux enragés pouvaient communiquer la rage. Mous ne pou- 
vons le croire , et nous attribuons h une autre maladie les 
faits que rapporte Ccelius Aurelianus (cap. ix) , et la mort éga- 
lement tau-t de fois citée du jardinier dont parle André Bac- 
cius , et qui fut la suite de la morsure d'un coq enragé suivant 
les uns, simplement irrite' suivant les autres. Ces accidens et un 
autre semblable, cité d'après Bader, ne furent point les effets de 
la rage , quoiqu'on les ait regardés comme des exemples de 
cette maladie. Fabrice de llilden a fait connaître l'histoire d'un 
j eu ne ho mine qui , ayant été ég rat igné au gros orteil par un 
chat enragé , tomba quelques mois après dans une espèce de 
mélancolie accompagnée de terreurs f et devint enfin liydro- 



phobe (Obs. chirurg. , cent, i, obs. 86). Si ce fut véritablement 
à la rage que succomba le malade, ne pouvait-il pas se faire 
que de la bave tombée de la bouche du chat eût couvert la griffe 
qui lit la blessure ? 

22. La rage communiquée à l'homme peut-elle être conta- 
gieuse ? Lorsqu'on analyse avec soin les faits raconte's par les au- 
teurs, ou reste dans une grande indécision , et l'on est bien tenté 
de croire que les précautions que Ton prend partout avec les 
personnes attaquées de la rage pour n'en être pas mordu, ne sont 
point justifiées. En effet, on a essayé inutilement d'inoculerla 
rage à plusieurs espèces d'animaux avec la salive d'hommes 
qui moururent de la maladie. Ces expériences ont, rapporte- 
t-on, été particulièrement répétées en Angleterre par Gauthier 
"Vaughan, Babington , et à l'hôpital de la cité de Londres, et 
elles n'ont pas été suivies de contagion. 

En France, feu M. Bosquillon nous apprend que Giraud, chi- 
rurgien en second de l'Hôtel-Dieu de Paris, a inoculé plusieurs 
chiens avec de la salive prise sur des hommes agités des mou- 
vemens convulsifs de la rage, sans qu'aucun de ces chiens ait 
gagné la maladie , et que lui-même il a porté le doigt à nu dans 
la bouche de ces malades , pour s'assurer de l'état de la langue 
et de la gorge , et que jamais il ne lui en est rien arrivé de fâ- 
cheux (Mém. sur les causes de F hydrophobie vulgairement 
connue sous le nom de rage , etc. , inséré parmi ceux de la 
soc. méd. d'émulation , cinquième année). 

M. Girard , de Lyon, a insinué dans huit piqûres faites au 
côté interne des quatre membres d'un chien , de la bave écu- 
meu.se prise avec une lancette au moment où elle sortait de la 
bouche d'une malade. Le chien a été vu pendant six moi? après 
cette inoculation ; il n'a pas été incommodé un seul instant 
[Essai sur le tétanos rabien, pag. 29). 

M. Paroisse a encore , avec la salive d'un homme qui venait 
de mourir de la rage six semaines après avoir clé mordu peu 
un chien , renouvelé la même tentative sur trois de ces ani- 
maux qu'il garda durant trois mois et demi sans qu'ils mani- 
festassent la moindre indisposition. Il les fit tuer au bout de 
ce temps , ayant été forcé de changer de résidence [Biblicili. 
méd., lom. xliii). 

M. le docteur Bezard a fait connaître les expériences suivan- 
tes : ce On prit d'une personne morte enragée des morceaux de 
chair imprégnés de salive , et on les donna à un chien ; on fit 
manger à un second des glandes salivaites, et à un troisième 
des lambeaux d'une plaie ; on fit des incisions à trois autres 
chiens dans lesquelles on inocula les mêmes parties , avec la 
précaution de coudre, les incisions. Aucun des six chiens ne fut 



48 RAG 

atteint de la rage {Ext. des Mém. et obs. lus à la soc. médîcq- 
philantro pique , première année 1807 , p. 17) ». 

Ces essais n'ont fourni que des résultais négatifs ; mais en 
voici un autre qui tend à faire établir une opinion contraire i 
le 19 juin 181 3 , à l'Hôtel Dieu de Paris, MM. Magendie et 
Breschet prirent de la salive d'un homme attaqué de la iage 
dont il mourut quelques minutes apiès , et à l'aide d'un mor 1 
ceau de linge, ils la transportèrent à vingt pas du lit du malade 
et en inoculèrent a deux chiens bien portans. L'un d'eux de- 
vint enragé le 27 juillet , et en mordit deux autres, dont un 
était en pleine rage le 26 août [Dissert, sur la rage , par M. Char- 
les Busnout. Collect. des thèses in-4°. de la faculté de Paris , 
i8i4). Cette observation est une des mieux constatées : outre 
les expérimentateurs , elle a eu encore pour témoins un grand 
nombre d'élèves en médecine. Ou y a fait plusieurs objections 
(Voyez Journ. ge'n. de méd. , tom. lu , pag. i5) ; mais elles 
sont loin de prouver que la rage n'avait pas été communi- 
quée au malade, ni de celui-ci au chien a quel on inocula de 
la salive. 

23. A. côté de ces faits , nous devons indiquer quelques 
histoires admises avec une crédulité trop facile et répétées dans 
une foule d'ouvrages , comme des preuves que la rage peut se 
transmettre d'homme à homme. Telle est l'histoire de la mé- 
lancolie hydrophobique de Themison ;celle\ie cette femme dé 
chambre qui mourut pour avoir seulement icgardé vomir sa 
maîtresse qui était enragée (Voyez Mich. Etlmullei , Prat. 
géu. de méd. , tom. 11 , p. 65a) ; celle si connue de ce paysan 
qui , «e voyant près de mourir de la rage , obtint d'embras- 
ser ses eufans p •ur la dernière fois, et leur communiqua sa 
maladie, dont ils périrent tous le septième jour ; celle de 
cette couturière qui eut la rage pour avoir porté à sa bouche 
le vêlement qu'elle s'occupait à découdre , lequel avait servi 
à une personne morte de cette cruelle maladie, etc. Ces 
histoires,, ainsi que l'observation intéressante citée par M. Marc 
à la page 353 du tomexxn de ( e Dictionaire (art. hydro- 
phobie), ne prouvent qu'une chose : c'est que la terreur de 
la maladie a souvent déterminé chez plusieurs personnes 
des accès de délire , etc. , qu'on a pris pour des symptômes 
de la rage. Nous reviendrons sur les questions que plusieurs 
l'ont naître, en parlant de la frayeur comme d'une cause qui 
hâte l'invasion de la maladie , ou qui occasione une hydro- 
phobie (52 , 68 , 73 , 76 , 77, 78). 

>4- La Page peut- el/e être produite à la suite de la morsure 
d' hommes on uanimaux qui ne sont pas enragés? Hou nom- 
bre des ; ti.^t'>iies que nous avons citées d'après les auteurs (21 
et 23)., soni fort douteuses ; ou en rapporte d'autres qui ne 



le paraissent pas moins, comme des preuves irréfragables que 
des hommes el des animaux qui sont seulement dans un accès 
de colère, etc., peuvent néanmoins, par leur morsure, causer la 
rage véritable. Ainsi Claude Pouteau dit qu'un homme devint 
enragé pour avoir été mordu par un autre qui était dans une 
violente colère ; Manget , qu'un prêtre mordu par une per- 
sonne qui n'avait que ia fièvre , fut atteint de la rage ; Marcel 
Malpighi raconte Ja mort de sa mère devenue hydrophobe ou 
enragée à la suite dune morsure que lui fit sa fille dans une 
attaque d'épilepsie {Voy. 4<> et 60). On lit dans Je3 Ephémérides 
des curieux, de la nature et les Transactions philosophiques , 
qu'un homme qui s'était mordu les doigts dans un accès de co- 
lère, eut, dès le lendemain, tous les symptômes de la rage, et y 
succomba; Zuinger, assure-t-on , a recueilli l'observation d'un 
enfant qui mourut delà rage à la suite d'une blessure faite par 
un chien qui n'était ni ne devint enragé ; Lecat rapporte l'ob- 
servation d'une personne qui mourut hydrophobe à la *.ui Le de 
Ja morsure d'un canard ii rite que l'on privait de sa femelle 
{Recueil périod. d'obs. , tom, 11, etc.). JVous ne pouvons ad- 
mettre aucun de ces faits comme exemple certain de la la^e 
produite par la morsure d'hommes ou d'animaux exaspérés 
jusqu'à une extrême fureur : que penserons-nous donc des 
accidens de rage que Dom. Brogiaui assure eue survenus à des 
hommes qui avaient été mordus par des silamandres et par 
des araignées {Voyez M. Portai, (>bs. sur la nat.etsurle trai- 
tement de la rage: pag. 3o5), et de l'histoire de cet artisan de 
Venise qui, ayant sépaié deux chiens accouplés, fut mordu 
par-l'un d'eux , el atteint trois jours après d'une rage des par- 
ties dont il avait troublé la fonction? (Voyez Hiat. de la soc. 
roy. deme'd. , i7b'5 , seconde partie, p. i)i ). 

Si la morsure des animaux furieux était une cause de rage r 
les chiens, etc. , qui se battent avec acharnement se la don- 
neraient souvent par les blessures qu'ils se font. Des symptô- 
mes qui ressemblent à ceux de la rage ont pu avoir lieu plu- 
sieurs fois dans les cas cités ; mais il n'y avait , ainsi que nous 
l'avons déjà dit (3 et 5). qu'une hydrophobie symptotnatique 
d'un tétanos, qu'une hydrophobie traumatique non conta- 
gieuse: ni l'invasion des accidens , ni leur marche n'étaient, 
daus les observations rapportées avec quelque détail , ceux de 
la maladie qu'on a cru voir. Voyez plaies (accidens des) et té- 
tanos. 

23. Conclusion du paragraphe. Pour résumer , la rage véri- 
table naît spontanément dans les animaux des genres canis et 
J'élis , qui la transmettent aux autres individus de leurs espè- 
ces , aux autres quadrupèdes , à l'homme, et même , à ce qu'il 
paraît , aux oiseaux ; mais il n'est point prouvé par les faits , 

47- 4 



5o RAG 

pour nous du moins, qu'elle se de'veloppe quelquefois dans 
îios climats sans morsure antécédente chez d'autres espèces que 
celles du chien , du loup , du chat , du renard , ni que les ani- 
maux de ces au lies espèces la propagent jamais. 

Quaut à la rage communiquée à l'homme , elle semble bien 
contagieuse pour quelques animaux, d'après l'expérience de 
MiW. Breschel et Magendie ; mais tous les autres essais d'ino- 
culation n'ont fourni quedes résultats négatifs (22). Est-ce que, 
ainsi qu<' le pensent plusieurs médecins, sur un nombre égal 
d'homme? et de chiens qui sont mordus, il yen a davantage 
des derniers qui contractent la maladie? M. Jean Ashburner 
{Dissert, cit.) rapporte , d'après Jeau Humer , que quatre hom- 
îîif-s et douze chiens furent mordus par le même chien enragé, 
et que tous les chiens périrent de la rage , tandis que les hom- 
me* , qui ne firent rien pour s'en préserver , ne l'eurent point. 
M. Robert Reid , qui attribue celte même observation à 11a- 
niiltou, ajoute liès-justement qu'elle explique la célébrité 
éphémère d'une innombrable quantité de remèdes (Oy the na- 
ture and.treatment oftelanus and hydrophobia). 

(Quoique les faits qu'on a publiés sur la îage communiquée 
par contagion soient sans nombre , on ne sait pas encore vé- 
ritablement si un homme qui en est attaqué peut quelquefois 
la transmettre à un autre homme, ni quels sont tous les ani- 
maux eiont nous devons la redouter, et, par conséquent, tous 
les animaux dont nous n'avons jamais à la craindre. Nous 
reviendrons sur ce point de doctrine {Voyez de 4^> à fit)). Ne 
pourrait-on pas, pour décider tous les points de celle grande 
question , tenter d'inoculer homme à homme ou de certains 
animaux à l'homme , en se servant de condamnés a la peine 
capitale , ce qu'on appelle le virus de la rage ? 11 est bien en- 
tendu qu'on engagerait Je- coupables, sous condition de leur 
grâce , à se soumettre à de semblables essais ; mais que jamais 
on ne les y forcerait. 

§. vi. Causes de la rage proprement dite , ou circonstances 
qui favorisent son développement spontané. 

10. Quelles sont les causes de la rage qui se développe 
spontanément dans les animaux <jui y sont sujets? Celles que 
l'on indique vont successivement nous occuper. 

Saisons. On répète chaque jour (pie la rage s'observe plus 
souvent qu'à toute autre époque de l'année , pendant le froid 
rigoureux de l'hiver , saison où la faim dévore les loups, selon 
Boissier de Sauvages, et durant les grandes chaleurs de l'été 
pendant lesquelles les animaux carnivores se nourrissent de 
chair putreli «s, et boivent des eaux croupissantes. C'est à ces 
dernières cause* (lue \\ Salius Di versus, qui se moque de ceux qui 
ont cru les chiens particulièrement exposés à contracter la rage , 



RAG 5i 

parce qu'ils sont naturellement cacochymes et mélancoliques , 
attribue cette maladie (Defebre pestil. Fractaïus , etc. Fran- 
cofurli, in-12, 586, pag. 3io). l^lle naît (Je préférence dans 
les saisons rigoureuses, dit L<- Roux, de Dijon, lorsque la sur- 
face de la U ne est desséchée, que les sources sont taries ou 
glace'es, et que les animaux ce peuvent trouver à se désaltérer. 

Si l'on a la patience de parcourir toutes les observations qui 
sont consignées dans le volume des Mémoites de i,t société 
royale de médecine tout entier consacré a la rage , et dans les 
recherches de M. Andry, on trouve que le mois de janvier 
leplustVoid de l'année , et le mois d'août, le plus chaud , sont 
ceux qui offrent le moins d'exemples de cette maladie. C'est 
au contraire pendant les mois de mars <t d'avril qu'il y a le 
plus de loups enragés, et pendant ceux de mai cl de septem- 
bre qu'il y a le plus de chiens atteints de .âge spontanée. 
L'un des auteurs de cet article a placé dans l'ouvrage qu'il va 
publier sur celte maladie, le tableau du nombre de rages sponr 
tanées que chaque mois a présentées (Obs. clin sur la va je , ie- 
cherch d'anal paihol etdescript. gén. , par L. F. Trolfn i). 

27. Climats. Le même principe a fait admettre . ue a rase 
est plus commune dans les contiées où règne une extrême cha- 
leur , et dans les régions ouïe froid est excessif. Uuclim;t brû- 
lant , une région alternativement 1res chaude et irts-f'roide 
sonl , selon Bonhaave, Roberi James , etc. , les causes antécé- 
dentes de la rage chez, le ch en. La division eu ra^e australe et 
en rage septentrionale a mêuieeu lieu ( r oyez Sauvai s. Dis. 
sur la rage, pag. 0). C'est encoie une erreur que I observation 
détruit : la rage, celte cruelle maladie si commune dans nos 
climats , ne se montre point ou que très -rarement d uis ceux 
qui sont très-chauds. Savary. dit que ies chiens n'en sont ja- 
mais atteints dans l'île de Chypre et dans la paît e de la Syrie 
qui avoisine la mer. On ue l'obse. ve po nt non plus dans cette 
dernièreconlrée, ni en Egyple selon VI. Volney (J r oy. enbyrie 
t. i),et M. Larreycoufn ineceKeass rtioi; pour le pays des Pha- 
raons et desftolemées ( Ue'ni. de chirurg. milit., tom. m, p. 2^6). 
On lit aussi dans un voyage en Afrique , qa'en E^vpte la mue 
n'existe pas , ou se monlre à peine (Brovvn). Long temps aupa- 
ravant i J rosper Alpin avait dej a dit cpie les chiens ne sont ja- 
mais attaqués de la rage en Lgypie ( fier. Âtgvptiarum, iib. 1 4 1 
cap. vm ). Selon Barrow , elle est eslrèmemer/t rare aux en- 
virons du cap de Bonne-Espérance, et dans 1' intérieur de lu 
Cafreiie où les chiens se nourrissent de chair en pu'.efaclion 
{Travel into the interior front ihe cape of i^ood Uope), 

Plusieurs auteurs assurent que la rage ue se rnunire jamais 
dans la paitie méridionale de V \mihi\ur (Bib'i'olk. raisonnée 
1750; Vao Swiélvn (Comment in Boerhaavii aphor., u°. 1 129). 

4- 



5<2 RAG 

M. Portai dit qu'elle n'y est pas connue , au rapport des voya- 
geurs qu'il a consultes , et M. Louis Yalentin qu'elle est ex- 
trêmement rare clans les régions chaudes , tandis qu'elle est 
commune dans l'Amérique septentrionale {Lettre sur la rage , 
Joum. ge'n. de médec. , tom. xxx). Jean Hunter rapporte que 
pendant quarante ans on ne l'a point observée une seule fois 
à la Jamaïque (Voyez On the nature and treatment oftetanus 
and hydrophobia , etc. , by Robert Reid, in 8°. Dublin, 1817). 

Le docteur Thomas , qui a demruré pendant longtemps dans 
l'Inde occidentale, n'y a jamais vu la rage et n'y en a jamais 
entendu parler [Practice qf physic.) ; et Renj. Moseley dit 
qu'elle n'y existait pas avant 1 783. Enfin , plusieurs autres 
voyageurs s'accordent à affirmer que dans toute l'Inde , où 
les chiens sont en très-grande quantité , elle était également 
très rare : nous disons , elle était , car quelques médecins , et 
entre autres le docteur Daniel Johnson , rapportent que la rage 
y est commune actuellement. Ce médecin dit avoir observé 
que le nombre des animaux enragés est d'autant plus grand , 
que la fièvre endémique de ces contrées fait plus de ravages , 
et vice versa (Joum. ge'n. de me'd. , tom. lxx , pag. 269). Nous 
savons encore que le frère Duchoisel a prétendu avoir traité 
plus de trois cents personnes mordues dans les Indes orientales; 
mais en France , un savant médecin cité avec éloge par Ja so- 
ciété royale de médecine, Bonel de la Brageresse, n'a-t-il pas 
déclaré qu'il avait traité plus de cinq cents hommes ou ani- 
maux bien décidément mordus par des chiens enragés? (Me'm. 
de la société royale de méd. , ami. 1^83, seconde part., p. 256). 

Le silence d'Hippocrate sur la rage prouve combien elle était 
rare de son temps dans la Grèce. Enfin , l'Ecriture ne fait 
pas une seule fois mention de celte maladie, et certes , on doit 
croire qu'elle ne manquerait pas d'en parler si la rage s'était 
montrée aussi souvent parmi les Hébreux ou dans les pays 
chauds qu'ils habitaient , que dans les régions tempérées de 
l'Europe ou de l'Amérique. 

On ne peut admettre que la rage soit plus commune dans 
le Nord que dans nos contrées , puisque De la Fontaine , au- 
teuicilé par Ploucquel, dit qu'elle est extrêmement rare en Po- 
logne. D'un autre côté , l'un des rédacteurs de cet article , qui 
acte dans la Liihuanie prussienne, y a entendu parler de la 
rage comme d'une maladie assez fréquente , et il tient d'un 
médecin tusse , qui a voyagé dans tout le nord de la Russie , 
qu'on ne voit jamais ou presque jamais de chiens enragés à Ar- 
chaugel , à Tobolsk, ni dans les pays qui sont au nord de Saint- 
Pétersbourg. 

28. On a supposé d'autres causes de la rage , et , parmi les 
circonstances qu'on s'accorde le plus généralement à regarder 



RAG 53 

comme favorisant le développement de cette maladie , le mari' 
que de nourriture , les alimens putrides , la soif prolongée , 
tiennent le premier rang. Néanmoins , selon beaucoup de voya- 
geurs , à Gonstantinople et dans toute la Turquie, où J'on 
n'entend presque jamais parler de la rage , l'on y rencontre 
un grand nombre de chiens affamés et errans qui vivent de 
chair en putréfaction. En Egypte, où ces animaux sont très- 
communs , ils errent dans les campagnes pendant la nuit , dit 
M. Larrey , pour y chercher les cadavres qu'on a négligé d'en- 
terrer (tom. cit. ,pag. 227). Il est curieux de lire ce que rapporte 
Prosper Alpin à cet égard {loc.cit.). Ajoutons à ces faits celui 
déjà cité d'après Barrow (27); en outre, quedens des îles de l'A- 
mérique où la rage ne paraît pas connue ou ne l'est qu'à peine , 
les chiens souffrent beaucoup de la soif durant la sécheresse; qu'à 
Alep , etc. , où la maladie n'est pas plus commune , les chiens 
meurent en grand nombre faute d'alimenset d'ean ; qu'il en est 
de même dans les déserts brûlans et entièrement privés d'eau 
de l'Afrique ; et enfin que les expérimentateurs qui ont gardé 
pendant longtemps des chiens dans la plus dégoûtante saleté, 
qu'ils laissaient mourir de faim , de soif, et forçaient ainsi u 
s'entre-dévorer , ne les ont jamais vus attaqués de la rage. 11 y 
a quelques années que MM. Dupuytren, Magendie et Brcs- 
chet ont inutilement fait à ce sujet des expériences extrême- 
ment nombreuses. Bourgelat en avait déjà tenté de semblables 
sur six chiens , sans qu'aucun devint enragé. Ces essais, et ce 
qui se passe dans les rues étroites, mal pavées et sales de Cons- 
tantinople , etc. , doivent faire douter , contre l'opinion de 
beaucoup d'auteurs , que la malpropreté contribue à faire naî- 
tre la rage. A quelle cause attribuer cette maladie que le pro- 
fesseur Rossi , de Turin , a prétendu avoir fait développer chez 
des chats en les tenant dans une chambre fermée ? (Voyez Mém. 
de l'acad. impér. de Turin , de i8o5 à iboB , pap. 95 de la 
notice des travaux.) 

29. On a encore avancé que les chiens étaient plus exposés 
que les autres animaux à celte maladie, parce qu'ils ne suent pas. 
C'était le sentiment de Richard Méad, quia voulu l'appuyer sui- 
des raisonnemensfort obscurs. « Toute l'acrimonie que pour- 
rait prendre la sueurdevient propre aux suessalivaires »,a dit 
Potiteau {Essai sur la rage , pag 2 4). Cette hypothèse, qui a 
été soutenue de nouveau par le docteur Robert Reid (Ouv.cit. r 
pag. 108) , est une pure supposition. Nous disons la même 
chose de l'opinion très-ancienne, mais abandonnée aujourd'hui, 
que la rage dépend d'un ver qui est logé audessous ou près de 
la langue. Nous reviendrons sur cette dernière (/{o). Quant à la 
colère des animaux et à toutes leurs violentes agitations mise* 
au nombre des causes de la rage par Frédéric Hoffmann et par 
plusieurs autres hommes célèbres , c'est en vainque, à l'excep- 



55 HA G 

tion d'un exemple rapporté par le professeur Rossi (Obs. ,diss. 
et eapér. sur la mors. (fan. enragés. Voyez M cm. de Vacad. 
de. sciences de 2\irin , an. ^,2 à 1800 , pag. 255) , nous avons 
cii« relie, dans les observations recueillies, des faits qui prou- 
vassent directement l'opinion <!e ces auteurs contre laquelle 
semblent s'élever d'autres faits que nous avons cités (24 et 28), 
mais en faveur de laquelle on pourrait peut-être alléguer ce 
qui suit (5o) , et le caractère doux et paisible des chiens des cli- 
mats très-cliauds (27). 

3o. Enfin plusieurs personnes veulent que Yœstrus veneris 
soit une cause de rage. Jean Hildenbiandl et P. -F. Roserus , 
entre autres, furent amenés h celte opinion d'après leurs 
recherches , ou du im ins la regardèrent comme vraisembla- 
ble (Voyez flist. de la Wiétfec. , par Rurl Sprengel , traducl. 
précitée de M. Jourdan , toin. vi , pag. 4 1 9) • Cela étant, les 
époques auxquelles le ehien, le loup , le chat sont dans leur 
chaleur, devraient étiechezeux les époques principales delà 
maladie, ou plutôt devraient ne précéder ces dernières que de 
peu. Or, c'est depuis la fin de décembre jusqu'au mois de fé- 
vrier que les loups sont dans le rut , et les chiens et les chats 
en février, puis dans le mois d'août. Mais ce que nous disons 
des- derniers ne doit pas s'entendre d'une manière absolue : 
nourris abondamment dans nos maisons, ils deviennent sou- 
vent , comme nous, capables de se reproduire en tout temps. 
C'est donc après la saison de Yœstrus que la rage semble être 
plus commune chez les animaux que nous venons de nommer. 
Voyez 2*>. 

3i. La conclusion à tirer de tout ce qui a été dit dans ce 
paragraphe, est que les véritables causes de la rage qui se dé- 
veloppe d'elle-même ou sans contagion chez les animaux qui 
peuvent en êtie atteints, sont ignorées ou très-peu connues. 

§. vit. lignes de la rage dans le chien et dans plusieurs ani- 
maux. 

32. Nous ne connaissons aucun signe certain de la rage dans 
lecliw n. Cependant on doit soupçonner que cette maladie existe 
lorsque l'animal devient triste , qu'il recherche la solitude et 
l'ob( •nrilf ; hnsqu'après avoir été assoupi , il s'agite , refuse les 
alimens et les boissons, porte la tête basse, la queue serrée 
entre les ■jambes ; s'il quitte tout à coup la maison de son maî- 
tie , el s'il s'enfuit la gueule pleine d'écume, la langue pen- 
dante et flétrie , s'il a les yeux brillans. La marche du chien 
enragé e^l tantôt ralentie , tantôt précipiléeet comme indécise; 
il est presque toujours changeant de place ; la soif le brûle, 
mais il ne peut se désaltérer ; il frissonne même à l'aspect de 
l'eau j il a de temps en temps des accès de fureur ; il se jette 
mu- les animaux qu'il rencontre , sur les gros comme sur les 



RÀG 5 r > 

petits. Les autres chiens le fuient, assure t-on , avec des cris 
de frayeur. Il se jette aussi sur les hommes ,ct son maître qu'il 
méconnaît n'est point épargné. Le bruit, les menaces ne font 
que l'irriter; la lumière ou des couleurs très-vives produisent 
le même effet. Il n'aboie point , il murmure seulement, ou s'il 
aboie , sa voix est rauque ; enfin il chancelé et il succombe. 
C'est ordinairement du quatrième au cinquième jour de lu ma- 
ladie qu'il meurt, et après deux ou trois paroxysmes ou aug- 
mentations des symptômes. On donne vulgairement le nom de 
rage mue , qui ne s'applique pas toujours à la rage , au pre- 
mier degré de celle maladie , et le deuxième est appelé rage 
blanche ou rage confirmée. Les auteurs de vénerie ont cru dis- 
tinguer jusqu'à sept sortes de rage pour les chiens ; mais il est 
bien évident qu'ils ont confondu avec la rage des maladies 
qui lui sont étrangères. 

On ne peut douter de l'existence de la maladie si l'animal 
qui présente les symptômes que nous venons d'indiquer a elé 
mordu par le même chien , le même loup , etc., qu'une per- 
sonne ou un animal qui a succombé à la ra^e. 

33. Mais il est des causes d'incertitude qu'il est utile de con- 
naître. Ainsi on a vu des chiens quitter la maison de leur maî- 
tre, y rentier après avoir mordu des animaux , boire, manger 
et périr de la rage {Voyez le vol. xxix de l'ancien Journal de 
médecine) , et d'autres fois des chiens et des loups enragés tra- 
verser des rivières. Le loup qui mordit un si grand nombre de 
personnes à Meyne , en 1718, fut trouvé le matin dévorant un 
gros chien de troupeau (Astruc, Montpellier , 1719); celui de 
Fréjus traversa plusieurs fois de grandes rivières à la nage 
(Darluc, Rec. pe'riod. d'ohs. , vol. îv). Duboueix dit avoir vu 
des chiens enragés qui buvaient sans pein' 1 et même assez abon- 
damment (Tfist. de la société royale de méd. , torn. précité, 
pag. 109). M. Gillman parle d'un chien qu'on lie regardait pas 
comme enragé parce qu'il but et mangea avec appétit, mais 
qui , paraissant malade, fut tué cependant après qu'il eut 
mordu un homme qui succomba h l'hydropliobie ou à la rage 
quarante-huit jours après la morsure (Ouv. précit., pag. 11 et 
23). Ces exemples prouvent qu'il y a dans les animaux comme 
dans l'homme un moment où l'hydropliobie cesse ou diminue, 
ou bien que tous ceux qui sont enragés n'ont pas horreur de la 
boisson. On a vu aussi des chiens enragés qui n'avaient aucune 
envie de mordre ; Jean Hunter estimait qu'il y en avait un sut 
douze. Voyez l'ouvr. de M. Gillman, p. i5. 

Une autre source d'incertitude est l'existence de quelques 
maladies qui empêchent les. chiens déboire, de manger, et 
même, comme la rage , détruisent quelquefois subitement dans 
ces animaux le résultat de la domesticité , en les rendant à leur. 



56 &AG 

Rature! féroce. Parmi les maladies dont nous parlons, il en est 
une très-oidinaire qui a donné lien à d'affligeantes méprises > 
elle est connue vulgairement sous le nom de maladie deschiens. 
Le docteur .Edward Jenner (Voyez les Transactions médico- 
chirurgicales de ibog) , prétend qu'elle est aussi contagieuse 
parmi ct\s animaux dont elle n'attaque guère que les jeunes, 
que la petite vérole ou la rougeole chez l'homme ; elle fait y 
dit-il , mourir un tiers de ceux, qui en sont atteints, et consiste 
principalement dans une inflammation de la substance des pou- 
nions ^ de la membrane muqueuse des bronches et de celle 
des cavités nasales. Mais si les faits rapportés sont exacts, ou 
peut facilement distinguer celle maladie de la rage ; car , dans 
celle-ci, iesyeux du chien ont une vivacité plus qu'oidinaire , 
il refuse de prendre de l'eau et frissonne à son aspect. Au con- 
traire , dans la maladie, il regarde d'un air lourd et stupide f 
de la matière puriforme s'observe à l'angle interne de ses yeux; 
il va toujours cherchant de l'eau , ne paraissant jamais salis- 
fait de celle qu'il a bue. 

S,}. Dès qu'un chien a mordu quelqu'un, on s'empresse 
presque toujours de le tuer. C'est une source d'erreurs qui con- 
tribue très-souvent à entretenir des craintes inutiles, et même 
à frapper l'imagination d'une manière funeste. On devrait 
plutôt enchaîner ce chien pour l'observer et vérifier s'il était 
véritablement enragé. Dans ce cas , on verra périr l'animal en 
peu de jours : s'il guérit, il n'était point attaqué de la rage. 

35. La rage communiquée aux chiens se développe ordinai- 
rement vers le quarante-deuxième jour, et quelquefois un 
peu plus tard : c'est pourquoi, a l'école vétérinaire d'Alfort, 
ceux de ces animaux qui sont soupçonnés d'avoir été mordus 
sont tenus renfermes pendant cinquante jours au moins avant 
que de les rendre au propriétaire. Il paraît toutefois que les 
précautions doivent durer plus longtemps : le docteur Bards- 
iey , qui admet que la rage se montre généralement chez les 
chiens depuis un mois jusqu'à six semaines après la morsure , 
cite encore, d'après les meilleures autorités, des observations 
qui porteraient à croire que quinze jours et huit mois sont les 
deux extrêmes du temps d'incubalion de la maladie. M. Gill- 
man , à qui nous empruntons ce que nous disons du docteur 
Bardsley, rapporte qu'il lient de plusieurs personnes que la 
rage peut se manifester au bout de six, de huit mois, ou 
même d'un an après la blessure (p. 76). 

3b. On a proposé divers moyens pour s'assurer si un chien 
est réellement enragé- mais ces moyens sont illusoires. Voyez 
l'article morsure, t. xxxiv , p. 5n de ce Dictionaire, où ils 
sont indiqués. 

57. 11 ne faut donc point attendre la certitude de la rage 



RAG 57 

pour prendre contre les chiens qui peuvent en être attaques les 
précautions que réclame la sûreté généiale. 

Mais s'il est nécessaire de tuer sans pitié tout chien attaqué 
de la rage, il serait cruel, ainsi qu'on l'a dit, de sacrifier sous 
un léger prétexte le fidèle compagnon de l'homme, le gardien 
inconuplible de ses foyers et de ses troupeaux , et souvent le 
seul et dernier ami qui lui reste dans ses malheurs. Parmi 
Jes mesures de police qu'on a proposées comme propres a 
prévenir, autant que possible, les accidens de la rage, me- 
sures qui intéressent à un haut degré l'hygiène publique, les 
meilleures seraient de lever sur tous les chiens, excepté sur 
celui de l'aveugle, du berger et du fermier , un impôt d'autant 
plus fort que ces animaux sont moins utiles, et de faire as- 
sommer en tout temps tous ceux qui sont trouvés sans nn.îlrc. 
Consultez pour les considérations de médecine légale relatives 
a cet objet, un article de M. Fodéré, inséré tome xliii, page 90 
de ce Dictionaire, et particulièrement les §. îv et v. 

38. Dans le loup, la rage paraît avoir la même marche, et 
s'annoncer par les mêmes signes que dans le chien. On a dit, 
et c'est la croyance de beaucoup de personnes , que la morsure 
du premier fait plutôt naître la maladie que la morsure des 
autres animaux ; mais la lecture comparative des observations 
n'appuie point ce sentiment : seulement la rage se montre 
plus souvent à la suite de la morsure des loups. Nous en di- 
rons plus loin la cause ( 116 et 118). 

3g. Chez tous les quadrupèdes enragés , on remarque des . 
symptômes analogues; mais il y a des différences qu'ouest 
loin, même pour les animaux domestiques , d'avoir suffisam- 
ment établies; elles paraissent tenir au caractère naturel et 
aux habitudes de chaque animal. Ainsi , si l'on observe chez 
tous, du moins en général, l'horreur des liquides, le trouble 
de la sensibilité, l'augmentation extrême de celle des sens, 
l'expression d'une forte douleur au moindre contact, le regard 
farouche, les yeux brillans et injectés, la bouche écumeuse, 
une grande et souvent presque continu; lie agitation, des ac- 
cès convulsifs et même quelquefois de fureur, la faiblesse des 
lombes et des membres postérieurs, etc., on voit la peau de 
ceux qui ont un panicule charnu fort et étendu, frémir, être 
agitée, secouée par des mouvemens violens et répétés. Les va- 
ches, qui mugissent alors d'une manière particulière et mor- 
dent leur litière, cherchent à frapper avec les cornes; les mou- 
tons, qui sautent souvent les uns sur les autres, comme dans 
Je temps du rut, frappent avec la tête comme quand ils se 
battent; le cheval frappe le sol avec les pieds de derrière, 
secoue la tête et l'encolure comme s'il voulait s# débarrasser 
de son licol . etc. ( 92 ). 



53 RAG 

§. vin. Virus de la rage. 

40. A. Preuves de l'existence du virus de la rage. Le plu* 
grand nombre des médecins s'est déclaré pour l'existence de 
ce virus, ou d'un principe spécifique contagieux, capable de 
propager la maladie, et d'autres, d'un mérite non douteux y 
l'ont niée. Feu E. -F. -M. Bosquillon regardait la rage comme 
étant, dans tous les cas, l'effet de la crainte ou de la manière 
dont l'imagination est frappée. L'opinion qui attribue la rage 
à la frayeur n'est point nouvelle, elle avait déjà été victo- 
rieusement combattue par Desault, de Bordeaux, qui s'expri- 
mait ainsi : « Ceux qui croient que ce mal réside uniquement 
dans l'esprit et l'imagination se trompent Les chevaux, les 
ânes, les mulets, quibus non est intellectus , n'en sont point 
susceptibles, et ont péri de la rage cette année. » Un enfant 
au berceau la contracte, dit Vaughan dans M. Andry, tandis 
que tant d'eufans effrayés n'en sont pas atteints. 

Notre savant et laborieux confrère M. Girard , qui n'accorde 
aussi au virus de la rage qu'une existence imaginaire, attribue 
tous les symptômes de cette maladie « h une irritation fixée 
dans la partie précédemment affectée par les dents de l'animai 
( Essai sur le tétanos rabien). n Suivant son opinion , que quel- 
ques médecins, entre autres Thomas Pcrcival, avaient déjà em- 
brassée, loin d'être contagieuse, la rage n'est pas même une 
maladie, mais seulement un symptôme. La cause, dit-il, estlo- 
cale ; la salive prétendue vénéueuse d'un animal enragé n'y est 
pour rien. Il conclut que le tétauos et la rage sont identiques; 
que l'un et l'autre ne sont également qu'une névrose déterminée 
parla blessure de quelque neif. Celle proposition n'est vraie 
que dans le cas où l'hydrophobie non contagieuse est traurna- 
tique; mais c'est avec raison que le docteur Girard nie, contre 
le sentiment de Pouteau et de Le R.oux, que les maladies ou 
passions vives puissent faire dégénérer la salive de l'homme 
en virus rabifique. Si la salive d'un épileptique, etc. , dégé- 
nérait en ce virus, la personne dont la bouche en est remplie 
périrait plutôt qu'une personne mordue; ce qui n'a point 
lieu. 

On ne croit plus que la rage dépend d'un ver placé sous les 
côtés de la langue, et les raisonnemens de Morgagni pour com- 
battre celte idée ( De sed. etcaus. morb., epist. vin , n°. 33 et 
seq. ) sont aujourd'hui superflus. 

/\.i. Il serait à souhaiter que les idées que nous venons d'ex- 
poser (/jo) fussent vraies, et que la rage ne fût réellement 
qu'un dérangement moral ou l'effet d'une irritation fixée sur 
un nerf blessé; mais il existe des faits trop nombreux et trop 
bien observés, qui témoignent en faveur de l'existence du virus 
sui ' gène ris de la rage. Nous en citerons quelques-uns. 



RAG 5() 

Vingt-trois personnes onl été blessées par une louve clans 
une matinée, treize sont mortes de la rage dans l'intervalle 
de quelques mois, ainsi que plusieurs vaches mordue» dans 
le même temps par le même animal. Comment ces malheu- 
reux , dont l'un de nous a décrit la déplorable histoire (Obser- 
vations cliniques sur la rage, etc. ), auraient ils tous éprouvé 
les mêmes symptômes, principalement l'horreur de l'eau , s'il 
n'y avait pas eu une cause commune autre qu'une plaie? Les 
personnes qui sont moites ont été mordues immédiatement sur 
la peau ; les autres l'ont été au travers de leurs vêtemens , qui 
ont sans doute intercepté ia bave ou le véhicule du vu us de la 

iage ' 

Baudot rapporte dans les Mémoires de la société royale de 

médecine (volume précité, page 122), que deux personnes et 

un grand nombre de vaches et de jumens qui lurent mordues 

par un loup dans le mois dé septembre 1772, moururent 

toutes de la rage. 

On lit, dans, le Mémoire couronné de Le Roux, que trois 
personnes mordues par un loup enragé, près d'Aulun,en 
juillet 1781 , péiiient de ia rage, malgré les frictions mercu- 
rielles^- 

De dix personnes moi dues par un loup, neuf moururent 
enragées ( Rey , Mémoires de la société roy aie de médecine , 
page 14-7). 

De vingt-quatre autres mordue 7 aussi par un loup , près de 
La Rochelle, dix-huit périrent (M. Audi y , troisième édition , 
page 196). 

De quinze personnes mordues par un chien enragé, le 27 
janvier 1780, et traitées à Senlis par des commissaires de la 
société royale de médecine, dix fuient mordues à nu , et cinq 
au tiavers de leurs vêtemens. Des dix premières seulement, 
cinq moururent , dont trois bien évidemment de la rage, entre 
le 27 février et le 3 avril, et les dvux autres entie le 29 lévrier 
et le 18 mars (Hist , p. 1 26 et suiv.). 

Nous pourrions citer un bien plus grand nombre de faits 
semblables. Nous aurons d'ailleurs assez d'occasions d'en rap- 
peler. Quelle serait donc la cause de la mort de tant de per- 
sonnes s'il n'y avait pas de virus ? 

[\i. B. Inoculation delà rage. Les effets de l'inoculation doi- 
vent concourir à établir noire jugement. Elle a été tour à tour 
invoquée , et par les médecins qui refusent d'admeUje le virus 
de la rage, et par ceux qui ne doutent pas de l'existence de ce 
virus. Nous rie redirons ici aucun des faits nombreux d'inocu- 
lation que nous avons cités en parlant des animaux sujets à la 
rage (de 19 à 2/j ) ; mais nous rappellerons seulement que la 
possibilité d'inoculer cette maladie à des animaux sains , en se 



6o RAG 

servant delà bave écumeusc de certains animaux enrage's, est 
bien démontrée. La morsure de ces animaux enrage's est elle- 
même un genre d'inoculation qu'on ne peut re'voquer en doute. 
N'en est-il pas de même du fait suivant? Un chien malade, 
probablement de la rage, est nourri, soigné avec beaucoup 
d'attention et de confiance par une fille de peine dont les 
mains avaient une écorchure; mais bientôt l'animal s'échappe 
de la maison, et est tue par des gens à qui il inspire de la 
crainte. Six semaines après , cette fille est prise des accidens de 
la rage et y succombe ( André Marshall, The morbid anatomy 
of ihe brain, etc. , p. 62 et suiv. ). 

S'il était vrai que la bave écumeuse, déposée sur un couteau 
de chasse rouillé et^bandonné depuis plusieurs années, eût pu 
communiquer la rage, on pourrait alléguer ce cas comme un 
exemple d'inoculation. Nous ne pouvons y ajouter foi , malgré 
l'art avec lequel Sauvages l'applique à sa théorie {Dissert., 
p. 20 ). 11 nous semble qu'on peut aussi douter de la vérité de 
l'histoire d'un malheureux tailleur , qui eut, dit-on, la rage 
pour avoir porté à sa bouche les lambeaux d'un manteau dé- 
chiré par un chien enragé (M. Portai, d'après Carcuta, 
page 180 ). 

Quant à la rage que contracta le vénitien Brasca en donnant 
un baiser à son chien avant que de le faire tuer, et à deux au- 
tres faits semblables qu'on cite , il faudrait également, pour 
se faire une opinion sur leur réalité, avoir lu tous les détails 
des observalions. Nous en disons presque autant de l'exemple 
remarquable rapporté par le docteur Thomas Percival, d'un 
homme qui , pendant qu'il dormait à terre, fut léché près de la 
bouche par un chien malade de la rage, et qui, après l'intervalle 
de temps ordinaire, fut pris de cette maladie et en mourut. Il 
n'avait ni morsure ni la moindre apparence de lésion à la 
peau, dit Percival {Voyez M. Jacq. Gillman, ouvrage pré- 
cité, p. 88). Ce dernier fait mérite surtout la plus grande at- 
tention : nous le rappellerons ailleurs (63). 

43. Nous croyons avoir donné des preuves suffisantes de 
l'existence du virus rabifique. Si ce virus n'existe pas , pour- 
quoi tant de personnes mordues par un animal enragé péris- 
sent-elles de la rage (/}• )? Pourquoi toutes ont-elles horreur 
de l'eau (41 ,et de 88 à 91 ) ? Pourquoi les personnes mordues 
dans des parties dépouillées de vêtement, au visage, aux 
mains, périssent-elles hydrophobes beaucoup plus souvent 
que celles qui sont mordues au travers de leurs habits (4 1 > 
1 15 et 1 j6 )? Pourquoi les animaux mordus par des loups ou 
des chiens enragés sont ils atteints de la rage, tandis que les 
chiens , qui se battent si souvent à la suite des chicuncs ou dans 
des jeux publics, etc. , en sont -ils exempts (24 et 29) ; tandis 



RAG 6ï 

que de tant de milliers de blessés sur un champ de bataille, pas 
un ne devient bydrophobe? Pourquoi sont ce toujours les 
symptômes de la rage qui se montrent après ces morsures, et 
jamais le tétanos? Nous ajouterons : pourquoi se commuui- 
que-t-elle par inoculation (de 19 à 23, et 4^)? et pourquoi 
enfin se montre telle toujours avec les mômes caractères, et 
à peu près la même intensité, qu'elle soit ou non inoculée par 
l'art? C'est seulement en passant des animaux carnivores à 
ceux qui ne le sont pas , qu'elle paraît perdre sa propriété 
contagieuse. 

Nous pouvons donc conclure que le virus de la rage, ou 
le principe que l'on nomme ainsi, existe, et c'est ici le lieu 
de dire par anticipation que le succès déjà méthode de l'a- 
blation ou de la cautérisation de la plaie pratiquée îmmédia- 
diatement après qu'elle a été faite, consacre encore la vérité 
de l'existence de ce virus. 

44* Nature du virus de la rage. Il échappe à nos sens et 
à nos moyens d'analyse; il nous est impossible d'en déter- 
miner la nature; tout ce qu'on a dit à cet égard n'est que 
conjectural. De nos jours, on ne demande plus si ce virus 
consiste en une génération de vers, comme le croyait P. De- 
sault , de Bordeaux; s'il est composé d'une partie fixe alca- 
line, et d'une partie volatile ignée, comme le pensait Boissier 
de Sauvages; s'il lient delà nature du phosphore, selon l'opi- 
nion de Le Camus ; s'il est caustique , ainsi que Ta dit Brevcl ; 
s'il est acide, comme le soutenaient François Hunauld, Nicole 
Tcllier; s'il est électrique, etc. On ne peut, sans méconnaître 
tout à fait les bornes de nos connaissances , discuter sérieuse- 
ment d* semblables hypothèses. Que nous importerait la na- 
ture de ce virus , dit Le Roux, de Dijon , s'il était possible de 
la détruire avant qu'elle n'eût atteint son horrible perfection ? 

§. ix. Sie'ge du virus de la rage, ou ajfinité de ce virus avec 
les humeurs. 

45. Quelles sont les humeurs de l'animal enragé qui con- 
tiennent le virus de la rage? Réside-t il dans le sang?Pé- 
nètre-t il les chairs? Empoisonne-t-il le lait? Existe t il dans 
les sueurs, dans la transpiration pulmonaire, dans l'humeur 
séminale? Est-ce la salive qui en est le véhicule ou Je mucus 
dres voies aériennes? Une seule de ces humeurs, plusieurs ou 
toutes en sont-elles infectées? Les auteurs ont émis des opi- 
nions si variées, ont rapporté des faits si extraordinaires, si 
contradictoires, qu'ils ont rendu ces questions difficiles à ré- 
soudre. 

La plupart des anciens pensaient que le sang, les chairs et 
les humeurs étaient infectés. Des faits nombreux à l'appui de 
cette opinion ont clé consignés dans leurs ouvrages, et plu- 



02 RAG 

sieurs médecins illustres du siècle dernier l'ont encore forti-r 
fiée de l'autorité de leurs noms : Boerhaave, Van Swieleu, 
Sauvaues, Frédéric Hoffmann, elc, admettaient cette infection 
des humeurs. Mais les considérations nées de l'humoiisme 
ayant cédé à mesure que la théorie du solidisme a étendu sou 
empire, on a renoncé à cette infection. Nugent, Pouteau, 
Le Roux, Baudot, Bouteille, Euaux, M. Chaussier, etc., 
se sont bornés à admettre le virus seulement dans la salive et 
dans la plaie où. il a été déposé. L'appareil des symptômes de 
la rage ne leur a présenté que des phénomènes nerveux ; et 
d'humorale qu'elle était dans les auteurs anciens, cette mala- 
die est devenue toute nerveuse sous la plume des écrivains de 
notre siècle ou de la fin du siècle dernier. L'observation, le rai- 
sonnement et l'analogie sont invoqués par eux comme ils l'é- 
taient par les partisans de l'autre doctrine. 

Nous allons rappeler et discuter les faits que l'on cite de part 
et d'autre, et auxquels on attache le plus d'importance. Aupa- 
ravant, nous croyons devoir prévenir que la terreur que la 
rage a de tout temps inspirée a donné naissance h une infinité 
de préjugés, de contes absurdes, relativement à la manière 
dont elle se propage, et que des médecins célèbres ont trop 
aisément ajouté foi à ces contes. Déjà nous avons laissé entre- 
voir une paitie de la vérité (depuis 17 jusqu'à 26) ; mais nous 
ne devons pas craindre de paraître surabondaus quand il s'agit 
de questions comme celles qui vont nous occuper. 

46. A.. La chair d'un animal enragé peut- elle communiquer 
la rage 7 Fer ne i ( De obs. rer. caus. , et de morb. epidem. , 
lib. 11 f cap. xiv ) , Schenckius ( Ployez Sauvages , Dissert, sur 
la rage, pag. 9) , Manget, d'après Joseph Lanzoni ( Voyez 
M. Audi y, pag. 3t ), rapportent des exemples de personnes 
qui devinrent hydrophobes pour avoir mangé de la chair 
d'un loup , d'un porc et d'une vache qui avaient la rage. Le 
virus (jui aurait infecté la chair de ces animaux n'aurait donc 

J3as même été détiuil par l'action du l'eu nécessaire pour cuire 
a viande ? 

C< s laits ne sont pas présentés de manière à inspirer utie 
grande confiance; car il est bien ceilain que la rage ne vient 
jam.iis dans les premières heures après la cause qui y donne 
lieu , et que ses premiers symptômes ne sont pas des accès do 
imeur , des envies de mordre (73, r l\ et de 81 à 107 ). Com- 
ment concilier de semblables alertions avec la pratique des 
anciens qui, selon Pline et plusieuis auteurs, donnaient, 
comme remède , le foie du chien ou du loup enragé, et, avec 
celle tle Julien faulmier ou l'aimai ius , qui faisait prendre, 
pend;! ni trois jours, du .sa 112; desséché de ce même asimal (Voyez 
Méin. de la soc. roy. de méd. , pag. t3G, et le numéro 17b) ) ? 



RAG 63 

4"'. Nous pouvons d'ailleurs cher des faits contraires h ceux: 
que nous venons de rapporter, et qui offrent davantage l'ap- 
parence de la vérité. Le 25 juin 1776, la chair d'un bœuf 
qui avait été mordu par un chien enragé, et qui ensuite avait 
éprouvé tous les symptômes de la rage confirmée, fui vendue 
à Médole , ville du duché de Mantoue, sans qu'aucun de ses 
habitons ait été atteint de la rage (M. Andry , pag. 5o). Le 
Camus, docteur-régent de la faculté de médecine de Paris , a 
assuré à Lorry , sou confrère, avoir mangé, sans aucune suite 
fâcheuse, de la chair d'animaux morts enragés. On lit, dans 
une lettre du docteur Louis Valcntin , que des nègres des 
Etats-Unis n'ont éprouvé aucune indisposition après avoir 
mangé de la chair de cochons morts de la rage {Journal gén. 
de mëd.y tom. xxx., p. 4 l 7)- Revoyez le numéro 22. 

48. Selon Le Roux , de Dijon , ces faits, contradictoires en 
apparence , s'expliqueraient aisément par les différens temps 
de la maladie : les uns, dit-il, ont mangé de la chair avant 
la corruption générale ou dans le premier degré de la rage ; 
]es autres, daus l'hydrophobie confirmée [Mémoire imprimé 
parmi ceux de la soc. roy. , p. 24 )• 

Les médecins n'ajoutent aucune foi aux premiers faits (46). 
On pense généralement que la chair des animaux morts de la 
rage ne peut propager celle maladie. Les paragraphes suivaus 
éclaireront celui-ci. 

49. B. Dans la rage, le sang est-il infecté? On ne croit pas 
que le virus réside dans le sang , malgré le fait rapporté par 
Lcmery , d'un chien qui devint enragé après avoir lapé le 
sang d un hydrophobe qu'on avaitsaigné (Hist. de l'acad. ro . 
des sciences, 1707, p. 25). L'opinion de Pouteau, de Le Roux, 
de Baudot et de la plupart de ceux qui considéraient la rage 
comme une maladie neiveuse que le sang ne peut communi- 
quer , était moins le résultat de l'expérience que de la théorie 
que ces médecins avaient adoptée. 

Si l'on peut recevoir sans dangerle sang d'un hydrophobesur 
la peau intacte, comme cela est toujours arrivé , on peut croire 
d'abord qu'il n'en serait pas de même sur une plaie ou sur la 
peau dépouillée de l'épiderme. Aussi ce ne lut pas sans inquié- 
tude que notre ami M. Bouchet, chirurgien en chef de l'Hôtel- 
Dieu de Lyon , aperçut une fois que du sang d'un homme atteint 
de la rage avait jailli sur une égratignure qu'il s'était faite à 
la cuisse. Nous savons que MM. Dupuytren, Brescln t et Ma- 
gendie n'ont pu inoeuh r la rage en frottant des plaies avtc 
le sang qu'ils tiraient de chiens enragés; ils ont même plu- 
sieurs fois pris du sang de ces derniers animaux , qu'ils ont 
immédiatement après injecté dans les veines d'autres chiens 
qui étaient sains, et jamais la rage n'a clé communiquée à 



6: t RAG 

ceux-ci, qu'ils ont gardés assez longtemps jumr n'avoir aucun 
doute sur ce résultat. 

5o. C. Le virus de la rage empoisonne-t-il le lait ? Uue 
question plus intéressante que la précédente est celle qui est 
relative à l'altération du lait. Que doivent craindre les per- 
sonnes qui ont bu le lait d'un animal atteint de la rage que 
l'on a méconnue? Consultons l'expérience. 

Balthasar Timseus assure qu'un paysan , sa femme , ses 
enfans et plusieurs autres personnes furent attaqués de la rage 
pour avoir bu du lait d'une vache enragée; que le mari et 
Faîne de ses enfans furent sauvés par les remèdes qu'on leur 
fit prendre; que la femme et quatre enfans périrent de la rage ; 
que, trois ou quatre mois après, la servante et une voisine 
qui avaient bu du lait de la même vache, périrent aussi après 
avoir eu des accès de rage ( Voyez M. Andry , p. 32 ). 

5i. Comment concilier ceci avec les obseivations qu'a pré- 
sentées à la société royale de médecine une autorité plus impo- 
sante, Baudot? Nous allons les rappeler. 

Un enfant a été allaité, sans aucune suite fâcheuse , par une 
chèvre pendant trois semaines, jusqu'au jour où fa chèvre 
est morte de la rage. Le 21 janvier 1776 , une vache fut at- 
teinte de celte maladie à la suite d'une blessure que lui avait 
faite un chien enragé. Les premiers symptômes de la rage 
«yant été méconnus , on attacha cette vache pour la traire 
avec plus de facilité, et l'on donna de son lait, au degré de 
sa chaleur naturelle, à un enfant. Les symptômes étant de- 
venus plus apparens le même jour , le père et la mèie recou- 
rurent à Baudot pour qu'il préservât leur enfant de la rage. 
Persuadé, dit cet auteur, que le virus hydrophobique ne se 
communiquait point de cette manière, je me contentai de les 
rassurer, en leur disant qu'il n'arriverait point d'accident à 
l'enfant, qui effectivement a continué à jouir d'une bonne santé. 
A la suite de ces faits , le même médecin en rapporte un grand 
.nombre d'autres , desquels il résulte que le lait et le beurre 
de beaucoup de vaches mortes de la rage n'ont produit aucun 
mal à ceux qui en ont usé, pas même aux enfans nourris du 
Jait de ces vaches jusqu'au jour de la mort de celles ci {Ment. , 
p. 91). Ces exemples dispensent d'en citer de semblables, qui 
ont été publiés par les docteurs Baum^arten {Médical com- 
me Maries ) , L. Valeutin (Lettre précitée) et par quelques 
autres. Nous croyons néanmoins que la saine ciilique réduit 
beaucoup la valeur de ces derniers faits , parce que lu sécrétion 
du lait ne doit plus avoir lieu quand la rageesl bien développée. 
52. D. Le virus de la rage existe-t-il dans le sperme / La 
cohabitation a été regardée comme un moyen de contagion. 
Voici sur quoi on a établi cette opinion : 



RAG 65 

Fréd. Hoffmann rapporte qu'un paysan connut sa femme 
peu après avoir été mordu par un loup enragé ; que tous deux 
devinrent hydrophobes ; que le mari périt, et que la femme 
fut guérie ( tom. i, p. 196). Quelque grande que soit l'autorité 
du médecin que nous venons de citer, nous ne pouvons ad* 
mettre l'observation telle qu'elle est présentée, parce que, 
comme nous l'établirons plus bas (72 et suiv. ) , la rage ne se 
développe pas immédiatement après la morsure : le mari ne 
pouvait donc pas communiquer une maladie qu'il n'avait 
point. La guéri son de la femme est une nouvelle raison de 
douter ; nous attribuons à la frayeur l'hydrophobic syinpto- 
matique dont elle a été atteinte ( 23 , 68, et de 76 à 80 ). 

Chabert , ancien directeur de l'école vétérinaire de Paris , 
rapporte, dans ses Réflexions sur la rage ( Quatrième observée* 
tion), qu'une femme de la Guillotière mourut hydrophobe 
pour avoir habité avec son mari , le soir même du jour où il 
fut mordu par un chien enragé. Ce fait doit étie soumis au 
même raisonnement que le précédent. 

53. En voici de contraires qui inspirent plus de confiance : 
Baudot dit qu'une fille a habité impunément avec un soldat > 
pendant un mois, depuis le jour qu'il fut blessé par an chien 
enragé, jusqu'à celui où la rage se déclara (lUeni précité, p. 92). 

L'exemple deRivallier, mentionné également dans les ^lé- 
moires de la société royale de médecine (p. i36) , est des plus 
remarquables : il est dit qu'un hydrophobe, priapisj/w ar- 
dentem cum uxore concubuisse liberosque minûtrantes momor- 
disse , verum innoxiè omnia. 

La plupart des paysans mordus à Trigance par un loup 
enragé, vécurent maritalement avec leurs épouses jusqu'au 
temps où leur maladie se déclara, sans aucune suite lâcheuse 
pour leurs femmes (Mém. de la soc. roj". de méd. , p. 21 1 ). 
Bouteille a rapporté l'observation d'un homme qui avait ha- 
bité deux fois avec une personne du sexe , six heurts avant 
l'hydrophobie déclarée : cette femme en fut quitte pour les 
plus vives frayeurs [ibid. , p. 23" ) ; enfin , M. Boissière a con- 
signé une histoire analogue dans le Journal général de méd. 
(tom. xvin, p 296). 

Il n'est donc point prouvé qu'on ait inoculé le germe de 
la rage par l'acte destiné à perpétuer la vie. 

54. E- L'haleine des enragés communique-t-elle la rage, 
ou, en d'autres termes, le souffle de ceux que tourmente cette 
maladie est- il empoisonné par elle? Non. Que la cruauté ne 
prive pas ces personnes des dernières consolations que réclame 
leur situation désespérante; l'haleine des enragés ne com- 
munique point la rage malgré les faits cités par Cœlius Aure- 
lianus (cap. ix ) . Paulmier et quelques autres anciens auteur*. 
47- 5 



m RAG 

Une multitude de personnes qui les ont soignes ont respire 
cette haleine comme nous sans aucun accident; celle d'un 
hydrophobe , dont l'un de nous reçut plusieurs bouffées en 
examinant l'intérieur de la bouche et du gosier, n'était pas 
même fétide. La nourrice dont parle Vaughan baisait con- 
tinuellement l'enfant hydrophobe qu'elle avait allaité ; elle 
recevait son haleine dans la bouche et sur le visage j il ne lui 
en est rien arrive. • 

Abel Roscius a réuni plusieurs faits, pris de divers auteurs, 
qui porteraient à croire à la possibilité de contracter la rage 
par la seule respiration de l'haleine ou de l'odeur , non de 
l'homme attaqué de celte maladie, mais d'un chien hydro- 
phobe {Voyez Fabricius Hildanus, Obs. chirurg. , cent, i, 
obs. 86). Ces faits sont d'ailleurs rapportés sans aucun détail 
et de manière à ce qu'on doit fortement en douter. 

55. F. La sueur d'un enragé peut- elle propager la maladie ? 
Il n'est pas plus dangereux de toucher les malades dont la 
peau est couverte de sueur pendant le dernier jour de la rage, 
que de respirer leur haleine. Souvent les doigts de l'un des 
auteurs de cet article ont été mouillés de la sueur des per- 
sonnes enragées, et nous avons vu des infirmiers qui s'essuyaient 
à peine les mains après avoir touché le corps de ces malades, 
quelque abondante que fût la transpiration. 11 est vrai que 
la peau de la personne saine étant intacte, le contact de la 
sueur ne prouve pas que celle-ci ne soit point infectée (de 
6o à 63 ); mais pourquoi le supposer si rien n'obligea le 

croire ? 

56. G. Est-ce la salive ou le mucus des voies aérienne? qui 
est le véhicule du virus de la rage? Aucune des humeurs dont 
nous venons de parler (depuis 46), ne paraît avoir d'af- 
finité avec le virus de la rage : la terrible faculté de trans- 
mettre celle maladie est exclusivement accordée à la salive j 
on a même dit qu'à l'étal sec cette dernière en est douée. Enfui 
les médecins pensent presque tous que la rage est une maladie 
des glandes salivaires. Cependant si ces glandes ne sont le siège 
d'aucun phénomène pathologique pendant le cours de la ma- 
ladie; si elles paraissent saines dans le cadavre ; si les voies 
aériennes sont le siège de l'inflammation ; si la salive ne forme 
point la bave écumeusc qui se répand sur les lèvres, mais que 
cette bave, qui inocule la rage (20, 22, 25, 41,42 et Zp), 
vienne des bronches enflammées et soit un mucus altéré, con- 
verti en écume pendant la respiration convulsive de l'hydro- 
phobe (107 et ia5 à i3o), n'avous-nous pas lieu de douter 
de l'altération de la salive proprement dite, cl de nous étonner 
du grand rôle qu'on lui fait jouer pour la propagation de la 
rage? Ce n'est point là une supposition gratuite, comme on 






R A G 67 

le verra lorsque nous donnerons le re'sultat des recherches 
faites sur les cadavres. 

Alors, dans la rage comme dans les autres maladies conta- 
gieuses par un virus, celui-ci serait le produit altère d'un organe 
enflamme. C'est ainsi que, dans un ulcère syphilitique , se forme 
le virus de la syphilis , qu'une phlegmasie spe'ciale de la peau 
donne naissance à celui de la variole, etc. 

Nous discuterons plus loin (de 125 à i3o) celte opinion 
nouvelle. Mais un fait à dire ici, c'est que M. Gillman , ayant 
toujours trouvé des traces d'inflammation dans l'estomac des 
chiens enragés , a voulu une fois essayer si le fluide contenu 
dans des espèces de pustules de l'estomac de ces animaux, 
pouvait communiquer la rage : mais ce fut sans succès qu'il' 
inséra de ce fluide dans des plaies faites à deux lapins ( ouvr. 
cité , p. 52 ). 

57. H. D'autres parties ou humeurs que celles dont il a été 
patte jusqu'ici (depuis f\b) , peuvent elles communiquer la 
rage? Nous ne croyons point qu'on ait sérieusement attribué 
cette funeste propriété à d'autres parties ou humeurs que celles 
qui viennent de nous occuper , si ce n'est cependant aux nerfs 
au bec des oiseaux et à la griffe d'un animal enragé. Nous 
avons dit plus haut ce qu'il fallait penser des derniers (21 
et 24 ). 

Quant aux nerfs , le professeur Rossi , de Turin , a avance 
que, «encoie fumans, ils partageaient avec la salive la pro- 
priété de communiquer \à rage. » 11 dit avoir inoculé une fois 
celle maladie en introduisant dans une incision un morceau 
du nerf crural postérieur retiré d'un chat enragé vivant (AJém. 
de l'acad. inip. de Turin, se. phys. et mathémat. , de i8o5 à 
3808, part, xcni de la Notice des travaux). Mais jusqu'ici c'est 
un fait unique qu'on n'a point, que nous sachions , cherché à 
constater, el duquel par conséquent on ne doit , sans le nier 
rien conclure. 

58. Conclusion, du paragraphe. Les faits doivent donc por- 
ter à croire qu'à l'exception de la salive ou du mucus brou- 
chique , il n'est aucune partie, aucune humeur qui puissent 
transmettre la rage. Toutefois, nous devons faire remarquer 
que les détails dans lesquels nous sommes entrés relativement 
à l'infection de chaque humeur, établissent peut-être , pour 
quelqu'une, qu'on n'en a pas assez de preuves, plutôt qu'il 
faille rejeter cette infection. On aurait tort aussi de conclure 
toujours des observations faites sur l'homme , à ce qui doit 
avoir lieu chez les chiens et les autres animaux susceptibles 
de contracter spontanément la rage contagieuse. Est-ce que la 
morsure des derniers ne propage pasia maladie, qui n'est point 

5. 



68 RAG 

communiquée par la morsure du cheval, etc. (19, 20, 22 ? 

4i , 4 2 ? etc - ) ? 

§. x. Voies par lesquelles le virus de la rage pénètre l'orga- 
nisation. 

5g. Trois voies sont ouvertes aux virus , la peau , les sur- 
faces muqueuses et les plaies: par laquelle ou lesquelles de 
ces voies peut pénétrer le virus de la rage? 

Ici, comme dans le paragraphe précédent, les récits vagues, 
les faits merveilleux et les observations bien recueillies se con- 
fondent, des noms obscurs se présentent avec des noms illus- 
tres, et les exemples de rage véritable n'ont point été distin- 
gués de ceux qui lui sont étrangers. Nous avons encore besoin 
d'être guidés par une critique sévère. 

60. A. Par la peau. Les médecins anciens ont admis avec Dios- 
coride,Galien, Mathiole, Ambroise Paré, etc., que la salive d'un, 
animal enragé, reçue sur la peau intacte, suffit pour communi- 
quer la rage. Mathiole assure avoir vu deux personnes que la 
seule éclaboussure de la bave avait ainsi infectées (in Diosc.) ; 
mais il ne dit pas quels furent les symptômes acquis, ni si elles 
furent exemples de frayeur. On rapporte encore l'exemple d'un 
homme qui enragea pour avoir enfoncé sa main dans la gueule 
d'un loup sans en avoir été mordu [Voyez Sauvages, Dissert. , 
pag. i4)î et l'histoire consignée dans les Transactions philo- 
sophiques , de deux jeunes gens qui deviurent enragés, et 
dont l'un mourut pour avoir touché la gorge d'une chienne 
qui ne pouvait avaler de l'eau ( Van Swiélen , tom. ni , p. 54g). 
En admettant comme vrais les deux cas cités , peut-on affir- 
mer que les personnes qui en ont été victimes n'aient pas en 
quelque légère égratignure ? 

61. La plupart des médecins actuels pensent, avec Salius 
Diversus , Pouteau , le frère Duchoisel , Baudot , etc. , qu'il n'y 
a propagation de la rage par la peau, que lorsque l'épidémie 
est divisé : « C'est une erreur , dit le frère Duchoisel , que de 
croire que la salive d'une personne enragée communique la rage 
à ceux qui la touchent ; car, en ma présence, plusieurs per- 
sonnes ont marché pieds nus sur la salive d'un enfant enragé r 
qui mourut le même jour, sans qu'aucun de ceux qui avaient 
touché cette salive, ou qui avaient marché dessus, en aient 
ressenti la moindre incommodité. » N'a-t-on pas vu d'ailleurs 
la salive d'hommes , attaqués de la rage, être fréquemment 
lancée sur la peau d'autres personnes ou d'animaux, sans que 
jamais cette maladie en ail été la suite. A l'appui de celle as- 
sertion, nous rappellerons que feu le professeur Iiosqiiillou 
a porté maintes fois le doigt nu dans la bouche de personnes 
enragées, et qu'il ne lui en est rien arrivé de fâcheux (22); 
que Sauvages dit que Lamorier , chirurgien de Montpellier 



RAG 6g 

(Nosolog. méthod. ) , et Haguenot ( Dissert. , p. 14 ) en firent 
autant une fois, et qu'ils en furent quittes pour la peur, 
et que Leclerc de l'abbaye cPAlais, dont il rapporte -l'ob- 
servation, pressa entre ses dents, à une époque avancée de 
la maladie, les doigts d'un prêtre qui lui faisait l'onction 
sur les lèvres ( Dissei't. , p. 29 }; que M. L.-P. Boissière a fait 
connaître le fait d'un homme qui s'empara du cadavre d'un 
loup enragé, l'écorcha pour en avoir la peau, et plongea ses 
mains non-seulement dans son sang , mais encore dans sa 
bave , sans qu'il portât plus tard la peine de sa cupidité (Journ. 
génér. de mécL^ torn. xviu , p. 298), etc. Enfin nous ajou- 
terons que l'un des auteurs de cet article a vu un frère hos- 
pitalier, qui prodiguait ses soins à des enragés pendant leur 
agonie , ne prendre d'autre précaution que celle d'essuyer im- 
parfaitement- ses doigts lorsqu'ils étaient imprégnés de la bave 
ecunieuse des malades, et qu'il ne lui en est rien arrivé. 

62. Nous ne pouvons douter que la peau ne soit, dans l'état 
sain , une enveloppe impénétrable au virus de la rage , bien 
que les exemples que nous venons de citer (61 ), doivent être 
regardés, pour le plus grand nombre, comme de fausses ap- 
plications de la part des auteurs (19, 20, 22,58). 

63. B. Par les membranes muqueuses. Il n'est pas aussi 
facile de prononcer sur la transmission du virus de la raj;e 
au travers des membranes muqueuses. On cite les faits suivans 
pour prouver que l'application du virus sur ces membranes 
suffit pour propager la maladie : nous ne les donnons pas 
comme ayant une égale valeur. 

Julien Paulmier [De morb. contag.) rapporte avoir vu des 
bœufs , des chevaux et des moutons contracter la rage pour 
avoir mangé delà litière sur laquelle étaient morts des cochons 
enragés; M. Portai , qu'on lui a assuré que deux chiens qui 
avaient léché la gueule d'un chien enragé, furent pris de la 
même maladie sept à huit jours après (Ohscrv. sur la nature 
et le traitement de la rage, pag. 1 5 1 ), et Mathieu , dans un 
Mémoire distingué par la société royale de médecine, qu'une 
femme de soixante-quinze ans fut atteinte de la rage au bout 
d'un mois, pour avoir pompé avec la bouche les restes de la 
bave qu'un chien avait laissée sur une jupe. Cette femme, 
qui avait mâché, aplati une couture avec ses dents, avait aussi 
été mordue à la jambe ; mais comme elle ne s'aperçut que 
d'une contusion, elle ne s'en mit pas eu peine ( Mém. de la 
soc. roy. de méd. , p. 3io). N'est-il pas très-probable que, dans 
ce dernier cas , l'inoculation de la maladie avait eu lieu , non 
par la bouche, mais par une plaie a la jambe? 

On ne peut expliquer de même la rage que l'on dit avoir 
été communiquée par un homme à ses enfans en les embras- 



yo KAG 

sant ( Voyez n°. 23), ni les histoires cilees plus haut d'une 

couturière (ibid.) et d'un tailleur (/j* 2 )» 

6zi. Tous ces exemples (6^) ne doivent inspirer aucune con-» 
fiance. On lit quelque chose de plus positif dans l'ouvrage 
de MM. Enaux et Chaussier : «Nous avons vu, disent ils, 
un homme attaqué de cette maladie {la rage), pour avoir 
reçu sur la lèvre de la bave d'un chien enragé. » Ils ne don- 
nent aucun détail. Ce fait, rapproché de quatre autres faits 
analogues , dont nous avons parlé plus haut (62), notamment 
de celui observé par Percival , et dans lesquels c'est toujours 
la bave d'un chien enragé, en contact avec les lèvres, qui 
aurait communiqué la rage, rend très-probable que celte ma- 
ladie puisse être transmise par les surfaces muqueuses ; mais, 
tous ensemble, ces exemples ne nous paraissent pas, faute de 
détails sulfisans, décider sans appel la quesiion : ils ne por- 
tent d'ailleurs nullement à croire que la rage puisse se com- 
muniquer de la même manière d'homme à homme. 

65. iNous allons exposer d'autres laits qui sont contraires a 
ceux que nous venons de citer (63 et 64). Ils ne sont pas tous 
exempts du merveilleux. 

Il y avait anciennement en Afrique des peuples qui se sont 
rendus célèbres, dit-on, par la guérison de la morsure des 
serpens dont celte région abonde: c'étaient les Psylles. En sup- 
posant la vérité de ces guérisons, même de celle de la morsure 
des animaux enragés , ils y parvenaient, ainsi que les Marses 
en Italie, non par aucun art qui leur fût particulier, comme 
le faisaient croire leurs cérémonies et leurs paroles prétendues 
magiques, mais en appliquant la bouche sur la plaie pour en 
sucer le venin. 

La succion paraît avoir été réellement employée pour enle- 
ver le vii us de la rage. On rencontre encore dans certains pays, 
dit feu Bosquillon , des hommes qui appliquent hardiment 
leur bouche sur la plaie, immédiatement après la morsure de 
ranimai enragé {Mçm. sur les causes de l hydrophobie , etc. , 
inséré parmi ceux de la soc. méd. d'émulation , loin, v , p. 1 ). 
Nous aurions besoin, pour iixer notre jugement , de quel- 
que chose de plus certain que ces assertions, et de plus con- 
cluant que l'exemple rapporté par Yaughan , observateur 
digne de foi, d'une nourrice qui baisait continuellement bur 
la bouche un enfant enragé cl qui n'en fut point incommo- 
dée ( 54 ). 

L'exemple cité par Pouleau , de la sœur Vialis qui reçut 
dans la bouche un crachat du maître de pension qu'elle soi- 
gnait ( Essai sur la rage , pag. 10 ) , doit être rejeté, quelque 
grande que soit l'autorité de l'auteur. Ce cas est si bi«en étran- 
ger a la rage communiquée, que le maître de pension devint 



RAG 71 

hydrophobe presque aussitôt après s'être mis en colère, et sans 
avoir été mordu par aucun animal. 

66. C. Par les plaies. Il n'y a point et il ne peut point y 
avoir de doute sur cette voie de communication : nous en 
avons cité des exemples extrêmement nombreux dans le cours 
de ce travail ( 19 , 20 , 22 , 25 , 4 l ? 4 2 ) et nous en citerons en- 
core d'autres ( 74, H2 , 1 1 4 7 1J 5, 116, 1S8). Il est même be- 
soin , du moins dans les circonstances ordinaires y que la rage 
excite l'animal qui en souffre à mordre, a ouvrir une voie par 
laquelle il introduise le germe ou le virus d'une maladie sem- 
blable à la sienne dans un autre animal. Sa dent est le dard 
empoisonné qui fait la plaie et y dépose le venin. Jean Hunter 
prétendit que la moi sure d'un chien enragé n'est pas toujours 
nécessaire, et qu'il suffit que l'animal lèche une plaie, pour que 
Thydrophobie se déclare [Voyez Hist. delà me'd., par Rurt 
Sprengel , traduct. de M. Jourdan , tom. vi , pag. 254 )• 

A la propagation de la rage par une plaie doit être rappor- 
tée l'histoire d'une fille que nous avons citée, n°. 42. On ne 
peut en faire autant de l'exemple de ce prêtre du Vivarais, qui 
expira avec, son chien pour s'être fait lécher par lui une écor- 
cbure (Journ. ge'nér. de me'd. , t. xvm, pag. 3oo), ni de celui 
rapporté il y a quelques années, de deux sœurs qui avaient 
dans le nez des boutons en suppuration , que lécha seulement 
un chien chez qui les symptômes de la maladie apparurent 
presque aussitôt. La circonstance de la mort arrivée quelques 
jours après prouverait, elle seule, que ces trois individus ne 
furent point attaqués de la rage, malgré qu'on ait affirmé 
qu'ils succombèrent à cette maladie. 

67. D. Danger de la dissection des cadavres d'hommes et 
d'animaux qui ont succoînbé à la rage. 

Les médecins anciens et plusieurs autres, célèbres dans le 
siècle dernier, u'ont point osé ouvrir des cadavres, dans la 
crainte de contracter cette horrible maladie. « Cependant le 
grand nombre d'ouvertures de cadavres d'hommes , qu'à la 
gloire de la médecine l'on a eu la hardiesse de faire, ne four- 
nit pas un seul exemple de rage communiquée, a dit Duper- 
rin ; l'iiydrophobie survenue à l'anatomiste qui avait disséqué, 
dit-on , un chien mort, est un fait unique et peut-être hasardé; 
le grand Boerhaave n'en avait vu ni lu aucun semblable 
( Voyez M. Andry , pag. 4 1 2 ). » 

La rage ne se communique pas même par une piqûre de 
scalpel. Thiesset a fait connaître à la société royale de méde- 
cine l'exemple d'un chirurgien qui se blessa en faisant l'ouver- 
ture d'un cadavre : il ne lui en est rien arrivé {Hist. ,pag. 4^)~ 
M. Develey, maintenant médecin a Iverdun, se piqua au* 
doigt eu aidant l'un de nous à faire l'ouverture du. ca.- 



72 RAG 

davre d'un enrage. Cette blessure ne lui inspira aucune 
crainte; il ne fil rien et n'éprouva rien. Beaucoup d'élèves des 
écoles vétérinaires de Lyon et d'AJfdrt se sont piqués en dis- 
séquant des animaux morts de ia rage , et malgré que depuis 
longtemps ils ne prennent aucune précaution , il n'en est rien 
résulté de fâcheux pour eux. Sans doute pareille confiance se- 
rait téméraire si l'on disséquait la bouche, la trachée-artère, 
les bronches ou les poumons de certains animaux ( iq, 20, 56). 

68. On ne doit pas confondre avec lesaccidens de la rage les 
engorgemens et les dépôts que produisent quelquefois les pi- 
qûres. Celte erreur a été commise (^oyez^tl. Andry, pag. 33). 
Nous disons la même chose des effets de la crainte , qui fait 
naître desaccidens nerveux violens, et quelquefois une véri- 
table hydrophobie symptomatique. L'un des auteurs de cet 
article a vu Je docteur N:cot , qui s'était frappé de la crainte de 
s'être inoculé la rage en ouvrant plusieurs cadavres de per- 
sonnes mortes de cette maladie, perdre l'appétit et le repos, 
ne pouvoir se livrer au travail ; lorsqu'il essayait de boire, 
son cou se resserrait, la déglutition était impossible, et la res- 
piration devenait suffocanlc.il fut guéri au bout de trois jours 
de cet état, en rassurant seulement son esprit. Ou a rapporté 
l'histoire d'un élève en médecine qui se fit une incision à la 
main en disséquant le cadavre d'un enfant qu'on supposait 
mort de ia rage. Cet élève conçut aussitôt des inquiétudes ; 
neuf joursaprès il éprouva l'horreur des liquides; il menaçait 
de mordre ceux (fui s'approchaient de lui; il avait Sa bouche 
remplie d'une salive écumeuse; il fut pendant cinq jours dans 
le même état. Un grand nombre de médecins et de chirurgiens 
ne balancèrent pas à le juger affecté de la rage; il recouvra 
néanmoins la raison et la santé (Journ.deméd.^ cliirurg. , etc., 
vol. xxix , pag. 3J6). 

Nous voyons jusqu'où, peut aller la crainte, dans une dis- 
sertation de Melzîer, imprimée dans les Mémoires de la so- 
ciété royale de médecine ( p. 333). Plusieurs chirurgiens n'o- 
sant point pratiquer l'opération césarienneà une femme grosse 
de huit mois, (fui venait de mourir hydrophobe; la femme 
d'un paysan, [dus hardie qu'eux , fit l'opération avec un cou- 
leau et sauva l'enfant. Bosquillon a rapporté, d'après Chrel. 
Franc. Paulliui, l'histoire remarquable de ce médecin et d'un 
autre, qui tombèrent en défaillance à l'instant d'ouvrir le ca- 
davre d un chien mort enragé, qui n'exhalait cependant au- 
cune odeur fétide (Mc'tn. précité), 

69. Que ceux qui sont désireux des'éclairer sur les effets de la 
rage se livrent donc sans la moindre crainte aux dissections . 
plutôt qu'aux fiivoles spéculations du cabinet. Les précautions 
ne paraissent justifiées qu'en disséquant les parties que louche 



RAG 7' 

la bave écunieuse des seuls animaux susceptibles d'être atta- 
ques spontanément de la rage véritable (64 ). Déjà le chapitre 
sur l'altération des humeurs dans cette maladie ( depuis 4^> 
jusqu'à 5g) avait dû rassurer. 

§. xi. Que devient le virus de la rage dépose dans une 
plaie ? 

70. Les auteurs qui ont admis l'infection des humeurs, ont 
admis encore qu'au bout d'un temps indéterminé le virus était 
absorbéetse mêlait au sang ; l'infection générale n'était qu'une 
conséquence de cette absorption. 

Cette opinion fut attaquée dans un ouvrage publié par Nu- 
genl eu iy:53 , et dix ans plus tard par Pouleau , dans son E-.sai 
sur la rage. Plus tard encore, Le Roux , Baudot , Bouteille , 
Percival, Enaux, M. Chaussier, le docteur Mease , combat- 
tirent aussi plus ou moins dans leurs écrits la doctrine de l'ab- 
sorption du virus rabifique. Suivant celle qu'ils ont adoptée, 
ce virus agit par la seule impiession locale sur les parties avec 
lesquelles il est mis directement en contact. Le docteur Mease 
s'appuyait surtout sur ce que jamais une glande lymphatique 
située audessus de la morsure ne devient le siège d'un engor- 
gement inflammatoire, tandis que cet engorgement est l'effet 
ordinaire de l'infection vénérienne. 

71. Rien, dans ce débat, ne peut nous dévoiler la marche 
certaine du virus de la rage déposé dans une plaie. Si nous 
adoptons son absorption , comme son action spécifique sur les 
organes où il se renouvelle (56, et de 1 25 à 1 00), et les idées 
admises en pathologie , semblent l'indiquer, il ne nous est pas 
possible d'en établir la preuve. Avouons donc que celte ab- 
sorption et la théorie de l'irritation locale sur les nerfs, qu'on 
y a, substituée , ne sont que des suppositions, et n'adoptons ni 
ne rejetons ni l'une ni l'autre des deux doctrines. 

§. xii. Marche et description de la maladie , chez V homme. 

72. A. Période d'incubation. La rage ne se déclare point 
immédiatement après la morsure qui l'a occasionée. Elle a 
une période d'incubation qui, comme dans toutes les maladies 
contagieuses , précède son invasion , et dont nous ne pouvons 
déterminer ni la plus courte ni la plus longue durée. 

73. Cette période serait bien courte dans quelques cas, et 
bien longue daus d'autres, si l'on devait ajouter foi à toutes 
les histoires citées par les auteurs. Pouteau rapporte qu'un 
voilurier, mordu le matin par un chien, devint enragea trois 
heures après midi (p. 1 1 ). Le plus grand vice de cette observa- 
tion n'est pas de manquer des détails nécessaires pour prouver 
que le voiturier était atteint d'hydrophobie , mais d'avoir été 
racontée à Pouteau longtemps après l'événement , et par un 
homme qui n'était pas médecin. Richard Méad cite , assure- 



7 4 . RAG 

t-on, l'histoire malheureuse d'un jeune homme mordu par 
un chien enrage le matin de ses noces, qui passa la journée 
entière à se divertir, el qui , le lendemain , fut trouvé dans un 
tel accès de rage, qu'il mordait le ventre ouvert de sa nouvelle 
épouse, dont il avait les intestins roules autour du bias. C'est 
encore un fait raconté par un homme étranger à la médecine, 
et dont les circonstances extraordinaires offrent peu de vrai- 
semblance. Jean Astruc cite celui de I^larie Daj onne , blessée aux 
tempes, et qui ne tarda pas trois jours a devenir enragée. Ces 
exemples manquent tout à fait de certitude , ou bien ils n'é- 
taient évidemment que des cas d'hydrophobie symptoma- 
tique. 

74- Dans les observations de l'un des auteurs de cet article 
(M. Trolliet) , sur quinze malades, sept ont présenté l'invasion 
de la rage du quatorzième au trentième jour; cinq du tren- 
tième au quarantième; deux dans le second mois, après le 
quarantième jour; et un après trois mois et demi. 

De dix-sept personnes mordues par un loup enragé, près 
de Brive , dans le mois de mai 1784 , dix eurent la rage ; sa- 
voir : la première personne, le quinzième jour à dater de la 
morsure ; la seconde, le dix-huitième; la troisième, le dix- 
neuvième ; la quatrième, le vingt-huitième ; la cinquième, le 
trentième; la sixième, le trente-troisième; la septième, Je 
trente-cinquième; la huitième, le quarante-quatrième ; la neu- 
vième, le cinquante-deuxième ; et la dixième, le soixante- 
huitième jour ( Hist.de la soc. royale de méd. , pag. 209 ). 

75. Quel doit être le terme des craintes des personnes mor- 
dues ? On l'ignore; cependant c'est en général du trentième au 
quarantième jour que la rage se montre : passé cette époque, 
le temps doit diminuer progressivement les craintes. 

Folhergill et Benjamin Moseley ont vu celte maladie se déve- 
lopper quatre mois après les moi sures ; M. A. Matthey, de Ge- 
nève, au bout de cent dix-sept jours {Jouni. génér. , t. liv, 
pag. 275); Haguenot, au bout de cinq mois ( Voyez M. Por- 
tai, pag. i83, et Sauvages, pag. n) ; Vaughan , au bout de 
neuf mois; Méad , au bout de onze mois; Galien, JeanBauhin , 
M. L.-P. Boissière, au bout d'un an ; etc. 

Edouard Nourse a rapporté l'histoire d'un homme qui 
mourut de la rage dix-neuf mois après avoir été mordu par 
un chien enragé; Rosinus Lentilius , celle d'un jeune homme 
qui en mourut trois ans après ( Voyez M. Portai , pag. 299 
et 3o2) ; etc. 

76. Ajoutons à ces faits l'histoire au moins fort suspecte 
comme appartenant il la rage, d'un marchand de Montpellier 
qui ne fut attaqué de celle maladie que dix ans après avoir 
été mordu par un chien , quand, revenaat de voyage , il apprit 



RAG ?5 

que son frère, mordu en même temps que lui et parle même 
animal, était mort hydrophobe quarante jours après avoir été 
blessé (Sauvages , d'après Pierre Chirac, Dissert., pag. 11 ). 

Peut-on croire que la rage survienne encore dix-huit et 
vingt ans après la morsure, comme dans les exemples rapportés 
par Gueînerius, Salmuth et Schmid , ou après trente ans, ainsi 
que le pensait Dodonanis {Ohs.med. , cap. x 11 )? L'allégation, 
que la rage s'est déclarée trois ans après la morsure, n'a pas même 
de probabilité 5 et c'est avec raison que Bosquillon a dit que 
l'intervalle immense qu'on observe quelquefois entre l'instant 
de la blessure et l'accès de l'hydrophobie, prouve que celle-ci 
n'est due alors qu'à la crainte , qu'à une vive frayeur qu'elle 
inspire : c'est du moins la conséquence que l'on tire lorsqu'on, 
recherche avec soin les causes de pareils accès (78). Jean 
Hunter fixe à dix-sept mois le plus long intervalle qui puisse 
s'écouler entre la morsure et l'invasion de la maladie ( Voyez 
Y Histoire précitée de la méd. par Rurt Sprengel, tom. vi, 
pag. 254). 

77. Causes qui hâtent on paraissent hâter Vinvasion de la 
rage. On en place deux au premier rang : 

i°. L'exposition à un soleil ardent. Plusieurs exemples s'en 
lisent dans les auteurs. L'un de nous (M. Trolliet) a rapporte 
l'observation d'un homme chez qui la rage se déclara le len- 
demain du jour qu'il fut exposé aux rayons du soleil pendant 
le mois de juin, quatorze jours après ia morsure d'une louve 
enragée [ouvr. précité, pag. 17). 

2 . Certaines affections viveset profondes de l'arne, qui pro- 
duisent une excitation cérébrale, telles que la colère, et surtout 
la crainte de la rage. On a cité une foule d'exemples de cette 
dernière cause. Nous choisissons les deux suivans : Robert 
Chambourigaud, mordu par un loup, taillait sa vigne le 
trente-troisième jour après la blessure: un paysan lui dit qu'un 
tel et un tel étaient morts enragés six mois après pareil 
accident au sien. Robert est à peine retourné à sa maison qu'il 
est triste, rêveur; ses cicatrices s'enflamment d'une façon hor- 
rible; la lièvre le saisit, on le saigne quatre fois en douze 
heures; il a horreur de l'eau et il offre les autres symptômes 
de l'hydrophobie; enfin le cinquième jour il se pendit pour 
terminer, disait-il, ses souffrances (Sauvages, Dissertation , 
pag. 11.) 

Jacquelin fut appelé reste de chien enrage quarante jours 
après la morsure que lui fit une chienne hydrophobe : il resta 
interdit, se rendit tristement à la maison, se plaignit de grandes 
douleurs dans la blessure, et fut aussitôt saisi des premiers 
symptômes de la rage , dont il mourut le quatrième jour 
[Joum, de méd, de Vandermonde, tom. xxxix, pag, ait ). 



:G RAG 

7$. Non seulement la frayeur peut accélérer l'invasion de 
la rage, mais encore, ainsi que nous en avons cite beaucoup 
d'exemples (21 , 2.3 , 46, 52 , G8 et 76), causer l'hydiophobie 
simple ou non contagieuse. C'est ce qu'on n'a pas toujours 
distingue. Nous ajouterons aux faits que nous venons de rap- 
peler, que M. Barbantini a publie dans le Journal italien de 
physique , chimie, etc. (cahier de janvier et février 1817 ), le 
cas intéressant d'un jeune homme qui , ayant élé mordu par 
un chien qu'il se figurait enragé, eut des symptômes d'hydro- 
phobie le cinquième jour après sa morsure, et allait y suc- 
comber lorsqu'on amena dans sa chambre le chien qui l'avait 
mordu, lequel était parfaitement bien portant. Cette vue le 
tranquillisa, et quatre jours après il était en état de se livrer 
à ses exercices habituels. On lit, dans le Journal général de 
médecine, que Jean Hunier a plusieurs fois parlé dans ses leçons 
d'un cas pareil,- le célèbre chirurgie*! anglais croyait que le 
malade serait mort infailliblement, si le chien qui avait fait 
la blessure n'eût élé heureusement retrouvé et apporté en 
bonne santé chez le malade (t. xu , pa".. 2i5). M. Barbantini 
pense, et les médecins obseï valeurs sont disposés à le penser 
comme lui, que c'est la seule frayeur qui a rendu hydro- 
phobes les personnes qui , au souvenir d'une ancienne mor- 
sure, ont été atteintes d'hydrophobie (76). Effectivement les 
histoires que nous connaissons d'hydrophobie très-tardive font, 
pour ia plupart, mention que l'imagination des malades fut 
vivement troublée par la crainte delà maladie. Nous rappel- 
lerons encore que les signes les plus constansqui en précèdent 
les symptômes, sont communs aux autres affections vives qui 
égarent ia raison ; qu'il y a des malades qui se figurent avoir 
devant eux l'animal qui les a mordus, qui se réveillent en sur- 
saut en jetant des cris de frayeur; qui mordent et prennent 
les habitudes et comme l'instinct de cet animal (92) : c'est ainsi 
que la terreur de la rage a fait naître souvent des symptômes 
qu'on a confondus avec ceux de cette maladie. 

79. Les. excès de table , les travaux pénibles, les veilles 
prolongées, sont comptés au nonibie des causes qui hâtent le 
développement de la ia^q {Voyez M. Portai ). 

L'exposition à un vent très-fort a paru, à l'un des rédacteurs 
de cet article, avoir une fois produit le même effet. 

Nous mériterions des reproches des partisans de l'irritation 
locale comme unique cause de la maladie, si nous omettions 
l'histoire de Claude Abeille. Mordu par une louve enragée , 
il se croyait à l'abri du sort de ses compagnons d'infortune, 
tous moits de la ra-;e depuis près de neuf mois. Par hasard il 
reçoit un coup sur la cicatrice de la morsure, qui se rouvre a 
l'iustaut et devient douloureuse. La douleur, le spasme sai- 



RAG 77 

dissent le membre, et, se fixant bientôt a la gorge, amènent 
l'hydiophobie et la mort (Ancien Journ. de méd.,lom. iv, 
pj^. 269 ; M êm. de la soc. roy. de m éd. , pag. i z[q )* 

Nous ignorons absolument si , comme Sauvages l'a dit 
(pag. 10 ), la rage se déclare plus tôt lorsque la personne est 
d'un tempérament sanguin ou bilieux , et plus tard s'il est froid, 
ou pituileux. Il n'en donne d'ailleurs aucune preuve. 

80. On a dit aussi que !e développement de la rage est plus 
prompt lorsque la morsure a été faite par un loup, que quand 
elle l'a été par un cliicn. Nous avons déjà nié cette assertion 
( 38). Nous nions également ce qu'on a dit d'autres circons- 
tances, qu'on a crues capables d'avancer ou de relarder l'appa- 
rition de la maladie ( 1 iM). 

81. B. Première période de la rage , ou symptômes précur- 
seurs de l'hydropliohie. Ces symptômes se rapportent surtout 
à la partie mordue et à l'altération des fonctions du cerveau. 

82. Une douleur se fait sentir, ou dans la cicatrice, qui se 
tuméfie, devient rouge, livide, et s'ouvre même quelquefois, 
ou dans les parties environnantes; elle a lieu de temps en temps 
et ordinairement plusieurs jours avant l'apparition de l'hy- 
diophobie ou horreur de l'eau ; elle est le signe qui doit le 
plus faire craindre. Si la morsure a été faite aux doigts la 
douleur monte successivement de la main à Tavanl-bras au 
bras et à l'épaule, sans rougeur ni tuméfaction de ces parties, 
et sans qu'elle soit augmentée par la pression ou les mouve- 
mens. Au lieu d'une douleur, il n'y a souvent d'abord qu'une 
chaleur, une sorte de frémissement, ou même une sensation 
de froid, qui semble se terminer à la poitrine et à la gor^c. 
Quand la plaie, qui était fermée, se rouvre, elle laisse suin- 
ter de la sérosité roussâtre, et, si elle est encore ouverte ses 
bords se renversent. Plusieurs des malades observés par les au- 
teurs de cet article n'ont eu aucun de ces symptômes locaux, 
ce On aura sans doute remarqué, dit Sabatier, en traçant l'his- 
toire de plusieurs enragés , que les plaies de ces blessés ne sont 
pas devenues douloureuses à l'approche des accidens qui doi- 
vent finir leur vie, que les environs ne se sont pas tuméfiés et 
qu'elles ne se sont pas rouvertes ; ce qui est contraire à l'opinion 
généra le ( Menu cil. ). » 

83. La tête est pesante et douloureuse. La céphalalgie est 
quelquefois violente dès le début, et d'autres fois légère; dans 
le dernier cas, elle devient très-souvent iutense, profonde, 
néralc, et s'accompagne d'une sensation de serrement aux 
tempes. Tantôt le sommeil est prolongé , troublé par des rêves; 
tantôt il y a insomnie. Les fonctions de l'intelligence semblent 
augmentées; la mémoire est plus fidèle, la conception pius fa- 
cile, l'imagination plus féconde , la conversation plus animée, 



78 RAG 

D'autres fois , nous avons vu les malades taciturnes, accaMcf 
de lassitude, et qui faisaient des réponses brusques et laconi- 
ques, lie plus souvent leurs mouvernens sonl prompts cl leur 
parole rapide. En môme temps les organes des sens acquièrent 
plus de sensibilité; les yeux , tiès-ouverts , brillent davantage, 
évitent la grande lumière ( la pupille est quelquefois très- di- 
latée). Des douleurs extraordinaires se font sentir au cou , an 
tronc et aux membres. Souvent aussi les malades sont dans uti 
état d'inquiétude, de tristesse extrême et de mélancolie pro- 
fonde. Ces derniers symptômes , dont tant d'auteurs ont parlé, 
paraissent être particulièrement les effets de la crainte. 

84- Les organes de la digestion sont le siège de désordres va- 
riés, mais bien moins fréquens que les phénomènes cérébraux 
(83) , après l'apparition desquels ils se montrent ordinairement. 
Ces désordres sont d'abord ledéfaut d'appétit, les nausées , les 
vomissemens, et ensuite la constipation , et dans quelques cas 
des coliques. 

85. La circulation est-elle troublée? Il existe sur ce point 
beaucoup de contradiction dans les auteurs. En voici un 
exemple : Selon Salius Diversus, l'un des plus savans méde- 
cins de son siècle, il n'y a pas même de fièvre dans La rage 
(loc. cit., page 325). D'une autre part, Le Roux, qui a été 
couronné par la société royale de médecine, admet une fièvre 
qui peut être comparée à certaines fièvres malignes et ner- 
veuses , et à laquelle l'irritation de la partie blessée donne 
naissance; il parle de frissons, de pouls serré, quelquefois 
fréquent, dur et concentré , d'autres fois mou et plus lent qu'à 
l'ordinaire, de soubresauts des tendons. Quant à nous, nous 
n'avons vu ni les frissons ni les soubresauts; seulement, le 
pouls nous a toujours paru un peu plus vif, plus élevé, et Ja 
couleur du visage plus animée (6 et 7). 

86. Les symptômes que nous venons de décrire ( depuis 82), 
ne précèdent que de quelques jours , ordinairement de quatre 
à six , quelquefois de deux ou trois, le second degré de la ma- 
ladie ou la période de la rage déclarée. 

87. C. Deuxième période de la rage , ou période de la rage 
déclarée. Jusqu'ici rien n'indique l'existence de la rage ; on 
la méconnaît lorsqu'on ignore l'événement auquel elle succède;, 
mais bientôt elle se déclare par le frisson hydrophobique. 

Nous allons tracer les caractères de la rage confirmée, 
d'après des observations nombreuses recueillies par nous. 
Nous les présentons avec d'autant plus d'assurance, qu'ils 
sont en harmonie avec ceux décrits par les médecins les plus 
exacts. 

8b. Frisson hydrophobique. On a donné ce nom à des phéno- 



mènesqui nesonlpas seulement produits par la vuedes liquides, 
mais encore par l'agitation de l'air et par une vive lumière : c'est 
le signe principal delà rage. Le malade qui l'offre est tourmenté 
par la soif ; il prend le vase, frissonne à la vue du liquide, l'ap- 
proche et l'éloigné de sa bouche, fait plusieurs tentatives pour 
boire; mais dès que la liqueur touche ses lèvres, il jette le vase 
avec effroi ;ses yeux deviennent brillans, hagards ; sa poitrine 
est agitée de mouvemens convulsifs, semblables h ceux d'une 
personne que l'on jette tout à coup dans l'eau; il tremble, il 
éprouve des élouffemens, comme un serrement douloureux à 
la gorge, et des convulsions dont la durée est d'abord de quel- 
ques secondes. Il y a des malades chez qui la première im- 
pression de l'air occasione la plupart de ces effets ; on en a 
même vu qui , pour l'éviter ou la diminuer , marchaient d'a- 
bord à reculons ( Hist. de la soc. roy. de méd. , pag. i5n}. Un 
peu plus lard, la suffocation , les sanglots , les convulsions, 
sont renouvelés par les sons aigus, les douleurs vives, la vue 
des boissons, d'un miroir, d'un métal poli , d'un corps trans- 
parent, et quelquefois par le bruit de la chute de l'eau, et 
même par la seule pensée des liquides : sold imaginalionc 
aquœ. Enfin , on voit des malades qui redoutent tellement lu 
plus légère agitation de l'air, qu'ils poussent des cris lors- 
qu'on ouvre la porte ou la fenêtre de leur chambre {Voyez 
Morgagni, De sed. et caus. morb. , epist. vm, n°. 28). 

89. Il arrive ordinairement un moment où le frisson hydro- 
phobique diminue ou cesse; le malade étanche alors sa soif, 
et quelquefois comme dans l'état de santé, de manière à faire 
douter de l'existence de la rage. Après quelques heures, l'hor- 
reur de l'eau recommence et avec elle les convulsions, qui 
deviennent générales, violentes et presque continuelles. JY1. le 
docteur Cayol a observé une fille attaquée de rage, qui n'é- 
prouva jamais ni une forte horreur des liquides, ni une im- 
possibilité absolue de les avaler, bien que la malade eût de la 
répugnance pour toutes les boissons et qu'elle les avalât avec 
beaucoup de peine (Journ.de méd. , chirurg. , etc. , avril 1811, 
p. 24 0-11 y » des malades qui peuvent encore boire du vin rouge 
et du bouillon quand l'aversion pour l'eau est déjà invincible ; 
on en a vu qui regardaient sans peine un liquide mis dans un 
pot noir, mais qui tombaient dans des convulsions si on le 
leur présentait dans un verre, etc. On rapporte qu'un certain 
Eudème, disciple de Thémison, remarqua que la chute même 
des larmes sulfh pour exciter chez les malades des spasmes du 
pharynx {T'oyez KurtSprcngel, Hist. précitée de la médecine } 
lorn. 11, pag. 23). 

go. La rag? peut-elle exister sans l'horreur de l'eau ? Théod. 
Zwingerus, Méad , etc., le croyaient. On trouve aussi dans 



8<> RAG 

l'Histoire de la société royale de médecine (an. 1783, seconde 
part. , p. 4^)» une obseivalion de Mignot de Genety, dan9 
laquelle le malade mourut sans avoir éprouve le moindre signe 
d'hydrophobie; maison peut se convaincre, si on lit l'obser- 
vation avec attention , que la maladie était étrangère à la rage. 
Enfin, quand on analyse avec soin les histoires de rage pu- 
bliées par les auteurs, on n'en trouve aucune qui soit corn- 
plette , sans qu'il soit fait mention d'une horreur plus ou moins 
marquée pour la boisson. 

91. Cette horreur n'est souvent bien manifeste qu'après que 
les malades, ayant essayé de boire, n'ont pu le faire sans 
une grande difficulté et de la douleur : c'est ce qui a fait dire 
à plusieurs médecins qu'elle n'est que cette difficulté elle-même. 
Nous croyons avoir bien observé néanmoins que souvent elle 
existe avant aucune tentative pour boire. Nous avons cité des 
exemples qui prouvent que l'imagination seule suffit pour la 
produire chez des personnes qui, ayant été mordues par un 
chien non enragé, se figurent cependant qu'il l'était (68, 76 
et 78). 

sp.. Envies de mordre. Charles Linné a dit que l'envie de mor- 
dre est le caractère spécifique de la rage. Mais si dans le chien et 
le loup elle est le phénomène le plus saillant, il n'en est point 
ainsi dans l'homme. Nous ne sommes pas les seuls à qui ce 
symptôme ne se soit jamais montré: P. Desault, le frère Du- 
choisel , Vaughan, Sabatier, etc. , M. Dupuytren et beaucoup 
d'autres, ne l'ont point vu. « Il n'est pas dans celte maladie, 
qu'il a plu d'appeler rage, dit Bouteille, auteur d'un Mémoire 
couronné par la société royale de médecine, de symptôme 
plus rare que la rage elle-même. Il n'y a donc qu'un petit 
nombre de malades qui éprouvent les envies de mordre. » Sau- 
vages , qui cherche à les expliquer, les attribue à une déman- 
geaison des gencives causée par le venin de la rage. Les his- 
toires delà maladie rapportées avec détails , et qui font mention 
d'envies de mordre, prouvent que très-souvent ces envies n'é- 
taient que l'effet de la manière dont l'imagination se trouvait 
frappée, et c'est à tort que tant d'auteurs en ont parlé comme 
si elles étaient constantes. 

Si la rage, dit M. le docteur Bouvier, dans un travail iné- 
dit sur cette maladie, inspire une colère, une fureur que le 
malade n'est pas maître de contenir, cette colère, cette fureur, 
doivent se manifester de la manière qui convient à l'organisa- 
tion de l'animal. A ce sujet, il rapporte qu'un petit chien en- 
fermé dans une bergerie, au milieu de moulons» malades par 
suite de la morsure d'un chien enrage, ne reçut d'autres 
blessures (pic des contusions produites par les coups de têtes 
dont il était assailli dès qu'il sortait d'une niche qui pouvait 



RAG 8! 

l'en garantir. Nous dirons avec le médecin que nous venons 
de nommer, que si le loup, le chien, etc., mordent, c'est 
que leurs armes sont dans la force de leur mâchoire et 
dans la forme de leurs dents. L'homme, dont l'organisation a 
mis les moyens d'attaque et de défense dans ses membres, ne 
se sert en gênerai de ses dénis que pour aider ou suppléer à 
ceux-ci. La personue qui se jette sur les assistans pour les 
mordre, agit donc plus d'après son imagination que d'après 
son organisation : elle imite les animaux les plus sujets à la 
rage, parce qu'ils ont été l'objet le plus ordinaire des récits 
qui l'ont frappée, et que l'on croit communément que les 
hommes enragés mordent comme les chiens (3g, et de on à 
101 ). 

g5. Ardeur intérieure. La poitrine est le siège d'une ardeur 
vive, d'une chaleur ballante , que précède la sensation, comme 
d'une vapeur suffocante, qui parcourt rapidement, tantôt le 
tronc seulement, tantôt tout le corps de la lêteaux pieds. L'a- 
gitation qu'occasioue cette aideur chez les malades semble l'ex- 
pression du désespoir: quelques-uns s'écrient qu'elle va les 
tuer , et ils n'ont en effet que peu d'instans à vivre. La marche 
de ce symptôme est la même que celle du frisson hydropho- 
bique qu'il accompagne : il s'accroît par gradations, puis il 
diminue, et ensuite il renaît pour ne plus cesser. 

94- Soif, Le malade, qui refuse de boire dans le principe 
ne tarde pas à éprouver une soif considérable, qui augmente 
encore par degrés avec la chaleur intérieure. Cette soi! est un 
tourment qui dévore : vainement pour l'apaiser l'hydrophohe 
s'efforce t- il de mettre quelques gouttes d'eau fraîche sur ses 
lèvres altérées, aussitôt il la repousse avec horreur, il n'ose 
boire; les accidens du frisson hydrophobique se renouvellent 
avec une sorte de furie ("8)4 Miserrimum genus morbi y in 
quo siniul œger et siti et aqwe metu crucialur ( Celse, lib. v 
cap. ii, sect. 12); Appetentia vehemens , atque timor po~ 
tus, etc., ont dit Ccelius Aureliauus (cap. x), et beaucoup 
d'anciens. Dès que le frisson diminue ou cesse, le malheureux; 
se hâte de se désaltérer, soit en cachant le vase avec ses mains 
soit en le portant brusquement et. comme avec colère à sa bou- 
che; enfîa le frisson hydrophobique revient, et l'enragé est 
condamné à ne plus boire. 

95. Bave écumeuse. Cette bave ne paraît point avant que )a 
respiration , devenue couvulsive, ne chasse une mucosité bat- 
tue par l'air et convertie en écu.me. Ce n'est que le second jour 
de la rage confirmée que les malades commencent à crache; 
ou plutôt à crachoter, par des expirations promptes et fortes 
nécessaires pour détacher la salive gluante et écumeuse qui 
adhère au gosier. Vers la fin de la maladie, cette sputatiou 
47. <ï 



82 RAG 

devient continuelle- mais lorsque l'agonie la rend impossible, 
5a bave , mal chassée par une respiration stertoreuse, remplit 
la bouche , et se répand sur les lèvres de l'hydrophobe expirant. 

97. Excitation cérébrale. Chaque sens ressent sa douleur, a 
dit Méad : les symptômes qu'ils offraient dans la première 
période ( 8b) augmentent dans celle-ci. Les yeux sont plus 
brillans, ctincelans et comme enflammés; le malade ne les 
ferme plus; l'éclat du jour, les couleurs vives le blessent; il 
cherche l'obscurité la plus profonde. L'ouïe est très-fine; elle 
éprouve, ainsi que l'œil, des hallucinations; le toucher est 
plus délicat; la parole brusque, rapide; la conversation douée 
de plus de sensibilité, le discours plus énergique, l'expression 
des sentiraens touchante. Loin de faire des menaces, le malade 
témoigne quelquefois sa reconnaissance au milieu des plus ef- 
frayantes convulsions. On est étonné de lire , dans Méad et 
beaucoup d'autres auteurs, qu'il fait tous ses efforts pour 
nuire, et qu'il ne respecte dans sa fureur ni ses parens ni ses 
amis : un tel caractère n'appartient qu'aux frénétiques ou aux 
maniaques. Lorsque quelque hydrophobe a envie de mordre, 
ce qui est rare, il en avertit ordinairement les personnes qui 
l'entourent. 

98. Les contractions musculaires acquièrent dans le prin- 
cipe beaucoup de force : on lit dans \an Swieten que plu- 
sieurs hommes vigoureux avaient peine à contenir un jeune 
enfant atteint de la rage ( Comm. in Boerh. Aph. , §. 1 1 3^ ) ; et, 
dans Méad, l'histoire d'un homme qui, pendant les convul- 
sions de cette cruelle maladie, brisa les cordes qui l'attachaient 
dans son lit, ce que plusieurs hommes réunis n'auraient pu 
faire. Feu André Marshall n'a observé les convulsions géné- 
rales (qu'il distingue avec soin des mouvemens brusques et 
violens faits pour éviter la lumière, l'aspect de l'eau et le con- 
tact de l'air), que lorsque la maladie allait se terminer par la 
mort; il considérait ces convulsions comme les premiers symp- 
tômes de l'agonie ( The morbid anatomy of the Brain , etc. , 
pag. 88 et suiv.). Plusieurs médecins avaient déjà dit que le 
hoquet et les convulsions n'existent que dans les dernières 
heures ( Voyez Salius Diversus, ouvrage précité, p. 323, etc.). 

99. La frayeur, qui déjà existait dans la première période, 
s'accroît ordinairement dans la rage déclarée, et poursuit l'hy- 
drophobe jusqu'au terme de sa vie. Soranus a dit avoir vu un 
enfant qui s'effrayait même à la vue du sein de sa mère (Gœ- 
lius Aurelianus, cap. xi). 

100. Le délire n'est pas un symptôme constant, ainsi que 
l'avaient déjà remarqué Salins Divcrsus ( De q/Ject. parti- 
cular. , cap. xix), Césalpin, Condronchius, Aromatarius, Mor- 
gagui (De sed. et caus. morb. } epist. vm, numéros 19, 29), 



RAG 83 

Lister et quelques autres. Il ne paraît qu'au dernier jour de 
la rage; il succède d'ordinaire à une grande loquacité', et se 
marque par une incohérence d'idées plus ou moins grande. Ra- 
rement il devient lurieux, excepté peu d'instaus avant la 
mort; il n'est point continuel j souvent les malades jUi en sont 
atteints font des réponses justes. On a répété <jue la vue des 
chiens met en fureur les hydropliobes, les fait frissonner ou 
rappelle leurs accès; mais cela n'arrive que par l'effet de la ter- 
reur du malade dont l'imagination est happée. On lit des faits 
contraires dans Jean Astruc, Sauvages, ctc (92). 

Nous devons rejeter de l'histoire de la rage les observations 
dans lesquelles le délire paraît près de l'invasion de la mala- 
die, ou en même temps que l'horreur de l'eau j ces observa- 
tions appartiennent a la frénésie qui accompagne une hydro- 
phobie symplomatique. 

101. Symptômes de la lésion 4cs organes de la digestion. Il 
y a difficulté dans la déglutition, et douleur ou gêne indéfi- 
nissable au fond du gosier, et sensation d'une sorte de cous- 
triction de cette partie. Ces phénomènes ne constituent point 
l'hydrophobie , qu'il faut rapporter à l'impression sur les sens 
de divers corps liquides, brillans ou transparens, mais ils l'ac- 
compagnent. Des substances solides sont souvent avalées lors- 
qu'on ne peut faire prendre aucun liquide. Nous avons lu 
quelque part que si la déglutition pouvait s'exr'culei sans l'é- 
lévation ou les mouvemens du larynx, elle se ferait sans diffi- 
culté ', on ajoutait même qu'on était parvenu a la iaiie exécuter 
ainsi, en poitant artificiellement d» s substances alimentaires 
jusqu'à l'entrée du pharynx. La difficulté de la dcglutilion est 
ce qui a porté plusieurs médecins à envisager la rage comme 
une sorte d'angine (tj, 91 ). 

La région de l'estomac est, ainsi que la poitrine, extrême- 
ment douloureuse dans beaucoup de malades. Ils éprouvent 
. rarement des nausées et des vomissemens; mais quand il y en 
a, ceux ci augmentent toujours les angoisses. Les selles sont 
rares, et les urines assez abondantes et colorées. 

102. Circulation. C'est sur l'état du pouls que les auteurs 
\arient le plus. JNous ne répéterons point ce que nous avons dit 
au numéro 85, nous ajouterons seulemem que , pendant la 
rage déclarée, le pouls nous a toujours paru tort , régulier et 
un peu fréquent; il devient petit, irrégulier et faible lorsque 
le malaih' est près de mourir. 

io3. Peau. On a observé que la peau acquiert très-souvent 
une chaleur fébrile pendant l'accroissement de la maladie. 
Dans les autres momens, la chaleur semble un peu plus forte 
que dans l'état sain, et il y a ordinairement une légère trans- 
piration après les accès de frisson hydrophobique. Plus lard , 

6. 



84 RAG 

lors de l'agonie, la peau se trouve baïgne'e par une sueui* 
abondante; elle se ramollit, et elle devient froide. 

io4« Voix. La voix est altérée chez plusieurs malades à 
une époque avancée de la rage; elle devient rauque alors, 
souvent entrecoupée, interrompue, et elle s'affaiblit; mais 
jamais on ne peut la comparer , ainsi qu'on l'a prétendu, aux 
hurlemens d'un loup ou à l'aboiement d'un chien. Les chan- 
gemens qu'elle éprouve paraissent tenir surtout à l'inflamma- 
tion du larynx, au mucus visqueux et écumeux qui remplit 
les voies aériennes (5i,etdeia5 à i3o ), et aux contractions 
spasmodiques répétées des muscles de la respiration (SB et 

107 ). 

io5. Satyriasis. Ccelius Aure\ianus avait indiqué ce symp- 
tôme, qui dégénère quelquefois en priapisme effroyable. Plu- 
sieurs médecins et l'un des rédacteurs de cet article l'ont ob- 
servé. On peut lire de savantes réflexions et des faits à cet 
égard dans le volume tant de fois cité des Mémoires de la so- 
ciété royale de médecine (Hist., p. 84 et suiv. ; Mém., p. i36)„ 
Selon M. Portai , les femmes éprouvent aussi dans la rage les 
fureurs utérines les plus vives (ouvrage précité, page 178). 
On a remarqué assez souvent que , lorsque les convulsions re- 
venaient, la verge entrait en érection, et que l'urine, plus 
rare qu'auparavant, ne sortait qu'avec effort (55). 

106. Influence de l'âge et du sexe. Sauvages pensait que 
l'âge et le sexe exercent une influence sur les symptômes que 
nous venons de décrire {t'oyez Dissert y p. i5); mais cette 
opinion, qui parait d'abord assez probable, n'est point justi- 
fiée par les faits. Déjà M. Portai l'avait combattue en lui op- 
posant l'exemple d'un enfant que quatre hommes pouvaient 
à peine contenir. 

107. Durée de la rage, et agonie dans cette maladie. La 
rage a toujours une marche rapide. Dans les derniers instans, 
la poitrine est serrée par un spasme violent, la respiration est 
lente et stertoreuse , puis le malade perd connaissance ; son 
aversion pour les liquides cesse souvent; la bave écumeuse se 
répand sur ses lèvres; enfin il expire. C'est ordinairement le 
troisième jour de l'hydrophobie, quelquefois le second ou le 
quatrième, rarement le cinquième, que la mort arrive. Celte 
terminaison, qui est ou paraît être constante, semble avoir 
lieu par asphyxie, ou par la cessation primitive de la respira- 
tion. Sur dix personnes qui en furent les victimes , après avoir 
été mordues par le même animal , neuf périrent du deuxième 
au troisième jour de l'hydrophobie , et une seule à la lin du 
cinquième (Histoire de la société' royale de médecine , p, 209). 
On trouve dans le récit des malades traités à Senlis, l'exemple 
*Tun enfant dont la rage dura neuf jours; mais les symptôme» 



B.AG 85 

qu'il éprouva, et quatorze vers trouve's dans les intestins, 
pourraient peut-être faire élever des doutes sur la nature de 
îa maladie (idem, p. i55). 

Quelque idée que Ton se fasse de la rage à la lecture, elle 
n'approche jamais de l'horreur qu'on éprouve quand on en est 
le témoin. On est épouvanté alors de voir les tressaillemens, 
les accès de convulsions être rappelés par la cause la plus lé- 
gère ; l'épigastre des malades se gonfler ; leur respiration deve- 
nir entrecoupée, convulsive ; toutes leurs expressions marquer 
la terreur et les angoisses ; et de les entendre exhaler les plaintes 
les plus déchirantes. 

108. Rage chronique et intermittente. Nous avons assez ré- 
pété ou fait entendre dans ce travail que la rage n'offre jamais 
une marche chronique ou intermittente. Les exemples qu'on a 
cités comme preuves de cette marche sont étrangers à la ma- 
ladie qui nous occupe; tels sont les suivans : Schmid assure 
qu'une fille qui avait été guérie de la rage avait tous les 
ans, vers le temps de la morsure, un léger égarement d'esprit 
et de l'aversion pour les liquides. M. Andry, dans l'ouvrage 
de qui nous prenons ce fait, rapporte encore l'observation 
d'Abel Roscius, qui raconte qu'une dame guérie d'une mor- 
sure faite par un chien enragé était malade tous les sept ans , 
et que la plaie devenait alors douloureuse, mais que jamais 
elle n'eut horreur de l'eau. Lister parle d'un jeune homme 
qui, pendant trois ans , fut attaqué d'un accès de rage de sept 
jours en sept jours (obs. 6), On lit aussi dans Van Swieten 
qu'un jeune homme dont la rage revenait par accès, retour- 
nait à ses travaux journaliers dans l'intervalle des paroxysmes , 
pendant lesquels il suait beaucoup, etque^ sans autre remède, 
il guérit (tome m , page 549). Tous ces exemples appai tien- 
nent à l'hydrophobie symptomatique : nous ne pouvons donc 
pas admettre la division de la rage en aiguë et en lente établie 
par Layard {An essay on the bile ofmad dog. ; London, 1762), 
et admise par M. le professeur Baumes (Fondent, de la science 
méthod» des mal. ). 

§. xui. Diagnostic de la rage. 

109. Nous croyons avoir assez bien établi les caractères de 
la rage, et les différences qui existent entre elle et l'hydro- 
phobie dite spontanée ou traumatique (1, 3, 5, 72, etc.)$ 
mais il est d'autres maladies encore avec lesquelles on a pré- 
tendu qu'on pouvait la confondre, ou avec lesquelles elle a 
de grands rapports. Ces maladies sont le tétanos , les accidens 
de la morsure de la vipère, la syphilis, la variole, l'épilep- 
sie , etc. 

no. Nous avions déjà dit que plusieurs auteurs avaient cru 



86 RAG 

voir dans la rage contagieuse un tétanos traumatique (6et/[o). 
D'antres, tels que Jean Hunier, etc., ont seulement trouvé 
beaucoup d'analogie entre ces deux maladies. Si Ja rapidité de 
3a marche de l'une et de l'autre , leurs causes, et quelques-uns 
de leurs signes, semblent les rapprocher, il suffira toujours, 
pour les distinguer, de se rappeler les circonstances suivantes: 
Je tétanos attaque les muscles de la mâchoire, laquelle reste 
immobile, taudis que dans la rage la mâchoire est non-seule- 
ment mobile, mais encore en mouvemcHt-continuel , par les 
efforts que font les ma lad' s polir se débarrasser de la salive 
gluante qui se ramasse dans la bouche. Celle dernière maladie 
fait contracter el relâcher alternativement les muscles, l'autre 
les maintient dans un état de rigidité Le tétanos n'est presque 
jamais accompagné d'une aversion des liquides : on peut tenir 
pendant des heures entières dans le bain les malades qui en 
souffrent - y les paroxysmes ne sont ni provoqués ni augmentés 
^)ar la vive lumière, le bruit, le toucher, la vue de l'eau et 
de certains corps. Ajoutez encore que le tétanos est beaucoup 
plus commun dans les pays chauds que dans les pays tempé- 
rés ; qu'il se manifeste dès les premiers jours de la blessure'; 
et enfin qu'on le voit compliquer toutes les plaies , même celle 
qui resuite d'une opération chirurgicale. Voyez tétanos. 

m. On a comparé les accidens de la rage à ceux de la mor- 
sure de la vipère; mais on a beau dire que les uns et les au- 
tres sonl produits par un poison que verse un animal dans la 
plaie d'un autre eu le mordant , ils sont tout à fait diiférens 
et par leur nature el par leur marche. Qu'il nous sulfite de 
rappeler ici que le venin de la vipère développe ses effets im- 
médiatement ou presque immédiatement après la morsure; 
que lorsqu'il occasione la mort de l'homme, ce qui est rare, 
elle arrive au bout de quelques heures, ou au plus tard de 
quelques jours j enfin, que jamais la maladie ne se propage 
de celui qui en est attaqué à celui qui eslsain. 

112. La comparaison qu'on a voulu établir entre les effets 
du vii us de la rage et ceux du virus vénérien n'est pas soute- 
nable : en effet, qu'ont de commun les deux maladies, si ce 
n'est que leurs virus se transmet tent ou se communiquent dans 
certaines conditions de couiacl. "Veui on un exemple d'une 
analogie encore plus forcée peut élre ? Nous allons le prendre 
dans les Mémoires de Ja société royaiede médecine ( lomi prê- 
ché, Hist., page 8o). Celui doi.i on y rapporte l'opinion dit 
positivement que « la petite vérole artificielle ou inoculée 
offre avec la rage la ressemblance la plus compleite qu'il soit 
possible d'établir entre deux maladies, el que l'on ne peut 
même assez s'étonner que l'analogie et les rapports qui exis- 



KAG 87 

lent entre ces maladies et leur façon d'agir n'aient pas été aper- 
çus généralement par lous ceux qui se sont occupés de l'une 
et de l'autre. 

« L'inoculateur, ajoute-t-on, introduit la petite vérole 
daȤ le corps de l'homme par une petite ouverture qu'il fait 
à la peau avec un instrument qui laisse dans la plaie une 
goutte de matière variolique , et l'animal enragé introduit la 
rage dans le corps, au moyen de l'ouverture qu'il fait a notre 
peau avec sa dent recouverte de quelques gouttes de salive in- 
fectée du virus hydrophobique. 

« Dans l'un et l'autre cas, il s'écoule un temps déterminé de- 
puis l'introduction du virus étranger jusqu'au développement 
de la maladie qui doit en être la suite. 

« Dans l'un et l'autre cas , la plaie se guérit assez aisément 
sans que la présence du virus paraisse d'abord y apporter au- 
cun obstacle. 

« Dans l'un et l'autre cas enfin , le premier développement 
de la maladie s'annonce par l'endroit qui a donné entrée au 
virus. » 

Tels sont effectivement les points d'analogie qu'on peut re- 
garder comme communs à toutes les maladies dont le virus se 
transmet par insertion; mais on n'a rien dit de toutes les au- 
tres circonstances , parce qu'elles offrent des différences énormes 
entre la rage et la variole. 

11 3. L'analogie parfaite que quelques médecins ont vouîn 
e'tablir entre la rage et l'épilepsie ne mérite aucune discussion 
sérieuse ; car il u'y a guère d'autre rapport entre ces deux ma- 
ladies qu'une écume plus ou moins abondante qui sort de la 
bouche. Il est aisé de voir que la rage n'est pas non plus un 
satyriasis, une frénésie ordinaire, une angine spasmodique 
desorgaues de la déglutition , une squinancie laryngée , ni une 
fièvre dite maligne portée à un haut degré (6,7, 73, etc. ) ', 
car elle présente très-souvent à la fois la réunion de tous les 
accidens de ces maladies. La nature d'une affection qui se 
montre sous des formes ou symptômes multiples, ue change 
pas avec celle de ces formes qui nous semble ressortir davan- 
tage, ou a laquelle nous attachons le plus d'importance. 

§. xiv. Pronostic, tant des plaies produites par un animal en- 
rage', que de la ra{;e déclarée. 




gées que les autres. Plus aussi les plaies sont nombreuses , plus 
il y a de danger. Nous avons dit ailleurs quels sont les ani- 
maux dont la morsure doit faire craindre la rage, et quels 



m k êl g 

sont ceux qui ne sont pas ou ne paraissent pas susceptibles de 
la propager ( depuis 19 jusqu'à 22 ). 

Mais quelle est la proportion des personnes mordues qui 
contractent cette maladie ? On ne peut répondre à cette ques- 
tion qu'en citant les extrêmes. Ainsi Vaughan rapporte avoir 
vu vingt à trente personnes mordues par un chien enrage', et 
que la rage se déclara chez une seule; le docteur Houlslon, 
que de neuf personnes également mordues par un même chien, 
une seule eut la îage; et Jean Hunter, que de vingt-une per- 
sonnes qui fuient mordues et qui ne firent rien pour se préserver 
de la maladie, une seule en fut attaquée {Voyez M. Gillman , 
ouv. pire, p. n3). D'un autre côté, de quinze personnes 
mordues par un chien enragé et traitées à Senlis, au moins 
trois devinrent enragées ( Hist. de la société royale de médecine, 

Ï>. i3o); de dix-sept autres mordues par N un loup, dix eurent 
a rage (llid., p. 20g); et de vingt-trois mordues par une 
louve, treize moururent de cette maladie ( Nouveau traité de la 
rage ; Observ, clin., etc., par L.-F. ïrolliet) (Foyezlc nu- 
méro 25). 

Si à ces faits on ajoute que souvent il est douteux que l'ani- 
mal qui a mordu soit atteint de la rage, et que la crainte de 
celle-ci suffit encore pour faire naître quelquefois une hydro- 
phobie syrnptornatique (23, 52, 63, 6cj , 76 et 78) , on con- 
cevra combien est grande l'erreur de ceux qui croient toujours 
avoir empêché la rage, parce quelle ne s'est pas développée, 
et combien est peu méritée la réputation de telle ou telle mé- 
thode préservalive. Enfin , ce qui contribue à rendre tant de 
guénsons suspectes est, ainsi que nous le verrons plus loin, 
l'opposition des moyens employés pour y parvenir (i3g et 
suiv. ). 

1 i5.Les morsures faites au travers des vêlemens qui arrêtent 
la bave de l'animal sont moins souvent suivies de rage que les 
plaies faites sur les parties dépouillées. Ainsi les trois personnes 
qui devinrent enragées à Senlis ( 1 1^) avaient été mordues à 
nu, et de cinq qui fuient blessées au travers de leurs vète- 
mens , aucune ne contracta la malad«ie. Enfin les treize per- 
sonnes que l'un des rédacteurs de ce travail a vu mourir pour 
avoir été blessées par une louve {ld.), furent toutes mordues à 
nu. 11 est remarquable que des vingt-trois que la louve mordit, 
quatre au plus de celles qui le furent dans des parties dépouil- 
lées échappèrent à la rage. 

116. On a pensé qu'un animal féroce devait communiquer 
un venin plus actif que l'animal naturellement doux: c'est 
pourquoi, a-t-on dit, les morsures du loup sont plus souvent 
suivies de rage que celles du chien. La proposition est vraie, 
mais l'explication est fausse : c'est, au contraire, parce que le 
]oup s'élance au visage cl fait des blessures plus profondes , 



tandis que le chien, ce fidèle compagnon de l'homme, nourri 
de sa main , ne le mord ordinairement qu'en courant et au 
travers de ses habits. On peut consulter à ce sujet le mémoire 
de Bouteille. 

1 17. On a dit aussi qu'il existe deux rages qu'on peut dis- 
tinguer par la violence des symptômes , ci que sous ce rapport 
il ne faut pas confondre la rage communiquée par le loup avec 
celle qui est communiquée par le chien , cette 1 d'une personne 
robuste, athlétique, avec celle d'une personne de faible cons- 
titution, etc. ; mais si plusieurs faits peuvent être cités pour 
établir cette différence , il y en a aussi et en nombre non moins 
grand qui la démentent. M. Portai est un de ceux qui s'est le 
plus appliqué à vouloir prouver, contre l'opinion de Michel 
Eu muller, de Sauvages, etc., que l'intensité des symptômes 
de la rage ne répond , ni au nombre des morsures , ni à la force 
des personnes mordues (oiiv. cilé, p. 187 et suiv.). 

118. Les médecins anciens regardaient comme étant accom- 
pagnées de plus de dangers les morsures (ailes à la tête et au 
ventre : Palmarius ou Julien Paulmier n'en entreprenait pas 
même la guérison. On croyait encore que la salive pouvait 
être infectée immédiatement par des morsures qui intéressaient 
les glandes ou les conduits salivaires, et que de cette manière 
l'invasion de la rage avait lieu beaucoup plus tôt. Cette dernière 
idée est de pure théorie. C'est le voisinage d'un organe impor- 
tant qui aggrave le danger de la morsure des animaux enra- 
gés : les artères , les yeux, les articulations, etc. , rendent plus 
difficile l'application du caustique ( 1 54, i5 7 ). C'est ainsi que 
s'explique la fréquence bien certainement plus grande de la 
rage, lorsque les plaies ont été faites à la figure. Jean Hunier 
pensait que le danger était en raison du nombre des vaisseaux 
de la partie blessée. 

119. Le Pvoux et plusieurs auteurs on dit que, dans la pre- 
mière période de la rage, ou dans la période qui précède le 
frisson hydrophobique, la salive n'est pas encore vénéneuse. 
Nous sommes d'autant plus portés à partager cette opinion , 
que nous ne connaissons pas un fait certain qu'on puisse lui 
opposer; mais c'est, à notre avis , parce que le virus n'est point 
encore produit. 

120. La gravite du pronostic d'une blessure faite par un 
animal enragé s'accroît par la négligence dans l'emploi des 
premiers moyens , et peut-être par le défaut d'attention à évi- 
ter les causes qui hâtent ou paraissent déterminer l'invasion de 
iaja Se( :7 , 79 ). 

1 21. On peut en préserver ; mais on ne sait pas positivement 
combien de temps après les morsures il n'est plus possible de 
soustraire les blessés à celle horiible maladie. Tous les faits 



90 II A G 

doivent faire croire ne'anmoins que Ton ne saurait appliquer 
les moyens préservatifs trop immédiatement après les mor- 
sures. 

122. La rage une fois déclarée peut-elle être guérie? La ré- 
ponse à cette question n'est pas facile. En effet, si l'on cite 
une multitude de guérisons par divers moyens, les médecins 
les plus célèbres ne les admettent point ou élèvent des doutes. 
Dioscoride disait que personne n'avait été guéri : Neminem 
servatum fuisse. Lister, Salius Diversus, soutenaient que la rage 
est au-des-us des secours humains. Moreau , chirurgien en 
chef de i'Hôtel-Dieu de Paris; P. Desault, de Bordeaux; Pey- 
rilhe, Le Roux, Biais, Hamilton, M.Viricel, etc., etc., qui 
ont traité chacun un assez grand nombre d'individus attaqués 
de cette maladie, ne croyaient à aucun exemple de guérison. 
Le Roux a piouvé que Elisabeth Briant, que Nugent avait 
traitée et guérie, n'avait pas été atteinte de la rage. D'où, peut 
donc naître cette différence d'opinions? De ce qu'on a souvent 
confondu avec la maladie qui nous occupe, ainsi que nous en 
avons déjà donné tant de preuves (21 , 23, 24, 4^> 49> 5o, 
62, 63 , 65 , 69, ^S, 76 , 90; Voyez encore les numéros 141 
et suiv. ), des maladies étrangères au virus qui la produit. De 
là la nécessité de refaire l'histoire de la rage d'après des ob- 
servations bien constatées. Nous croyons ne point trop affir- 
mer, en disant que lorsqu'elle est une fois déclarée, on doit 
la regarder comme au-dessus de toutes les ressources de l'art 
et de la nature, tant sont rares les exemples de sa guérison, 
si même il y en a. - 

123. On cite le cas d'une truie qui était pleine quand elle 
fut mordue, et qui mit bas quelques jours avant que la rage 
ne se déclarât; les petits grandirent tout comme si la mère 
n'eût rien eu ( Hist. de la soc. roy. de méd. , pag. 44 )• On nous 
a parlé d'une vache qui mit bas aussi quelques jours avant la 
rage, et dont le veau fut vendu à un boucher, lorsqu'il eut 
trois mois. 

§. xv. Autopsies cadavériques. 

124. La partie la plus imparfaite de l'histoire de la rage , 
est celle qui appartient à i'anatomie pathologique. Lister et 
ses prédécesseurs n'ont point fait d'ouvertures de cadavres. On 
a même cru qu'elles n'apprennent rien. Le Roux leur accor- 
dait si peu d'importance, qu'il a dit expressément : « dans 
cette maladie (la rage) comme dans beaucoup d'autres, l'ou- 
verture des cadavres ne donne, contre l'opinion commune, 
presque aucune connaissance positive sur leurs causes et sur 
leur siège, et n'instruit jamais que de leurs effets. » Mém. de 
la soc. roy. de méd. , pag. 27). Van Swiéten a écrit ce passage 
remarquable : Ferum aperta aliquoties cadavera liydropho- 



RAG gi 

borum, nulla inflammalionis signa dédisse etiam legitur; ce- 
leberrimus Meadius pariter faletur , quodin tali ' cadavere , in 
capite '•, faucibus , pectore et venlrieulo nihil insoliti inveneriC 
( Comment, in Boerh. , loin, m , pag. 56 2 ). 

Cette opinion est encore ia plus générale parmi les méde- 
cins, qu'un autre motif, l'horreur (ju'inspire la maladie et 
]a crainte de la contracter par les ouvertures de cadavres, a 
éloignés des recherches ariatomiqùes. Cependant, quelques 
personnes ont eu le courage de surmouler la crainte; mais 
elles ne nous ont présenté, pour la plupart, que des autopsies 
incomplètes. Voici comment M. Portai s'exprime à cet égard : 
« Les îecherches sur le cadavre ont été faites par des per- 
sonnes peu instruites en médecine, et plus ignorantes encore en 
anatomie : de manière qu'elles sont, pour le plus grand nom- 
bre, fort mal faites ou absolument inutiles. Nous n'avons 
presque que celles de Morgagni sur lesquelles nous puissions 
compter; elles sont exactes et bien présentées comme tout ce 
qui vient de ce grand homme (Observ. sur les effets des vap. 
me'ph.i etc , pag. i55j. » 

Un événement malheureux, dont l'undes auteurs de cet ar- 
ticle a consigné les détails dans un ouvrage intitulé : Nouveau 
traite de la rage, etc. (par M. Tiollict), lui a fourni l'occasion 
de faire avec le plus grand soin six ouvertures de personnes 
mortes enragées. JNous allons extraire de ce livre, qui contient 
aussi les observations les plus importantes des auteurs, les prin- 
cipales notions que nous avons sur le sujet qui nous occupe 
maintenant. 

125. A. Voies aériennes. Recherches sur la source du virus 
de la rage. Ces recherches ont été particulièrement dirigées 
pour découvrir l'origine de la bave écumeuse, et du virus de la 
rage, attribué depuis dix huit sièchs à la salive. Voici le ré- 
sultat uniforme qu'elles ont présenté. 

La bouche et l'arrière bouche examinées d'abord , étaient 
d'un gris pâle, h peine lubrifiées par de la mucosité, et ne con- 
tenait point d'écume. Les glandes salivaires, parotides, sous- 
maxillaires et sublinguales , ainsi que le tissu cellulaire qui les 
entoure, n'étaient ni rouges, ni tuméfiées, ni infiltrées : elles 
offraient leur consistance, leur couleur grise naturelles, et, 
pendant le cours de la maladie, elles n'avaient été le siège 
d'aucune douleur. 

Ces premières observations ont élevé des doutes dans l'esprit 
de celui qui les avait faites. Le plus terrible de tous les virus, 
s'esl-il demandé alors, celui de la rage, naîtrait-il au sein de 
ces glandes intactes? Serait-il produit au milieu d'organes 
sans altération , tandis que les autres virus ne sont formés que 
dans des organes douloureux et enflammés ? Poursuivons. 



<p IlAG 

116. Le scalpel porté dans les voies aériennes, le larynx, 
la trachée - artère et les bronches les a trouves enflammes. 
Les traces d'inflammation étaient d'autant plus manifestes, 
qu'on les observait plus inférieurernent ; là , la couleur de la 
membrane muqueuse était même celle de la lie de vin. Sur 
quatre cadavres, on a aperçu delà mucosité écumeuse dans 
les bronches, et en même temps, tantôt dans le larynx, tan- 
tôt dans la trachée artère. Cette mucosité se trouvait mêlée à 
un peu de sang dans les bronches d'un cadavre, et blanche 
comme de la neige dans celles d'un autre. 

La saiive aurait-elle abandonné la bouche et le pharynx» 
pour se porter jusqu'au bas de la trachée-artère, et dans les 
bronches, et s'y développer en écume? On ne peut le croire. 
Ajoutons encore que la matière écumeuse était plus abon- 
dante lorsque l'inflammation était plus forte : elle paraît donc 
étrangère à la salive. Nous pensons qu'il est plus naturel de la 
regarder comme formée par le mucus altéré des bronches en- 
flammées, vivement agité et converti en écume par l'air qui 
entre et qui sort des poumons pendant une respiration con- 
vulsive. 

« Où se passent les phénomènes de la maladie? Est ce dan* 
les glandes salivaires? Non, c'est dans les voies aériennes , 
dont la membrane muqueuse est enflammée, et où nous avons 
surpris cette mucosité écumeuse qui ia tapisse. N'est ce pas là 
que le malade rapporte cette douleur vive qui le tourmente, 
ce feu intérieur, ce resserrement spasmodique qui le suffoque. 
C'est donc cette matière écumeuse que l'air, expiré par des 
conduits rétrécis, pousse sur les lèvres des malheureux qui 
succombent au tourment de la rage. » C'est donc des parties 
enflammées que doit venir le germe terrible de la maladie 
( 56 ) r rien ne prouve que ce soit de la salive. Boissier de Sau- 
vages le faisait venir de la mucosité du pharynx. Nous ferons 
connaître bientôt les motifs de son opinion ( 1 3y ). 

127. Nous avons réuni , comparé beaucoup d'observations 
recueillies par les auteurs, et qui présentent des résultats à peu 
près semblables. La plus remarquable est peut-être celle de 
Faure, consignée dans l'Histoire de la société royale de mé- 
decine ( lom. précité, pag. 3<j). « L'écume, a dit cet auteur, 
n'existait que dans le conduit aérien. . . . , les organes salivaires 
ne paraissaient pas former le siège de la maladie, au moins 
dans le cas présent; ce n'était pas la salive qui formait la bave 
écumeuse, elle semblait remonter, au contraire, de la poi- 
trine. » 

128. De la série des observations de l'un de nous et de 
celles de beaucoup d'auteurs (Mignot de Genety , Hist. de la 
soc. roy. de méd. , tom. cité , p. 54 ; Morgagni , De sedib. et 



RAG 9 3 

caus. morb., epist. 8, art. 20, 25, 3o; Darlue, Journal de 
méd. , de Vandermonde, t. iv, p. 270; Benjamin Rush, etc., 
etc., etc.; M. Dupuy {Voyez numéro i38, Obs. inédites) , 
considérées seulement par rapport au point de doctrine que 
nous discutons, on peut conclure qu'on trouve dans les cada- 
vres des personnes qui périssent de la rage : 

i°. La bouche proprement dite et les glandes salivaires 
sans trace d'altération ( i3y ) $ 

2°. Une inflammation de la surface muqueuse aérienne, 
qui, dans son plus haut degré, s'étend des divisions des bron- 
ches au pharynx. Est- elle moins étendue, le pharynx paraît 
sain ; moins forte encore, elle n'existe pas ordinairement dans 
le larynx ; c'est à la partie inférieure de la trachée ou aux: 
bronches qu'elle semble commencer et qu'elle est plus mar- 
quée. Lorsqu't nfîn aucune de ces parties ne présente d'inflam- 
mation évidente, comme il y en a des exemples, c'est le pou- 
mon lui-même qui, par sa couleur rouge, en offre des ves- 
tiges ( i3i ); 

3°. Une matière écumeuse dans les voies de la respiration j 
matière qui, si elle est très-abondante, s'étend jusqu'au pha- 
rynx, et qui, dans les autres cas , ne se voit que dans la tra- 
chée artère, ou seulement dans les bronches. 

Comme nous, les auteurs que nous avons cités dans ce tra- 
vail , parlent de respiration convulsive pendant la maladie, 
de constriction violente des organes de la respiration, de sen- 
timent de suffocation, de douleur brûlante dans la poitrine. 
Voilà donc l'observation et l'anatomie pathologique qui nous 
montrent la bavé écumeuse se formant dans les voies aériennes, 
dont la membrane muqueuse est enflammée. 

129. Nous pouvons encore invoquer l'analogie contre l'opi- 
nion qui fait arriver le virus de la rage dans la bouche avec 
la salive. Dans les autres maladies contagieuses; dans la blen- 
norrhagie, par exemple, n'est-ce pas la membrane muqueuse, 
siège de la douleur et de l'inflammation , qui sécrète le mu- 
cus altéré propre à transmettre la maladie? Dans la petite vé- 
role, dans la vaccine, c'est encore l'organe enflammé, la peauy 
qui forme la matière qui reproduit cette maladie, etc. Pour- 
quoi admettre que la rage fasse une exception, quand les faits 
ne portent pas à le croire (6) ? 

Ce ne serait donc point avec la salive que le virus de la rage 
arriverait dans la bouche, mais avec le mucus altéré des bron- 
ches. On conçoit combien il serait facile de faire des expériences 
directes pour confirmer ou renverser cette nouvelle doctrine, 
que nous livrons aux méditations et au jugement des médecins. 
Nous ne voulons pas la soutenir; mais nous appelons sur elle, 
au contraire, de nouveaux faits et l'attention des hommes 



94 RAG 

animes du noble désir de perfectionner notre science. Nous 
croyons devoir ajouter, dans l'intérêt de la vérité, que c'est 
moins sur ce qu'on ne voit pas de trace d'altération dans les 
glandes salivaires, que sur l 'ensemble de toutes les autres cir- 
constances, que s'appuie une semblable théorie: car il y a des 
cas de ptyalisme très abondant, dans lesquels l'observation ne 
nous a encore rien appris sur l'état des glandes salivaires. 

i3o. B. Poumons. Les poumons ont offert à nos regards 
deux phénomènes pathologiques remarquables : i°. un emphy- 
sème; 2°. une couleur rouge foncée. 

L'emphysème des poumons a été observé dans trois cada- 
vres (les observations ont été faites sut six). L'air était infiltré 
dans le tissu cellulaire qui unit les lobes; des bulles soule- 
vaient la membrane séreuse , en formant une multitude de vé- 
sicules transparentes à la surface des organes. Dans un qua- 
trième cadavre, il n'y avait point emphysème des poumons, 
mais du tissu ccllulaiie qui sépare les deux lames du médias- 
tin : cet emphysème ne se bornait pas à la poitrine; il s'éten- 
dait en haut au tissu cellulaire qui sépare les muscles du cou , 
inférieurement a celui de la portion du mésentère la plus voi- 
sine du diaphragme. 

Morgagni avait déjà aperçu des bulles d'air à la surface 
des poumons d'une personne morte de la rage : Pulmones in 
uno cum vesicis Jiîc iltic in superficie ( De sed. et caus. morb. , 
epist. 8, art. 3o). Nous ne connaissons pas d'autre auteur qui 
en fasse positivement mention. Eu rapportant les résultats de 
la dissection de plusieurs personnes moites enragées, le pro- 
fesseur Rossi dit avoir trouvé l'es poumons excessivement di- 
latés par V air ( Ployez Mém. de l'acad. des sciences de 1 urin , 
ann. 179*2 à 1800, pag. s58 et suiv.). A-t-il voulu dire qu'ils 
fussent emphysémateux? 

Nous présumons que l'emphysème a été la suite de la 
rupture de quelque cellule bronchique, pendant les ef(orls 
d'une respiration convulsive, de la même manière qu'il a lieu 
quelquefois lorsqu'un corps étranger est introduit dans le la- 
rynx. Voyez les observations de Louis et de Lescure , dans 
les Mémoires de l'académie royale de chirurgie (t. iv, p. 538; 
t. v , p. 627 } , et l'article emphysème de ce Dictionaire. 

i3i. Le second phénomène pathologique que présentent les 
poumons est plus fréquent, puisque les six cadavres dont 
nous rapportons ici le résultat de:> ouvertures, l'ont fait voir. 
Il consiste en un changement de couleur qui décèle quelque 
trouble dans la circulation capillaire : c'est une couleur rouge, 
un peu brune, d'une légère teinte de rouille ou de carreau 
pilé , répandue d'une manière uniforme dans tout l'organe. 

Si nous consultons les auteurs , nous trouvons que beaucoup 



RAG <j5 

d'entre eux ont vu le tissu des poumons lui-même gorge', in- 
filtré de sang : tels sont Bonet ( Voyez Van Swiéten, t. m , 
§. ii4°)i Boerhaave {Op. omn., pag. 2i5), Moigagni (De 
sedib. etcaus. morb. , epist. 8, art. 23 et seq.) , Méad , Dariue 
( Recueil pe'riod. , etc. , tom. ni et iv ) , Faure ( Hist. de la soc. 
roy. de méd>, pag. 39), Martin de la Caze (Jbid. , pag. 69), 
M. Portai, Oldknow, Ballingal, André Marshall (ouvr. cité, 
p. 96), M. Gorcy (Journ. de méd. , chirurg. , t. xni, p. b3), etc. 
Pidmones in quinque nigri ex toto, aut magna ex parle , dit 
l'illustre Moigagni; in quatuor magna item ex parte sanguine, 
pleni. On trouve fréquemment, selon JeanFerriar, une alté- 
ration morbide, à laquelle ceux'qui ont écrit sur la rage n'ont 
fait aucune attention : c'est l'accumulation et l'effusion du 
sang dans la substance du poumon, comme on l'observe dans 
la pneumonie ( Médical historiés and rejlections , etc ; Biblioth. 
méd.. tom. xliii, pag. 3 1*2). 

La couleur rouge foncée de la substance des poumons est 
un indice non équivoque d'un engorgement des vaisseaux ca- 
pillaires de ces organes, d'un grand embarras dans leur circu- 
lation , et en même temps d'une inflammation particulière qui 
les affectait. Dans cet état des poumons, ils restent mous et 
crépitans , et la membrane séreuse qui les recouvre est trans- 
parente , et n'offre point de rougeur pleurétique, si commune 
dans d'autres maladies. L'inflammation pulmonaire, suscep- 
tible d'une multitude de degrés, paraît affecter ici principale- 
ment la membrane muqueuse, et s'étendre de bas en haut 
(12b et 128), plus par continuité du même tissu, que dans les 
tissus voisins , cellulaire et séreux. 

i32. C. Organes de la circulation. Altérations du sang. 
De l'air ou du gaz se sont dégagés abondamment du cœur et 
de l'aorte, dans trois cadavres. De tous les auteurs qui ont 
écrit sur la rage, Morgagni est le seul que nous sachions avoir 
fait mention de ce phénomène : Cordîs auricula dextra , 
dit-il, in duobus (cadaveribus) aère dilalata (epist. 8, n°. 5o). 
Une fois, il a vu l'air s'échapper de dessous la dure -mère 
(iV/e/w, n°. 23). 

Des caillots geiatiniformes ont été trouvés dans le cœur et 
dans les gros vaisseaux de deux cadavres (sur six). Mais la plus 
grande masse du sang était noire, très-fluide dans le cœur, dans 
les artères et dans les veines, comme chez les asphyxiés. Il cou- 
lait facilement et abondamment des vaisseaux du cou et de la 
tête; il était parsemé d'une infinité de points d'aspect huileux, 
et ne se coagulait pas à l'air comme celui qui avait été tiré pen- 
dant la vie. Les auteurs , qui ont beaucoup varié sur l'état du 
cœur et des vaisseaux, et présenté assez souvent comme effet 
ou comme cause de la rage, ce qui lui était étranger, se sont 



96 R.VG 

plusieurs fois rencontrés sur la grande fluidité du sang dans les 
cadavres de personnes mortes hydrophobes ( Voyez Sauvages, 
Dissertât, sur La rage; Vicq d'Azyr, Jounu ge'nér. de méd. y 
torn. i, pag. 388, etc.). 

i33. Ces altérations ( i32), celles des voies aériennes ( 126, 
127 et 128), des poumons eux-mêmes (i3o et 1 5 1 ) , et les 
violeus symptômes dont les organes de la respiration sont le 
siège, durant le cours de ia rage (88 et 94), expliquent les 
phénomènes de l'agonie dans cette maladie ( 107 ) , et , par con- 
séquent, la couleur noire et la fluidité du sang après la mort. 

1 34- 13. Encéphale et prolongement rachidien. Le cerveau 
ou ses membranes ont offert toujours des traces d'inflamma- 
tion, quelque rapide qu'ait été la marche de la maladie. Les 
sinus étaient gorgés d'un sang noir et liquide ; le réseau vascu- 
laire de la pie -mère fortement injecté , et présentant un aspect 
brun jusque dans les anfractuosités où il pénètre. La même 
disposition se voyait autour du cervelet, et la moelle épinière 
avait également le réseau des vaisseaux qui l'entourent très-dé- 
veloppé. On a trouvé de larges taches d'un rouge écarlate dis- 
persées sur la surface du cerveau , et d'autres taches d'un rouge 
léger, qui suivaient la direction des vaisseaux ténus, comme 
si un peu de sang avait transsudé au travers de ces petits vais- 
seaux. Les unes et les autres étaient formées par du sang mêlé 
de sérosité et infiltré dans le tissu cellulaire de la pie-mère; 
3e sang extravasé des premières s'écoulait iorsqu'avec la pointe 
du scalpel on ouvrait les cellules, et l'on ne chassait le sang 
des secondes qu'en promenant doucement appuyé dessus le 
manche du scalpel. 

Vers la base du cerveau , le sang extravasé en plus grande 
quantité formait, dans deux cadavres , de larges ecchymoses 
qui voilaient complètement la substance cérébrale vers l'ori- 
gine des nefs optiques et en arrière. 

Les plexus choroïdes des ventricules latéraux étaient gorgés 
de sang et bruns. Une sorte de petit plexus fermant en arrière 
le quatrième ventricule, et se prolongeant j usque entre l'origine 
de la huitième paire de nerfs et la partie correspondante du 
cerveau , était aussi bien plus rouge que dans les cadavres 
dont le cerveau est sain; ce plexus était tellement coloré en 
brun, sur un sujet, qu'il paraissait ecchymose. Ainsi, les 
plus grandes lésions existeraient autour de la naissance des 
nerfs optiques et des nerfs pneumo-gastriques , qui semblent 
jouer un si grand rôle dans la rage. 

Deux cadavres ont présenté à la surface du cerveau une 
couche d'aspect gélatineux, formée par de la sérosité infiltrée 
dans le tissu cellulaire de la pie-mère ; c'était un véritable 
œdème de celte membrane. 

La substance cérébrale a paru le plus souvent ramollie-, 



RAG 97 

elle laissait suinter des gouttelettes sanguines en grand nom- 
bre, lorsqu'on la divisait avec le scalpel. Le cerveau n'est 
donc pas desséché, ainsi qu'on l'a répété dans plusieurs ou- 
vrages. Les ven*.icules latéraux ne contenaient pas une grande 
quantité de sérosité, mais celle-ci était rose, comme sanguino- 
lente dans deux sujets. 

i35. Les traces d'altération que nous venons de décrire ont 
été aperçues par un assez grand nombre d'auteurs : ce sont Mor- 
gagni (Epist. vin, art. 23, 25), Darluc {Recueil périodique 
tfobserv. de me'd. , lom. iv, pag. 27 1 ) , Revolat ( Voy. M. An- 
dry , pag. 3^5) , André Marshall (ouvrage cité, pag. 98, 100, 
101, 102,^ 1 4* ) > MM. Gillman (pag. i3, 3i f, Morclot 
{Journ. génér. de méd. , août 1818), etc. 11 faut ici faire la 
part de l'inflammation et bien la distinguer de la turgescence 
des vaisseaux, qui est l'effet de l'asphyxie dans laquelle sem- 
blent périr les malades. 

Le professeurRossi, de Turin, qui dit avoir remarqué une in- 
flammation du cerveau, prétend encore, en rapportant les 
histoires de quelques autopsies cadavériques, que tout le sys- 
tème nerveux , mais surtout les nerfs vitauxj et trijumeaux se. 
déchirent à la moindre pression, à la plus petite tension. Il 
ajoute qu'il en était de môme ou à peu près des muscles qui 
servent aux mouvemens du voile palatin, de la langue de 
l'hyoïde, du larynx et du pharynx (Mémoire cité). 

André Marshall a cru pouvoir conclure de ses recherches 
que la rage affecte particulièrement l'encéphale ( ouvrage cité 
pag. i45), et M. Hufcland, que son siège essentiel est dans 
le prolongement rachidien, d'où elle se répand sur les nerfs 
du tronc (Biblioth. méd., tom. lv, pag. 3g5 et suivantes). Le 
docteur Robert Reid pense aussi qu'elle a son siège dans la 
moelle épinière dont elle est, selon lui, l'effet d'une diminu- 
tion considérable d'action ; mais il n'a cité aucun fait nou- 
veau à l'appui de ce sentiment, qu'il fonde sur le trouble des 
fonctions musculaires et sur des idées, des explications, qui 
nous ont trop souvent paru hypothétiques {Voy. On the nature 
and treatment of tetanus and hydrophobia , in -8°. ; Dublin 
1817). M. Matthey , de Genève, a publié l'histoire d'un cas de 
cette maladie dans lequel l'ouverture du cadavre a offert un 
épanchement de sérosité dans le canal rachidien ( Journ. gén. 
de méd., tom. liv, p. 279). Maintenant que les médecins com- 
mencent a ouvrir ce canal , dans leurs autopsies , on doit croire 
qu'ils découvriront souvent des lésions de la moelle épinière 
(.38). 

L'anatomie pathologique nous offre doue encore un rap- 
port bien marqué entre l'état des organes et les symptôme* 
47- 7 



¥ 



$S &ÀG 

«l'une violente excitation qu'ils présentent pendant la maladie. 
Cet état nous explique également pourquoi j dans le principe 
de la rage , la saignée apaise les douleurs de tête. 

i36. E. Organes de la digestion. Les traces d'inflammation 
qu'on y remarque ne sont pas constantes comme dans les pou- 
mons et dans le cerveau. 11 n'y en avait aucune au pharynx 
des six individus qui nous ont servi a décrire les altérations 
pathologiques; celles que nous avons aperçues dans le Jubé 
alimentaire pouvaient être causées par les médicamens ou par 
des vers que ce tube contenait , et ne donnent point d'ailleurs 
la raison des phénomènes de la maladie. 

Mais d'autres personnes ont vu des altérations plus ou 
moins profondes des parties servant à la digestion; altérations 
qui, selon plusieurs, peuvent s'observer dans la plupart des 
cadavres de ceux qui succombent à la rage. Ainsi Joseph de 
Àromatariis {Voyez M. Portai, pag. «54), Darluc (recueil 
cité, tom. in, pag. 189, et tom. iv, p. 270) , Capivaccius, etc. 
( Voyez Sauvages, p. 107), le professeur Rossi, M. Go*cy 
(Journ. de méd. , chir. y etc., tom. xm. ) , etc., et M. Gill- 
maii chez les chiens (pag. i3 , 23 , 26, 44)? ont trouve une in- 
flammation du pharynx et de l'œsophage, qui souvent sem- 
blait être, comme dans une observation de Morgagni (cpisU 
vin, n. 25), la continuation de l'inflammation des voies aé- 
riennes. On a même vu plusieurs fois des fausses membranes 
sur les surfaces enflammées de ces organes ( Voyez Oldkuow. 
Edinh. med. and. surg. journ. , vol. v, pag. 280 ; Ballingal , *f. , 
vol. xi, pag. 76; Jean Ferriar, Med. hh tories and rejlections , 
vol. m, pag. 27; Boerhaave; Van Swieten , Comment, in 
jBoerh., etc. , t. m , p. 56 1 ; etc.). Enfin on a , dans beaucoup 
de cas , trouvé la membrane muqueuse de l'estomac et celle des 
intestins grêles également enflammées : nous pouvons citer 
Alexandre Bruce, etc. ( Vid. Morgagni , epist. lxi, art. 9)- 
Oldknow, Ferriar, Ballingal, André Marshall (pages 96, 97 , 
*o3); et pour les chiens, M. Gillman ( pages i3,3i, 44 )• Ce 
dernier assure néanmoins qu'on ne voit pas toujours des iraces 
«l'inflammation et même d'altération quelconque dans les ani- 
maux qui meurent enragés (pag. 85 ). Nous savons que M. le 
professeur Dupuytrena observé, dans les cadavres de plusieurs 
hommes morts de la même maladie, la membrane muqueuse 
«l'une ou de plusieurs parties du canal digestif enflammée, et 
même comme gangrenée, et que dans ses expériences sur les 
chiens il a souvent remarqué ce phénomène dans l'estomac. 

107. Boîssier de Sauvages, avons-nous dit (126), croyait 
«pie le poison ou le virus de la rage tirait sa source de la mu- 



cesité du pharynx. Voici , au milieu de raisonnemens très- 
hypothétiques , ce qu'il dit : <c Les hydrophobes se plaignent, 
pour la plupart , d'un ruai de gosier, d'une difficulté d'avaler; 
leur gorge s'enfle souvent : apiès la mort on trouve le haut 
de l'œsophage livide et gangrène' ; leur bouche est exempte 
d'inflammation; la langue conserve sa souplesse et son humi- 
dité' f etc» Tous les phénomènes semblent dire que ces 

glandes sébacées ( les cryptes rnuqueux du pharynx et de l'œ- 
sophage) sont l'origine de la bave venimeuse des hydrophobes; 
la bave ou la salive ordinaire qu'ils rendent en quantité tire 
son venin de celte source {Dissert, précitée, art. 71. ) » 

16& Nous ajouterons à l'exposé des altérations patholo- 
giques que Ton trouve après la rage, que M* le professeur 
Dupuy, qui a fait du nouvelles recherches à l'école vétéri- 
naire d'Alfort, a presque toujours, ou du moins le plus sou- 
vent , vu sur les chiens , les chevaux , les vaches et les moutons 
morts de cette maladie: i°. les poumons et toutes les parties de 
l'organe encéphalique gorgés de sang; 2 . des traces plus ou 
moins marquées d'inflammation sur la surface muqueuse des 
bronches, de la trachée artère, du larynx, de l'arrière-bouche, 
de l'œsophage, de l'estomac, et souvent même des intestins, 
du vagin, de l'utérus et de la vessie; 3°. les voies aériennes 
remplies d'une mucosité écumeuse; 4°« de la sérosité plus ou 
moins abondante dans les ventricules cérébraux, et même 
quelquefois entre les membranes du prolongement rachidien; 
5°. enfin souvent une rougeur extraordinaire de l'enveloppe 
des nerfs pneumo gastrique et trisplanchnique (Jans une par- 
lie de leur étendue, particulièrement vers leur enuée dans la 
poitrine , et d'autres fois une infiltration comme sanguine dans 
le tissu cellulaire qui entoure ces nerfs , dont la substance pul- 

Ï>euse était alors devenue brunâtre. Ces résultats iutéressans de 
'observation de M. Dupuy sont inédits : les derniers jettent 
particulièrement du jour sur l'origine de l'opinion renouvelée 
déjà plusieurs fois de Gajus et des sectateurs d'Asclépiadc, 
qui prétendaient que le siège de la rage est dans les membranes 
du cerveau et de la moelle épinière ( f oyez Mém. de la soc. 
roy. deméd., pag. 27 ; Cœlius Aurelianus , cap. x.iv) ( i35). 

§. xvi. Conclusion des para gra plies précédons. l\ature de 
la rage. 

1 ô8 bis. De tout ce qui a été rapporté jusqu'ici, nous croyons 
pouvoir conclure qu envisagée sous certain aspect, la rage 
doit être placée parmi les alfections nerveuses, surtout lors 
des premiers symptômes, mais que, considérée relativement 
aux traces qu'elle laisse dans les cadavres, elle semble de na- 
ture essentiellement inflammatoire. En effet, elle se présente 
d'abord comme une lésion manifeste des fonctions du cerveau, 



leo RÀG 

des sens et des nerfs; mais il s'y joint bientôt un catarrhe des 
voies aériennes (celui des premières voies de la digestion 
mérite à peine qu'il en soit parlé ici) , et enfin une suffocation et; 
même une véritable asphyxie. Dans tous les cas , quelle que 
soit l'opinion qu'on se fusse de la rage , on la regardera 
toujours comme une maiadie s ui gène ri s terrible, développée 
ou produite par l'inoculation par insertion d'un virus spéci- 
fique. 

§. xvii. Traitement de la rage. 

139. A. Considérations générales. C'est surtout au traite- 
ment de la rage qu'est applicable ce que nous avons donné 
assez à entendre dans le cours de ce travail , que, quand on ad- 
met, sur la foi des auteurs, tout ce qui a été écrit , il semble que 
la rage réunisse les anomalies les plus opposées. On a de tout 
temps vanté comme spécifiques des moyens tout à fait inu- 
tiles , ou plutôt nuisibles en empêchant de recourir aux seuls 
efficaces. En lisant les éloges mensongers et pompeux dont on 
décore ces prétendus remèdes, les faits multipliés qu'on récite 
en leur faveur, on croirait posséder en eux des antidotes cer- 
tains : malheureusement l'espoir qu'ils pourraient faiie naître 
s'évanouit devant l'expérience. Aucun sujet de médecine 
n'offre autant de traces de superstition que celui-ci. La rage 
a néanmoins fixé d'une manière particulière l'attention des 
observateurs; mais tout dans celte maladie inspire le trouble 
et l'épouvante. C'est la plus affreuse peut-être par ses symp- 
tômes (de8i à 108), c'est la plus sûrement mortelle quand 
elle est une fois développée; rien ne semble capable d'en pré- 
server, puisque le chien, cet ami de l'homme , est de tous les 
animaux domestiques celui qui la contracte et nous la com- 
munique le plus souvent. 

i/Jo. L'effroi qu'elle cause a même fait tuer des personnes 
qui en étaient atteintes ! Il n'y a pas encore bien long- temps 
(en 1816, par exemple) que Jes journaux ont fait poussera 
toute la France un cri d'horreur, en rapportant qu'on avait fai 
périr un hydrophobe entre des matelas. Combattons, autant 
qu'il est en nous , un préjugé aussi féroce encore enraciné dans 
presque toute l'Europe. Immoler promptemenl les hommes qui 
ont le malheur d'être attaqués de la rage ne peut jamais être 
nécessaire pour la sûreté de ceux qui les entourent, puisqu'il 
n'est pas prouvé qu'une seule (ois la maladie ait été communi- 
quée d'un homme à un autre {11 , 2*5, s5 , 61 et 67). 

i'4t. On a annoncé dernièrement une découverte impor- 
tante, qui, si elle était vraie, changerait toutes nos idées sur 
la rage, cl ferait que celle maladie n'inspirerait plus un jour la 
moindre crainte. Nous tirons du Journal universel des sciences 



RAG iot 

médicales (cahier de septembre 1819) ce qui concerne cette 
prétendue découverte. Il y est dit que M. Antoine Marie Sal- 
vatori , médecin à Saint-Pétersbourg , a écrit à M. Morrichini, 
professeur à Rome, que les habitans du district de Gadici 
(dans le gouvernement de Pultava) ont remarqué que, dans 
le voisinage du frein de la langue d'un homme ou d'un ani- 
mal devenu enragé, il se forme quelques pustules blanchâtres 
qui s'ouvrent spontanément vers le treizième jour après la 
morsure, époque à laquelle se manifestent les premiers symp- 
tômes d hydrophobie ( Voyez de 72 à 81 ). La méthode que 
suivent les habitans du district de Gadici consiste, ajoute- 
t-on, à ouvrir ces pustules le neuvième jour, en ayant soin de 
faire rejeter, par les malades, l'iclior qui s'écoule, et de les 
faire se gargariser plusieurs fois avec de l'eau salée. Puisse 
l'assertion du docteur Salvatori être vérifiée bientôt! Nous 
f avons cru devoir la rapporter, mais nous ne pouvons y croire. 
142. Il n'est point étonnant que l'ignorance ait très-sou- 
vent reçu comme vrais les contes les plus absurdes , ni que le 
charlatanisme ait profité des craintes si vives qu'inspire la 
rage; mais on s'étonnera et l'on s'indignera toujours en pen- 
sant que les gouvernemens de tous les pays ont toléré, je 
pourrais dire protégé, des fourbes qui entretiennent et exploi- 
tent la crédulité publique. C'est ainsi qu'en France, jusqu'à 
notre révolution, les moines d'une abbaye publiaient que les 
reliques de saint Hubert, inhumé dans leur cloître, guéris- 
saient de la rage. Nous empruntons à la Revue encyclopédique, 
(cahier de janvier 1820) les détails suivans : «Arrivé à saint 
Hubert, le malade se présente à l'église; un prêtre lui fait 
une légère incision au front, et au lieu d'y mettre, comme le 
croit le vulgaire, un fil de l'étole du saint, il y introduit une 
herbe irritante 11 lui serre «1 tète d'un bandeau ; il lui pres- 
crit un régime à observer pendant six semaines. Le neuvième 
J'our, on lui ôte son bandeau , on le brûlé solennellement dans 
e chœur de l'église, et on célèbre avec pompe sa convales- 
cence, et, le quarantième expiré, la cure est entièrement finie. 
Voici en quoi consiste ce régime : Ne pas se laver, ne pas 
changer de linge , manger tous les jours dans la même assiette, 
ne pas boire de vin blanc, éviter de se voir dans une glace, 
regarder en marchant toujours directement devant soi, etc.» 
La superstition a aussi donné de la confiance dans l'appli- 
cation des clefs chauffées des églises de Saint- Bellini , de Sle- 
Guitlerie, de Saint-Roch, de Saint-Pierre de Bruges, etc., ou 
dans le toucher d'inMrumens bénits dans ces églises, etc. La 
clef de Saint-Bel fini a été appelée prœstantissimum remedium 
{Voyez M. Portai, pag» 217)-, et Salius Diversus rapporte 



103 RAG 

avoir vu des personnes mordues par des chiens enragés, et qui 
ne buvaient d'autre eau que de l'eau bénite (Defebrepes- 
tiL, etc., pag. 325 de l'édit. de 1 586 ). 

143. Non seulement il y a des personnes qui croient aux 
vertus des reliques de saint Hubert, au pouvoir de ses deseen- 
dans pour conjurer la rage , à celui de donner le répit néces- 
saire pour aller chercher le remède, mais encore on vient 
d'annoncer pour la seconde ou troisième lois un moyen d'en 
préserver àjamaisceux qui voudraient s'y soumetlie. Ce moyen 
serait une manièie de Jldtrer les hommes, si nous pouvons 
nous exprimer ainsi , comme on flàtre les chiens. Semblable par 
ses efteis quant à la rage , à l'inoculation de la vaccine quant a 
la variole, il consisterait dans la morsure d'une vipère. Mais il 
est fâcheux qu'on ne puisse accoraer aucune confiance à un 
préservatif de celte nature en faveur duquel aucun fait ne té- 
moigne ( i8d); 

i44- U faut le dire (l'aveu est triste , mais indispensable) , 
le traitement de la rage déclarée est l'un des plus affligeans 
exemples des écueils de la médecine et des erreurs des méde- 
cins ( 122, 141, i45 et suiv). 

Que de substances ont été employées pendant dix - huit 
siècles pour la guérir et ont été abandonnées tour à tour ! 
Faut-il donc penser que la mort a été la terminaison cons- 
tante de la maladie une fois développée? Nous sommes por- 
tés à le croire, maigre quelques exemples de guérison publiés 
depuis peu d'années. Cette idée est décourageante : mais si 
c'est une vérité, elle est utile cependant, en ce qu'elle oblige 
a accorder plus d'attention au traitement préservatif, le seul 
efficace. 

Nous allons décrire successivement le traitement préserva* 
tif local de la rage, le traitement préservatif général et le trai- 
tement curatif. 

13. Traitement préservatif local. 

145. Il est employé dans l'intention de retirer de la plaie 
le virus qui y a été déposé (19,4*7 ^1 7 etc.) y ou de Vy dc- 
Iruire. 11 comprend, i°. le dégorgement sanguin; i°. la suc- 
cion de la plaie ; 3°. les lotions; /\°. les linimens et fric- 
tions; 5°. les suppuratifs ; 6°. les incisions; 7 . l'excision et 
l'amputation ; 8°. enfin, l'application du feu et des caustiques. 

i46. Dégorgement sanguin. La plupart des médecins ont 
pensé que le sang qui sort de la plaie peut entraîner le virus; 
ils ont donc donné le conseil d'en favoriser l'écoulement y 
même lors des plus légères égratignures produites par la dent 
d'un animal enragé. Ils se fondent sur ce qu'il paraît bien 
certain que des hémorragies survenues au moment des bles- 
sures ont préservé de l'action des poisons introduits avec le* 



R A G io3 

instruments qui les avaient faites, ou de l'action des virus va- 
riolique et vaccin qu'on voulait inoculer. Quelques-uns veu- 
lent qu'on applique des sangsues et qu'on fasse des scarifica- 
tions , non-seulement pour entraîner le virus, mais encore, 
pour dégorger la plaie et ses environs. Sauvages rejetait les. 
scarifications qui n'opèrent, disait il , que très-infructucuser 
ment une évacuation plus abondante de sang. On doit tou- 
jours, disent MM. Chaussier et Enaux , chercher d'abord à, 
exprimer le sang d'une plaie faite par un animal enragé , et k 
la dégorger des sucs dont son tissu est rempH : c'est dans celle 
intention que les anciens conseillaient expressément la ven- 
touse ( l52). 

147. Succion de la plaie. Ventouse. La succion de la plaie- 
avecia bouche paraît avoir été véritablement employée pouc 
enlever le virus ( Voyez le n°. 65). Capivaccius, Folhergill,, 
Laurent Heister, etc. , l'ont recommandée; mais elle n'a point 
paru sans danger à M. Andry (pag. 72), et Bouteille pensait 
que les condamnés au gibet pourraient seuls servir à en faire l'é- 
preuve {Me'm. de la soc. roy. de mè'd. , pag. 16b ). Ce que nous» 
a\ons dit plus haut des surfaces muqueuses comme voie par 
-laquelle le virus de la rage pénètre l'organisation (de 63 à 66) A 
ne peut, sans résoudre définitivement la question, que faiie 
naître des craintes pour celui qui pratiquerait une semblable 
succion , à laquelle, dans la supposition qu'elle soit sans dangejç 
dans l'ordre ordinaire , serait toujours applicable ce passage 
de Celse parlant de la morsure des serpens : Quisqms exeni- 

plum psyili seculus , id vulnus exsitxerit... ne interimat s 

ante debebit attendere , ne quod in gingivis palatove, aliave. 
parte cm, ulcus habeat ( lib. v, capvii , sect. xn ). 

Quoi qu'il en soit , si l'on se décidait pour la succion x 
c'est immédiatement après la morsure de l'animal qu'il fau- 
drait la faire, et, ainsi que le conseille le dernier auteur, avec 
une ventouse, ou, comme l'a propose Duhamel du Monceau, 
avec une seringue dont le tube se terminerait par évasement, 
ou même avec une ventouse à pompe (iSs). 

i4& Lotions. Les auteurs se sont accordés à donner lé 
conseil de laver la partie mordue , immédiatement après 
la morsure, pour enlever le virus; mais ils ont singulière- 
ment varié daus le choix des liquides. Paulmier préférait le vie, 
à l'eau; il pensait que le venin de la rage avait pour la der- 
nière une antipathie insurmontable. Les médecins qui croyaient 
le virus alcalin , recommandaient d'ajouter à l'eau un acide, 
tel qu€ le vinaigre, et ceux qui attribuaient quelque vertu aux. 
bains de mer voulaient des lotions avec de Feau salée. Leroux; 
recommandait l'eau de savon, et Mathieu Medcrer, que 
l'on, fît dissoudre dans l'eau, de la pierre a cautère 2 dans l± 



io4 RAG 

proportion d'un gros de celle-ci pour une pinte de celle-là. 
MM. Enaux et Chaussier , qui croient les lotions utiles, con- 
seillent de l'eau dans laquelle on aura fait fondre du savon ou 
du sel de cuisine, ou bien un mélange d'eau et de vinaigre, 
une lessive de cendres, ou l'eau mère des salpêtriers , toujours 
chaude parce que la vertu dissolvante de l'eau est alors beau- 
coup plus grande. Enfin , MM. Haygarth, de Chester en An- 
gleterre, et James Mease , de Philadelphie, recommandent de 
verser longtemps sur la morsure de l'eau tiède par le goulot 
d'une théière, prétendant que l'eau dissout d'autant mieux le 
poison de la rage, que celui-ci existe sous forme de mucosité 
Voyez Bibl. mea. , tom. lxvii, pag. 257. 

Quant à nous, c'est à l'eau pure que nous accordons la pré- 
férence , et à l'eau fraîche si l'on n'en a pas de chaude sous la 
main, parce qu'on la trouve partout, qu'on ne perd pas un 
temps précieux à la faire chauffer ou à chercher quelque mé- 
lange, et parce qu'on peut en faire l'application sur tous les 
organes, sur l'œil même, sans qu'elle occasione de douleur. 
Quel que soit le liquide qu'on choisisse, qu'on l'emploie en 
bain, qu'on l'applique par aspersion, il faut en laver la plaie 
le plus tôt possible, et longtemps; il convient aussi d'en frot- 
ter doucement la surface, pendant qu'elle est baignée, pour 
détacher plus complètement la bave qui s'y trouve déposée. 

Quelques auteurs, au nombre desquels sont P. Desault, Sau- 
vages , etc., ne parlent point des lotions. Bouteille était porté 
à les regarder comme nuisibles : « Ne peut-il pas arriver , 
disait-il, qu'en lavant la plaie on délaye le venin enveloppé 
dans la bave , qui devenu plus fluide, n'en sera que plus pro- 
pre à pénétrer dans le tissu des chairs (Méni. de la soc. roy. de 
méd. , pag. i56)? Nous ne partageons point cette opinion j 
mais nous regarderions, ainsi que lui, le choix des liquides 
comme étant en général à peu près indifférent , si l'on pouvait 
se les procurer tous avec la même promptitude, et pourvu 
qu'en lavant la plaie on parvînt à en entraîner tout le virus. 

On rapporte comme l'un des exemples les plus remarquables 
de l'utilité des lotions, que plusieurs personnes que venait de 
mordre un loup enragé, se retirèrent, les unes en traversant 
une livière et en lavant ainsi leurs plaies, les autres en passant 
sur un pont, et que ces dernières fuient seules atteintes de la 
rage ( Recueil péviod. de la soc. de méd. , t. 1 , p. 1 1 3 ) ( 1 52). 

\ \y. Liai mens et frictions. Des médecins ont préféré aux 
lotions de douces frictions faites avec des substances grasses et 
huileuses, qu'ils regardaient comme plus propres à se mêler 
avec la bave qui recèh !o virus et à la détacher complètement 
de la plaie. Us cntle plus souveut uni à ces substances divers 



RAG io5 

médicamens , ou caïmans , ou suppuratifs, ou , comme ils le 
croyaient , spécifiques. 

Galien conseillait l'emploi de l'huile rosat mêlée à la thé- 
riaque, qui possédait chez les anciens la vertu de détruire les 
venins; Fréd. Hoffmann avait recours à l'huile de scorpions 
et Darluc et ïissot, à de l'huile ordinaire dans laquelle ils 
faisaient dissoudre du camphre et de l'opium afin de la rendre 
plus calmante. Pouteau recommandait les li ni mens d'huile 
d'olives sur la plaie et autour, parce que, disait-il, en même 
temps qu'elle relâche le tissu de la peau , elle se mêle au vi- 
rus , l'affaiblit et l'entraîne. Avant ce célèbre chirurgien , 
Nugent avait aussi employé l'huile d'olives; et, plus tard, 
Baudot voulait qu'elle tût chaude pour en frotter la plaie. 

Aucune faction n'a été plus généralement mise en usage, 
et peut-être présentée avec plus d'apparences de succès , que 
les frictions mercurieiles sur la partie mordue et aux environ?. 
Mais , ainsi que* nous le ferons voir plus loin (de 170 à 171), 
si les heureux effets qu'on leur a attribués sont réels, ils pa- 
raissent moins le résultat de l'action spécifique du mercure 
qui entre dans la composition de l'onguent, que de leur action 
mécanique. C'est pourquoi des frictions d'axonge , de cérat , 
ou d'une autre substance grasse d'une consistance convenable, 
faites sur la plaie et longtemps continuées , seraient tout aussi 
utiles; elles auraient, en outre, l'avantage de pouvoir être 
augmentées dans leur dose et renouvelées autant de fois qu'on 
le voudrait sans inconvénient (i52). 

i5o. Suppuratifs. Ceux qui ont donné le conseil de ne faire 
que des applicalionsdouces, pour calmer l'irritation nerveuse, 
de laquelle ils croyaient que dépendaient tous les désordres 
de la maladie, sont en petit nombre; les autres médecins ont . 
du moins pour la plupart, adopté un traitement opposé; ils 
ont enflammé et fait suppurer la plaie, dans la double inten- 
tion d'empêcher l'absorption du virus et de l'enlraitter par la 
suppuration. On a donc couvert cette plaie , ou d'un vésica- 
toire, ou d'un onguent dans lequel on avait incorporé de la 
poudre de cantharides , ou d'ongueus résineux, fortement ir- 
ritans, tels que le styrax, etc. On y a aussi placé des pois, 
des boules d'iris, des morceaux de racine de gentiane. Enfin , 
on a recommandé d'entretenir la suppuration pendant un mois, 
quarante jours, cinquante jours, Jeux mois et plus; mais le 
plus grand nombre veut que ce soit durant quarante jours, se 
fondant sur ce qu'on voit fréquemment les plaies ou mor- 
sures se rouvrir vers ce terme, au moment où la rage va sa 
déclarer ( i52 ). 

i5i. Incisions. Les dents d'un animal enragé, en s'enfon- 
cant audessous de la peau dans les chairs, peuvent y porter- 



106 KAG 

quelques parcelles de virus, qui échapperaient aux lotions ,' 
aux diverses applications , au feu même , si on ne mettait à de* 
couvert ces parties profondes par des incisions convenables , 
laites ordinairement en croix ou en étoile. Chaque lois qu'on 
les pratique , il faut découvrir tout le trajet de la dent. Elles 
doivent être regardées comme facilitant le dégorgement san- 
guin , et comme moyen préparatoire , non-seulement de ceux 
dont imus avons déjà parlé ( de i/\6 à j 5 ' ) , mais encore do 
l'application du feu et des caustiques. C'est principalement 
pour assurer l'action de ces derniers qu'elles sont utiles; nous 
les considérerons plus loin sous ce rapport (de i5 7 > à 1 58 ). 

i52. Excision et amputation. Il est bien constaté qu'après 
une morsure faite par un animal enragé, le traitement local 
par l'ablation ou la cautérisation est le seul sur lequel on 
peut compter , le seul qui offre des ressources véritables quand 
il est employé à temps. Tous les autres préservatifs sont re- 
connus insuffisans aujourd'hui, et par là même dangereux. 
L'excision ou l'amputation de la partie mordue que l'on pra- 
tique très-peu d'instans après la blessure, est un moyen vio- 
le, it, mais plus sûr encore que la cautérisation : faite alors 
assez loin de la plaie, l'excision ou l'amputation enlève tout 
à coup , et d'une manière infaillible, tout le virus, qui peut 
n'être détruit qu'incomplètement par le feu et les caustiques. 

Morgagni conseille de couper une portion des chairs qui 
soit plus large que la plaie.ee Si un ou deux doigts, dit Sau- 
vages, le bout de l'oreille ou du nez, etc., ont été mordus % 
il faut les retrancher du corps avec le rasoir ou un autre ins- 
trument tranchant ( Dissert, précitée, 1. 1 ..,. p. 112). » On doit 
en faire autant aux parties charnues, ajoute ce médecin cé- 
lèbre; et, si cette excision ne peut être laite, pratiquer l'am- 
putation de l'avant bras et de la jambe qui ont été mâchés., 
déchirés par un animal enragé. Sabatier paraît avoir ainsi pré- 
venu les effets du virus de la rage en amputant des doigts 
(Mém. de l'institut, tom. n, pag. 249). 

Nous conseillons, comme la plupart des auteurs, d'empor- 
ter avec le bistouri les bords mâchés des plaies , tout le tissu 
cellulaire conlus et ecchymose, et, quand il y a des lambeaux r 
de les retrancher. Quoiqu'il soit dans notre façon de voir, 
de recommander fortement l'excision et l'amputation de la 
partie mordue, nous devons avouer cependant que cette der- 
nière opération a eu quelquefois une issue malheureuse, qui 
semble en avoir éloigné Bouteille, l'auteur d'un mémoire cou- 
ronné par la société royale de médecine. Toutefois, rien m- 
porte à croire que les deux terminaisons funestes que ce me 
decin cite, dépendaient de la cause à laquelle il les attribut 
( Mém. de la soc. roj. de méd, , pag. 1^ ). Poutcau conseillait 



RAG 107 

de tenter l'amputation , même lorsque la rage est déclarée. 
Ou regrette beaucoup que semblable idée ne soit appuyée sur 
aucun fait. 

On ne saurait, quand on pratique l'excision ou l'ablation , 
apporter trop de soin a s'assurer qu'on ne laisse rien qui ait. 
pu être en contact avec le virus de la rage; il faut aussi, au- 
paravant, néloyer , essuyer bien toute la plaie et même ses 
mains lorsqu'elles Pont touchée , de peur que dans l'opération 
on ne transporte quelque peu de bave infectée sur la surface 
de la nouvelle plaie que l'on va faire. Plusieurs praticiens, à 
la méthode desquels on ne peut qu'applaudir, emportent tou- 
jours préalablement les parties mordues par une excision pro- 
fonde, lorsqu'ils veulent appliquer le feu. Mais quel est le 
temps durant lequel il est permis d'espérer de l'amputation 
et de l'excision ? Nous nous occuperons bientôt de cette ques- 
tion ( 159). 

1 Ï6. Destruction du virus par le feu et par les caustiques» 
La difficulté d'entraîner un virus aussi subtil, aussi actif que 
celui de la rage, a fait naître la pensée de l'enlever avec la 
partie blessée ( 1 52 ) , ou de le détruire au sein même de la plaie 
qui le recèle , par le feu et par les caustiques. 

i54- a. Par le feu. Les anciens regardaient, en général, lo 
feu comme le destructeur le plus puissant du virus de la rage. 
Ru ('fus d'Ephèse, Galien, Aetius et tous les médecins grecs, 
dit M. Portai, comptaient plus sur le cautère actuel que sur 
aucun autre remède; Dioscoride, Celse, etc. , l'ont aussi con- 
seillé, et il a été employé jusqu'à nos jours par un très-grand 
nombre de médecins. Raymond, de Marseille, croyait que 
l'ustion de la plaie était le seul prophylactique certain. Enfin, 
si elle est prohibée , ainsi que les caustiques, par M. Gillman , 
qui leur préfère l'ablation du membre, ou de la partie ( Voy\ 
pag. loi ), elle est particulièrement recommandée par beau- 
coup d'auteurs, et surtout par MM. Louis Valenliu, Terras 
de Genève, etc. 

L'application du feu exige les plus grands soins: une mau- 
vaise forme du fer, une chaleur insuffisante, une main inha- 
bile, peuvent rendre ce moyen infidèle. Trop aplati ou trop 
arrondi, le cautère ne pénètre point dans le fond de la plaie ; 
trop peu chauffé, il ne détruit pas assez promptement les par- 
ties qu'il touche; dans l'un et l'autre cas, l'espèce de charbon 
qu'il forme à la surface de la plaie garantit même contre de 
nouvelles applications la portion du virus qui est placée pro- 
fondément, au lieu de la détruire, et la rage peut se déclarer 
ensuite, lorsque le malade s'abandonne à la sécurité. Il faut 
donc des cautères de formes variées, et surtout coniques et 
pointus comme la dent de l'animal qui a fait la blessure j U 



roS RAG 

faut les rougi* à blanc, et en avoir plusieurs, afin que dès que 
l'un s'éteint on puisse en prendre uu autre. A défaut de ces 
inatrumens, le bout du manche d'une pelle à feu , etc. , doit 
être employa; l'important est de n'apporter aucun retard, et 
de brûler exactement et assez profondément toute la surface 
des plaies. Van Swiélen recommandait de pratiquer des scari- 
fications sur l'escarre, et de brûicr de nouveau, pour faire 
pénétrer plus avant l'action du feu. 

Doit-on exclure , comme le voulait Celse , des parties sur 
lesquelles on peut appliquer le cautère actuel, celles qui sont 
nerveuses ou musculeuses? Nous ne le pensons pas, à moins 
qu'on ne craigne pour de gros nerfs. On peut aussi , contre 
l'opinion de Bouteille, se servir du cautère actuel sur le crâne 
si la plaie n'est pas profonde, et sur la main; mais les articu- 
lations, les vaisseaux considérables et d'auties organes impor- 
tuns doivent faire renoncer, dans leur voisinage, à l'emploi 
de ce moyen, et engager à lui préférer les caustiques. 11 faut, 
dans les morsures aux lèvres et aux joues, ne pas oublier de 
toucher avec le fer rouge les plaies intérieures, aussi bien 
que leurs trajets. On donne le précepte de brûler assez pour 
faire évaporer toute l'humidité de la plaie , et détruire tous ses 
enviions, jusqu'à plus d'une ligne de profondeur. 

On a assez-souvent employé, et avec des apparences de 
succès, pour détruire le germe ou le virus de la rage par l'ac- 
tion du calorique concentré, l'huile bouillante qui était diri- 
gée sur la morsure au moyen d'un entonnoir qu'on y applï* 
quaît fortement; la pondre à tirer, dont on chargeait la plaie 
après l'avoir essuyée ; l'amadoue, ou une autre su bstance qu'on 
enflammait [Ployez Mém. de la soc. roy. de méd. , pag. o3; 
M. L. Valemin, Jauni, géne'r. de méd. , toin. xxx; Félix Asti, 
Compendio di nodzie itUeressauti circa H veneno de rabiosi 
animali ; Sabatur , Mém. cité; etc.). Mais nous passons sur des 
moyens qui le cèdent trop évidemment en efficacité à l'appli- 
cation du 1er rouge et des caustiques, et qui , par conséquent , 
ne doivent jamais être employés que quand on ne peut faire 
usage de ceux ci. 

i 55. b. Par les caustiques.^ difficulté de porter le cautère 
actuel au fond des plaies, l'impossibilité de garantir de son ac- 
tion des organes impoitaus, et mille exemples de son insuffi- 
sance selon M. Portai, ont engagé un très grand nombre de 
médecins à préférer les caustiques. Ceux-ci effrayent beaucoup 
moins les malades que le fèr rouge; ils n'aveuglent, l'opérateur 
par aucune fumée. On a conseillé les acides minéraux concen- 
ti. ; s, la pierre à cautère, la lessive des savonniers, le lluate 
dépotasse, la pierre infernale , la chaux mêlée à du savon, 
l'oxyde rouge de mercure, etc. Quelques* uns, tels que feu 



RAG 109 

Charles Blicke, ont prétendu que tous ces caustiques, aux- 
quels on pourrait ajouter l'ammoniaque mêlé à de la graisse, 
étaient toujours nuisibles parce qu'ils irritent les parues, (^(yez* 
M. J. Ashburner , Dissert. cit. , pag. 3cj). 

i56. Le beurre d'antimoine (hydro-chlorate d'antimoine) 
est préféré à tous ceux que nous venons de citer, par Leroux, 
qui l'a pioposé, par Sabatier, par MM. Portai, Enaux, 
Chaussier, et par beaucoup d'autres praticiens, \oici com- 
ment on recommande de l'appliquer. 

Après avoir dilaté la plaje avec le bistouri, fait toutes les 
incisions convenables et avec toutes les précautions nécessaires, 
excisé les parties ecchymosées, laissé saigner et bien lavé, on 
tamponne la plaie de chai pie sèche, et on la couvre de com- 
presses et de bandes jusqu'au lendemain. Elle est sèche quand 
on lève cet appareil: alors on trempe une sonde de bois dans 
du beurre d'antimoine tombé en déliquium , et on la porte 
dans le fond de la plaie et sur les bords, avec le soin de ne 
laisser aucun point sans que le médicament l'atteigne. Toutes 
Jes parties touchées deviennent blanches presque sur-le-champ, 
et sont brûlées quelquefois à plusieurs lignes de profondeur. 
On applique pardessus un large vésicatoire. A la chute de l'es- 
carre, on met dans la plaie une ou plusieurs boules d'iris , ou 
de racine de gentiane j et l'on emploie un onguent suppuratif. A 
mesure que les chairs reviennent, on les brûle de nouveau 
avec le beurre d'antimoine ; on applique aussi les vésicatoires 
à différentes reprises , et on ne permet à la plaie de se cicatri- 
ser qu'après quarante jours. 

Telle est la méthode de Leroux ( Voyez son Mém. couronné). 
MM. Enaux et Chaussier préfèrent à la sonde de bois un bour- 
donnet ou tampon de charpie bien serré, imbibé du même 
caustique , que l'on entoure de petits tampons de charpie 
sèche pour garantir les parties voisines, et que Ton maintient 
par un emplâtre adhésif, ou avec la main si le malade est un 
enfant. Si quelque partie paraît avoir échappé à l'action du 
caustique dans une première application, il faut, sans hésiter, 
revenir à une seconde. Mais ces derniers veulent avec raison 
que ce soit tout de suite qu'on applique Je beurre d'antimoine, 
etqu'après cinq ou six heures on levé l'appareil. « Dès que l'es- 
carre est formée, disent ils, l'objet qu'on se proposait est en- 
tièrement rempli; le venin est renfermé, coucentré dans l'es- 
carre; il y restera sans action, et les pansemens les plus sim- 
ples pourront suffire ; cependant on doit encore , pour plus 
grande sécurité,appliquer, au second pansement, un emplâtre 
vésicatoire beaucoup plus large que l'escarre ( Méth, de trai- 
ter les morsures des animaux enragés , etc. , pag. 4; ) ». 

157. La piaic peut être au cou, à la cuisse ou au bras, dans 



ïio P,AG 

le voisinage d'un grc-3 vaisseau : alors, l'incision faite ave'c 
piécaution, on sentira îes baltemens <ic l'artère, et on ue 
la touchera légèrement avec le beurre d'antimoine liquide, 
qu'autant qu'elle serait encore un peu recouverte de tissu cel- 
lulaire ou de chair. Si elle est dépouillée, on ne la touchera 
point avec le caustique , dans la crainte qu'au bout de quel- 
ques jours la chute de l'escarre ne soit mortelle , mais on y 
appliquera de la poudre bien fine de cant ha rides pour causer de 
l'inflammation et de la suppuration. Enfin, s'il était besoin de 
préserver de toute action du caustique un vaisseau ou un nerf 
tout à fait à nu, ou appliquerait, sur le point qui pourrait en 
souffrir, un peu de charpie imbibée d'eau froide. 

On donne le conseil, quand quelque morsure a été faite sur 
le crâne, de le raser entièrement , pour que les plus petites 
plaies ne puissent échapper. Si un os est à découvert , il faut 
le racler avec une rugine , et le toucher ensuite avec le caus- 
tique. 

Les lèvres et les paupières ne doivent point être trop ména- 
gées; il fautexciserlesbordsdela plaie, appliquer le caustique, 
et ne s'occuper de la réunion qu'au bout du temps recom- 
mandé ( i56). Si la plaie a pénétré dans l'intérieur de la bou- 
che, ou si, en examinant celle-ci, on aperçoit une excoriation 
sur les gencives , sur la langue, etc., il faut, avons-nous dit 
déjà (i54), porter hardiment le fer rougi sur toute l'étendue 
de la plaie. Quand on a à redouter une maladie, comme 
la rage , il faut toujours craindre de laisser échapper un seul 
point à l'action du feu ou du caustique ; ce point échappé, on 
n'a rien fait , et la rage peut se développer. 

Beaucoup de praticiens veulent que, dans tous les cas de 
plaie à la bouche, on fasse mâcher de la racine de pyrethre 
pour faire saliver et exprimer tous les sucs sa 1 ivoire* qui au- 
raient été imprégnés de venin, et que l'on administre un 
cinétique pour faire rendre la salive avalée. Mais ces moyens 
semblent inutiles, et le conseil de les employer n être que 
la conséquence d'une fausse théorie. 

Les paupièies seraient écartées de l'œil pendant qu'on les 
brûlerait. 11 ne faudiait pas craindre, si la surface du globe 
avait été atteinte, d'y pa.sser légèrement un pinceau charge de 
beurre d'antimoine : on laverait aussitôt l'œil avec une dé- 
coction rnucilagmeusc opiacée et froide. Dans ce cas , l'extrait 
gommeux d'opium est préférable. 

On se conduirait, à l'égard des troncs nerveux, des cap- 
sules articulaires , des tendons volumineux , comme à l'isard 
des gros vaisseaux, sans jamais pourtant avoir peur de faire 
des sacrifices. 

Si l'on se décidait a rouvrir une morsure déjà cicatrisée f 
on l'inciserait en étoile 7 on la cautériserait profondément, e£ 



R A G ni 

• n la panserait avec des substances irritantes propres à entre- 
tenir une longue suppuration. 

Dans tous les cas de morsure à la peau, h moins que l'on ne 
voie évidemment que la dent a simplement enlevé l'épidémie, 
il convient, comme l'a dit et pratiqué Sabalier, de faire une 
incision en croix ou en étoile. 

Le traitement local que nous venons de décrire (depuis 
i ($), est tout ou presque tout rationnel ; il est le seul sur le- 
quel on puisse établir de justes espérances. On le trouve par- 
ticulièrement bien tracé dans l'ouvrage de MM. Enaux et 
Ghaussicr, intitulé : Méthode de traiter les morsures des ani- 
maux enragés et de la vipère ( Dijon , i^85). 

i53. Réflexions sur le traitement local. Sans avancer que le 
traitement local doive être le seul employé contre la ra^e, la 
société royale de médecine a déclaré qu'elle le regardait comme 
le plus important, et que, sans lui, tous les autres procédés 
sont incertains {h'ist., p. 2 ). Mais si, lorsqu'on l'emploie 
avec tous les soins convenables dans les premiers instans de la 
morsure, l'expérience proclame son utilité, il n'en est point 
de même lorsque déjà il s'est écoulé quelque temps. Il serait , 
certes, bien à désirer de pouvoir dire d'une manière positive, 
quand on peut encore compter sur l'ablation et sur les cautères 
actuel et potentiel, et quand on ne doit plus en rien attendre. 
D'un côté, l'on s'accorde à conseiller leur emploi le plus 
prompt , afin de prévenir l'absorption du virus qu'on sup- 
pose ; d'un autre côté, beaucoup de médecins recommandables 
soutiennent que, quelle que soit l'époque à laquelle on est ap- 
pelé , on doit espérer de ces moyens , particulièrement du icu 
et des caustiques , jusqu'à l'apparition des premiers symp- 
tômes de la rage. On cite l'exemple d'un homme à qui l'on 
emporta, par une incision, vingt- cinq jours après la mor- 
sure, sa cicatrice molle et douloureuse : on appliqua l'alcali 
caustique , on pansa avec l'emplâtre vésicatoire, et, quinze mois 
après , cet homme se portait bien- tandis que plusieurs aui- 
niaux mordus par le même chien, mais auxquels ont ne fit 
rien , périrent de la rage ( Journal gén. de méd, , t. xxx, p. /\\q). 

Les auteurs font mention d'une multitude de personnes pré- 
servées de cette maladie, soit eu brûlant leurs plaies avec un 
fer rouge , soit en y produisant une escarre avec un caustique , 
soit encore par tout autre moyen, quelqu'inutile qu'il lût, 
employé depuis une heure après la morsure jusqu'au temps 
ordinaire de l'invasion de la rage; et , dans tous les cas , ou 
dans presque tous , on n'a pas manqué d'attribuer la non ap- 
parition de la maladie à ces moyens , comme si toutes les per- 
sonnes mordues par un chien ou par un loup enragé devaient 
irrévocablement le deviner elles-mêmes. Mais que croire , 



M2 RAG 

quand on voit que de quinze personnes mordues par un chien, 
à.Senlis, et qu'on traita immc'diaternent ou presque immé- 
diatement après , il en est mort cinq, dont trois au moins de la 
rage {!\ i et 1 1 4) ? que, parmi huit personnes blessées par une 
louve enragée, et qui eurent leurs plaies cautérisées avec un. 
fer rougi à blanc, cinq, dont quatre avaient été mordues à 
nu, périrent de la rage , bien que la cautérisation, pratiquée 
avec tout le soin qui pouvait en assurer le succès , tût faite à 
celle-ci quelques heures après la morsure; à celle-là, le même 
jour au soir, et aux trois autres, le lendemain (Voyez Nouv. 
traité de la rage^ Obs. et rech. danal. pathol., etc. , par L.-F. 
Trolliet)? quand on voit tant de personnes bien certainement 
mordues par des animaux enragés, et qui ne font rien pour se 
garantir de la rage, n'en être jamais atteintes (n/\ )? On ne 
peut donc conclure, parce qu'un homme, mordu par un chien 
enragé , ne contracte point la maladie, qu'il en a été préservé 
par les moyens mis en usage. Ce n'est que par un grand nom- 
bre d'observations comparées entre elles qu'on peut recon- 
naître la supériorité de telle méthode de traitement sur telle 
autre, et jamais par un fait isolé. 

169. Mais revenons directement à la question que nous nous* 
sommes proposée. Jusqu'à quel temps, après la morsure, 
peut-on espérer, lorsqu'on n'a rien fait dans les premiers ins- 
tans , de pouvoir recourir, avec des chances de succès , à 
l'ablation ou à la cautérisation ? L'expérience , qui devait ré- 
pondre, reste muette. Nous aiderons-nous ici de l'analogie , 
c'est-à-direcomparerons-nous,sousle rapport qui nous occupe 
maintenant , le virus de la rage avec celui de la variole, celui 
de la vaccine, celui de la syphilis? Mais, pour faire celte 
comparaison ( il n'est nullement prouvé qu'elle soit juste), 
il faudrait savoir exactement, ce que nous ignorons, jusqu'à 
quel temps le feu ou un caustique pourra garantir des suites 
de l'inoculation de ces trois virus. Gardons-nous donc, dans 
un sujet aussi grave , de mettre des hypothèses à la place des 
faits, et reconnaissons qu'on ne peut trop promptement porter 
des secours à celui qui vient d'être mordu par un animal en- 
ragé susceptible de transmettre sa maladie. 

11 se présente ici une autre question : vaut-il mieux faire 
subir un traitement inutile et douloureux aux personnes mor- 
dues par un chien, lorsque cet animal est seulement suspect, 
quelque absurde que cela paraisse , qu'attendre la naissance et 
le déveiopement d'accidens auxquels il serait alors impossible 
de remédier? On conçoit qu'il faut surtout consulter les pro- 
babilités. 

160. Expériences pour connaître Ve'Jicacilé de plusieurs 
préservatifs locaux. Nous ne connaissons que le docteur Zinke, 



RAG u3 

de Jena, qui ait tenté de semblables expériences. Ou regrette 
qu'elles ne soient ni plus nombreuses ni plus décisives ; en 
voici les résultats que nous extrayons du Journal général dç 
médecine (tom. xxx, p. 435) : 

Un chien fut iuoculé en trois endroits avec un mélange de 
la salive d'un chien qui venait de mourir de la rage, et d'une 
forte dissolution aqueuse d'arsenic blanc Deux heures âpre? 
on enleva les bandages et on humecta les plaies avec la solu^ 
tion arsenicale. Aucun symptôme de la rage n'en fut la suite> 

Un €hat fut inoculé avec la même salive mêlée à de la tein- 
ture de cantharides ; on frotta deux fois ensuite Ips incision? 
avec de la pommade de cantharides. Le chat devint eniagé le 
neuvième jour , et on le tua. 

Un lapin fut inoculé avec de la salive d'un chien enragé, 
a laquelle on mêla une goutte d'alcali volatil j quatre heures 
après, la plaie fut lavée avec cet alcali et couverte d'un linge 
qui en était imbibé. Le onzième jour, le lapin devint eniagé. 

Un autre lapin fut inoculé avec un mélange de la salive de 
chien enragé et de la salive d'une personne saine; deux heures 
après , on lava les plaies avec de la lessive des savonniers. 
Ce lavage fut réitéré après le même espace de temps. 11 n'y 
eut point d'hydrophobie. 

On inocula un chien avec de la même salive délayée d'un 
peu d'eau , dans laquelle on avait frotté du phosphoie. Six 
heures après , on lava les plaies avec de l'eau phosphorée. 
L'animal ne devint pas enragé. 

Un coq fut iuoculé avec de la même salive mêle>e a un peu 
de suc gastrique de chat; deux heures après, on frotta les 
plaies avec une petite brosse trempée dans du vinaigre; une 
heure après, on les frotta avec de la liqueur gastrique, et, 
quatre heures plus tard, avec delà teinture de cantharides. 
Le quatorzième jour, le coq fut pris d'hydrophobie. 

Nous ajouterons que , dans cinq cas de morsure faite par 
un chien enragé, le docteur Ziuke, qui ne pe.dil aucun des 
malades, a frotté leurs plaies avec une petite brosse trempe'? 
dans de la forte lessive des savonniers, et a pratique d<s inci^ 
sions; ensuite il faisait mettre les malades daus un bain chaud, 
puis dans un lit échauffé, et il administrait des boissons 
chaudes. Lorsque la plaie avait cessé de saigner, il la cou- 
vrait d'une pâte arsenicale , comme celle qu'on applique sur 
les cancers, et il donnait intérieurement du phosphore dissout» 
dans de l'élher. 

161. Spécifiques locaux. Des remèdes sans nombre, cru* 
spécifiques , qui ont été administrés intérieurement , out aussi 
été appliqués sur les morsures des animaux enragés. Nous ver- 
reus bientôt ce qu'on doit en penser ( de i6j à 180). 
4> 8 



ix4 RAG 

13. Traitement préservatif' gênerai. 

162. Ce Iraitemenl se compose de l'application des règles 
de l'hygiène et de l'emploi des médicamens. 

C'est a ces derniers qu'on a accordé le plus de confiance, 
quoiqu'ils n'en méritent pas plus que les moyens hygiéniques, 
dont les auteurs auraient à peine fait mention s'ils ne s'étaient 
souvent accordés à conseiller un régime végétal, et si les uns 
n'avaient recommandé le lait , tandis que les autres l'avaient 
défendu. 

Le fait est qu'on ne cite pas et qu'on ne peut citer un exemple 
de l'effet nuisible d'une nourriture animale ,*et que nulle part 
l'observation exacte ne j ustifie le conseil de Sauvages , qui vou- 
lait qu'on ne permît que le lait pour tout aliment , ni celui de 
De Lassonne qui interdisait le lait et toute espèce de laitage. 

L'expérience nous dicte le précepte de garantir des intem- 
péries de l'air, et surtout d'éloigner toutes les causes d'excita- 
tion cérébrale, telles que l'exposition à un soleil ardent, les 
motifs de crainte ou de frayeur, etc., enfin toutes les circons- 
tances qui peuvent hâter ou produire le développement de la 
rage (de 78 à 81 ). 

Nous ne croyons point , comme E. F. M. Bosquillon ( Mèm. 
précité), que si l'on pouvait parvenir à inspirer à tout le monde 
une parfaite sécurité à l'égard de cette maladie, elle serait ainsi 
entièrement anéantie; mais du moins dans les cas où l'hydro- 
phobie serait l'effet de la seule imagination des personnes qui 
ont été mordues , on parviendrait à la prévenir et même à la 
guérir en tranquillisant le moral, en gagnant la confiance et en 
s'emparant de l'imagination. Nous lisons, dans un travail inédit 
de notrehonorable confrère M. Bouvier , des faits qui confirment 
admirablement ce que nous disons. Nous regrettons de ne pou- 
voir les rapporter ici 5 mais nous ne passerons pas sous silence 
une conclusion sanitaire qu'ils lui ont fait tirer : c'est qu'un 
des moyens de diminuer le nombre des hydrophobies nées 
de la crainte , lesquelles sont bien plus communes qu'on ne 
le croit, serait d'empêcher les journaux destinés à être dans 
toutes les mains, de donner jamais une seule histoire de ma- 
ladie de la rage , vu que de telles histoires portent l'effroi 
dans beaucoup d'esprits, et ont très-souvent occasioné la mort 
de personnes qui n'avaient été mordues que par des chiens 
non enragés. 

i65. Les médicamens et les moyens auxquels on a eu re- 
cours dans le traitement préservatif de la rage , appartiennent, 
les uns a une méthode rationnelle, et le plus grand nombre 
h une méthode empirique. Les premiers sont la saignée, les 
cinétiques , les purgatifs , les bains , les antispasmodiques , les 
boissons mucilagineuses , acidulées, les infusions de fleurs 
({oranger, de tilleul, etc. Chacun de ces moyens cl de ces 



B.AG n5 

médicamens a eu ses preneurs et ses de'tracleurs ; mais connue 
aujourd'hui on ne les regarde plus que comme n'étant qu'ac- 
cidentellement indiqués par l'état général des blessés , nous 
ne nous occuperons que de ceux qu'on a considérés ou que l'on 
considère encore comme des sortes de spécifiques. 

ib4 et. Parles bains. Pendant plusieurs siècles, les bains 
de mer ont eu une grande célébrité , comme propres à préser- 
ver de la rage. On trouve dans le Mémoire plusieurs fois cité, 
de Sàbatief , des détails sur la manière dont on les fait pren- 
dre. Les personnes mordues qu'il avait conduites à Dieppe , 
furent menées à reculons dans la mer par deux matelots qui 
les tenaient sous les bras , et les renversaient et les plongeaient 
cinq fois dans l'eau a chaque vague de la marée montante. 
Un seul bain suffisait. L'un des malades de Sabatier périt de 
la rage, quoiqu'on lui eût assuré qu'aucun de ceux qui avaient 
ainsi pris des bains n'était mort. Déjà Palmarius, Ambroise 
Paré et Pierre Desault les avaient regardés comme insuffisans 
et même comme dangereux, en ce qu'ils faisaient négliger les 
moyens efficaces ', ils assurent même qu'ils out vu des malades 
les prendre infructueusement. Néanmoins ces bains de mer 
sont encore usités dans quelques contrées. Nous pensons que 
c'est en lavant les plaies qu'ils ont pu être quelquefois utiles; 
c'estpeut-ctre pour cette raison que les anciens recommandaient 
le bain d'abord après la morsure : post morsum protinus 
(Celse) [Voyez, n°. n , ce que nous avons dit de la manière 
d'employer les bains à l'époque où vivait cet auteur ). Frédéric 
Hoffmann préférait les bains nède.s aux bains chauds ; il blâmait 
les bains froids que Boerhaave, Mead, et avant eux Van Hcl- 
mont, Forestus, Nicolas Tuipiuset Sche'ickius avaient recom- 
mandés. Selon Boerhaave, il était indiffèrent que le malade fût 
baigné dans l'eau douce ou dans l'eau salée, et , selon Méad , 
l'eau de fontaine doit être préférée à l'eau de mer (i83). 

i65. On a encore cherché, dans les trois règnes de la na- 
ture, des remèdes qui eussent la vertu particulière de neutra- 
liser le virus de la rage. Les substances minérales qui ont été 
employées dans ce but, sont: i°.i'dpierre d'aimant en poudre , 
à la dose d'un demi -gros dans du vin sucré, 2°: la limaille de 
cuivre , 3°. la limaille aVétain mêlée avec la thériaque ou le 
mithridate, f\°. V arsenic , 5°. le mercure, 6°. l' ammoniaque , 
r j°. et X acide muriatique oxygéné ou chlore aqueux. Nous ne 
nous occuperons ici que des trois dernieis, les au 1res, dont la 
parfaite inutilité est bien reconnue , étant tout à fait tombés 
en désuétude , à l'exception de l'arsenic, que Ptussel , l'auteur 
de l'Histoire des serpens de l'Inde, paraît avoir employé sous 
forme de pilules dans celles dites de Tanjore, dont il est la base. 
-Nous ne savons point quel fut le résultat de ce remède employé 



iï6 RAG 

par Russel; mais nous savons <jiie Jean Huntcr , qui l'avait 
quelquefois recommandé, n'en a retiré aucun heureux effet. 

166. $. Par le mercure. Le mercure a été conseillé intérieu 
renient, pour la première fois, en 1696, par Jean Ravelly, 
dans un Traité de la rage. En 1699, Daniel Tauvry soupçonna 
ce métal d'être le spécifique de la rage (Hist. de Vacad. roy. 
de? sciences de Paris , p. 46 et suiv. ) , et en 1719, Jean Astruc 
fit soutenir une thèse sur cette maladie, dans laquelle il ré- 
clame, pour le mercure, la propriété d'en être l'antidote ( De 
hfdrophobidy Monspel. ); enfin, en 1705, Pierre Desauh, cé- 
lèbre médecin de Bordeaux, recommanda, le premier, de l'em- 
ployer en frictions sur la partie mordue et dans son voisinage 
( Dissert, sur la rage). 

Ces derniers auteurs , Sauvages , Darluc , le frère Du Choisel , 
Arrigoni , Etienne Duhaume, Ehrmann, Baudot , Biais, Bonel 
de la Brageresse, MM. Poital , Andry, etc., etc. , ont adopté 
le traitement par les frictions mercurielles , et même cité un 
grand nombre d'exemples de personnes préservées de la rage 
par ces frictions. Ce remède, si l'on en croit Tissot , est aussi 
efficace contre cette maladie qu'il l'est contre la syphilis, et 
peut non-seulement garantir de la rage, mais encore la guérir 
quand déjà ses symptômes se sont manifestés. M. Daniel John- 
son , qui a traité dans l'Inde beaucoup d'hommes mordus par 
des animaux enragés, a publié tout récemment que toutes les 
fois qu'il eut le temps ou la permission d'imprégner le système 
de mercure avant que les symptômes d'hydrophobie ne se fussent 
manifestés , ceux-ci furent toujours prévenus. Il ajoute que, 
« parmi les personnes mordues, celles qui, par des préjuges 
religieux, plaçaient leur espoir dans les prières des brames, 
mouraient constamment, tandis que celles qu'on faisait saliver 
étaient invariablement préservées de la rage (Journal général , 
tom. lxx, p. 266). » 

167. Les médecins qui ont eu recours au mercure n'ont pas 
choisi le même mode de préparation, ni la même manière de 
l'administrer. Les uns l'ont fait prendre intérieurement , et 
tantôt ils ont donné le cinabre ( sulfure rouge de mercure ), 
comme Ravelly j tantôt l'éthiops minéral (sulfure noir) , comme 
Sauvages ; tantôt le turbith minéral (sous-deuto-sulfate de 
mercure) , comme Méad , Robert James, Lieutaud , et tantôt le 
mercure doux (protochlorure de mercure). Ces différentes 
préparations ont été ordinairement unies à des médicamens 
antispasmodiques, et données en poudre ou en bols. 

ib8. Quelle que soit la forme sous laquelle on ait employé le 
mercure, on n'a pas toujours cru remplir les mêmes inten- 
tions. Ainsi Pierre Desaulty avait recours pour tuer les vers, 
qu'il regardait comme lu cause de la rage j Sauvages le don- 



RAG n> 

«ait intcrieu rement et extérieurement afin de nétoyer les glan- 
des du gosier de la mucosité infectée, et Erhmann , qui croyait 
que le virus de la rage résidait dans la salive , afin de provo- 
quer la salivation. Mais la plupart des médecins qui l'ont 
vanté comme spécifique ont recommandé d'empêcher celte sa- 
livation. Le mercure employé en frictions sur la plaie sous 
forme d'onguent, agit encore , selon Bouteille , etc. , en déta- 
chant la bave qui recèle le virus et en enlevant ainsi celui-ci. 

169. Les doses de l'onguent mercuriel ont varié. Pierre De- 
sault en employait un ou deux gros à la fois : avec le soin de 
mettre entre les frictions unintervalle assez grand pour éviter 
la salivation qu'il ne regardait pourtant point comme nuisible; 
il usait en tout deux ou trois onces d'onguent. Du reste la 
dose était proportionnée à la force , à l'âge, etc. Il faisait pren- 
dre la poudre dePalmarius , vi précéder les frictions de bains 
de mer auxquels il n'attribuait que l'avantage de tranquilli- 
ser les malades , et il laissait faire , toujours dans le même but, 
tous les petits remèdes insignifiant (Dissert. , pag. 3o5). 

La dose conseillée par Ehrmann est beaucoup plus forte. Il 
voulait qu'on employât une once et demie d'onguent mercu- 
riel en trois jours , et que les frictions fussent faites sur la plaie, 
aux jambes et aux cuisses. A compter du troisième jour, il 
donnait malin et soir trois grains de panacée mercurielle jus- 
qu'à ce que la salivation se déclarât -, il l'entretenait ainsi pen- 
dant plusieurs semaines. Si quelque accident survenait , il avait 
recours aux antispasmodiques. Avant l'emploi des frictions , 
la plaie était cautérisée, scarifiée et couverte d'un vésicatoire. 

La dose bien plus généralement adoptée est celle d'un gros 
d'onguent mercuriel , qu'on donne tantôt tous les jours pen- 
dant dix jours, comme dans le traitement du frère DuChoisel 
et de Bonel de la Brageresse , ou pendant un mois comme dans 
la méthode dite éprouvée de De Lassonne ; tantôt tous les deux 
jours comme dans la méthode de Baudot qui prescrivait en- 
core des frictions huileuses matin et soir. Le frère Du Choisel 
paraissait attacher peu d'importance aux autres moyens , et 
se bornait à préparer ses malades par des pilules purgatives. 
Baudot, au contraire, n'avait recours aux frictions qu'après 
avoir employé les lotions d'eau salée et le vésicatoire. De Las- 
sonne faisait d'abord des lotions d'eau tiède salée , des scari- 
fications et l'excision des lambeaux : pendant l'usage des fric- 
tions mercurielles , il purgeait légèrement tous les trois ou 
quatre jours pour prévenir la salivation, et donnait aussi, 
dans le cours de ce traitement , l'eau de Luce et les antispasmo- 
diques. Tissot et la plupart des praticiens ont adopté la mé- 
thode des frictions mercurielles unies à l'opium , au musc , ai» 
camphre , a l'asa fœtida , à la valériane , etc. 



n8 RAG 

170. Tandis qu'on prônait les merveilleux effets du mercure 
ainsi administre , quelques hommes distingués recueillaient des 
exemples dans lesquels ce remède avait échoué. En • ^83 , 
Le Roux les a réunis dans son Mémoire couronné , et a tenté 
de déposséder le mercure de sa puissance spécifique comme 
préservatif, et comme remède curatif; il cile les faits observés 
par Thiesset , Oudot , Raymond, Biais, Lafon , Revolat , 
François , Majault , Morcau, Fothergill et Yaughan. « Après 
les observations que nous avons rapportées, dit ce chirurgien 
célèbre, il faudrait avoir une crédulité bien opiniâtre poui" 
soupçonner seulement que le mercure peut être de quelque 
utilité pour préserver de la rage {Mém. delà soc. roy. deméd., 
pag. 56). 

Depuis Le Roux des exemples fréquens et authentiques de 
l'inutilité de ce remède se sont présentés : on en trouve dans 
le travail de Sabatîer, et constamment ils se sont renouvelés à 
l'Hôtel-Dieu de Lyon , etc. On pourrait doue attribuer les cas 
nombreux et cités de succès apparens , ou aux vêtemens qui 
ont arrêté le virus (n 5), ou au traitement local primitif dont 
on n'a pas toujours tenu compte , ou à ce qu'on a confondu 
souvent avec la rage d'autres maladies (3 , 23 , i/\ , /|6> 5o, 52, 
6° ■) 1^ » 76 , 78 , 109), ou aux frictions faiies chaque jour 
avec une substance grasse qui a pu entraîner le virus de la sur- 
face d'une plaie qu'on a, en outre , fait suppurer (i4{)et 168) 
ou enfin , à ce qu'il n'y avait pas le plus souvent de contagion, 
(1 !/})• Gillman affirme que le mercure n'a en aucune manière 
la plus légère influence sur la maladie (pag. i65). Enfin 
MM. Enaux et Chaussier , dont le sentiment doit être d'un si 
grand poids , regardent aussi le mercure comme un remède 
sans vertu , puisqu'ils ne conseillent que le traitement local. 
Lorsqu'on partage cette opinion , on s'indigne en lisant tant 
d'histoires consignées dans les auteurs, et qui attestent les 
graves accidens dont l'administration de ce métal a si souvent 
été suivie; on s'indigne surtout de ce qu'on l'a administré a 
beaucoup de personnes qui n'avaient même jamais été exposées 
à la contagion de la rage. 

17 j . y. Par l'ammoniaque. L'ammoniaque a été recommandé 
par plusieurs auteurs distingués , tantôt comme sudorifique , 
parce qu'on avait pensé que la crise de la rage se faisait par les 
sueurs , tantôt comme spécifique. Bouteille {Mém. couronné) , 
Du mondiaux , Lecanus {Voyez M. Andry , pag. 65) , M. Sages 
de l'académie des Sciences {Eocpér. propres à faire connaître 
que V alcali volatil , etc. Paris , 1 777 ) , ont cru trouver dans 
l'alcali volatil un moyen plus ou moins efficace. Darluc , De 
Lassonne , etc. , l'unissaient au traitement par le mercure ; le 
dernier faisait prendre de l'eau de luce à la dose de vingt à 



RA6 119 

vingt-cinq gouttes deux fois par jour. M. Jean-Valentin Hilden- 
brandt regardait aussi l'ammoniaque comme l'un des meilleuis 
moyens. 

Malgré les observations qu'on a rapportées de personnes 
préservées de la rage et guéries de celte maladie par l'ammo- 
niaque , nous n'hésitons point à déclarer qu'il n'en est aucune 
de tant soit peu probante lorsqu'on les lit avec attention. 

172. cT. Par l'acide muriatique oxygéné ou hydro- chlore. On 
a, depuis plusieurs années, annoncé que l'acide muriatique 
employé eu lotions sur les plaies faites par les animaux enra- 
gés, avait la propriété de préserver de la rage. Pour appuyer 
ee sentiment , le conseiller de médecine Wencîelstadt a rapporté 
l'exemple d'un Anglais qui se fit mordre plusieurs fois par un 
chien enragé , et se garantit chaque fois de la maladie par des 
lotions faites avec l'acide. Le même auteur croit que les an- 
ciens en connaissaient déjà la vertu préservative , d'après ce 
passage de Celse sur la morsure des animaux : Salquoquehis y 
prœcipuèque ei quod canis fecit , medicamentum est, si aridus 
-vulneri imponitur , superque id duobus digitis verberatur ; eor- 
saniat enim : ac salsamentum quoque rectè super id vulnusde- 
ligatur (Voyez Biblioth. méd. , tom. xxm , pag. 895). 

i J lus récemment , le professeur Brugnalclli a inséré dans son 
Journal italien de physique, chimie, etc. (tom. ix, p. 324)? 
des observations sur l'efficacité de l'acide muriatique oxygéné 
ou de l'hydro-chlore pour prévenir et guérir la rage. 11 résulte 
seulement de ces observations, dont Brugnatelli n'a pas vu 
tous les sujets , et notamment le seul qu'on prétend avoir été 
guéri après l'apparition des premiers symptômes , que neuf 
personnes furent mordues sans qu'on puisse assurer qu'elles le 
furent toutes par des animaux enragés. Quoi qu'il en soit, l'une 
d'elles pour laquelle on n'employa point le chlore aqueux , 
mais bien des scarifications , des lotions avec de l'eau de sa- 
von et des frictions mercurielles, périt hydrophobe. Le traite- 
ment du professeur italien consistait h laver les plaies avec de 
l'hydro-chlore, à les recouvrir de charpie qui en était imbibée, 
et adonner, pour éviter de faire prendre des liquides, de la 
mie de pain trempée dans le même fluide. Quelque importans 
que paraissent d'abord les faits dont il a rendu compte, on 
peut affirmer qu'ils sont trop incertains , trop mal précisés pour 
qu'on puisse en tirer quelque conclusion. 

La plupart des journaux ayant prôné la découverte de Bru- 
gnatelli , on ne manqua pas, en 1817 , dans l'Hôlel-Dieu de 
Lyon , de profiter de l'occasion qui s'offrit de soumettre sept 
personnes a son traitement, qui fut dirigé par l'un des auteurs 
de cet article et par son ami le docteur Bouchet , alors chi- 
rurgien • major du même Hôtel - Dieu. L'hydro - chlore fut 
employé en application et en limonade ; la dissolution aqueuse 



J2o RAG 

était «tCfldue jusqu'à agréable acidité pour être donnée en 
boisson. Des linges trempés dans une dissolution concentrée 
étaient appliqués deux fois par jour sur les plaies , dont plu- 
sieurs fuient cautérisées, et les malades prenaient chaque jour 
une pinte de limonade contenant un gros de cette substance. 
Tous ies sept ne périrent pas moins de la rage , quoique le 
traitement fût commencé dès le lendemain des morsures et 
continué jusqu'à la mort. V oyez Nouveau traité de la rage , etc., 
par L. F. Trolliet. 

1 73. t. Par des végétaux réputés spécifiques. Les remèdes 
crus spécifiques qu'on a empruntés du règne végétal sont très- 
nombreux ; nous allons faire connaître seulement ceux qui 
ont joui d'une plus grande célébrité. 

Le bédeguar ou l'éponge du rosier sauvage , et V églantier , 
ont passé pour des antidotes fameux contre la morsure du 
chien enragé et contre le venin de tous les autres animaux. Il 
est curieux de lire dans Pline le naturaliste comment les ver- 
tus de l'églantier contre la rage furent révélées. On a employé 
plusieurs parties de cet arbrisseau : on faisait encore, il y a 
peu d'années , avec sa racine réduite en poudre , une omelette 
antihydropliobique qui a eu beaucoup de vogue ( Voyez 
M. Andry , pa<*. 333 ). Aujourd'hui on ne croit plus à la vertu 
de ce remède ridicule. 

174. La poudre d'anagallis, ou mouron rouge , dont l'u- 
sage contre la rage paraît , ainsi que nous l'avons déjà dit (12), 
remonter fort haut , aurait été souvent employée avec succès, 
si Ton en croit Chaberi (Réflexions sur la rage). La confiance 
que les médecins ont accordée aux observations de ce vétéri- 
naire nous force à en rappeler textuellement. une qui don- 
nera une idée des autres, et suffira pour les faire rejeter tou- 
tes : « Un homme du fauboing de la Guillotière, à Lyon, est 
mordu par un chien enragé , lui et ses deux enfans. Il habite 
le même soir avec sa femme ; elle enrage elle-même sans a voir 
été mordue ; on administre le mercure au mari , il meurt en- 
ragé au bout de dix jours. Les enfans prennent de la poudre 
d'anagallis, et nul d'entre eux ne périt d<; la rage ». Cette 
poudre a été pendant un temps le remède de prédilection de 
Bourgelatet de l'école vétérinaire de Lyon. Le mouron rouge 
avait déjà été annoncé comme antihydropliobique, savoir : en 
1 747 9 dans les feuilles de rVlayence; en 17491 par un rescrit 
de la chancellerie de Pévêehé de Ramberg ; depuis par un 
mandat exprès de Gustave, duc des Deux Ponts , et en «7^8 , 
dans un discours prononcé aux écoles de Strasbom g par Biuch. 

175. Pline avait parlé de l'usage extérieur de la belladona 
contre la morsure des chiens enragés; mais le premier qui , à 
notre connaissance, a couseillé intérieurement celte plante 



contre la même morsure , est Théodore Turquet dans un ou- 
vrage posthume public en 1696 (Praxos medicœ synlagma 
de morbis ext.) , dans lequel il annonce la décoction de quel- 
ques baies debelladona comme un spécifique contre l'hydro- 
pliobie. En 1 763 , Schmidt publia ce remède dans le Journal 
de Hanovre , et en 177g, Jean Henri Munch inséra dans le 
même journal el dans la bibliothèque chirurgicale de Richter 
des observations sur son < fficacité. Munch recommande l'usage 
de la racine et des feuilles comme préservatives et comme cu- 
ratives; iî conseille particulièrement la poudre de la racine , 
dont deux grains font, disait il, autant d'effet que quatre 
grains des feuilles. lia dose était, selon l'âge, etc. , d'un à dix 
grains toutes les quarante-huit heures , ou tous les trois jours 
si le malade se trouvait affaibli. On l'administrait dans une 
boisson. 

La belladone agit ordinairement par les sueurs que Ton peut 
favoriser avec des boissons chaudes et le lit. Elle occasione , 
dit-on, tant h la partie mordue qu'aux parties voisines, une 
tumeur qui disparaît après la deuxième ou la troisième dose, 
et quelquefois aussi un tiraillement qui demande qu'on con- 
tinue l'usage delà poudre jusqu'à ce qu'il cesse. Quant aux 
accitlens produits par le remède , Munch , qui croyait avoir 
réuni près de cent quarante observations qui lui sont favora- 
bles , recommandait les précautions capables de prévenir ces 
accidens , telles que l'administration de la poudre à moindre 
dose , etc (De belladone , efficaci in rabie caninâ remedio , 
Gœtling. , 1781. Voyez aussi Hist. de la soc, roy, de med. , 
pag. 119 et 21 1 , etc.). 

176. On a encore décoré du beau nom de spécifiques le ta- 
bac , le lichen cir.ereus terrestris , la pimprenelle , Y ail, Yoi' 
guon, la vipérine , le scordium, le dompte- venin , la sabine , 
les clous de girofle, V armoise , Vulmaire , la menthe , la sauge, 

Y absinthe y V hépatique terrestre, le poivre , Yecorce d'orange , 
le cynorrhodon , la valériane sauvage, la racine de grateron , 

Y écorce moyenne du frêne, Y ellébore blanc, plusieurs autres 
purgatifs, etc., etc. , toutes plantes ou substances qui sont 
toujours sans effet sur la maladie. 

177. Enfin le docteur Lyman Spalding, deNew-Yorck, vient 
d'ajouter à cetle longue liste la plante nommée par les bota- 
nistes scutellaria laterijlora , qu'il affirme être un spécifique as- 
suré. 11 est, dit-il, toujours temps de faire prendre au malade 
ce médicament : que l'individu soit récemment mordu , que 
la rage soit déclarée, l'action efficace de la scutellaria n'en est 
pas moins certaine. Quoique le docteur américain rapporte que 
le nombre des hommes guéris par l'emploi de cette plante s'é- 
lève à plus de 85o et celui des animaux à 1100 , il est bien h 
craindre qu'il en soit de ce prétendu spécifique comme de 



122 RAG 

tous ceux qui ont été prônes et sont tombe's dans l'oubli. 
Le dernier alinéa du Mémoire que vient de publier à ce sujet 
M. Lyman Spalding suffirait seul pour motiver cette crainte. 
Le voici : « On rapporte avoir fait en plus de cent occasions 
des expériences pour confirmer la vertu de cette plante (la scu- 
tellaria lateriflora) , en l'administrant à une partie seulement 
des animaux mordus. Chacune de ces expériences a eu pour 
résultat que les animaux qui n'avaient point pris de scutella- 
ria moururent enragés, tandis qu'aucun de ceux a qui le re- 
mède fut donné n'eut la moindre indisposition {Ahistory of ihe 
introduction and use of scutellaria lateriflora (Scuilcap) as a 
remedy for preventing and curing hydrophobia occasioned by 
the bite of rabid animais , etc., New-Yorck , 1819 ». C'est une 
forte infusion de la plante fraîche ou cueillie avant le 3o juil- 
let ou après le 10 septembre (elle n'aurait pas la même effica- 
cité si on la récoltait pendant la canicule) , qu'on recommande. 
On s'en abstient tous les trois jours , et à sa place, on prend 
deux cuillers à café pleines de fleurs de soufre mêlées avec de 
la mêlasse. Il est nécessaire de continuer ce régime pendant 
quarante jours. 

1 78. Ç. Par des substances que fournit le règne animal. Pline 
parle de l'efficacité An foie de chien enragé donné intérieure-,- 
ment contre la rage (îlist. nat. , lib. xxix , cap. v).Ce remède 
absurde, qui est aussi recommandé par Baccius, parDurey,etc, 
qui citent des succès de son emploi, est depuis assez longtemps 
justement apprécié. 

La poudre d' écailles d'huîtres a été administrée dans des li- 
quides ou en omelette (VoyezM.. Andry, pag. l'bi) ; elle fait 
partie de la poudre composée de Lejoyant et du remède de 
Faget , tous deux vantés contre la rage. On a porté la supers- 
tition jusqu'à recommanderde préférence les écailles d'huîtres 
mâles î 

Les écrevisses calcinées ont été conseillées fort ancienne- 
ment , soit seules , soit avec la thériaque ou l'encens, ainsi 
qu'on le voit dans Galien. Daniel Sennert vante aussi la dé- 
coction de ces crustacés. Beaucoup de médecins ont employé' 
l'une ou l'autre de ces préparations. 

Les meloè's , genre d'insectes hétéroptères , étaient regardés 
autrefois comme un spécifique contre la rage. L'espèce la plus 
commune , nommée ver de mai (meloe proscarabœus , Lin.) T 
a été , en Allemagne , pendant longtemps en usage contre celle 
maladie. En IW26, Arnold Wcickard disait , dans son Thé- 
saurus pharmaceuticus galeno-chimicus , qu'une longue expé- 
rience avait fait reconnaître les vertusdes scarabées ordinaires, 
et en «777 , le roi de Prusse acheta d'un paj'san de la Silcsie 
nn remède contre la rage qui n'avait jamais manqué de léubsir, 



RAG i*3 

et qui n'était autre que le ver de mai conserve' dans du miel 
après lui avoir enlevé la tête. On peut lire dans l'ouvrage de 
3H. An dry des détails sur la préparation et la manière d'admi- 
nistrer ce remède dangereux qui produit des effets aussi terri- 
bles que les canlharides (p. 27 1) , et que Ehimann voulait rem- 
placer par les hannetons. 

11 y a fort longtemps qu'on a propose les cantharides pri- 
ses intérieurement pour préserver de la rage et pour la guérir. 
Avicenne et Malhiole ont écrit qu'elles étaient d'un grand 
secours contre cette maladie , et des médecins ont osé admi- 
nistrer leur poudre avec confiance [Voyez M. Andry , p. 286). 
Du moins Bardsley , qui employait ce moyen, ne le regardait 
point comme spécifique ; il avait pour but de déterminer une 
strauguiie qui servît de contre-irritation capable de prévenir 
l'irritation de la rage {Voyez M. Giliman , pag. i65. ) 

Enfin, tout comme si le délire n'avait pas été porté assez 
loin, on a recommaudé, avec des exemples de succès sans 
doute, jusqu'aux excrémens du coucou , de la chèvre , du re- 
nard , etc. , et le sel dépuré de chien enragé. 

17g. h. Par des remèdes composés. On a cru que des remè- 
des composés de laplupart deS substances auxquelles on a sup- 
posé une vertu antihydrophobique , auraient une action plus 
puissante et plus certaine : de là l'origine de ces recettes poly- 
pharmaques si multipliées et si inutiles dont les auteurs des 
siècles derniers sont remplis. Nous nous garderons d'autant 
plus d'en surcharger cet article , qu'on peut en lire une multi- 
tude dans l'ouvrage de M. Andry; seulement nous rappelons 
la thériaque, si longtemps employée contre tous les venins , et 
nous nous bornerons à faire connaître la poudre de Julien 
Paulmier ou Palmarius , et celle de Tunquin. 

La poudre de Julien Paulmier , disciple de Fernel , est dé- 
crite dans le Codex ou la Pharmacopée de Paris (édition de 
1788 et antérieures), sous le nom de pulvis contra rabiem. 
Elle a été pendant très-longtemps en usage, et vantée parti- 
culièrement par JeanBauhin , Georges Blasius et P. Desault ; 
elle était également préservative et curativede la rage, « pourvu, 
disait-on , que les plaies faites par ranimai enragé ne fussent 
pas à des parties audessus de la bouche , et que la plaie n'eût 
pas été lavée avec de l'eau froide. » Ce remède était composé 
de la manière suivante : feuilles de rue, de verveine, desauge, 
de plantain, d'absinthe commune, de menthe , d'armoise, de 
mélisse, debétoine , de mille-pertuis , de petite centaurée et 
de polypode, parties égales, cueillies dans le temps delaplus 
grande végétation , et séchéesdans un lieu sec, a l'ombre, en- 
veloppées dans un papier. La dose était d'environ un gros par 



1^4 IiAG 

jour, trois heures avant de manger et à Jeun; on la donnait 
avec du sucre dans du vin , du cidre ou du bouillon , ou in- 
corporée dans du miel. Paulmier recommande aussi de laver 
la plaie deux ou trois fois par jour avec du vin ou de l'hydro- 
mel dans lequel on aura délayé un gros de poudre. M. Andiy 
rapporte en faveur de ce remède des observations tirées d'un 
Mémoire de Livré, médecin au Mans , et qui ne méritent au- 
cune importance. Les guérisons citées par le chanoine Boulard, 
le sémi-prébendé Pillon et le curé Lepage , qui ont pris pour 
la rage des symptômes nerveux produits par la crainte ou des 
maladies de diverse nature, ne doivent pas être non plus adop- 
tées aveuglément. 

La poudre de Tunquin ou de George Cobb, qui l'a appor- 
tée de la Chine, est composée de seize grains de musc, de 
vingt grains de cinabre artificiel , et d'autant de cinabre natu- 
rel. On la fait prendre , soit dans un verre d'eau-de-vie de riz, 
soit en opiat incorporé avec du miel ou du sirop ; on prétend 
qu'au bout de deux ou trois heures le malade éprouve un 
sommeil tranquille et une transpiration abondante. On répète 
le remède s'il ne produit pas cet effet la première fois/(-^o^«^ 
Mr-^-wxliyy-pîrg^-^ , Dissert, de antidoto novo ad- 

versus effectus morsûs rabidi canis, Tubing. , 1^50 )« 

Parmi les remèdes composés que nous pourrions ajouter à 
ceux-ci, il y en a deux dont nous devons cependant faire men- 
tion : celui composé de lichen cinereus terrestris et de pavot , 
qui a été vanté par Richard Méadj et celui de Tullin, dont 
la recette se lit dans l'Histoire de la société royale de médecine 
( vol. précité, pag. 22). L'expérience n'a pas plus proclamé 
leur utilité que celle des premiers. 

Tous les remèdes internes, ont dit MM. Enaux et Chaus- 
sier, vantés comme des spécifiques, et donnés aveuglément 
pour détruire ou chasser un reste de venin , sont au moins 
inutiles et ne méritent aucune confiance (p. 78). 

C. Traitement curatif. 

180. Le traitement curatif delà rage ne présente au méde- 
cin qu'un sujet tiisle de méditations. Nous avons cité les au- 
teurs célèbres qui pensent qu'elle ne guérit point, mais qu'on 
peut seulement empêcher son développement ( 122) , et qui, 
par conséquent, n'ajoutent aucune foi aux exemples de gué- 
îison épais dans plusieurs ouvrages. C'est aussi l'opinion à la- 
quelle nous sommes enclins; toutefois, nous allons indiquer 
les moyens principaux avec lesquels on a cru pouvoir guérir 
la rage déclarée. 

181. Les remèdes dont nous avons parlé comme préservatifs 
(depuis 1 5 i ) ont été' conseillés comme curalifs, à des doses 
plus fuites. Nous avons assez fait entendre que s'ils n'ont pas 



. RAG 12S 

la faculté de prévenir la rage, ils oui encore moins celle de la 
guérir. 

182. On a beaucoup loué depuis peu de temps la racine de 
fluteau ou plantain d'eau ( alisma plantago). L'un des rédac- 
teurs de cet article Ta employée sans avantage sur l'un de se3 
malades ; et nous savons que divers essais répétés en France et 
en Allemagne n'ont pas été plus heureux Voyez d'ailleurs 
l'article plantain d'eau (tom. ttili, pag. i35), qui renferme des 
détails que nous avons cru devoir supprimer dans celui-ci, et 
où Ton trouvera un fait de succès apparent de l'emploi de la 
plante. 

i83. Ou a conseillé d'après Celse, pour guérir la rage dé- 
clarée, V immersion dans Veau froide, de manière à surprendre 
le malade, et à lui plonger la tête dans l'eau à différentes re- 
prises. VanHelmont dit avoir été témoin d'une cure semblable 
sur un vieillard aux pieds duquel on avait attaché un poids, 
et qu'on jeta dans la mer du haut d'un vaisseau; on le retint 
sous l'eau pendant tout le temps nécessaire pour réciter le mi- 
serere, ensuite on le plongea de nouveau deux fois, et il fut 
guéri. Quelques médecins ont préféré à semblable immersiou 
celle dans l'eau tiède, ou même un bain dans l'huile chaude; 
mais beaucoup d'autres praticiens ont blâmé avec raison une 
méthode aussi perturbatrice, et qui n'a d'autre résultat que de 
rappeler les accès ou convulsions hydrophobiques et d'amener 
plutôt la mort (88). 

Ce que nous venons dtf dire s'applique entièrement aux as- 
persions d'eau froide , qui ont été quelquefois employées sur 
le corps dépouillé de vêtemeus, malgré que l'on cite l'exemple 
d'une guérison obtenue en jetant deux cents seaux d'eau sur 
un hydrophobe (Hist. de L'acad. des sciences, ann. 1699). 

t#4« L e vinaigre est au nombre dés remèdes auxquels on a 
accordé la vertu spécifique de guét'ir la rage. Ou peut voir 
dans M. Andry (pag. 232) combien sont illusoires les obser- 
vations de guérison qu'on dit avoir obtenue par ce moyen. 
Les journaux ont répété, il y a quelques années, qu'un homme 
enragé ayant par hasard avalé d'un seul trait une demi-bou- 
teille de vinaigre, fut sauvé. 

i85. On a cru, avons- nous dit ailleurs ( i43) que la mor- 
sure de la vipère pourrait préserver à jamais de La rage les per- 
sonnes qui s'y soumettraient. Les effets prompts et violens de 
cette morsure sur tout le corps, et plus encore peut être l'es- 
poir de neutraliser un virus par l'action d'un venin , ont fait 
penser aussi que ce moyen pourrait guérir de la rage. En con- 
séquence plusieurs expériences ont été faites, mais sans succès. 
Les frères Rcbière en ont communiqué à la société royale de 



126 RAG 

médecine trois observations {Hist. , pag. 210) ; Gilibert père, 
médecin de l'Hôtel Dieu de Lyon, en rapporte deux ( Adver- 
saria medico practica, pag. i5~j); le docteur Vîricel , ancien 
chirurgien-major du même hôpital , a fait mordre un enfant 
qui succomba également à la rage; enfin, quelques autres es- 
sais faits en Allemagne et en France, du moins ceux dont nous 
avons entendu parler , n'ont pas été plus heureux. 

Toutefois, nous avons lu dans plusieurs ouvrages, que le 
docteur do Mathiis, médecin de l'armée du roi de Naples, fit, 
en 1783, mordre à la gorge, par une vipère, un chien qui était 
attaqué de la rage. La tête du chien se tuméfia, l'hydrophobie 
cessa, et la guérison parfaite en fut la suite selon les uns, et 
selon les autres, le chien, qui but avec avidité une grande 
quantité d'eau dès que le gonflement de la tête fut considéra- 
bl< 




coi 

et que le veum de la vipi 

maladie quand elle est déclarée. 

i8(). Le docteur Rossi, de Turin, a voulu appliquer le 
galvanisme au traitement de la rage. Un homme qu'un chien 
enragé avait mordu au gros doigt, éprouvait depuis environ 
un mois de vives douleurs dans le bras et au dos; l'emploi du 
caustique supprima ces douleurs pour quelques jours, mais 
bientôt elles recommencèrent avec d'autres symptômes plus 
alarmans. Le malade frissonnait à l'aspect de l'eau ; il avait en- 
vie de mordre, et sa gorge était tellement enflammée, qu'il ne 
pouvait avaler les alimens solides. Le docteur Rossi le galva- 
nisa avec une pile de cinquante couples de disques, dont le 
bout de l'arc, qui communiquait avec l'appareil de Volta, 
fut introduit dans la bouche. Le jour d'après, lorsqu'on devait 
galvaniser de nouveau le malade, celui-ci vint lui-même an- 
noncer au médecin qu'il était guéri. Il y eut, quelques jours 
plus tard, une nouvelle atteinte de rage, mais le doct-ur Rossi 
en effaça toutes les traces en soumettant de nouveau le malade 
à l'action du galvauism</( Voyez M. Alibert , Nouveaux Ele- 
mens de thérapeutique , t. 11, p. 4 36 de la quatrième édition). 
Nous ferons une seule réflexion sur cette observation : nous n'y 
reconnaissons point les symptômes et la marche de la rage. 

187. On avait souvent employé la saignée comme auxiliaire, 
lorsque le pouls était élevé et les forces considérables; mais 
ce n'est que depuis quelques années que les méd' cin* l'ont 
considérée comme véritablement et exclusivement curâtive de 
la rage déclarée. Pourtant la saignée h défaillance ^ tant prônée, 
n'est pas un moyen nouveau : Boei haave recommande d'ouvrir 
largement la veine dans la rage, comme dans une foi te maladie 
inflammatoire, ad anitni dcliquium usque. Il donne à entendre 



R A G 1 27 

qu'avant lui cette méthode, dont Méad a aussi cru qu'on pou- 
vait tirer de l'avantage , a offert quelques exemples de succès. 

On peut lire dans l'Histoire de l'académie des sciences, pour 
l'année 1699 ( pag. f\ti) •> quelques observations qui semblent 
venir à l'appui du sentiment de Boerhaave et de Méad ; dans 
l'ancien Journal de médecine, et dans M. Andry, l'histoire 
d'une femme hydrophobe guérie par une blessure à une tempe, 
de laquelle le sang ruissela jusqu'à ce qu'elle fût tombée dans 
l'épuisement. Mais il y a d'autres fails plus circonstanciés et 
qui méritent bien que nous les rapportions. 

188. Le premier, celui qui a appelé particulièrement l'at- 
tention , a été publié par M. Jean Schoolbred , médecin de l'é- 
tablissement anglais du Bengale, dans une brochure intitulée : 
Case of hydrophobia successfully treated. L'auteur, ayant [\x 
dans la Gazette de Madras une observation de M. Tymon , dans 
laquelle celui-ci disait avoir guéri un hydrophobe par la sai- 
gnée, le mercure et l'opium, se détermina à adopter le même 
plan de traitement pour un homme qui ent ra^ le 5 mai 1812 , 
à l'hôpital indien de Calcutta. Le coT ps^EtiercIë cet homme^ 
mais surtout ses bras et sa gorge , épfouvaient des contractions 
spasmodiques continuelles ; à chaque inspiration les muscles 
de son visage étaient, agités par une convulsion rapide; sa tête 
était toujours en mouvement; ses yeux, engorgés de sang , 
semblaient poussés hors de l'orbite; ils étaient tantôt fixes , 
comme égarés , tantôt roulans. De la bouche , constamment ou- 
verte, découlait une salive visqueuse, dont le malade essayait 
de temps en temps de se débarrasser. Son cou était humecté 
d'une sueur gluante. Il haletait, plutôt qu'il ne respirait. Il se 
frappait la poitrine, en désignant le creux de l'estomac comme 
le siège d'une forte angoisse. Son pouls, très-difficile à juger 
à cause de l'agitation et des spasmes continuels, était tantôt 
presque imperceptible, quelquefois passablement lent et ré- 
gulier, et l'instant d'après , si vile qu'on ne pouvait en comp- 
ter les pulsations. La peau n'était pas chaude. Lorsqu'on ques- 
tionnait ce malade , il paraissait incapable de répondre. On lui 
présenta de l'eau; il fixa d'abord le verre, et après quelques 
combats visibles entre la volonté et la répugnance, il avança 
la main; mais avant qu'il eut atteint le verre, une convulsion 
ramena son bras en arrière : alors il se retourna et se jeta sur 
«on lit. 

M. Schoolbred ouvrit largement la veine du bras droit : le 
sang, dont la couleur était plutôt artérielle que veineuse , en 
jaillit avec impétuosité. Lorsque seize à vingt onces eurent 
coulé , les secousses spasmodiques du bras parurent notable- 
ment diminuées; la respiration citait plus calme, les traits 



i?8 ÎIAG 

moins tourmentés, et Ton pouvait enteudre le malade qui an- 
nonçait que sa douleur dans la région du cœur et de l'estomac 
était piesque dissipée. Encouragé par ce premier résultat , on 
laissa couler le sang, et lorsque le malade en eut perdu qua- 
rante onces, on lui présenta de l'eau. Cette l'ois il but avec 
calme et avec une apparence de plaisir inexprimable deux ou 
trois onces de celle eau, dont le seul aspect, quelques minutes 
auparavant, l'avait jelé dans les convulsions les plus ef- 
frayantes. Bientôt après il éprouva trois ou quatre nausées, 
mais il ne rendit rien que de la salive. Son pouls était alors à 
cent quatre pulsations , faible, souple et régulier. Il était prêt 
à tomber en défaillance; et comme les symptômes les plus pé- 
nibles avaient disparu, et qu'il venait d'avaler encore quatre 
onces d'eau, on ferma la veine. Il faut remarquer que, pen- 
dant la saignée, il indiqua par signes le besoin d'être éventé; 
désir bien éloigné de la sensation que produit ordinairement 
le mouvement de l'air sur les enragés, qui le îcdouteut pres- 
que autant que l'eau elle-même. 

Après la saignée, le malade demeura parfaitement tran- 
quille , et dormit environ une heure. A son réveil, il demauda 
du sorbet, et il en butquatre onces avec beaucoup de facilité. 
11 se rendormit, et il eut quelques convulsions dans les mem- 
bres , mais pas assez fortes pour l'éveiller. A son réveil, il pa- 
rut un peu agité; son regard était soupçonneux; lorsqu'il saisit 
la tasse qu'on lui présenta, il la porta brusquement à ses lè- 
vres , et se hâta d'avaler environ quatre onces d'eau, comme 
s'il craignait que la difficulté n'augmentât s'il différait; il se 
plaignit de recommencer à sentir de la douleur dans la région 
de l'estomac. Ces symptômes déterminèrent à hasarder une se- 
conde saignée. La veine du bras gauche fut ouverte, et on 
laissa couler le sang jusqu'à défaillance complette : il en sortit 
huit onces. Avant que la défaillance eut lieu, la douleur de 
l'estomac avait cessé, et le malade put boire quatre onces d'eau, 
sans crainte ni dégoût. 

En revenant à lui, il eut encore quelques nausées, mais il 
ne rendit que de la salive ; son pouls était a quatre-vingt-huit 
pulsations, régulier, doux et faible; il ne se plaignait que 
d'une grande faiblesse et de quelques vertiges. Ce jour et le 
lendemain, on lui fit prendre, de trois en trois heures, une 
pilule faite avec quatre grains de calomel et un grain d'o- 
pium. 

Le soir du second jour, il prit huit onces de sagou , et se 
trouva parfaitement calme. Il dit alors qu'il y avait dix- neuf 
jours qu'il avait été mordu à la jambe (où l'on voyait à l'en- 
droit désigné deux cicatrices, mais sans apparence d inflamma- 
tion ou dégonflement ) par un chien qui disparut après la axox- 



RAG 129 

sure, sans qu'on ait su ce que lui ni un autre homme qu'il 
mordit aussi , furent devenus. Le malade ne fit aucun remède ; 
la crainte de la rage ne s'était pas, disait-il, présentée à lui 
un seul instant. Il demeura en parfaite santé pendant dix-sept 
jours, à dater de la morsure. Alors il éprouva de la pesanteur 
et de l'assoupissement ; il perdit l'appétit; il craignait que les 
chiens , les chats et les chacals ne vinssent l'attaquer. Il 
éprouvait une sensation piquante à l'endroit de la morsure. Il 
continua toutefois son travail, qui consistait à porter de l'eau, 
jusqu'à ce qu'il ne lui fût plus possible de supporter la vue ni 
le contact de celle-ci. Ce fut alors qu'il pensa , pour la pre- 
mière fois, que son mal pourrait bien être la rage, et qu'il se 
persuada qu'il allait en mourir. Les symptômes augmentèrent 
d'intensité, surtout le lendemain, jour de son entrée à l'hos- 
pice. Il ne se rappelait distinctement rien de ce qui lui arriva 
dans cette seconde journée, pas même la seconde saignée qu'on 
lui avait faite#Les détails que nous venons de donner sont ex- 
traits du rapport lu à la séance ordinaire de la première classe 
de l'institut de France, le 6 septembre i8i3, imprimé dans la 
Bibliothèque britannique , et ensuite dans le Journal général 
de médecine , tom. li, pag. 368. fc 

Maintenant on se demande : était-ce bien une rage qui a été 
guérie? Nous n'oserions ni l'affirmer ni le nier. Ajoutez encore 
que rien ne démontre que le chien était enragé, bien que l'his- 
toire du malade ajoute que beaucoup de ces animaux étaient 
attaqués d'hydrophobie à la même époque. L'un des rédacteurs 
des Annales de littérature étrangère, le docteur Kluyskens , 
chirurgien en chef de l'hôpital de Gand , rapporte une autre 
observation de guérison de rage par la saignée à défaillance 
(vol. xvi, pag. 175). Mais si nous analysons cette observa- 
tion , que M. Kluyskens tenait d'un respectable praticien de la 
campagne, on n'y trouve pas, non plus, touchant l'espèce de 
la maladie , toute l'évidence désirable, et l'on peut croire qu'il 
y avait , au lieu de la rage véritable , une frénésie avec hydro- 
phobie symptomatique. 

189. On a encore cité plusieurs exemples de rage guérie par 
la saignée. Tel est celui publié par Christophe Nugent,et dont 
nous parlerons un peu plus loin ( 191). Nous savons qu'on en 
doit un au docteur Burlon de Philadelphie. En Angleterre, 
M. Edmonston a publié l'histoire d'un chien qu'on saigna dès 
les premiers symptômes, jusqu'à ce que l'animal affaibli tomba 
(Biblioth. me'd. , t. lviii , p. 121). En Allemagne, le docteur 
Goeden, de Lowcmberg en Silésie, a, rapporte-t-ou, traité 
dans l'espace d'un mois , quatre hydrophobies complètement 
développées par suite de la morsure d'animaux enragés. Des 
quatre malades , deux guérirent {ibid. 7 tojoa. lv, pag. 3g5). 
, 47« 9 



i3o B-AG 

11 est à remarquer , dans tous ces cas, que quoiqu'il faille , 
du moins il le semble, attribuer la guérison à la saignée pous- 
sée jusqu'à la syncope, ou a aussi administre des doses plus 
ou moins fortes de calomel, et même extérieurement des fric- 
tions inercuriclîes. 

Sans oser décider si, dans tous, il y avait, ou non, rage 
véritable, nous rappellerons que la nature des symptôme» in- 
diquait la saignée; et nous sommes assez portés a croire, avec 
M. Hufeland de Berlin , qu'elle doit être poussée jusqu'à la 
syncope , moins pour diminuer la masse du sang peut-être, que 
pour déterminer brusquement une révolution particulière, de 
laquelle dépendrait alors la cessation de la maladie (Biblioth. 
méd. , t. lv , p. 108). Nous croyons aussi , avec ce célèbre mé- 
decin , Boerhaave , M. Schoolbred , etc. , que c'est surtout dès 
le premier début des symptômes, que la saignée doit réussir. 
Plus tard , on ne peut plus en rien espérer; le délai de quel- 
ques heures peut avoir une conséquence fatale. ^J'est peut-être 
à cause de l'impossibilité de remplir la condition que nous re- 
gardons comme si nécessaire au succès, que des expériences 
faites à la Charité de Berlin ont échoué ; qu'une tentative faite 
par M.Smith, de Bristol , n'a pas été plus heureuse, etc. L'un 
de nous a employé la saignée à défaillance dès l'invasion delà 
rage ; la perte de sept livres de sang et trois syncopes n'ont pu 
ralentir, ni affaiblir la marche de la maladie. M. Gohier, pro- 
fesseur à l'école vétérinaire de Lyon, l'a employée, il parais- 
sait également à temps, sur trois chiens enragés, mais sans au- 
cun effet avantageux. 

iqo. La conclusion à tirer de tout ce que nous avons dit sur la 
saignée, c'est qu'il n'est pas prouvé que ce moyeu puisse guérir 
la rage déclarée , et que celle-ci et la frénésie présentant 
quelquefois une grande ressemblance, il serait utile de tracer 
d'une manière plus exacte qu'on ne l'a fait jusqu'ici les carac- 
tères distinctifs de ces maladies. 

191. Ceux qui ont considéré la ragecomme une maladie ner- 
veuse ont préconisé Y opium, le musc, Y alcali volatil , le cam- 
phre , Yasafœtida, le castoreum, etc. ; mais ces remèdes ont 
toujours paru sans effet, même dans un cas de guérison rap- 
porté par Nugent , et attribué par lui à de fortes doses de musc, 
de cinabre et d'opium. Son malade ayant été largement saigné 
et à plusieurs reprises, on peut croire, si c'était véritablement 
la rage dont il était attaqué , qu'il a plutôt dû sa guérison aux 
saignées abondantes qu'à l'opium, qui, selon Nugent, Mac- 
bride , etc. , est surtout le remède sur lequel on doit compter. 
Nous pensons qu'il en est de même de l'histoire rapportée par 
Jean Starr, de la suspension de l'hydrophobic observée chez 
un cheval, qui, devenu enragé à, la suite delà morsure d'un 



RAG !3 £ 

chien, fut copieusement saigné, et avala après un demi-gros 
de musc. Au bout de deux heures, cet animal but volontiers ; 
mais l'hydrophobie revint, et il n'en mourut pas moitié (Ilec. 
périod. d'obs. de méd. , etc., tome m, page iol\). Vaughan a 
une fois administré cinquante-sept grains d'opium pur dans 
l'intervalle de quatorze heures, et en outie une demi once de 
laudanum en lavement ( Cases and obs. on the hydrophobia ) : 
et Babington l'énorme quantité de cent quatre-vingts grains 
d'opium en onze heures sans aucune amélioration , ni sans 
même produire d'effet narcotique (31ed. records and resear- 
chesy p. 121 ). 

Le jour même que la rage fut bien déclarée chez un homme 
qui avait été mordu par un chien, M. le professeur Dupuy- 
iren injecta dans la veine saphène de cet homme, au moyen 
de la seringue d'Anel , d'abord deux grains d'opium gommeux 
dissous dans de l'eau distillée; puis, du calme paraissant en 
résulter, quatre grains du même opium dans la veine cépha- 
lique. Le malade resta encore trois heures dans le calme le 
plus parfait ; mais ensuite tous les symptômes revinrent avec 
une nouvelle intensité. Le lendemain matin, on introduisit de 
nouveau immédiatement dans le torrent de la circulation 
six à huit grains d'opium gomrneux dissous dans une once 
d'eau distillée. La mort n'en survint pas moins trois quarts 
d'heure après celle troisième injection {J r oyez. dans la Disser- 
tation inaugurale de M. Charles Busnoût, l'observation de 
Surlu ; Paris, îSizÇ 1 . 

Nous avons lu quelque part que M. Hufeland était parvenu 
à calmer les accidens de la rage déclarée, et à en relarder la 
funeste terminaison par l'emploi de la teinture anodine de 
Sydeuham, combinée a forte dose avec le vin. D'un autre 
côté, plus d'un praticien a enseigné que, 3 bièri qu'il semble 
d'abord que l'opium doive convenir dans la rage déclarée 
l'observation a appris cependant qu'il détruit l'iuitabililé de 
J'estomac, et amène souvent la mortification de ce viscère et 
des parties voisines. Nous pensons que ceux qui ont préconisé 
les bous effets de l'opium dans le traitement de la rage, ont plus 
d'une fois attribué au médicament ce qui n'était que l'effet de 
la maladie. 

Si quelque antispasmodique peut guérir la rage confirmée 
ou contribuer à sa guérison , on devrait essayer V acide pr us - 
sique. Mais est-ce un motif de croire, avec un médecin irlan- 
dais, qu'il faudrait peut-être porter la dose du remède jus- 
qu'à faire cesser tout de suite les fonctions du cerveau et de la 
moelle épinière? Dans ce cas, ajoute-t-il , « si la respiration 
était entretenue artificiellement, l'action du cœur continuerait, 
et par conséquent celle du système nerveux ganglionaire; la 

9* 



i32 RÀG 

vie serait maintenue par ce moyen jusqu'à ce que le poison 
qui produit la rage tût épuisé, et que l'animal recouvrât 
promptement la santé (page 122 et 12^ de son ouvrage). » 
Nous ne combattrons pas ce raisonnement, chacun en appré- 
ciera facilement la valeur. Quelques expériences faites sur des 
chiens par MM. Dupuytren , Magendie et Breschet , n'ont 
fourni aucun résultat avantageux de l'emploi des préparations 
de l'acide prussique ou hydro cyanique. 

192. Lt' oxyde de zinc, les émétiques, les sudorifiques, les diuré- 
tiques , les purgatifs drastiques y le nitrate d'argent cristallisé , 
l'arsenic, la lobelia inflata , etc. , pris intérieurement, de très- 
larges ve'sicatoires , des embrocations irritantes, etc. , ont été 
employés plus ou moins combinés entre eux et avec tous les 
moyens et les substances dont nous avons parlé (depuis i64) ; 
mais nous ne craignons pas d'affirmer, malgré les cas de guérison 
que l'on cite, que leur usage a toujours été au moins inutile. Tel 
est le jugement qu'il faut porter de tant de prétendus spécifi- 
ques : les guérisons prétendues n'appartiennent point à la rage, 
mais à celles d'autres maladies inflammatoires ou nerveuses, 
dissipées par les seuls efforts delà nature ou par les secours de 
l'art. 

193. Le spécifique de la rage ne nous est donc point encore 
accordé; sous ce rapport, la médecine en est au même point 
qu'au temps de l'illustre Boerhaave, et puisse être un jour jus- 
tifié ce passage de lui : Nec desperandum tamen, ob eaempla 
jaminaliis venenis constantia, de inveniendo hujus singularis 
'veneni antidoto singvlari [Aphor. wtyà). Sydenham avait 
fait un vœu pareil pour la petite vérole , et ce vœu est ac-5 
compli. 

194. Mais si , lorsque la rage est survenue, tous les remèdes 
échouent, on doit du moins empêcher tout ce qui tendrait à 
abréger la vie du malade ou à reudre ses derniers momens af- 
freux. C'est pourquoi on le placera dans un lieu obscur, on 
éloignera de lui toutes les causes qui pourraient exciter ses 
sens. S'il a des accès de fureur, on lui mettra une chemise de 
force, ou on le contiendra par des liens incapables de le bles- 
ser. Ou ne le forcera jamais de boire, de peur de rappeler les 
accès; mais s'il en demande dans des momens de calme, on 
lui en présentera dans un vase opaque, terminé par un goulot 
qui cache l'eau. Enfin , jusqu'à son dernier soupir, on lui don- 
nera tous les secouis qu'exige l'humanité. Ne fuyons pas son 
agonie : notre présence peut lui apporter encore quelque con- 
solation. C'est ici le plus pénible de nos devoirs ; mais que l'es- 
pérance de le faire servir à tranquilliser ceux qui entourent le 
malade, à dissiper toutes leurs craintes } nous donne la force 
de le remplir. 



195. Serait-ce être vraiment utile au malade que de pratiquer 
îa trachéotomie quand la suffocation devient imminente, afin 
de retarder la mort de quelques heures? Nous n'osons po«nt 
donner de conseil , et nous ne concevons pas comment sem- 
blable opération pourrait débarrasser les bronches du mucus 
qui les obstrue (de 126 à 129). Nous savons que le docteur 
Fhysick de Philadelphie, frappé de ce que la voix était comme 
dans un croup modéré, a proposé la trachéotomie pour faci- 
liter l'admission de l'air dans les poumons , et gagner ainsi 
du temps, et que Oldknow a une fois fait cette opération dans 
3e même but, mais sans qu'il en résultât un changement sen- 
sible ( Voyez M. Gillman , page 166). 

19;. Conclusion du paragraphe. Nous avons présenté la 
rage comme une maladie qu'il n'est possible de prévenir 
d'une manière certaine, qu'en détruisant ou en enlevant son 
germe ou virus déposé dans la plaie, au moyen de ia cauté- 
risation ou de l'ablation pratiquée dans les premiers instans 
après la morsure, ou lorsqu'il en est encore temps. Nous 
avons aus'à établi qu'il n'existe pas un exemple de guérison 
de la rage déclarée, si ce n'est peut-être quelquefois quand 
elie a été traitée dès l'apparition des premiers symptômes par 
les excessives saignées. Nous savons néanmoins que beaucoup 
de livres, et surtout les Mémoires de la société royale de mé- 
decine, font mention d'un grand nombre de guéiisons de la 
maladie confirmée; mais quand on a la patience de lire tous 
les faits rapportés avec détail, ou de consulter les sources, 
on n'en voit aucun qui porte ce cachet d'authenticité capable 
de faire cesser toute espèce de doute. 

( L.-R. VILLERMÉ et t. -F. TROLL1ET ) 

montisiànus (Marcus-AMonius), Quœsliones médicinales de cane rabido ; 
in-4°. Veneùis , i5q6. 

bon aventura. ( Fridencus ) , An homo ajjïci rahiepossit? Urbini, 1627. 

grewe , Dissertatio de rabie caninâ ; in-4°. Lugduni Balavorum , 1717. 

mjc.ent (ebristoph.), An essay on the hydrophobia; c'est-à-dire , Eàsai 
sur l'hydtophobie; 204 pages in-8°. Londres, 1 7 f> 3 . 

baumer (j. p.), Unlerricht wieman einen Mensclien , wie auch Thiere f 
so von einem tollen Hunde gebissen worden , auf eine vernuenftige 
und leichle Art heilen soll ; c'est-à-dire , Instruction sur une méthode 
raisonnable et facile de traiter l'homme et les animaux qui ont été mordus 
par un chien enragé; in~4°. Erfurt, 1765. 

delassone, Méthode éprouvée pour le traitement de la rage; in-4°. Paris, 
1776. 

Andry, Recherches sur la rage; in-8°. Paris, 1780. 

we7.ler (Franz-xaver), Unjehlbares Wehrmiltel gegen die Wuth und 
Wasserscheitywelche auf Bisse wuethender Thiere folgen; c'est-à- 
dire, Préservatif infaillible contre la rage et l'Iiy.lrophobie qui suivent la 
morsure des animaux enragés; in-8°. Friboui g, 1781. 

HOENCii (j. H. ), Kurze Anweisung wie die belladonna im lollen Uund- 
sbiss anzuwenden ist; c'est-à-dire, Instruction abrégée sur la manière 
d'employer la belladone dans La morsure des chiens enragés j in-8°. Goew 
tingue, 1783^ 



i34 RAG 

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mois sur la rage; ir>-8°. Munster, '784- 32 papes in-8°. Mu ris 1er, 1789. 

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tôlier Ttnere ; c'est-à-dire . Précis n'es connaissances les plus nécessaires 
sur le venin des animaux enragés- in-8°. Lerngo, 1787. 

SAder (carf- Friedrich), P^ersuch einer heuen Théorie der Wasserscheu ; 
c'est-à-dire, Essai d'une nouvelle théorie de la rage 5 208 pages in-8°. 
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sichérn Heilarl der Hundswuth ; c'est-à\<lirë, Indication pour mieux con- 
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die Hedungsart der Hundswuth; c'est-à-dire, Traité sur l'origine, les 
causes et la méthode enrative de la rage. Deuxième édition ; 79 pages in-8°. 
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Projets pour l'amélioration des lois de police, relatives aux moyens de pré- 
venir la rage des chiens; in-8°. Erlartg, » 798. 

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Tubingœ , 1802. 

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Hundswuth; c'est-à-dire, Avis sur les moyens de reconnaître et de guérir 
la rage; in-8°. Augsbonrg, i8o3. 

DEBRBZ (i-atd-Edme), Dissertation sur la rage; 20 pages in~4°. Paris, 1804. 
Huit observations pi optes à l'auteur. 

ziNKE (Goitfricd ), JVeue Ansichlen der Hundswuth , ilirer Ursachen und 
Jùj/gen; c'est-à-dire, Nouvelles considérations sur la rage, ses causes et ses 
suites; in-8°. Iéna, i8o4- 

hemon (jnseph-vieior-Auguste), Dissertation sur la rage; 34 pages in-4*. 
Paris, 1806. 

Huit observations compilées, dont cinq de rage spontanée. 

LiFscoMRE ( ceorges j, Cautions and rej 'le, nions on canine madness ; c'est-à- 
dire, Averlissemens et réflexions sur la rage canine; in-8°. Londres, 1807. 
*eîvi.»»ict ( Fraugott-wilhelin-oustav ) , Ideen zur Jiegruendung einer ratio— 
nalen Hedmelhode der Hundswuth; c'est-à-diie, Idées pour fonder un 
traiiemeul rationnel de I.» raye; 1 36 pages in-8°. Leipzig, 1808. 



RAI i35 

H arles (chrislian-Friedrich), Ucùer die liehandlung der Hundswuth, 
und insbesondere ueber die Tf^irksamkeit der Datura stramonium gegen 
dieselbe ; c'est-à-dire , Sur le traitement de ia rage, et particulièrement sur 
l'efficacité de la stramoine contre cette maladie ; 84 pages in-4°. Francfort, 
1809. 

lalouëjtte (j. Fr. Achille), Essai sur la rage, dans lequel on indique un trai- 
tement méthodique et raisonné pour la guérir lorsqu'elle est déclarée; 4°° 
pages in-8°. Paris, 1812. 

Ce traitement consiste à couvrir presque tout le corps du malade de vési- 
caloircs. 

botiquet-lagenèvre (h. g.), Dissertation sur la rage; i3 pages in-4°« 
Paris, 181 3. 

passow (c. g.), De nnnnullis morne nlis in hydrophobiœ cont agios rr prœ— 
dictione atcjue prophylaxi dubid maxime niten.de ndis ; in-^ . Rostochii , 
i8i3. 

o'jdonîjel, Cases of hydrophobia , witlt some observations on Oie nature 
and seat of ihe disease; c'est-à-dire, Cas d'hydrophobie, avec quelques 
observations sur la nature et le siège de la maladie; in -8°. Londres, iS 1 3. 

Il a trouvé non-seulement dans le pharynx, mais encore clans le cervearr, 
ainsi que dans l'estomac et les intestins , des places enflammées et gaugiénées. 

BTJSNOUT, Dissertation sur la rage; 45 pages in~4°. Paris, 1814. 

bill y (Félix- Marie), Dissertation sur la rage communiquée; i5 pages in— 4°. 
Paris, 1 8 1 4- 

bleynie ( j. b. ), Dissertation sur la roge; 26 pages in-4°. Paris, i8t5. 

«L'Btn (cari), Pruklische Abhandlung ueber die f^orbeugung und. Hei- 
ïung der Hundswuthi c'est-à-dire, Traité pratique sur les moyens de pré- 
venir et de guérir la rage; in- 8°. Vienne, 1818. 

Le principal moyen conseillé par le chirurgien Cuber est le meloe prosca- 
rabœus, ou le meloe maialis, réduit en poudre, et administré dans un 
opiat. 

Voyez, pour le complément de cette bibliographie, celle qui suit l'article 

HYDROPHORIE. (VAinY) 

RAIE, s. f . , linea. On donne parfois ce nom à la rainure 
ou ligne médiane qui sépare les deux portions latérales du 
corps humain. C'est ainsi qu'on dit la raie du dos , etc* 

On donne encore le nom de raie, leucoma, macula, à des 
taches allongées , blanches, de la cornée. Voyez albugo et 

LEUCOME. (F. V. M.) 

RAIFORT, s. m., raphanus. Dans les livres de matière 
médicale, on trouve désignées sous ce nom trois plantes de la 
famille naturelle des crucifères, et de la lélradynamic du sys- 
tème sexuel, mais qui appartiennent à trois genres différens. 
L'une est le raifort cultivé, qui, avec quelques autres es- 
pèces, constitue le genre raifort proprement dit, raphanus, 
Lin. ; l'autre est le raifort sauvage, qui est un cochlearia ; 
le troisième est le raifort d'eau, rangé autrefois parmi les si- 
symbrium , et rapporté maintenant aux myagrum. Nous allons 
faire succinctement l'histoire de ces trois plantes. 

Raifort des jardins, raifort des Parisiens, et encore radis 
noir, raphanus niger. Linné avait confondu cette plante avec 
son raphanus sativus , comme n'e>i étant qu'une simple variété j 
mais elle en dilfère sous trop de rapports pour n'être pas con - 
sidérée comme espèce distincte ; c'est ce qu'a fait M. Mérat 



i36 RAI 

dans sa Flore des enviions de Paris. Sa racine est tubéreuse; 
fusiforme , noire en dehors , blanche en dedans , grosse comme 
le bas du bras ou davantage; ses feuilles sont grandes, ronci- 
nées, découpe'es en lobes aigus et dentés en scie, ses fleurs 
sont purpurines, assez grandes, dispose'es en grappes au som- 
met de la tige et des rameaux. Il leur succède des siliques 
courtes, ventrues, à deux loges, contenant un petit nombre 
de graines. On cultive cette plante dans la jardins pour l'u- 
sage qu'on en fait comme aliment. 

Sa racine a une saveur acre et très-piquante; elle est forte- 
ment stimulante. On la sert souvent sur les tables, surtout en 
hiver, et on la mange au commencement du repas pour exci- 
ter l'appétit ; elle produit sous ce rapport à peu près les mêmes 
effets que la moutarde. On n'est pas dans l'usage de l'em- 
ployer en médecine , quoique , comme antiscorbutique , elle le 
cède à peu de plantes de sa classe. 

Raifort sauvage, cochlearia armoracia, Lin.; raphanus 
ruslicanus, Offic. Sa racine est cylindrique, allongée, blan- 
châtre; elle produit une tige droijLe, striée, rameuse, haute 
d'environ deux pieds, garnie à sa base de feuilles pétiolées, 
très-grandes , ovales-oblongues , et chargée dans sa longueur 
de feuilles beaucoup plus petites, sessiles, linéaires-lancéo- 
lées, dentées ou incisées. Ses fleurs sont blanches , assez pe- 
tites, disposées en plusieurs grappes à l'extrémité de la tige et 
des rameaux. Les fruits sont des silicules ovales, à deux loges, 
qui ne contiennent qu'un petit nombre de graines. Cette 
plante, qui fleurit en mai et juin, croît naturellement dans 
les prés et sur les bords des ruisseaux; elle est connue, selon 
les pays, sous différentes dénominations, comme les suivan- 
tes : cranson ou cran de Bretagne, cram des Anglais, cranson 
rustique, moutarde des Allemands, moutarde des capucins, 
moutardelle, grand raifort. 

La racine de raifort sauvage a, lorsqu'elle est fraîche, une 
odeur très-pénétrante qui monte fortement au nez, et qui ir- 
rite les yeux au point de provoquer des larmes; appliquée 
quelques instans sur l'organe du goût , elle y produit une im- 
pression acre, piquante et presque brûlante qui se fait long- 
temps sentir. Toutes ces qualités tiennent à un principe volatil 
qui se perd entièrement, ou dont la force est au moins beau- 
coup diminuée par la dessiccation ou par la décoction pro- 
longée; aussi celte racine, qui est la seule partie de la plante 
dont on fasse usage, ne s'empfoie-t-elle que fraîche, et le plus 
souvent en infusion aqueuse ou vineuse, plus rarement en na- 
ture , si ce n'est à l'extérieur. Celle infusion , dans laquelle on 
iait enlrer une à deux onces de la racine pour deux livres de 
liquide r a été quelquefois utile , d'après ie témoignage de di- 



RAI i37 

vers auteurs, dans les rhumatismes chroniques; plus souvent 
on l'a employée comme diurétique et fondante dans l'hydro- 
pisie 5 mais c'est surtout contre les affections scorbutiques que 
3e raifort sauvage a été le plus préconisé et qu'il est le plus 
employé. 

Râpée et appliquée extérieurement, cette racine rubéfie la 
peau , et l'on peut de cette manière la substituer aux sina- 
pismes ordinaires dans les circonstances où l'on manquerait 
de la substance propre à leur préparation. 

La racine de raifort sauvage entre dans la composition du 
vin et du sirop antiscorbutiques. On en préparait autrefois 
une eau distillée, que l'on donnait comme diurétique, et 
comme pouvant être utile contre la gravelle et le calcul delà 
vessie; mais cette eau est aujourd'hui tombée en désuétude; 
il en est de même d'un sirop fait à froid, que l'on prescrivait 
pour l'asthme et les catarrhes chroniques. 

Dans certains pays , on se sert de la racine de raifort sau- 
vage, râpée etréduiteen pulpe, pour assaisonner les viandes et 
exciter l'appétit, ainsi qu'on le fait plus communément avec 
la graine de moutarde préparée. 

Raifort d'eau ou raifort de marais , myagrum aquaticum , 
Lamk.; raphanus aquaticus , Offic. Sa tige est droite , striée , 
simple ou peu rameuse, garnie de feuilles alternes, oblongues, 
dentées ou pinnatifides; ses fleurs sont jaunes, assez petites, 
disposées en grappe au sommet de la tige ou des rameaux. 
Les fruits sont des silicules ovoïdes. Celle espèce n'est pas 
rare dans les lieux marécageux et sur les bords des rivières et 
des étangs. 

On a attribué au raifort d'eau les mêmes propriétés qu'aux 
deux espèces précédentes ; mais il ne mérite en aucune ma- 
nière de leur êlre comparé , parce qu'il est beaucoup moins 
actif. Les médecins n'en font plus aujourd'hui aucun usage. 

On peut manger au printemps les racines et les jeunes feuilles 
de cette plante, comme on fait du cresson de fontaine. 

(loiseleur-deslongchàmps et MARQUIS ) 

RAINCY (eau minérale de), château appelé autrefois Z£- 
vry le château , dans le bois de Bondi, près de Livry, à quatre 
lieues de Paris. La source minérale est froide; aujourd'hui elle 
est délaissée. 

notice sur les eaux de Raincy , par M. de Home (Hist. de la soc. royale de 
médecine, t. i, p. 33g). (m. p.) 

RAIPONCE, s. f., campanula rapuneulus, Lin., rapuncu- 
lus esculentus , Offic. Plante de la famille naturelle des cam- 
panulacées, et de la pentandrie monogynie du système sexuel , 
qui croît naturellement sur les bords des fossés, dans les prés, 
dans les champs ; et que Ton cultive dans les jardins potagers. 



i38 RAI 

Sa racine est oblongue, fusiforme, blanche; elle produit plu- 
sieurs fouilles ovalcs-oblongues , étalées en rosette, du milieu 
desquelles s'élève une tige d'un pied et demi à deux pieds, 
anguleuse, presque glabre, médiocrement garnie de feuilles 
lancéolées, sessiles,et terminée par une longue panicule res- 
serrée en grappe, dont les fleurs sont en cloche, bleues et 
quelquefois blanches. 

Cette plante passe pour apéritive et rafraîchissante; on lui 
a aussi attribue la propriété d'augmenter le lait des nourrices. 
Elle n'a jamais été très employée en médecine , et elle est au- 
jourd'hui entièrement hors d'usage. Comme aliment, on mange 
ses racines et ses jeunes feuilles en salade; quand elles sont 
tendres et fort jeunes, ces parties ont un goût agréable. 

(loiseleur-deslongchamps et marquis) 

RAISIN. Voyez vigne. (l.-deslongchamps) 

RAISIN DE RENARD. Voyez PARI5ETTE, t. XXX IX, p. 3o4« 

( L.-DESLONGCIIAMPS) 

RAISIN DES BOIS. Voyez AIRELLE MYRTILLE, t. I , p. 285. 

(l.-deslongchamps) 

raisin d'ours, busserole,ou encore uva ursi. Les feuilles, 
que l'on trouve ordinairement sous ces noms chez les pharma- 
maciens et les herboristes de Paris, ne sont en très -grande 
partie que des feuilles de l'airelle rouge {vacciniwn vilis 
zdœa y Lin. ), auxquelles les véritables feuilles à'uva ursi ne 
sont mêlées que dans la proportion d'un huitième ou d'un 
sixième tout au plus: au reste, Voyez busserole , t. ni,p.4o6. 

(l.-deslongchamps) 

RAISINE, s. m. : substance alimentaire préparée avec le 
moût de raisin, dont elle tire son nom, et quelques fruits 
doux, comme poires, pommes, coings, etc. 

Cet aliment peut être fait avec le moût du vin seul évaporé 
jusqu'en consistance de miel, c'est même là le véritable raisiné; 
mais dans cet état, cette espèce de rob est acre, parce qu'une 
grande portion du suc s'est carbonisée par la forte coction né- 
cessaire pour l'amener à la consistance convenable; d'ailleurs 
cette confiture ne laisserait pas que dedevenir chère , et c'est le 
plus souvent pour avoir un mets à bon marché qu'on prépare du 
raisiné. 

On ajoute ordinairement des fruits sucrés au moût de raisin 
dans la proportion de deux de moût pour une de fruit. Lors- 
qu'on fait le raisiné avec soin et qu'on désire qu'il soit délicat, 
c'est la poire de messire-Jean bien pelée et coupée par quai tiers 
qu'on emploie; si on veut un aliment moins tin , on met des 
poires communes. On ajoute quelquefois des aromates pour 
donner un goût plus agréable à cet aliment, comme l'écorce 
de citron, un peu de canelle, de macis, etc. 



RAI i3 9 

On fait des raisinés très-économiques dans quelques pro- 
vinces de Fiance , en mettant dans le moût au lieu de fruit des 
tranches de potiron qu'on fait bien cuire. Cet aliment est alors 
d'un goût fade, peu sucre 3 mais s'il est fait avec propreté et 
soin , il n'est pas malfaisant. Dans le midi ou ajoute dans le 
raisiné fait de cette sorte, ou avec des fruits, des herbes aro- 
matiques, comme Un peu de sauge, de lavande et force écorce 
de citron coupée par petits morceaux; ce qui fait sentir au 
composé l'onguent et le rend peu agréable au goût et à l'odo- 
rat. Cependant en général les raisinés du midi, faits avec soin, 
valent mieux que ceux du nord, parce que les fruits y sont 
plus sucrés et plus aromatiques. 

On vend par tonneaux à Paris, chez les épiciers, un raisiné 
grossier qui est fait avec du moût de cidre et des pommes com- 
mun<s. Cet aliment dont le peuple et suitout les enfans du 
peuple se nourrissent, coûte huit ou dix sous la livre, et est 
fort peu attrayant à la vue et au goût; il paraît confectionné 
sans soin et doit se moisir avec facilité. Si un pareii aliment, 
qui se prépare toujours dans le cuivre, y séjournait en refroi- 
dissant, il pourrait en résulter de graves inconvénieus. La po- 
lice devrait avoir le droit de visite et de dégustation sur de 
telles matières alimentaires, car il en résulte souvent des ac- 
cidens nombreux ; elle inspecte des choses qui importent sou- 
vent beaucoup moins à la santé publique, que certaines subs- 
tances nutritives dont ou fait un usage fréquent et journalier- 

Le raisiné bien fait est un mets sain et agréable; celui qui* 
est mal préparé et confectionné avec des matières grossières est 
un mauvais aliment comme nourriture, et peut causer des 
troubles de la digestion , des maux d'estomac , des vomissemens 
et même de véritables empoisonnemens s'il a refroidi dans les 
vaisseaux de cuivre où il a été fabriqué. (mérat) 

RAISON, s. f . , ratio, KoyoÇ, qui signifie aussi discours, 
parce que, selon les Grecs, parler c'était raisonner, bien que 
nous voyons beaucoup de gens parler sans raison aujour- 
d'hui; mais on supposait autrefois qu'il n'était permis dépar- 
ier qu'à ceux qui du moins ont le sens commun. 

Les animaux, disait-on, ne parlent point parce qu'ils man- 
quent de raison. Donnez la parole à un âne, et comme il n'a 
point de pensées dans la cervelle, il se taira prudemment , ne 
sachant que dire. Mais cette supposition n'est pas bien fondée, 
car l'on ne saurait refuser aux bêtes au moins quelques idées, 
et il est évident qu'il existe entre eux certain langage de signes, 
de cris et d'autres actions; ils peuvent donc avoir leur raison , 
puisqu'un chien sait bien ce qu'il fait lorsqu'il se cache de son 
maître pour dérober un morceau de chair. 

La raison est une conclusion juste qu'on tire de la compa- 



i/ f o RAI 

raison entre deux idées : c'est un jugement (Voyez cet article), 
comme le raisonnement consiste dans la faculté de produire 
ces jugemens. Or, de tous les animaux, l'homme est celui qui 
peut former le plus grand nombre de jugemens et les plus 
compliqués ou les plus abstraits. L'animal ne raisonne ou ne 
juge guère qu'entre des idées simples, d'objets matériels et 
tombant sous les sens; l'homme juge ou raisonne au contraire 
aussi avec des idées abstraites ou sur des jugemens complexes 
sans avoir besoin des objets matériels sous les yeux. Il se peut 
qu'un animal se forme l'idée d'un nombre quelconque; mais il 
ne paraît pas susceptible de le combiner, de le multiplier, de 
le diviser, etc., par le calcul. Un paysan sait assez quand il 
compte juste son revenu; mais Newton calcule la route para- 
bolique d'une comète et découvre le système de l'univers. Dans 
l'échelle de la raison humaine il existe ainsi un grand nombre 
de degrés : le premier touche immédiatement à la brute, puis 
vient l'idiot , l'enfant , et ainsi s'élève l'immense série des esprits 
jusqu'au plus sublime génie. (virey) 

RAISONNEMENT, s. m., ratiocinatio , Koyispoç. C'est 
i'éminenle faculté dont l'homme est doué pour régner sur tous 
les êtres de la création, et pour remplir les hautes destinées 
que la nature lui a confiées à la surface de ce globe, dont il est 
le maître et le roi. 

En effet, nous avons vu (article homme) que la nature nous 
créa plus faibles ou plus impuissans que les autres animaux à 
notre naissance; et que de cette infériorité même est sortie 
notre supériorité. Hors d'état de vivre seuls et abandonnés à 
notre débilité durant notre première enfance, il a fallu que la 
iamille restât unie autour de notre berceau : voilà dès-lors la 
société constituée par nécessité; car nous ne devenons robustes 
et libres avec l'Age, que pour nous rengager dans ces liens 
doux et pourtant impérieux qui rattachent le sexe le plus fort 
au plus faible et perpétuent la société. 

Mais s'il y a société, il y a langage quelconque par néces- 
sité, puisqu'on a besoin sans cesse de s'entrecommuniquer ses 
idées et ses sentimens. Les animaux sociaux, privés du lan- 
gage articulé, s'entendent néanmoins par le langage d'action, 
ainsi que le prouve le concours des travaux des fourmis , etc., 
pour édifier la cité, pour se défendre en commun, etc. 

La différence toutefois entre l'homme et les autres animaux 
résulte du don de l'instinct (Voyez cet article) pour guider 
ceux-ci, tandis que la raison distingue le premier être. Les 
bêtes étant naturellement créées pour remplir des fonctions li- 
mitées à leur propre espèce, n'avaient besoin que de savoir 
yeiller à leur conservation individuelle, et à la perpétuité de 
leur race. Or , la nature leur a donné une sorte d'espnl tout fait 



RAI i4r 

dès leur naissance , pour vaquer à leurs opérations .* ce sont des 
sortes de machines toutes montées pour exercer un certain 
nombre d'actions. Sans doute ces machines sont sensibles, elles 
ont une volonté propre, elles savent même se gouverner selon 
les occurrences; mais toutes ces opérations sont renfermées en 
une sphère peu étendue : les bêtes remplissent ainsi d'autant 
mieux leurs attributions, que celles-ci sont plus circonscrites, 
comme le prouve l'exemple des insectes, qui nes'écartent jamais 
de leur instinct natal, tandis que les animaux des classes su- 
périeures, destinés à jouer un plus grand rôle sur la terre, sont 
susceptibles de vaiier leurs opérations au besoin. 

Or, nous voyons que plus un animal est réduit naturelle- 
ment à des fonctions limitées, plus son instinct est précis, in- 
variable, fidèle à sa vocation j à mesure que ces fonctions se 
multiplient ou s'étendent , il a fallu que la nature accordât 
plus de latitude à la volonté propre de l'animal, afin qu'il 
pliât son instinct aux circonstances, ou qu'il variât ses actions 
suivant la nécessité. Par conséquent l'instinct diminua d'inten- 
sité et d'énergie, d'autant plus que l'animal acquérait de rai- 
sonnement et de volonté propre. 

Enfin, l'homme placé au sommet de la création, et dont îa 
puissance ainsi que les vues doivent s'étendre dans l'ample 
sein de la nature, l'homme devait avoir le moins d'instinct na- 
tif, mais le plus de raisonnement d'acquisition pour en tenir 
lieu. 

C'est que l'homme fait à lui - même sa règle et sa loi, parce 
qu'il est le roi et le souverain, tandis que les bêtes sont subor- 
données à leur constitution physique et comme garrottées par 
les chaînes de la nécessité. On voit par là que l'être le plus 
libre devait être le plus intelligent, car que ferait-on de sa li- 
berté sans les lumières qui nous montrent tous les chemins à 
parcourir, et tous ces vastes champs de la pensée que l'esprit 
mesure comme avec l'œil de l'aigle? 

L'instinct de l'animal en effet ne raisonne pas, c'est une sorte 
de besoin de faire telle chose, comme de manger, de sucer la 
mamelle, de se garantir du froid en se blottissant, de s'esqui- 
ver devant son ennemi, de quêter une proie, de chercher une 
femelle, toutes actions relatives à l'individu ou à son espèce- 
Le raisonnement chez l'homme, au contraire, peut être tout 
à fait abstrait des besoins personnels ou étranger aux individus 
et indifférent pour notre espèce, comme lorsqu'il s'agit de vé- 
rités mathématiques. Pudendum hoc, dit Pline, omnia anima* 
lia quœ sunt saluLaria ipds nosse , prœterhominem. Sans doute 
le moindre animal dans une prairie va distinguer la plante vé- 
néneuse de l'aliment salutaire qui peut le nourrir, et nous ac- 
cordons qu'il est honteux, à riaomjue de manquer de cet ins- 



14* RAI 

tinct; mais c'est pourtant la preuve de sa supériorité sur les 
bêtes. 

En effet, en mettant notre espèce dans l'obligation, de s'ins- 
truire sans cesse, la nature lui prépara les moyens de surmon- 
ter toutes les créatures. En vain l'éléphant, la baleine nous 
surpassent par l'énormité de leur taille et la vigueur de leurs 
membres, il faut qu'ils succombent sous la main redoutable de 
l'homme et sous la puissance de ses armes. Le moindre insecte 
est plus industrieux dès sa naissance qu'aucune autre créature 
dans son enfance ; cependant ce mécanisme admirable reste 
stérile dans l'individu, tandis que l'espèce humaine s'instruit 
progressivement à tisser la soie et l'or pour se vêtir des plus 
riches atours que jamais sut offrir la nature. 

C'est donc en nous privant de tout qu'elle nous a contraint à 
tout; mais pour cela elle nous a donné un rerveau pensant et 
des doigts capables d'exécuter les desseins de l'intelligence. 11 a 
fallu nous évertuer par nos propres efforts, et par là notre 
raison devient notre propriété, Je fruit des labeurs et d'une 
longue expérience; c'est un champ qu'il a fallu longtemps re^ 
tourner sous le soc de la charrue et ensemencer avant d'y 
moissonner. L'instinct de l'animal, au contraire, n'exige au- 
cune peine à acquérir , car il naît avec l'individu ; c'est une 
science infuse, immortel héritage qui se transmet avec la vie , 
quiéclôtdès l'œuf de l'insecte et de l'oiseau, qui se déploie même 
sans aucun secours des leçons maternelles. Voyez ce fourmilion 
sortir seul de son enveloppe; orphelin de tous ses païens, dé- 
laissé sur la terre , que va-t-il devenir ainsi livré , en naissant , 
à ses propres forces? Mais la nature est sa mère, elle veille 
sur le moindre insecte caché sous l'herbe, comme elle dirige la 
course des astre» dans les cieux. Bientôt ce chétif animal rem- 
pli d'une merveilleuse industrie , creuse son piége dans le sable 
mobile, et attend sa proie au fond de sa trémie ; il se nourrit , 
se transfotme, et transmet en mourant, à sa postérité qu'il ne 
verra point , le savoir inné, l'art étonnant qui l'a tait subsister 
et remplir ses destinées sur ce globe. 

11 en est tout autrement de l'homme. Cette créature, si or- 
gueilleuse de son savoir, naît dans la plus profonde et la plus 
crasse ignorance ou dans l'imbécillité la plus compiette. A peine 
l'enfantsail-il se remuer ; il périrait bientôt s'il était abandonné; 
il avalerait le poison comme l'aliment : incapable de tout, il 
faut que les soins d'une mère suppléent h tout pour lui ; long- 
temps il végète sans avoir l'intelligence de rien ; il se traîne 
pendant des années entières sur la terre, sans forcé, sans dé- 
iense; il n'a que des pleurs pour solliciter sans cesse les secours 
de la pitié : il lui faut construire par les fondemens le vaste 



RAI 143 

édifice de l'entendement humain, fût-il le fils du plus grand 
génie de la terre; chacun commence par a , b, c. 

C'est pourtant de cette source (pie doivent jaillir toutes les 
merveilles de l'intelligence. Sans doute nous avons en nous une 
étincelle cachée qui ne demande qu'à être excitée pourallumcr Je 
flambeau des plus brillantes connaissances - y mais cette excita- 
tion doit venir du dehors, tandis que l'instinct de l'animal émane 
du dedans et s'ouvre de lui-même. Si nous n'avions aucun or- 
gane des sens, ni yeux , ni oreilles , ni nez , ni goût, ni tact 
surtout, il nous serait impossible de connaître le monde exté- 
rieur qui nous environne. Nous serions réduits au pur senti- 
ment de notre existence (encore serait-il bien obscur) et à quel- 
ques mouvemens automatiques de l'organisation. Nous n'au- 
rions probablement aucune autre idée; il ferait nuit dans notre 
ame, et notre cerveau resterait endormi; mais aussitôt qu'on 
ouvrirait les fenêtres de quelques sens, comme la vue, le jour 
de la pensée commencerait à y luire. En effet, mille images 
viendront aussitôt se peindre dans notre esprit, chaque sens 
introduisant en notre cervelle les impressions ou les ébranle- 
mens particuliers qu'il reçoit de l'attouchement et du choc 
des objets qui nous entourent, il se forme un dépôt, un ma- 
gasin de ces impressions dans notre mémoire {Vojez cet ar- 
ticle). Celle-ci peut les conserver, les représenter au besoin, 
comme un registre plus ou moins fidèle, dans lequel s'ins- 
crivent tous les événemens de la vie. 

Les sensations ou les impressions faites sur les sens, en ar- 
rivant au cerveau par l'entremise des nerfs, sont élaborées 
en cet organe central, chef-lieu du gouvernement de toute 
la machine animale. Ces impressions , discernées les unes des 
autres , reçoivent le nom d'idées simples ou de notions pures 
des choses. Ce ne sont, à proprement parler, que les apparences 
des objets qui nous ont frappés, apparences relatives à notre 
manière de sentir, mais qui ne nous font pas toujours con- 
naître l'essence même de ces objets. Eu effet , telle personne 
trouve une saveur agréable dans un aliment qui répugne hor- 
riblement à une autre, car qui ne sait que certains animaux trou- 
vent une nourriture exquise dans les excrémens fétides d'autre* 
espèces? Or, qui a tort ou raison? Chaque animal , ou, pour 
mieux dire chaque genre d'organisation" sent, à sa manière , 
les mêmes objets, et en tire des idées ou des conclusions diffé- 
rentes, mais appropriées à la nature de l'individu qui les re- 
çoit. Nous ne pouvons donc pas nous vanter de connaître l'es- 
sence même des choses, mais bien leurs qualités relativement 
à notre organisme. Le monde peut être réellement fort diffé- 
rent de ce qu'il paraît à nos yeux: toutefois peu importe, puis- 
que nous pouvons raisonner juste dans notre système de sen- 



i44 RAi 

sations , quel qu'il soit , pourvu quetoutes ces sensations aient 
entre elles une exacte harmonie ou une parfaite correspon- 
dance. 

Ces sensations, transformées en ide'es dans le sensorium corn- 
mune, resteront-elles éparses et sans liens , comme des pierres 
d'attente , dans notre cerveau ? Ce serait l'état d'idiotisme ou 
d'incapacité de penser, dans lequel croupissent certains indi- 
vidus dont l'organe pensant n'a pas pu acquérir sans doute 
son complet développement ; mais les persounes qui jouissent 
de la plénitude de la raison ou du bon sens (et heureusement 
le plus grand nombre en est susceptible) , ont une faculté propre 
qu'on nomme jugement (Ployez cet article). C'est une puis- 
sance plus ou moins active et énergique du cerveau , selon les 
individus, pour comparer ensemble les idées simples ou les 
notions, et pour en marquer les ressemblances ou les diffé- 
rences. Ces idées jugées deviennent alors complexes et asso- 
ciées , et l'esprit en tire des conclusions plus élevées ou plus 
générales ( von/xemt des Grecs) qui ne sont déjà plus des objets 
purement sensibles. En effet , tel arbre ou tel homme individus 
sont des êtres qui frappent nos sens; mais si, de plusieurs arbres ou 
de plusieurs hommes comparés entre eux, j'en tire la notion 
générale oV arbre et dhomme , genres ou espèces, je ne les vois 
plus que dans leurs attributs communs. Si je compare ensuite 
l'homme et d'autres créatures vivantes, sensibles, locomobiles, 
j'en tirerai la notion plus universelle encore d'animal, comme 
en comparant l'arbre avec toutes les plantes, j'arriverai à l'idée 
du végétal. 

Or, ces idées de végétal, d'animal sont déjà de grandes 
abstractions qui ne représentent plus a notre esprit des images 
précisément déterminées qu'on puisse peindre aux yeux. Ce 
n'est plus qu'une élaboration spéciale d'une foule d'idées par- 
ticulières, desquelles on a extrait les qualités les plus univer- 
selles pour en composer un être idéal auquel on attache l'éti- 
quette d'un nom propre : c'est le total de toutes les sommes 
particulières ; mais pour arriver à ces idées abstraites, il faut 
sortir de la sphère de la bêle brute, qui ne peut connaître que 
des individus ou des objets tombant sous les sens. Une telle 
puissance n'appartient qu'à l'intelligence humaine; elle seule 
s'élève au-delà des bornes du physique $ elle crée la méta- 
physique* 

C'est par la même faculté de juger que nous rapprochons 
ensemble les idées les plus analogues entre elles dans la biblio- 
thèque de nos connaissances ou des acquisitions journalières 
que fait notre esprit : ainsi doit s'établir une méthode ou un 
classement d'objets similaires quand nous avons su digérer 
nos idées ^ ce qui fait que Tune peut rappeler l'autre par un 



RAI 145 

enchaînement naturel. Celte connexion aide et soutient la mé- 
moire, tandis que des idées détachées et entassées sans ordre, 
comme il arrive aux jeunes gens qui veulent tout apprendre 
à la fois, ne fournissent aucune suite aux réflexions, et font 
sautiller l'esprit d'un objet à toui. autre, qui n'offre pi us que 
des disparates. 

L'imagination est aussi cette faculté qui combine à son gré 
diverses images de mille objets pour en composer de nouveaux: 
êtres, comme les chimères, les centaures, etc. Elle puise ses 
traits et ses couleurs dans toute la nature; mais si elle n'est 
pas dirigée par le jugement, elle ne crée souvent que des 
monstres. Voyez imagination. 

Ces facultés, la mémoire qui recueille les sensations, le 
jugement qui les compare, Y imagination qui associe les idées 
et les images, offrent à notre esprit tous les moyens de former 
des raisonnemens ou le tissu complet du discours à l'aide de 
]a parole, soit articulée, soit fixée par l'écriture. La trame la 
plus solide du discours est le raisonnement ou le syllogisme et 
î'enthymème, pour en tirer des axiomes ou principes géné- 
raux , des preuves ou conclusions. 

Il appartient spécialement à la logique de classer les divers 
genres de raisonnemens et de preuves. Qu'il nous suffise de 
considérer combien l'invention et l'usage, en chaque langue ? 
d'idées abstraites, de termes généraux on collectifs, d'idées com- 
plexes, servent à nous élever à une grande hauteur de vues in- 
tellectuelles. Par exemple, les idées de l'éternité, de l'immen- 
sité, celles de Dieu présentent à notre esprit des profondeurs 
infinies qui semblent l'absorber : il arrive même que , dans 
des contemplations d'objets sublimes , toute la faculté de penser, 
concentrée dans l'organe intellectuel, abandonne, pour ainsi 
dire, le corps , ou déserte nos sens. On n'entend , on ne voit 
plus rien de ce qui nous environne ; on se trouve comme trans- 
porté dans des sphères inconnues ; l'ame semble voler au rai- 
lieu des astres , et rouler au milieu des abîmes. C'est alors 
qu'on doit la croire immatérielle et semblable à une de ces 
intelligences célestes qu'on se représente traversant en un clin 
dœil les espaces de l'empyrée, tandis que la brute, rampant 
sur le globe, se courbe vers sa pâture, et ne songe qu'à rem- 
plir ses besoins' ou subir ses voluptés grossières. 

Aussi l'animal aspire à la terre qui doit l'engloutir tout en- 
tier ; mais rhomme redresse vers les cieux , comme l'a dit uri 
poète, son front sublime, pour contempler son origine pre- 
mière et son dernier asile. « Je vois eufin que nous sommes 
endroit de monter sur ton dos , s'écriait un philosophe en 
considérant la petite cervelle d'un cheval proportionnellement 
à la taille de ce quadrupède, a 

47. 10 



!.{6 RAI 

D'ailleurs , la nature a soumis les bêtes aux appe'tits de leur 
ventre ; elle les fait vivre surtout par le corps ; leurs facultés de 
sensibilité, se distribuant dans les divers organes, s'y dissipent 
par une foule d'actions , s'épuisent par les parties sexuel les, ou, 
par l'estomac, dans la digestion ; parle cœur, dans les passions , 
les désirs, les colères et les craintes , et surtout par les sensations 
à mesure que les sens jouissent d'une plus grande énergie : de là 
vient que les animaux ont moins de cerveau, et les nerfs qui en 
émanent, ainsi que Jeurmoelle epinière, sont plus volumiueux 
à proportion que l'homme j donc les brutes vivent plus par 
le corps; l'homme au contraire par le cerveau, l'organe intel- 
lectuel. Dans l'animal, le front est reculé, le cerveau étroit j 
le museau se prolonge; les forces nerveuses, distribuées plus 
abondamment dans le corps, attribuent aux organes un ascen- 
dant irrésistible qui leur fait poursuivre avec ardeur les biens 
et les plaisirs corporels. En vivant par le corps, nous mou- 
rons par l'ame; et, pour vivre par l'aine, il faut mourir par 
le corps : aussi, perfectionnée surtout par l'éducation, chez 
l'homme, l'ame se relève y se retire vers le cerveau ; toute di- 
minution de nos facultés corporelles externes accumule le prin- 
cipe sensitif qui fortifie l'ame intellectuelle -, la privation des 
passions , des jouissances, comme des travaux et des douleurs 
du corps augmente l'esprit pur, la sagesse, la prudence ou les 
facultés du raisonnement, comme la concentration , l'isole- 
ment, la solitude, l'abnégation de soi-même, etc. : Pluribus 
inlentus , minor est ad singula sensus. Nous avons déjà traité 
de celte vérité aux articles esprit, génie , etc. 

Certes, si l'on ne peut pas dénier aux animaux les plus 
perfectionnés , tels que le chien , le singe , la faculté de sentir 
et celle de percevoir des impressions , d'avoir des idées, uns 
mémoire , une sorte de raisonnement sur Jes objets qui lom 
bent sous leurs sens , c'est étrangement ravaler l'homme que 
de l'assimiler aux bêles sous le rapport de l'intelligence. Quel 
animal a jamais su produire des démonstrations mathémati- 
ques , mesurer les profondeurs de l'algèbre , calculer les orbites 
et prédire les révolutions des astres , résoudre des problèmes 
de géométrie, d'astronomie; inventer, dans la mécanique, 
ces ingénieux inslrumens qui suppléent le travail humain ; 
pénétrer dans la philosophie, les sciences physiques; dé- 
couvrir les principes des corps et les lois de leurs actions 
mutuelles; dévoiler les mystères de l'organisation des êtres; 
s'enfoncer dans les labyrinthes d'une abstruse métaphysique, 
pour rechercher la nature de son être, son origine, «es desti- 
nées et sa fin? Quel le brute a jamais su cultiver les plus nobles 
art^ de la parole, l'éloquence, la poésie ou la musique, et les 
aunes ails imitateurs? Quelle pourra jamais élever l'édifice 



! 






R.u i; 7 

des sciences, une Encyclopédie de connaissances, telle que 
Ta tenté l'intelligence humaine? Cette force d'invention , qui 
caractérise le génie, est-elle un don que la nature ait rabaissé 
jusqu'à la bête ? Non sans doute. La nature a procuré aux ani- 
maux des vêtemens, une pâture ou une proie toutes prèles, 
des asiles sauvages appropries à leur constitution ; ils ont tout 
ce qui leur est nécessaire, et , par cette raison, ric,n ne les 
contraint de s'ingénier pour vivre; ils ne sortent point de la 
condition de stupidité qui leur est imposée, et dont leur front 
rabaissé, leur cerveau rétréci porte l'ineffaçable empreinte. 

Qu'on cesse donc , dans une ignoble philosophie , de char- 
ger d'humiliations l'être que la nature éleva sans contestation 
au premier rang sur ce giobe, en le douant de la lumière de 
l'intelligence et de la raison. Sans doute celle ci, pareille à la 
flamme, si elle éclaire, elle peut incendier, et trop souvent 
nous faisons un fatal usage de cette raison qui devait être notre 
guide dans les ténébreux sentiers de la vie. Nous l'avons em- 
ployée même à nousTmtre détruire dans des guerres atroces, et 
ces rois du globe, cette noble famille d'êtres les plus inlelli- 
gens entre tons les animaux, se traitent en frères à coups de 
canon sur les champs de bataille. L'homme joint même à la 
barbarie le ridicule de s'assassiner pour les plus étranges sot- 
tises , pour les arguties de Mahomet et de Fohi ; brillante pré- 
rogative de sou intelligence ! C'est elle qui décore du beau 
nom de martyr ce bonze qui perce sa verge d'un anneau , ou 
ce fakir qui fait vœu de vivre la tête en bas, ou cet anacho- 
rète qui passe cinquante années à jeûner dans un sépulcre, 
inutile à lui-même et au reste de la terre. Elle place dans les 
cieux, elle propose à l'admiration de la postérité ces œuvres 
de délire, ces outrages à la raison et à la nature ; elle s'enor- 
gueillit de ses folies j elle triomphe de ses pins monstrueuses 
inf.uuies,et la sublime raison consisle,seloncertaines croyances, 
à s'immoler entièrement sous le joug des plus absurdes mys- 
tères. Ce suicide moral est-il moins condamnable que celui 
du corps? Les débitans de poisons superstitieux et fanatiques, 
qui troublent l'intelligence des peuples, ne sont-ils pas aussi 
coupables que des drbilaus de droguesempoisonnées, d'opium 
et d'autres narcotiques non moins pernicieux? 

Suivre la raison, c'est suivie Dieu et la nature : Non aliud 
nalura, aliud sapientia dixit N'est-ce pas en effet cette na- 
ture qui dicte à tous les humains, sur ce globe, les lois éter- 
nelles de la morale, a Socrate comme a Confucius? N'est-ce 
pas elle qui montre partout les vérités incontestables des ma- 
thématiques, de la géométrie, au les rapports réels des 
choses? Sans doute, nous ne connaissons pas la vérité sur 
chaque objet j car lorsque uous ne tenons pas toutes les condi- 

10. 



i4tf RAI 

lions d'un problème difficile à résoudre , nous pouvons noua 
tromper dans nos jugemens; mais, pour être ignorée , la vérité 
existe-t-elle moins? Quelque génie plus habile, ou les décou- 
vertes qu'amène le temps, peuvent un jour la dévoiler. Tout 
ce qui s'opère dans le monde suppose toujours une raison suf- 
fisante pour cause efficiente de cette opération , au lieu que le 
hasard ne suppose aucun principe ; donc il n'en peut rien ré- 
sulter. Par exemple, certaines maladies semblent exiger un 
traitement médical peu rationnel et contraire aux principes 
généralement admis ; mais c'est que ces principes ne sont pas 
sans doute applicables en pareille circonstance , parce qu'il y 
a des apparences qui déçoivent, qui jettent dans l'embarra» 
les esprits les plus expérimentés. Dans ce cas, il faut recourir 
à de nouvelles observations, et ne point s'astreindre si sévè- 
rement aux règles que nous nous étions formées. Il n'y a nulle 
méthode si rigoureuse qui n'ait ses exceptions en quelque oc- 
casion , même pour la poésie, 

Qui de l'art même apprend à franchir ses limites. 

Par là se reconnaît la nécessité d'associer sans cesse la théorie 
ou le raisonnement à la pratique qui consiste dans l'expérience 
et l'observation. L'une et l'autre se rectifient mutuellement à 
l'aide de cette alliance qui fut de tout temps recommandée par 
les meilleurs esprits. Tout ce qui n'est établi en effet que sur le 
simple raisonnement ne mérite aucune confiance s'il n'est pas 
e'tayé par les faits les plus constans et les mieux avérés ; car quel 
homme voudrait confier sa santé, sa vie même à un raisonneur 
qui n'aurait, sur les maladies et les remèdes, d'autres notions 
que celles d'une vague théorie sans aucune preuve de pratique ? 
D'une autre part , qui peut s'abandonner aveuglément à un 
charlatan empirique qui débite son baume pour tous les maux 
également, et qui ne cherche qu'un vil lucre? Peu lui importe 
si l'on prend sa drogue a contre- temps. Qui ne sait pas que les 
meilleurs remèdes deviennent des poisons s'ils sont administrés 
sans prudence et sans opportunité ? Il faut donc de toute né- 
cessité faire usage de la raison , quoiqu'on vante sans cesse au- 
jourd'hui la médecine expérimentale. 

11 est certain que, depuis le renouvellement des sciences en 
Europe, la philosophie expérimentale, jointe à tout ce que 
le progrès naturel des événemens amène de nouveautés , a fait 
dominer l'empirisme, soit en médecine, soit dans les autres 
branches des connaissances humaines, et a fort décrédité le 
raisonnement. Il en résulte une sorte de tâtonnement d'aveu- 
gle et une routine d'imitation, toutes les fois qu'on ne tente 
point de nouvelles expériences. On se défie de tout ce qui est 
théorie, on ne veut recueillir que des faits j mais comme une 



HAI ifo 

foule de ces faits paraissent contradictoires , il en résulte une 
perplexité grande, ou plutôt chacun trouve moyen d'élayer 
ses opinions et sa pratique par des faits autorisés. N'a-t-on pas 
tour à tour admis, puis répudié la saignée, les purgatifs, la 
méthode stimulante ou échauffante , puis les moyens auti- 
phlogistiques et rafraîchissans dans les mêmes maladies , et 
semper benè , au dire de chaque auteur, partisan d'une mé- 
thode? S'il ne fallait que des faits pour établir la vérité d'une 
chose, le magnétisme animal n'offre-t-il pas un bien grand 
nombre de ces expériences plus ou moins attestées? En conclu- 
ra-t-on cependant l'existence d'un prétendu fluide qui traverse 
l'épaisseur des murailles, et même qui peut agir à de longues 
distances , comme l'affirment les magnétiseurs ? 

Il faut donc de la raison aussi pour considérer toutes les 
faces des objets et pour s'assurer si firmo stet sententia talo y 
si l'on n'a plus besoin d'yeux pour lire, mais si l'on peut le 
faire en appliquant les pages d'un livre sur l'épigastre, comme 
s'en vantent certaines femmes somnambules ; car enfin ne cile- 
<t-on pas aussi des expériences et des faits à ce sujet? Il ne leur 
manque, à la vérité, que la sanction d'une académie des 
sciences. 

JV'a-t-on pas soutenu pareillement qu'un doigt, qu'un nez, 
entièrement séparés du corps humain, mais réappliqués à 
leur place, chez divers individus, se sont parfaitement re- 
soudés et greffés? N'a-t-on pas rapporté des faits accompa- 
gnés de certificats? Les poudres d'Ailhaut et de Godernaux,etc, 
n'ont-elles pas été proclamées d'excellens spécifiques dans des. 
volumes entiers d'attestations de leurs effets? Pourquoi fait- 
on aujourd'hui à tant de merveilleux arcanes l'injure de les 
mépriser, eux qu'on a payés jadis au poids de l'or? 

Il est singulier de voir périr successivement tant de milliers 
de réputations dans la valeur des remèdes , dans celles des ex- 
périences en médecine, et seulement survivre quelques axiomes 
du vieil Hippocrate. 

Le dogmatisme en médecine a-t-il plus de stabilité que 
l'empirisme? On serait tenté de le croire, parce qu'une foule 
d'observations et de faits contradictoires viennent répandre le 
doute et l'incertitude sur ce qu'on croyait être le plus ferme- 
ment établi. Aussi Hippocrate et Galien , bien qu'ils aient 
fortement insisté sur l'expérience, n'en sont pas moins à la 
tête des raisonneurs en médecine, ou de la secte dogmatique ; 
tandis que Hérophile , Philinus de Cos , son disciple, et sur- 
tout Sérapion d'Alexandrie , qui voulurent s'appuyer unique- 
ment sur l'expérience (s^Teiftet) sans raisonnement, ne pa- 
raissent pas avoir fait faire cependant de grands progrès à \& 
science. Un fait n'est solide, quelque bien constaté qu'il U 



i5o RAI 

paraisse à nos sens, qu'autant que la raison peut le ratifier en 
quelque manière. En effot si la vraie raison n'est que le résul- 
tat naturel qui de'rive de l'usage et de l'expérience des choses, 
pour en former la connaissance, la raison juste ne sera en- 
core que de l'expérience acquise. Quoi! un médecin devra-t-il 
refuser à sa raison les conséquences qui résultent d'une mala- 
die pour les prévenir ? Devra-t-il , sous prétexte qu'il peut 
se tromper, s'abstenir de la recherche des causes et des prin- 
cipes d'un mal , d'en prévoir les suites , d'en augurer l'événe- 
ment? enfin des choses présentes ne devra-t-il tirer aucune 
conclusion sur le passé et sur l'avenir ? Personne n'oserait 
soutenir un tel système ; il faut donc de toute nécessité rai- 
sonner en médecine comme en toutes choses, mais ne raison- 
ner que d'après des expériences et des faits antérieurement ob- 
servés. 

Nous n'approuvons pas en effet qu'on vienne froidement 
élever une hypothèse gratuite pour expliquer, d'après des 
principes abstraits, les causes abstruses des maladies, mettre à 
contribution l'oxygène, l'hydrogène des modernes chimistes., 
ou disserter à perte-de vue sur l'incitabilité et d'autres facultés 
de nos organes. Toutes ces hypothèses ont passé, car la méde- 
cine , dit Baglivi , n'est pas seulement la fille du génie , elle est 
encore celle du temps et de la lente observation des siècles. 
Les hypothèses sont de beaux arbres qui jettent des rameaux 
-magnifiques, mais bientôt Ja sève de la vérité leur manque; 
ils jaunissent, se fanent sans porter de fruits: tandis que la 
vraie science, plantée dans un terrain riche en sucs d'expé- 
rience et d'observation, s'élève vigoureuse, saine, et porte les 
fruits les plus salutaires et les plus délicieux. 

Examinons les lois éternelles et admirables de la nature; 
suivons* les, méditons-les; c'est pétrir ensemble et incorporer 
la raison à l'expérience; car n'est-il pas extravagant de sépa- 
rer deux choses si nécessaires l'une à l'autre ? Jamais on ne 
saurait certains résultats sans le raisonnement, comme il serait 
impossible de connaître les faits exactement sans l'expérience 
ou l'observation. Voyez empirisme et dogmatisme. 

N'esl-on pas obligé quelquefois de se défier du jugement 
d'un ttès savant théoricien, plutôt que d'un esprit simple qui 
n'a que son bon sens naturel ? JX'a-l-on pas vu l'immensité des 
connaissances surcharger pour ainsi dire la raison, comme ces 
balances qu'un poids trop lourd empêche désormais de peser 
avec justesse. 

Pour trouver le vrai dans les choses morales, on n'a qu'à 
suivre le sentiment du cœur, à moins d'être dépravé ( ce qui 
heureusement ne peut se rencontrer que dans un petit noinhi'ç 



RAI i5i 

d'hommes) ; il nous fait connaître aussitôt qu'une action est 
bonne ou mauvaise. 

Pour trouver la vérité dans les sciences qui n'affectent que 
rintel licence pure , il faut suivre cette raison universelle du 
monde que les anciens disaient être ia voix même de la Di- 
vinité. 

Quand on mêle les passions à la faculté' intellectuelle, on 
trouble ou l'on fausse la raison j nous verrons pourtant cer- 
taines affections qui aiguisent ou qui avivent le raisonne- 
ment. 

Moins nous occupons l'esprit aux sensations des objets phy- 
siques, plus il se recueille dans le foyer intellectuel ; ainsi la 
série de nos raisonnemens est plus continue , la concaténation 
en est plus étroite dans le silence et l'obscurité, que dans le 
bruit et l'éclat du jour. Voyez solitude. 

Il y a dans l'esprit humain deux relations opposées, l'une 
qui ramène tous les objets à un centre d'unité ; l'autre qui 
écarte et sépare toutes choses. Dans la société une multitude 
de petites idées, de sensations variées nous frappent de tous 
côtés y l'une efface l'autre, de telle sorte que notre esprit ne se 
fixant sur aucune n'est plus capable d'application. 

Au contraire l'abstinence de tout ce qui peut dissiper la fa- 
culté de penser, comme la solitude , le repos resserre pour 
ainsi parler les nerfs de la méditation ; le sérieux ramasse la 
vigueur intellectuelle et tortille son ressort. Cette concentra- 
tion ne s'acquiert bien que dans la retraite. En tranchant tous, 
les liens qui nous attachaient à la société, nous donnons une 
assiette plus solide ou plus fixe à notre caractère. L'homme se 
remplit de lui-même, parce qu'il ramène en lui les forces de 
sa pensée.. 

- Ce n'est ni l'étendue , ni la multitude des connaissances qui 
donnent la mesure d'un esprit, bien que le raisonnement puisse 
y trouver de plus amples développemens. Chaque homme 
ayant une capacité d'intelligence, comme une capacité d'esto- 
mac, il ne lui est pas plus convenable de trop apprendre que 
de trop manger, et il y a des indigestions de science, comme il 
y en a de- nourriture. On compare ia polymathie ou le savoir 
surabondant à cet excès d'alimens qu'on est obligé de rejeter 
crus : tels sont les pedans qui , remplis ordinairement de ba- 
bil , étalent sans raison ni propos leur érudition ridicule. Tout 
apprendre à la fois est ne rien savoir, et plus on s'instruit,, 
plus on se trouve ignorant. C'est donc la science raisonnée et 
digérée qui est la vraie; c'est la seule établie dans ses prin- 
cipes et ses fondemens et de laquelle on puisse rendre compte^ 

Voyez ce paysan grossier et épais, dans son village , sous sa 
ku.tte de chaume j à peine il sait .répondre à vos questions j $. 



132 RAI 

peine il s'émeut de ce qu'il voit autour de lui. Transportez-le 
dan? une granîe ville, telle ([ue Londres ou Paris ; éveillez sa 
cupidité par le spectacle brillant du luxe eu lui entr'ouvratitles 
portes du temple de la fortune au moyen de quelque indus- 
trie; bientôt le lourdaud apathique va se déniaiser; il observe, 
il imite, il s'instruit., il apprend à raisonner, et au bout de six 
mois, ce n'est déjà plus le même homme : son intérêt lui 
dicte des réflexions et toi me son esprit avec une rapidité sur- 
prenante aans ses procès. De l'état de simple commis mar- 
chand , il peut s'élever un nouveau Colbert , qui fera fleurir le 
commercee d'industrie manufacturière d'un puissant royaume, 
et qui imposeia les tributs du luxe et des modes à tous les peu- 
ple- de l'Europe; tant le génie peut s'éveiller dans les âmes les 
plus simples par l'essor que lui donnent les passions! 

Quel est le Normand auquel un procès pour un mur mi- 
toyen n'ait pas rendu l'esprit plus rusé dans la chicane et l'in- 
trigue, ou n'ait pas fourni mille argumens nouveaux pour 
éviter une condamnation ? Payez grassement tel avocat dans 
une mauvaise cause, il torturera son espiitpour découvrir de 
rou veaux moyens de défense; il braillera pendant cinq heures 
dans un tribunal, entassant sophismes ?ur sophismes pour 
étonner son auditoire, entraîner ses juges dans un dédale de 
difficultés pt surprendre ainsi leur religion. 

Quoi qu'on prétende, il est donc manifeste que souvent des 
passions ou des intérêts peuvent éveiller le raisonnement, 
bien que ce soient en d'autres circonstances des causes d'aveu- 
glement. Il serait donc intéressant d'étudier quelles passions 
avivent l'intelligence. C'est généralement le désir', ainsi le 
désir de la science, celui de la fortune et des honneurs, celui 
des plaisirs mêmes peuvent solliciter l'esprit, lui faire décou- 
vrir tous les moyens d'obtenir l'objet qu'il se propose. Un 
degré modéré de crainte ou de défiance nous suggère égale- 
ment des réflexions de prudence et de prévoyance, toutes 
choses qui exercent beaucoup le raisonnement ou la faculté de 
juger et de conclure. Mais cette crainte, si elle est poussée 
au degré de la frayeur, précipite dans l'aveuglement le plus 
complet, puisque l'on voit l'homme et les animaux, dans le 
premier moment de Ja terreur, rester sans défense ou se jeter 
même au-devant du péril. 

L'ambition, autre sorte de désir violentée parvenir, est 
encore une source de perfectionnement pour la faculté de rai- 
sonner, et toutefois cette même passion égare par ses funestes 
excès les plus hautes intelligences. 

Mais le plus sot aveuglement est celui qui naît de l'amour 
forcené des richesses. Harpagon préfère de marier sa fille avec 
un vieillaid riche, plutôt qu'avec un jeune homme qu'elle 



RAI i53 

aime, et il donne pour raison përemptoire que le premier la 
prendra sans dot; ce mot lui suffit , il répond dans son esprit 
à toutes les difficultés. Sa lésinerie lui dérobe toutes les in- 
convenances d'une si ridicule union. Combien de gens se flat- 
tent aussi d'un espoir qui leur sourit et prétendent à des 
choses qu'il leur est impossible d'atteindre? Ainsi la vanité en- 
gage plusieurs personnes en des démarches honteuses ou basses 
que le simple bon sens désavoue et qui les couvrent souvent 
d'une sottise ineffaçable. Ainsi les prétentions de M. Jourdain 
à s'assimiler à la noblesse ont offert à Molière une source iné- 
puisable de ridicule. 

Si l'on veut voir jusqu'à quel degré de sottise et d'extrava- 
gance les passions dégradent la raison, que chacun regarde 
autour de soi dans les temps de troubles civils. Tel homme 
a passé jusqu'alors pour être rempli d'honneur, de probité , 
de générosité , chacun en faisait l'éloge; mais il a le malheur 
d'adopter une opinion contraire à la nôtre et à celle de nos 
amis; dès-lors c'est un scélérat indigne, sans justice, sans 
raison ; 

Qui n'a , scion Cotin , ni Diea, ni foi, ni loi. 

C'est un fait trop connu que quiconque ne nous admire pas , 
ou ne pense pas comme nous, est un homme à pendre. Com- 
ment peut on prendre une autre croyance politique ou reli- 
gieuse que la nôtre et avoir le sens commun? Ne sommes- 
nous pas la règle de tout ce qui est vrai, juste et raisonnable? 
L'amant s'étoune ou s'irrite , comme Don Quichotte , que l'on 
ne trouve pas sa Dulcinée aussi belle qu'elle le parait à ses 
yeux; de même hors de notre croyance il n'est point de salul. 
Combien de gens ressemblent à ce marquis ayant tort, et qui 
disait : Je ne veux pas qu'on me le prouve : il est en effet dan- 
gereux d'avoir raison contre son maître. Un vieux courtisan 
avertissait son fils d'avoir souvent tort avec le prince pour 
s'avancer plus rapidement à la cour. C'est que notre raison so 
déplaît d'être condamnée, surtout par celle de nos inférieurs. 
C'est la faculté qui supporte le plus impatiemment d'être hu- 
miliée, car c'est ôter l'esprit à quelqu'un que de lui montrer 
sa raison en faute. 

De là vient l'opiniâtreté diabolique des esprits débiles ; ja- 
mais ils ne veulent convenir de leur sottise, même lorsqu'elle 
est palpable. Comme ils sentent qu'on a le droit alors de les 
mépriser, ils se mettent en fureur et ne pardonnent jamais à 
qui pousse la cruauté jusqu'à les réduire à de ridicules ab- 
surdités. C'est par le même motif que chacun adhère tant a 
ses opinions et à ses jugemens, et qu'on n'aime pas être vaincu 
dans les choses qui tiennent au raisonnement , comme dans içs 



i54 RAI 

jeux de combinaison; au contraire les jeux de hasard, dans les- 
quels on est libre d'accuser le sort, causent moins de peine et 
d'humiliation. 

Il est donc bien manifeste que nous avons seuls raison, et 
que tous les autres ont tort ; qu'on ne doit nullement nous 
contredire ; que nous devons gouverner toutes les auires in- 
telligences ou les soumettre. Si vous ne montrez jamais à un 
enfant les bévues de son petit raisonnement, comme ont soin 
de s'en abstenir les complaisans flatteurs des grands , bientôt 
ce jeune téméraire traitera de sot et d'imbécille les esprits les 
plus profonds et les plus expérimentés; Sully paraît un 
vieux radoteur à la cour des jeunes seigneurs folâtres qui en- 
vironnaient Louis xiii. 

Ainsi l'amour-propre et une foule d'autres passions aveu- 
glent le raisonnement, tandis que l'intérêt, certain degré de 
malheur ou de misère et de crainte, peut au contraire dessiller 
les yeux de l'esprit , ainsi que nous le montrons à l'article 
des passions {Voyez cet article.) 

Mais par une réaction contraire chez des esprits calmes et 
rassis, on voit le raisonnement et la réflexion comprimer 
l'élan indiscret des passions et ramener l'équilibre ou la paix 
dans le cœur humain par un salutaire effort. C'est en cela que 
l'homme se dislingue de tous les animaux ; car ceux-ci se 
précipitent dans toutes les actions que suscitent leurs affec- 
tions de colère , d'amour, de vengeance ou de crainte, de dé- 
sespoir, etc. En effet , par la supériorité de sa raison , l'homme 
délibère prudemment, quelquefois du moins, avant de s'a- 
bandonner à ses premières impulsions. Le cardinal de Retz, 
alors coadjuteur, raconte qu'en passant de nuit dans un car- 
rosse avec le maréchal de Turenne sur une grande route, ils 
aperçurent de loin une longue file d'individus noirs qui, dans 
ces temps de troubles civils , pouvaient annoncer quelque 
bande d'ennemis et menacer leur vie. Le coadjuteur, jeune 
et ardent, saute hors de la voiture prêt à combattre l'épée à 
la main; tandis que le maréchal se tient coi dans l'intérieur 
du carrosse. Qui n'eût pensé alors que le guerrier se fût mon- 
tré moins courageux en celte occasion que l'ecclésiastique? 
Mais on ne pouvait mettre en doute la valeur d'un Turenne; 
et le coadjuteur, honteux de sa témérité, reconnut que 
c'était encore le meilleur moyen de défense en cas d'attaque 
que le grand capitaine avait choisi eu ne quillant pas la place. 
Au reste ces hommes noirs étaient des moines. Le vrai courage 
est accompagné du sang froid qui raisonne; tandis que L'im- 
pétuosité téméraire semble se jeter les yeux fermés dans le 
péril sans oser en calculer les chances. 

Le sang-froid calme, qui réfléchit au milieu des dangers, 
vicut donc de la supériorité de la puissance intellectuelle; 



RAI i$5 

c'est à l'aide de cette raison que l'homme exerce des actes de 
vertu , noble apanage de son espèce sur ce globe. C'est ainsi 
que la raison nous dicte de souffrir pour la justice et la vérité, 
de préférer Epictète, esclave malheureux , à Néron , tyran r 
sur le trône de l'univers; c'est-elle qui fait boire la ciguë à 
Socrate et à Pîiocion, et qui range toujours les cœurs géné- 
reux sous le parti qu'on opprime , par cet amour de l'ordre et 
de l'éternelle justice qui semble être la voix de la Divinité 
même. Mais la bête brute , comme les caractères bas et lâches, 
suivant leurs impulsions de voluptés, ou fuyant les douleurs, 
ainsi que l'enseigne l'épicuréisme , ne songent qu'à leur bien- 
être en ce monde j dans leur égoïsme infâme , ils verraient 
massacrer le genre humain sans souci , pourvu qu'ils fussent 
«xempts de tout mal. Tel était ce beau Troyen : 

Quid Paris"? ut salvus regnet, vwalque beatus 
Cogi posse negal 

Mais ils apprennent bientôt à leur dommage que tout le monde 
abandonne avec raison celui qui ne se soucie de personue, et 
que pour avoir le droit de réclamer des services , il en faut 
rendie aux autres. 

La raison a pareillement cet avantage inappréciable, quand 
elle est forte et exercée, de calmer le bouillonnement de nos 
passions, de maintenir, avec l'équilibre de la sagesse, celle 
de la santé, qui en est si souvent la conséquence. «Nous 
nous sommes promis de nous aimer tant que nous nous plai- 
rions l'un à l'autre, disait une femme au philosophe Fonte- 
nelle; je trouve quelqu'un qui me plait davantage, n'est-il 
pas juste que je le préfère, puisque de votre côté vous pou- 
vez faire de même? Vous avez raison, dit Fontenelle, et ils 
se quittèrent tranquillement. » C'est avec ce flegme que ce dis- 
cret et sage académicien parvint à l'âge de quatre-vingt-dix- 
neuf ans; toutefois avec un pareil caractère on ne met pas un 
excès de chaleur et de sentiment dans ses ouvrages; et Vol- 
taire envisageant la décadence des beaux-arts se plaint que : 
Le raisonner tristement s'accrédite. 

Il est vrai que la poésie, la musique, la peinture, l'art 
dramatique surtout vivent par les passions qu'elles conçoivent 
et qu'elles inspirent à leur tour. Rien n'est plus froid que le 
raisonnement tranquille; mais nous ne stipulons pas ici en. 
faveur des talens et du génie des beaux-arts ; nous nous occu- 
pons de l'art de rendre la vie longue et saine; chose tout à 
fait différente! La plupart des grands artistes, destinés à res- 
sentir ou retracer les fortes émotions, ne sont pas destinés à 
une tranquille et longue existence; l'imagination domine plus 
flans eux que la froide raison. 



i56 RAL 

Nous avons observé plusieurs hommes d'un âge très-avance', 
et nous avons aisément reconnu que le principe de leur santé 
ferme émanait surtout de cet esprit calme et peu sensible qui 
raisonnait surtout avec un flegme que les uns recommandent 
sous le titre honorable de philosophie, et que d'autres haïs- 
sent en le flétrissant du nom d'égoïsme ou d'insensibilité. II 
est sûr qu'avec une vive sensibilité d'entrailles on ne raisonne 
pas si impartialement qu'avec des entrailles sèches et dures. 
Mais la raison qui nous prescrit de modérer nos affections, ne 
prétend pas nous rendre atroces et sans compassion. Buona- 
parte prétendait que Y homme d'état doit mettre son cœur dans 
sa tête; avant de se passionner pour quelque chose , il faut 
voir si cela est utile ou nuisible à ses intérêts ; mais ce talent 
suprême du politique , ou si l'on veut ce stoïcisme rigide des 
âmes fortes renferme trop souvent des tourmens intérieurs qui 
crèvent le cœur par l'effort de la contrainte ; ce n'est suivre 
ni la voie de la nature ni celle du bonheur et de la longévité. 
Cette grande contention de tête, pour se maintenir dans une as- 
siette tranquille au dehors lorsque tout bouillonne au dedans, 
peut causer des anévrysmes, des maladies organiques du cœur 
et plusieurs affections spasmodiques ou nerveuses , comme on 
en a vu nombre d'exemples. La vraie force déraison cousine 
plutôt à se préparer de longue main à tous les événemens de la 
vie, afin de recevoir d'un œil indifférent et la gloire et l'igno- 
minie, et les trônes et les supplices. Voilà le vrai caractère 
d'un grand homme également prêt à subir tous les hasards de 
la fortune et à braver tous les maux de la nature , puisqu'aussi 
bien Je terme de tout est la mort. Voyez esfrit, jugement. 

(VIRET.) 

RALANT, adj., synonyme de râleux. Voyez ce mot. 

(m. c.) 

RALE, s. m., stertor : bruit qui a lieu dans la trachée-ar- 
tère, pendant le sommeil ou la veille , par le déplacement de 
matières muqueuses ou purulentes que produit l'air dans l'acte 
de la respiration, en causant plus ou moins de gêne dans le 
développement de la poitrine. Le ronflement diffère du râle, 
parce que le bruit qui le caractérise a lieu dans l'arrière- bouche 
ou les fosses nasales , et qu'il se passe seulement pendant le 
sommeil : le bruit du sifflement est causé par la compression 
de la trachée-artère ou par une affection spasmodique des voies 
aériennes. 

Le râle est un signe fort grave dans les maladies , en ce qu'il 
n'arrive que dans l'agonie de la plupart d'entre elles : aussi 
est-il regardé comme l'un de ceux qui annoncent le plus sûre- 
ment uue mort très-prochaine; il dénote l'accumulation de 
matières visqueuses dans la trachée-artère, avec impossibilité 



RAL i5 7 

«l'être rejetëes, et l'occlusion plus ou moins complette de ce 
conduit , qui bientôt ne va plus permettre le passage de l'air, 
sans lequel la vie cesse aussitôt. C'est le bruit qui résulte de 
l'espèce de lutte qui se passe entre l'air qui sort des poumons , 
et les viscosités qui les bouchent qui constitue le râle. 

On observe pourtant une espèce de râle moins fâcheuse que 
la précédente ; c'est celui qui a lieu dans quelques affections 
chroniques de la poitrine, surtout dans les catarrhales. On 
voit des individus qui ont la respiration plus ou moins 
bruyante,, sans que cela indique un état plus grave de leur 
maladie. Lesenfans ont assez fréquemment une espèce de râle 
causé par l'abondance des mucosités de la trachée , abondance 
que partage tout le système muqueux à cette époque de la vie, 
quoiqu'elle soit alors plus particulière au système digestif; 
tandis que ce sont les voies respiratoires qui l'acquièrent plu» 
volontiers dans la vieillesse. Au surplus , ce sont les symptômes 
concomitans qui indiquent la gravité du râle, et non ce phé- 
nomène considéré isolément. 

Le râle des agonisans se manifeste dans les inflammations 
des poumons plus tôt et plus particulièrement que dans aucune 
autre maladie. Il se montre quelquefois lorsque l'état du ma- 
lade pourrait encore offrir de la sécurité à des médecins peu 
expérimentés. Nous avons vu souvent notre illustre maître, 
le professeur Corvisart , prédire la .fin très-prochaine de cer- 
tains malades , d'après l'existence de ce seul phénomène , tandis 
que le bon état des facultés intellectuelles, et même de quel- 
ques autres symptômes de leur maladie ne semblaient pas in- 
diquer une terminaison si brusque, et la mort effectivement 
avait lieu au bout de quelques heures. Dans ce cas, les cra- 
chats sont presque toujours arrêtés ; la cessation de la vie ne 
manque pas d'arriver si l'expectoration ne se rétablit promp- 
temeut; le pouls, au surplus, coïncide avec cet état de la 
respiration, car il se rallentit à mesure que le râle augmente j 
ce qui n'a point lieu dans le râle chronique de certains indi- 
vidus, ni dans celui des enfans. C'est surtout dans le catarrhe 
suffocant qu'on observe le râle dans toute son intensité. Effec- 
tivement l'accumulation des viscosités est si prompte dans cette 
maladie qu'elle cause une sorte d'asphyxie. On observe encore 
le raie d'une manière très-marquée dans l'agonie des phthi- 
siques, des sujets affectés de maladies du cœur , de fièvres 
essentielles graves , ou dans les complications de ces lésions 
morbifiques. 

Le râle ne demande point de traitement particulier; il fau- 
drait pouvoir ôter les mucosités qui obstruent la trachée pour le 
faire cesser j on se borne donc à donner des cordiaux dans l'es- 



i5<3 RAL 

poir d'augmenter les forces décroissantes du malade, et de lui 
procurer les moyens de chasser par l'expectoration les viscosités 
qui le produisent. Les incisifs sont sans valeur chez un sujet 
agonisant-, c'est lorsqu'il y a encore quelque force qu'on peut en 
faire usage, autrement ils doivent être remplacés par désexcitais 
énergiques. On a souvent l'habitude alors d'appliquer un vé- 
sicaloire sur la poitrine; mais son action est le plus souvent 
nulle ,soit parce que la débilité du tissu cutané ne lui permet 
plus de la manifester, soit parce que la mort du sujet arrive avant 
qu'elle ait pu se développer. On fait encore , dans ce cas , res- 
pirer des gaz doués de plus ou moins d'énergie , et qui agissent 
immédiatement sur la trachée , tels sont ceux de l'éther, de 
l'ammoniaque liquide, etc. ; ils peuvent effectivement plus 
qu'aucun autre moyen produire une médication prompte et 
vive sur cette région ; mais l'enduit visqueux de la trachée et 
]a difficulté que ces gaz odorans trouvent h arriver jusque sur 
la surface propre du conduit aérien reud leur effet presque nul. 
On ne doit cependant pas négliger de les employer. 

M. le docteur Laenncc (De l'auscultation médiate , tom. il, 
pag. i), a donné au mot raie une extension plus grande que 
ne le font ordinairement les praticiens. Il entend parce mot 
tous les bruits produits par le passage de l'air, pendant l'acte 
respiratoire , à travers les liquides quelconques qui peuvent se 
trouver dans les bronches ou dans le tissu pulmonaire. 11 en 
distingue de quatre espèces : i°. le râle humide ou crépita- 
tion; 2°. le râlemuqueux ou gargouillement ; 3°. le râle sec , 
sonore, ou ronflement ; /\°. le râle sibilant sec , ou siflement. 
Ces espèces rentrent , à peu de choses près , comme on voit 
dans les phénomènes désignés par les trois mots de râle, de 
ronflement et de siflement admis jusqu'ici par les praticiens. 

i°. Le râle crépitant caractérise, suivant ce médecin , le pre- 
mier degrédelaperiptieumouie jila lieu surioul pendant l'ins- 
piration, et le bruit qu'il produit ressemble à celui du sel qui 
décrépite sur lescharbons , ou à celui que fait entendre un pou- 
mon sain que l'on presse entre les doigts ; mais il se rencontre 



aussi, un peu plus fort, dans l'œdème du poumon, quelque- 
lois dans l'hémoptysie , et jamais dans d'autres maladies. Ce 
râle ne s'entend point à l'oreille seule, et a besoin pour être 

eu du secours du pectoriloque. Voyez ce mot. 

*° Le râlemuqueux ou gargouillement est celui dont nous 
; parlé plus haut ; il est le seul que l'on puisse entendre a 



:e 
perçu du secours du pectoriloque. Voyez ce mot. 

avons parlé plus haut ; il est le seul que l'on puisse entendre a 
l'oreille. 

5°. Le râle sonore, sec, ou ronflement. 11 consiste en un son 
plus ou moins grave, quelquefois extrêmement bruyant, qui 
ressemble tantôt au ronflement d'un homme qui dort, tantôt 
au son que rend une corde de basse que l'on frotte , assez sou- 



R k h ï5q 

Vent au roucoulement de la tourterelle. Ce son paraît ne se 
passer que dans des tuyaux bronchiques d'un petit calibre , 
déformes , dilatc's ou rétrécis , ou dans des fistules pulmonai- 
res. Ce râle ne doit pas se confondre avec le ronflement guttu- 
ral dont nous avons parlé plus haut; celui-ci a lieu , comme 
nous l'avons avancé, dans l'arrière-bouche , et s'entend très- 
bien à l'oreille ; tandis que le râle sonore ne s'entend qu'avec 
le pectoriloque, et a lieu dans les radicules bronchiques. 

4°. Raie sibilant sec ou siflement; il ressemble tantôt à un petit 
siflement prolongé grave ou aigu , sourd ou assez sonore ; 
d'autres fois, au contraire, ce bruit est de très-courte durée, 
et ressemble au bruit des petits oiseaux, etc. Ces diverses es- 
pèces de râle sibilant existent souvent à la fois dans diverses 
parties du poumon, ou se succèdent dans le même point à des 
intervalles plus ou moins longs ; il paraît dû à une mucosité 
peu abondante , mais très-visqueuse, obstruant plus ou moins 
complètement les petites ramifications bronchiques. 

Toutes ces espèces de râle , à l'exception du n°. i , ne se 
perçoivent qu'à l'aide du pectoriloque, et ne peuvent, par 
conséquent, être d'aucunsecourspourlespraticiens dansledia- 
gnostic des maladies, puisque jusqu'ici du moins l'usage de cet 
instrument n'est connu que de quelques personnes. Nous négli- 
gerons donc d'indiquer quelques particularités relatives à ces 
râles qui nous paraissent bien difficiles à apprécier, et dont 
J'auteur fait mention , tom. n, pag. 5 et suivantes de l'ouvra ,T c 
que nous avons cité plus haut. 

Quant au râle ordiuaire que M. Laënnec appelle encore 
râle trachéal, lorsqu'on l'étudié avec le pectoriloque , on 
l'entend avec plus de force qu'avec l'oreille, surtout sous le 
sternum qui est le lieu sous lequel rampe la trachée. Il imite 
dit cet auteur , le roulement d'un tambour, ouïe bruit d'une 
voiture qui roule sur le pavé ; il est accompagné d'un frémis- 
sement qui indique sa proximité , et lors même qu'il est trop 
léger pour être entendu à l'oreille , le pectoriloque le fait per- 
cevoir d'une manière très distincte. (mérat) 

RALEMENT , s. m. , bruit produit par le râle. Voyez ce 
dernier mot. (f. v.m.) 

RA.LEUX, adj. jStertens , qui appartient ou qui ressemble 
au râle ou râlement. Ce mot ne s'emploie que pour exprimer 
le caractère de la respiration quand elle fait entendre une es- 
pèce de bruit assez semblable à celui de l'eau bouillante. En 
général , ce caractère de la respiration dans les maladies est 
toujours plus ou moins inquiétant. 11 faut cependant , pour en 
tirer un pronostic certain , avoir égard au genre de l'affection 
dans laquelle on le rencontre, ainsi qu'à la nature des symp- 



i6o RAM 

tôoiei dont il est accompagné. Voyez les mots râle, stertor, 
stertoreuoc. (m. g.) 

RAMEAU , s. m. , ramus : en anatomie on donne ce nom 
à la division des vaisseaux et des nerfs La ramification est une 
division durameauetlerfl/?2M5cw/ede la ramification. (m. p.) 

RAMEE (eaumine'rale de la) : hameau près de Pouzanges, 
à quatre lieues de Saint-Maurice- le=Girard ; la source est tiès- 
abondante; elle coule à travers des rochers de quartz , de si- 
lex et de pierre schisteuse. 

L'eau est claire, son goût est acidulé ; d'après l'analyse in- 
complète de M. Gallot , elle contient une terre absorbante , 
du muriate de soude et du sulfate de chaux. Cette eau est pur- 
gative, elle est employée comme telle dans le canton. 

asaltsr des eaux de La Ramée, etc. , par M. Gallot (Mém. de la soc. roy. 
de médecine, t. i, p. 4<>5). (m. p.) 

RAMEE (eau minérale de la) : château de la paroisse de 
"Verton, sur le bord de la rivière de Sèvres , à deux lieues de 
Nantes, trois de Clisson. La source minérale est près du châ- 
teau 5 elle est froide. MM. Boneix et Richard-Duplessis la di- 
sent ferrugineuse, (m. P.) 

RAMENTUM , s. m. , mot que l'on trouve dans les traduc- 
tions latines d'Hippocrate (Foës, etc.), comme synonyme 
de raclure , et qui est employé pour désigner les parcelles ou 
détritus qui s'échappent de la surface des membranes mu- 
queuses dans quelques maladies qui leur sont propres. On en 
observe dans les affections de l'estomac, de la vessie, et sur- 
tout dans celles des intestins. Il y a peu de dysenteries qui 
n'offrent des exemples de ce dernier genre de désorganisation 
de la muqueuse du tube intestinal , et dont on ne retrouve des 
traces suspendues dans le liquide excrémentitiel ; on les désigne 
sous le nom de lavure de chair. C'est le plus ordinairement 
dans les maladies inflammatoires qu'on observe cette lésion 
organique. ( F « *• "-•) 

RAMIFICATION, s. f. , ramificatio : on désigne ainsi la 
division des vaisseaux ou des nerfs qui sortent d'un tronc 
commun. C'est une chose bien importante en anatomie que 
l'étude des ramifications vasculaires : c'est d'après leur con- 
naissance précise que le chirurgien juge du plus ou moins 
de possibilité pour la conservation d'un membre soumis à l'o- 
pération de l'anévrysme. C'est encore la connaissance exacte 
des ramifications qui guide lechirurgien dans l'emploi de l'ins- 
trument tranchant , et lui fait éviter des vaisseaux dont la lé- 
sion pourrait compromettre la vie des malades , accident qui 
n'arrivera jamais à un homme instruit, à moins qu'il ne ren- 
contre un de ces cas malheureux qu'il n'est pas possible de pré* 
voir dans lesquels la nature 7 par un de ces caprices auxquels 






RAM tdi 

elle es* sujette , bouleverse son ordre accoutumé, et signale 
si fréquemment la carrière de ces routiniers , qui . sans aucune 
connaissance , osent porter l'instrument tranchant sur le corps 
humain. 

Dans les diverses névralgies , le caractère essentiel de la dou- 
leur est un ensemble de sentimens douloureux , qui , d'un 
centre unique, se portent dans des directions diverses, et for- 
ment des irradiations opposées. C'est par le moyen des rami- 
fications nerveuses que ce phénomène s'explique ; mais la con- 
naissance de ces ramifications ne sert pas seulement au dia- 
gnostic de la maladie , elle est de la plus haute importance 
pour le traitement , puisqu'elle fait connaîtrele lieu précis du. 
niai , et permet de faire cesser cette multitudede douleurs par 
la section du point qui en est le siège unique. 

La portion de la masse encéphalique à laquelle on a donné 
le nom d'arbre de vie est encore un exemple évident de ramifi- 
cation , comme on le voit parfaitement en ouvrant le cervelet 
clans toute sa longueur. ( R \ 

RAMOLLISSEMENT, s. m. , perte de la consistance natu- 
relle ou acquise des parties qui composent l'économie animale. 
Ce phénomène pathologique se rencontre très-fréquemment , 
ci il est peu de lésion organique où Ton n'ait occasion de l'ob- 
server ; il y en a même dont il est un des caractères essentiels. 

Le ramollissement se présente de deux manières fort dis- 
tinctes : ou il est le résultat de l'accumulation d'un liquide su- 
rabondant , d'une sorte d'infiltration des parties ; ou il est pro- 
duit par la fonte des tissus qui composent les divers oigai.es 
du corps humain. Le premier a surtout lieu dans les régions 
abondantes en tissu cellulaire, de consistance lâche , qui per- 
mettent une extensibilité facile (P r oj"ez infiltration); l'autre 
attaque plus volontiers les tissus consistans , solides , durs 
même. A proprement parjer, cette dernière manière d'être 
constitue le véritable ramollissement. 

Les muscles , les organes parenchymateux , le tissu cellu- 
laire , l'adipeux , etc. , sout fréquemment ramollis par des li- 
quides qui les abreuvent, qtii séjournent dans les mailles nom- 
breuses qui les composent, ety causent une sorte de macération: 
ces organes ont alors moins de consistance , cèdent plus faci- 
lement aux forces extensives , mais leur élément intégrant n'en 
éprouve pas de véritable fonte ; il est plus mou ; il a moins de 
sa consistance naturelle , mais il n 7 a rien perdu de ses molé- 
cules cofhposantes. 

Dans le ramollissement par fonte, au contraire , les liquides 
infilirans sont peu abondans ou nuls; par l'effet d'un travail 
intestin, le tissu des parties perd de sa densité naturelle, de- 
vient mou, puis presque liquide : il y a alors perte de l'élément 
47 il 



composant , qui s'échappe sous forme de de'tritus en mole» 
cules plus ou moins nombreuses, et qui ont perdu les caractères 
organiques qui leur sont propres. Ainsi on voit les cartilages , 
les fîbro-cartilages, les os, etc., perdre de leur dureté naturelle 
par l'effet de certaines maladies, se ramollir et fournir des sucs 
dépravés, cesser d'avoir leurs formes accoutumées, se tordre, 
et donner lieu à des courbures , a des vices de structure plus 
ou moins bizarres. 

Il y a un ordre de ramollissement différent des deux précé- 
deus, quoiqu'il appartienne au dernier par son mode de ter- 
minaison , c'est la fonte de ce qu'on appelle les tissus non ana- 
logues : ici le phénomène est forcé en quelque sorte. Une fois 
ces tissus créés , ils doivent nécessairement arriver au ramol- 
lissement : ainsi les tubercules, le cancer, la mélanose, etc. , 
parvenus à une certaine époque de leur existence, subiront un 
ramollissement indispensable, et perdront par la fonte de 
leurs tissus le volume qu'ils avaient acquis , en produisant des 
phénomènes divers et maintenant bien connus , et particuliè- 
rement des ulcérations , la fièvre hectique, etc. Voyez can- 
cer , ENCEPHALOÏDE , MELANOSE et TUBERCULE. 

11 ne faut point compter au nombre des ramollissemens la 
suppuration des parties , c'est un phénomène tout à fait à part, 
une fonction pathologique acquise : l'inflammation organise 
dans une région quelconque un appareil de suppuration dont 
il résulte un liquide particulier; mais s'il ne séjourne que pas- 
sagèrement, il n'altère point les organes environnans , ne les 
ramollit point , ne leur fait point perdre de leur substance ' 7 
s'il croupit, au contraire, dans des cavités profondes , sans 
issue , il infiltre alors les tissus , les ramollit , et leur fait su- 
bir un deliquium plus ou moins considérable , comme on a 
l'occasion de l'observer tous les jours dans les ouvertures de 
cadavre. Toutefois ce n'est jamais primitivement et par elle- 
même que la suppuration procure le ramollissement. 

Des tumeurs contre nature sont susceptibles de se ramollir 
et de perdre la consistance qu'elles avaient acquise morbifi- 
quement. Le plus ordinairement c'est la suppuration qui pro- 
duit ce ramollissement , d'autre?, fois c'est l'infiltration ; dans 
quelques circonstances, c'est pur l'effet d'une véritable fonte 
de leur tissu propre. Ges trois modes concourent au ramol- 
lissement suivant la composition de ces tissus, et selon qu'il 
y entre des tissus analogues ou non. Ainsi on voit des tumeurs 
composées, squirreusesouauLres, s'infiltrer dans leurs parties 
celluleuses , suppurer dans d'autres régions , et se fondre dans 
les portions tuberculeuses ou cancéreuses qui s'y remarquent. 
Lorsque ces tissus différeras sont U es -me les , la foute n'offre 






ïtAM i63 

plus rien de distinct , et il n'en resuite qu*un magma , un pu- 
tri la^e méconnaissable. 

La gangrène ramollit aussi les parties, mais le ramollissement 
n'a lieu qu'après les avoir préalablement frappées de mort, de 
sorte qu'on doit le regarder plutôt comme un véritable phéno- 
mène cadavérique, que comme se passant dans l'économie vi- 
vante. 

Comme accident morbifique , le ramollissement doit exciter 
tout notre intérêt. Nous remarquerons d'abord qu'il ne peut 
se manifester que dans des tissus» d'une certaine consistauce -, 
ceux trop mous ne peuvent se ramollir encore , et on observe 
rnèmequeles altérations qui s'y rencontrent tendent plutôt à 
les épaissir qu'à leur faire perdre de leur densité. Ce sont 
les os qui présentent les phénomènes du ramollissement de la 
manière la plus évidente (Voyez rachitis). On peut remar- 
quer que c'est surtout à l'époque où les parties ont moins de 
ténacité , plus d'élémens gélatineux, muqueux, que le ramol- 
lissement se manifeste de préférence : ainsi c'est, en général 
dans l'enfance ,ou au moins dans la jeunesse, que l'on voit ar- 
river le plus grand nombre des ramollissemens osseux , carti- 
lagineux. Celui des tissus mous paraît arriver plus volontiers 
h d'autres époques de la vie. Ainsi le rachitis et le scorbut 
qui est aux parties molles ce quel'autre est aux parties dures 
diffèrent en ce que l'un sévit avant la puberté, et l'autre après 
cette époque de la vie. Dans un âge plus avancé , on remarque 
beaucoup moins de ramollissemens. La vieillesse dessèche plus 
qu'elle ne ramollit. 

Une dernière manière d'envisager le ramollissement est de 
montrer que la nature se sert quelquefois de ce moyen pour 
obtenir certaines guérisons. Ainsi il arrive fréquemment qu'elle 
ramollit des tumeurs , des organes endurcis, pour procurer l'ab- 
sorption des élémens composans , et réduire à un volume in- 
signifiant des parties devenues trop volumineuses. La cicatrice 
qu'on observe parfois sur les tubercules , celle de quelques 
plaies cancéreuses, n'ont lieu qu'après le ramollissement de 
ces tissus. Un ulcère à bord calleux ne se guérira que par le 
ramollissement de ses bords; enfin, dans maintes occasions 
on voit les ressources que la nature tire de ce procédé de des- 
truction pour la conservation de la vie. (viéhat) 

RAMONEURS ( maladies des).. Les ramoneurs sont des en- 
fans savoyards ou auvergnats , qui se répandent tous les ans 
en France , pendant la saison des froids , pour ôter des chemi- 
nées la suie qui les engorge, et dont l'amas pourrait donner 
lieu à des incendies. On prend surtout des eufans pour ce tra- 
vail, parce que le moindre volume de leur corps facilite leirr 
passage dans les cheminées, outre que la flexibilité de leur» 

IX. 



i6{ RAM 

membres et leur agilité rendent leur ascension plus facile. Plus 
les ramoneurs sont jeunes, et mieux ils conviennent pour leur 
travail. 

On envoie ces enfans surtout dans les villes, où ils sont 
sous la conduite d'un chef, qui est chargé de les nourrir et de 
)es coucher, et a qui ils remettent une partie de ce qu'ils ga- 
gnent. Ils sont logés dans des greniers, le plus souvent cou- 
chés sur de la paille, au nombre de vingt ou trente par cham- 
brée, souffrant souvent de.la faim , lorsque la charité publique 
n'y supplée pas. Vers la moisson, ils regagnent leurs monta- 
gnes avec joie , portant à leurs parens un petit trésor de deux 
ou trois cents francs. 

L'opération du ramonage se fait, comme on sait, en grim- 
pant par le conduit étroit d'une cheminée , au moyen d'efforts 
continuels et en s'arqueboutant des genoux au sacrum; aussi 
les ramoneurs ont-ils ces deux parties garnies d'un cuir ou 
d'un morceau de chapeau pour diminuer un peu la compres- 
sion des chairs qui a lieu, te qui n'empêche pas que ces régions 
ne deviennent calleuses. J'ai même vu un ramoneur avoir une 
loupe sur le genou gauche, qu'il regardait comme due à sa 
profession. Ils s'aident aussi des coudes, des mains et de la 
tête, dans leurs efforts de grimpement; le plus difficile du 
métier de ramoneur est de monter, car ils descendent en se 
laissant couler, et en s'arrêtant un peu par la pression qu'ils 
font sur les parois de la cheminée, pour ne point glisser trop 
vite. Les efforts les plus marqués ont lieu entre le bas de la 
colonne vertébrale et les genoux, et portent par conséquent 
sur les fémurs, qu'ils doivent arquer dans leur longueur, sur- 
tout chez des sujets où ces os sont encore très-flexibles. Des 
fractures de ces os ne seraient pas impossibles chez des enfans 
faibles, et dont le corps serait lourd par suite d'une accumu- 
lation graisseuse ou charnue considérable. 

La posture des ramoneurs est parfois extrêmement gênée. 
Dans les grandes villes, on ménage le terrain autant que possi- 
ble , de sorte qu'on fait les cheminées d'une étroitesse remar- 
quable. On a calculé que sept à huit pouces suffisaient pour le 
passage d'un jeune enfant, de sorte que souvent on ne donne 
que ce diamètre a ces conduits. Si les ramoneurs ont la tête 
plus grosse, ou s'il y a de l'inégalité dans le tuyau, il arrive 
parfois qu'ils sout arrêtés par la tête, ce qui forme un vérita- 
ble enclavement. On a vu des enfans périr dans cette posi- 
tion, avant qu'on eût pu les secourir : on y parvient en leur 
descendant du haut de la cheminée une corde, qu'ils tiennent 
fortement par les bras placés au dessus de la tête; ce qui pro- 
tège celle-ci , et empêche qu'elle n'éprouve autant de frotte- 
ment, taudis qu'on les retire à force de bras. 

La substance dont on débarrasse les cheminées , la suie , est 



RAM i65 

par elle-même très-délétère ; c'est une matière saline très- 
amère , mêlée a du carbone , et dont l'action vomitive et forte- 
ment purgative est counue depuis longtemps; on en a même 
fait quelque emploi en médecine. Il y a une certaine poudre 
mystérieuse, connue sous le nom de poudre d'Ailhaud (et non 
Alliot, auteur d'une poudre arsenicale), dont maintes bonnes 
gens font un grand usage , et qui n'est , dit-on , que de la suie. 

Cette substance, respirée et avalée par les ramoneurs, pa- 
raîtrait devoir exercer sur eux une influence nuisible; ils en 
ont, en outre, la figure et tout le corps barbouillés , de sorte 
qu'il peut y en avoir aussi d'absorbée. Cependant, en général , 
ils n'en sont point incommodés, et ont un teint vermeil sous 
cette couche noire : la blancheur de leurs dents , qui est une 
chose bien connue , est , à la vérité , augmentée par le contraste 
de la couleur noire de la peau; mais elle est certainement pro- 
duite par le contact de la suie, dont l'action rongeante suffit 
pour détruire le tartre ou autres corps étrangers qui s'y atta- 
chent. H y a même des personnes qui ne prennent pas d'autre 
substance pour se nétoyer les dents que de la suie, malgré son 
amertume , et l'inconvénient qu'il pourrait y avoir à en avaler. 
Lorsque la suie a pénétré à l'intérieur en quantité plus consi- 
dérable qu'à l'ordinaire, les ramoneurs devraient en être indu- 
bitablement purgés, ou vomir; il paraît qu'ils s'habituent à l'ef- 
fet journalier et modéré de la suie, car tous ceux que j'ai con- 
sultés sur ce sujet m'ont répondu n'en point éprouver d'accidens, 
tant il est vrai qu'il ne faut pas toujours juger théoriquement 
des choses. Il est vrai qu'ils prennent la précaution de fermer 
la bouche et le nez dans les instans où cette substance vole en 
plus grande abondance que de coutume. 

Dans les momens d'incendie de cheminée, on se hâte d'y 
faire monter un ramoneur pour abattre les restes de suie en- 
flammés, et inspecter tous les points de ces conduits. Parfois 
la chaleur qui y reste est si grande, qu'on en a vu être brûlés 
aux endroits du corps qui servent au grinpement ; d'autres 
fois, il y reste des gaz délétères , ou de la fumée qui asphyxient 
ces petits malheureux , que l'appât d'un gain plus fort que de 
coutume avait engagés à monter avant le refroidissement du 
tuyau. 

11 est difficile, quelque conduite que l'on tienne, de parer à 
la plupart des accidens précédens. Une largeur suffisante dans 
les cheminées, et l'attention de n'y faire monter qu'après le re- 
froidissement, en cas d'incendie, sout les seules précautions qui 
pourraient faire éviter les principaux accidens, et qui doivent 
cire prises par les propriétaires ou par l'autorité. Ces précau- 
tions sont inutiles dans la plupart des campagnes, où les chemi- 
nées sont trop larges pour qu'un ramoneur puisse y monter , 



ifîG RAM 

car au-delà de quinze a dix-huit pouces, le corps d'un enfant 
ne peut plus s'arquebouter : de sorte qu'on ramone avec une 
chaîne, une corde à nœuds, ou un fagot d'épines, qu'on pro- 
mène eu sens contraire sur tous les points de la cheminée. 

Cancer des ramoneurs. M. Percivai Polt décrit une espèce 
de cancer du scrotum, qu'il a observé chez les ramoneurs an- 
glais. L'ulcère, dit- il, commence toujours à la partie infé- 
rieure du scrotum ; il est superficiel , mais douloureux et d'un 
mauvais aspect ; ses bords sont durs, élevés et dentelés j il 
gague le dartos, la tunique vaginale, puis le testicule, qui 
devient bientôt gros et dur, enfin les vaisseaux lymphati- 
ques et les organes abdominaux : dans ce dernier état, il ne 
tarde pas à faire périr le malade. 

On a attribué le cancer des ramoneurs à trois causes diffé- 
rentes : i°. à la présence de la suie dans les rides du scrotum j 
2°. à la nature de cette suie ; j°. a la compression des testi- 
cules pendant l'ascension dans les cheminées. La première 
cause paraîtrait assez rationnelle. Il est certain qu'un corps 
qui a autant d'action que la suie, pourrait, par une irritation 
continuelle , déterminer une plaie sur une partie où elle sé- 
journerait continuellement. Mais alors pourquoi serait - ce 
plus particulièrement au scrotum > partie couverte , et où la 
suie ne doit pénétrer que difficilement , que ce mal se déclare, 
tandis que le visage, par exemple, qui en reçoit continuellement, 
et est avec cette substance dans un contact continuel, n'en est 
jamais le siège? Il est doncjpeu probable que ce soit là la véri- 
table cause du cancer local qui attaque les ramoneurs. Relati- 
vement à la seconde, on a dit que la suie de charbon de terre, 
combustible le plus ordinaire de l'Angleterre, était la source 
de cette maladie. Mais, d'abord, nous observerons que cette 
suie est presque inerte , et n'est qu'une scorie ferrugineuse sans 
action; de sorte qu'elle serait infiniment moins dans le cas 
d'en produire, que celle de bois. M. Gosse fils, médecin qui 
s'occupe beaucoup des maladies des artisans , m'a assuré qu'on 
avait observé plusieurs cas analogues en Italie, pays où l'on 
ne brûle jamais de charbon de terre. Enfin, relativement à la 
compression des testicules par suite de l'élroitesse des chemi- 
nées anglaises , le même médecin, qui a visité l'Angleterre pour 
y étudier les maladies des ouviiers manufacturiers, dit qu'on 
ne peut attribuer ce cancer à cette circonstance, parce que [csi 
cheminées y sont plus larges que partout ailleurs. 

Il en résulte donc, que nous ne connaissons pas la véritable 
cause du cancer des ramoneurs. Pott dit que le seul moyeu 
d'arrêter les progrès de ce mal, c'est d'exciser de bonne heure 
la portion du scrotum qui en est affectée, et qu'assez souvent, 
en s'y ptciiauL ainsi , on réussit à le maîtriser, parce quo 7 de 



RAN 167 

tous les cancers , c'est celui qui offre le plus de chances de suc- 
cès. Si Ton diffère jusqu'à ce que le testicule soit attaqué, alors 
il faut faire la castration , opération dont le succès devient fort 
incertain. Plusieurs malades sur lesquels le chirurgien anglais 
l'avais pratiquée, ont d'abord paru bien guéris ; mais, au bout 
de quelques mois , ils se sont présentés au même hôpital où ils 
avaient été opérés, avec le même mal dans l'autre testicule, 
ayant de plus tous les symptômes de la cachexie cancéreuse. 

Il y a lieu de croire que le cancer dont nous venons de 
parler est une maladie réelle ; mais nous devons avouer qu'elle 
doit être fort rare. Aucun praticien ne l'a signalée, à ma con- 
naissance, en France, et je ne vois pas qu'aucun auteur, 
autre que Percival Polt, en ait jamais parlé. M. Bayle , 
qui avait tant étudié tout ce qui est relatif au caucer avoue 
( Voyez cancer , tom. m, pag. 583) ne l'avoir jamais ob- 
servée en France, supposé, dit-il, quelle y existe. Il se pour- 
rait que plusieurs cancers du scrotum se fussent présentés 
en assez peu de temps au chirurgien anglais, sur des ramo- 
neurs, pour lui faire admettre l'existence de cette maladie 
chez cette classe d'individus j mais il se pourrait aussi que celte 
rencontre fût l'effet du hasard. 

La profession de ramoneur est au surplus des plus pénibles , 
autant à cause du genre de travail auquel il faut se livrer, que 
par les privations que ces pauvres enfans sont obligés de sup- 
porter. La plupart intéressent par leur gentillesse et leur gaîlé, 
sous leurs vêtemens noirs et délabrés. C'est d'eux que Voltaire 
a dit : 

.Ces honnêtes enfans, 

Qui de Savoie arrivent tous les ans, 
Et dont la main légèrement essaie 
Ces longs canaux engorgés par la suie. 

(mérat) 
RAMPANT, adj. , repens ,reptans. On applique ce nom a 
la position de certaines parties appliquées sur une surface; on 
dit qu'un vaisseau rampe sur une membrane , etc. 

On donne le nom de bandage rampant a celui qui , com- 
posé d'une simple bande, et appliqué sur une partie arrondie du 
corps y trace des circonvolutions en spirale, qui laissent entre 
elles des espaces découverts. ( m. g ) 

RAMPE DU LIMAÇON , s. f. , de repto ou repo, je rampe. 
On donne ce nom à chacune des deux moitiés de la cavité du 
eonduit osseux qui enveloppe le noyau du limaçon, et qui 
fait autour de lui deux tours et demi de spirale. Voyez oreille, 
tom. xxxvm, pag. 19. (m. p.) 

RANGE, adj. , rancidus : se dit de toutes les substances 
grasses et huileuses qui 7 par l'effet du temps ou leur exposition 



i68 RAN 

à une chaleur prolongée, acquièrent un goût acre et fort qui 
les met hors d'étal de pouvoir servir à leurs usages ordinaires. 
C'est surtout au contact de l'air, dont elles absorbent l'oxy- 
gène, que ce phénomène est dû. 

L'usage des substances devenues rances n'est pas seulement 
désagréable, il peut encore donner lieu à des incommodités 
plus ou moins pénibles, telles que des aigreurs d'estomac, 
de l'œsophage et de la gorge, et même au pyrosis, si l'on en a 
fait une grande consommation. Ces substances ont une action 
vraiement irritante sur les muqueuses des voies digestives. 
Cette inflammation se combat par l'emploi des mucilagineux 
et par la diète lactée et végétale fraîche. Elle cède bientôt à 
l'administration d'un bon régime. 

La plupart des pommades et des onguens dont on se sert en 
chirurgie , ayant pour base des substances graisseuses, on doit 
veiller rigoureusement à ce qu'elles n'aient point passé à l'état 
de rancidité, parce que l'effet qu'elles produiraient alors se- 
rait souvent contraire à celui que l'on désire. Il en est de même 
de toutes les potions et boissons quelconques, dans lesquelles 
entrent des substances huileuses: elles doivent toujours être 
nouvelles, car, dans le cas contraire, loin d'être avantageuses, 
elles deviendraient essentiellement nuisibles. (r.) 

RANCIDITE, s. f. , ranciditas ; qualité de ce qui est rance : 
altération partirulière aux substances graisseuses et huileuses. 
Quesnay , dans sa Dissertation sur les vices des humeurs , im- 
primée à la tête du premier tome de l'académie royale de chi- 
rurgie , fait jouer un grand rôle à la rancidité des humeurs, 
dans la production des maladies; mais il faut convenir que 
tout ce qu'il dit à ce sujet n'est que conjectural et hypothé- 
tique, et que rien ne tend même à faire croire à la rancidité de 
nos fluides. On est autorisé à regarder toutes les explications 
données par Quesnay comme surannées et entachées d'un hu- 
morisme outré, et qui, aux yeux des hommes raisonnables, 
et même les plus systématiques, ne saurait être admissible. 

FojeZBANCE. (r,) 

RANÇON (eaux minérales de), hameau à trois quarts de 
lieue de Caudebec. 11 y a trois sources d'eaux minérales; elles 
sont froides. Leur nature paraît être ferrugineuse acidulé. 
M. Lepecq les croit efficaces dans les obstructions des glandes 
lymphatiques, les pâles couleurs, les flueurs blanches, la fai- 
blesse , la trop grande sensibilité de l'estomac et la paralysie; 
il rapporte la guérison de deux paralysies opérées par ces 
eaux , prises au bain marie. 

Collection d'observations sur les maladies et consritntions épidémiques, j 
M. Lepecq de la Clôture; 2 vol. in-4 . Rouen, 1778. (m. p.; 

RiUNES (eaux minérales de) , bourg de la contrée de Séez , a 



RAN 169 

trois lieues d'Argentan, six de Falaise. Il y a deux sources 
d'eaux minérales; elles sont froides. M. Bouffey soupçonne 
qu'elles contiennent du carbonate de fer. 

collection d'observations sur les maladies et constitutions épidémiques, par 
M. Lepecq de la Clôture; a vol. in-4% Rouen, 1778. (m. p.) 

RANINE, adj. et s. f. , derana, grenouille. Lorsque Par- 
tère linguale est parvenue à la partie inférieure de la langue 
et près de sa base, elle change de direction, devient horizon- 
tale, prend le nom de ranine , et s'avance entre legénio-glosse 
et le lingual, jusqu'à la pointe de la langue, où elle finit en 
s'anastomosant par arcade sur le bord des génio-glosses avec 
la ranine opposée. Cette artère peut être blessée lors de la sec- 
tion du filet de la langue. Voyez lingual, t. xxvm, p. 282. 

(m., p.) 

RANULE, s. f . , en grec ^aipef^oç, en latin ranula. Les 
médecins et les chirurgiens français donnent le nom de ranu/e, 
de grenouille tte à une tumeur molle, blanchâtre, un peu trans- 
parente, oblongue, ordinairement indolente, située sous la 
langue, près de son ligament antérieur. Cette tumeur, plus ou 
moins volumineuse, est formée par la rétention et par l'accu- 
mulation de la salive dans les conduits excréteurs des glandes 
sous-maxillaires, et quelquefois dans celui de la glande sub- 
linguale. Les parois de ces conduits sont susceptibles d'acqué- 
rir alors une très-grande dilatation; ils contiennent un liquide 
glaireux, albumineux, concrescible; la présence de ce liquide 
ainsi accumulé sous la langue rend la parole difficile, gêne 
quelquefois la mastication , même, dans certains cas , la dé- 
glutition, etc. , etc. 

Je me suis déjà occupé de cette maladie ( Voyez grenouil- 
lette, t. xix de ce dictionaire). Je n'ai rien à ajouter ici à son 
histoire, c'est-à-dire à rémunération des causes , au diagnostic 
et au pronostic de la ranule; il n'en est pas de même de son 
traitement, sur lequel il m'est permis d'offrir aujourd'hui de 
nouvelles considérations : depuis la publication de mon tra- 
vail; M. le docteur Breschet, chef des travaux anatomiques à 
la faculté de médecine de Paris, a donné, dans un recueil 
justement estimé {Journal universel des sciences médicales , 
décembre 1817), la description d'un nouveau moyen proposé 
et employé par M. le professeur Dupuytren pour la guérison 
de la ranule. Je m'empresse de le consigner dans cet ouvrage, 
qui a pour but de faire connaître l'état actuel de la médecine 
et de la chirurgie en France. 

« Les indications curatives que présente la ranule, et qui 
se réduisent à faire cesser les incommodités et les accidens 
produits par le développement de la tumeur, à pratiquer une 
issue au liquide qu'elle contient , à s'opposer à 1 occlusion de 



ï;o RAN" 

celte ouverture , et par conséquent au retour de la maladie; 
ces indications , dis- je, ont été connues de la plupart des 
praticiens qui ont écrit sur cette matière ; mais aucun n'a tou- 
ché au but , en employant un moyen simple dans son exécu- 
tion et sûr dans ses effets. Toutes les méthodes usitées, telles que 
la ponction , secondée par l'usage des mèches, des tentes, des 
bougies, des fils de plomb, l'emploi du séton, l'incision, l'ex- 
cision d'une partie des parois de la tumeur, la cautérisa- 
tion, etc., etc., sont plus ou moins défectueuses, soit par 
leurs difficultés, par la frayeur ou la douleur qu'elles causent 
aux malades, soit surtout parce qu'elles ne produisent qu'une 
cure momentanée , et que la maladie reparaît après un cer- 
tain laps de temps. En effet l'ouverture faite à la tumueur par 
une simple incision, même par l'excision ou par la cautérisa- 
tion, se cicatrise et s'oblitère trop souvent. Le nécessaire , l'im- 
portant est de s'opposer à celte oblitération , et conséquem- 
ment à la récidive de la maladie : c'est ce moyen que M. le 
professeur Dupuytren a trouvé et a eu l'occasion d'employer 
plusieurs fois avec succès. Je vais le faire connaître. 

« Ce célèbre chirurgien pense que le moyen le plus sûr 
d'obtenir la guérison radicale de la grehouillette est de main- 
tenir constamment l'ouverture faite à la tumeur, à l'aide d'un 
corps étranger introduit et laissé à demeure dans le kyste. 
Pour parvenir à ce but, il a fait faire un petit instrument en 
argent , composé d'un cylindre creux, par lequel doit s'écouler 
la salive. Ce cylindre a quatre lignes dans sa longueur, et 
deux environ dans son diamètre ; il est terminé à chacune de 
ses extrémités par une petite plaque ovoïde, légèrement con- 
cave sur sa face libre , convexe sur sa face adhérente au cylin- 
dre et regardant celle de l'autre extrémité. L'une de ces petites 
plaques doit se trouver placée dans l'intérieur de la poche, 
et l'autre correspondre au dehors, c'est-à-dire dans la cavité 
de la bouche. Pour donner une idée de ce petit instrument, 
nous ie comparerons à ces boutons à deux têtes retenues en- 
semble par une tige intermédiaire, dont les gens de la campa- 
gne se servent encore pour attacher quelques parties de leurs 
vêtcmens. 

« M. Dupuytren se servit pour la première fois de cet ins- 
trument sur le nommé Duchâteau-Brunaud , âgé de vingt- 
qualreaus, d'une petite stature, d'un tempérament bilieux. 
Cet individu portait sous la langue, depuis plusieurs mois, 
une petite tumeur qui s'était accrue lentement , sans douleur, 
mais qui gênait beaucoup les mouvemens de cet organe et la 
déglutition. Désirant être débarrassé de cette maladie, il entra 
à i'Hôtcl-Dieu. On voyait sur un côté du frein de la langue 
une tumeur oblongue, demi-opaque, affectant la direction du 



RAN 17c 

canal de Warthon, et qu'on reconnut dépendre delà dilata- 
tion du conduit excréteur de la glande sous-maxillaire. M. Du- 
puytren pratiqua l'opération de la manière suivante : Une 
ouverture fut faite à la petite poche avec des ciseaux courbés 
sur le plat . il s'en écoula une liqueur limpide, inodore, vis- 
queuse et filante. L'opérateur saisit l'instrument avec des pin- 
ces à disséquer et l'introduisit dans la cavité de la tumeur 
par l'ouverture qui y était pratiquée , de manière à ce que 
l'une des plaques fût libre dans la bouche. Dès ce moment la 
tumeur diminua de volume, s'affaissa de plus en plus, et, 
quinze jours après l'opération, le malade, parfaitement guéri, 
sortit de l'hôpital; il pouvait parler, manger, en un mot faire 
exécuter à la langue tous les mouvemens possibles sans éprou- 
ver aucune gêne. 

« Cependant , M. Dupuytren ayant reconnu que cet instru- 
ment offrait de légères imperfections, il y porta quelques 
changemens : il vît que le canal du cylindre était inutile, 
parce que la salive peut passer tout aussi bien entre les lèvres 
de l'ouverture pratiquée et la circonférence du C3 r lindre ; de 
plus, les alimens s'amassant dans le canal du cylindre, l'obs- 
truent et finissent par l'oblitérer. La petite plaque située àl'exté- 
rieur était trop large, son bord relevé excitait la face inférieure 
de la langue qui portait continuellement dessus.Ces raisonsfirent 
subir à l'instrument les modifications suivantes : le bord des 
plaques fut recourbé en sens contraire, de manière que leur 
concavité se regardât ; on diminua leur largeur, et de rondes 
qu'elles étaient on les rendit elliptiques j enfin on diminua 
également la grosseur ainsi que l'étendue du cylindre , ce qui 
porta ses dimensions à trois lignes de longueur sur une ou une 
et demie degrosseur. Cet instrument peut être fait en argent , en 
or ou en platine ; ce dernier métal paraît le plus convenable , 
parce qu'il se laisse moins facilement attaquer et altérer par 
les fluides animaux. 

« M. Dupuytren a obtenu , avec ce petit instrument ainsi 
confectionné , un succès constant. Plusieurs observations de 
ranule, recueillies avec soin par des élèves recommandables 
par leur instruction , attestent que les cas où il a employé ce 
moyen sont déjà très-nombreux. Je ne citerai ici que celle qui 
a été publiée tout récemment par cet habile chirurgien , dans 
la séance delà société de médecine, du 3 février 1820 : M. Du- 
puytren a présenté à l'examen des membres de cette société 
une jeune femme à laquelle il a fait l'opération dite de la 
grenouillette, et chez laquelle, dans l'intention d'obvier à la 
reproduction de la tumeur salivaire, il a introduit dans l'ou- 
verture pratiquée un double bouton métallique , dont les dis- 
ques ou plaques, de forme ovale , sont réunis par une courte 



172 RAN 

tige cylindrique. L'une des plaques reste en dedans de la tu> 
meur , l'autre en dehors, et la tige est retenue dans l'ouver- 
ture restant ainsi forcément fisluleuse {Bulletin de la faculté 
de médecine de Paris , et de la société établie dans son sein , 
1820, n° 2, pag. 65). 

« On doit concevoir que si la tumeur était très-volumineuse , 
si ses parois se trouvaient fort épaisses , il conviendrait, avant 
d'appliquer l'instrument , d'ouvrir largement la poche, quel- 
quefois même d'en exciser une portion , et de ne mettre l'ins- 
trument que lorsque les parties seraient revenues sur elles- 
mêmes , et que la plaie, presque entièrement cicatrisée, n'of- 
frirait plus qu'un petit orifice pour laisser passer l'instrument 
qui doit s'opposer à son entière occlusion. 

<c Cette méthode facile et ingénieuse ne ressemble en rien à 
toutes celles qui ont été proposées , on ne doit excejpter ni les 
mèches , ni les sétons, ni les bougies ou les canules : car, par 
tous ces moyens, dont l'usage est difficile, embarrassant, 
quelquefois même insupportable , on ne cherche qu'à opérer 
une fistule , et l'expérience démontre qu'aussitôt que les corps 
étrangers sont retirés, le pertuis fistuleux s'oblitère et la ma- 
ladie récidive. Le nouveau moyen de M. Dupuytren , très- 
simple , ce qui ajoute à son mérite, restera à la science; car 
il atteint le but qu'on se propose et que jusqu'ici on avait 
constamment manqué. 

« li est facile, en jetant un coup d'œil sur cet instrument 
[Voyez la planche) , de se faire une idée du principe d'où 
M. Dupuytren est parti , et du mécanisme des moyens qu'il a 
employés. 

« Le principe est qu'on ne saurait guérir la grenouillettc 
qu'autant qu'on établit une ouverture permanente pour l'écou- 
lement d'uu liquide dont la sécrétion est continuelle. Les 
moyens consistent à entretenir dans l'ouverture faite à la gre- 
nouillette un corps qui empêche cette ouverture de se fermer. 
Ce corps , c'est la tige de l'instrument , espèce de cylindre 
d'une longueur proportionnée à l'épaisseur des parois de la 
tumeur, et d'un diamètre à peu près égal à celui du canal de 
Warthon ; mais ce cylindre solide, s'il n'eût été fixé dans cette 
ouverture, l'aurait bientôt abandonné. Les deux plaques at- 
tachées à ses deux extrémités ont pour but do l'y retenir: l'une 
d'elles, introduite obliquement dans le sac de la grenouilietle, 
empêche que l'instrumeut soit rejeté au dehors; l'autre, placée 
dans la bouche, empêche qu'il ne tombe dans la cavité de la 
tumeur; et telle est la disposition des choses, que l'instrument 
est d'autant plus solidement fixé dans son lieu , que l'ouver- 
ture pratiquée à la tumeur revient plus fortement sur elle- 
même. Celle tumeur réduite aux dimensions de la lige de 



.Raiiiile 



■Paçe ij2. 




RAN i 7 3 

l'instrument, ne saurait permettre alors a la plaque inférieure, 
non plus qu'à la supérieure , de se porter en haut ou en bas , 
de sou tir du sac ou de tomber. » 

Note supplémentaire. Les nouvelles considérations que j'ai cru 
devoir ajouter à mon premier travail sur la grenouillette, étaient 
entre les mains de l'imprimeur , lorsque j'ai lu dans le septième 
volume du nouveau Journal de médecine, une note de M. Lar- 
rey sur cette lésion des voies salivaires. Comme l'opinion de 
ce chirurgien recommandable s'éloigne, sous quelques rapports, 
des idées généralement reçues sur cette maladie , et qu'il pré- 
conise une méthode de traitement connue , a la vérité, depuis 
long-temps, mais abandonnée peut-être mal à propos, je 
m'empresse de donner ici , sous forme de supplément, un ex- 
trait du travail de M. Larrey. 

Il est maintenant bien démontré que lagrenouilletteest une 
tumeur formée par un amas d'humeur salivaire accumulée 
dans une ou plusieurs poches membraneuses qui se dévelop- 
pent sous la langue , à l'un des côtés du frein de ce corps mus- 
culeux. M. Larrey pense , contre l'opinion généralement reçue, 
que celte liqueur n'est point retenue dans les canaux excré- 
teurs de Warthon , dont on suppose les parois dilatées. Leur 
densité est telle , dit-il , qu'après un certaiu degré de di- 
latation, s'il est vrai qu'elle ait lieu dans la première période 
de la maladie , le tissu de ces conduits finit par se déchirer, de 
même qu'il se fait une rupture à la tunique propre des artères 
dans l'anévrysme. En effet, lorsque par une cause quelconque, 
les orifices de ces canaux sont obstrués, la salive s'arrête dans 
leur intérieur ; mais comme leur tissu membraneux est pro- 
fondément altéré , ils sont bientôt désunis par l'effet de l'éro- 
sion des embouchures qui les terminent dans la cavité de la 
bouche , de manière que la salive, après les avoir dilatés quel- 
que peu, passe dans le tissu lamelleux qui les avoisine, et en 
distend graduellement les cellules, qui se convertissent bientôt 
en une ou plusieurs poches de grandeur variable. La tumeur 
augmente progressivement, tandis que les conduits excréteurs , 
ayant abandonné leur adhésion aux embouchures établies dans 
l'épaisseur de la membrane buccale, se rétractent et s'enfon- 
cent vers le cul-de-sac de ce fo3 r er, où l'on peut apercevoir 
leurs orifices , après avoir ouvert la grenouillette par une large 
incision. On reconnaît aussi les parois épaissies de ces réser- 
voirs salivaires, en sorte que si on ne les détruit pas par l'ex- 
tirpation ou la cautérisation , ces sacs membraneux se remplis- 
sent de nouveau et reproduisent la grenouillette. 

Ces nouvelles notions établies, M. Larrey se demande 
quelle est l'indication à remplir dans celte affection pour la 
guérir sans récidive. A moins qu'un corps étranger n'obstrue 



i^4 RA ^ T 

les canaux salivaires, il faut non-seulement donner issue au 
fluide épanché , mais encore détruire ou faire exfolier les parois 
de la poche membraneuse où ce fluide a séjourné plus ou moins 
long-temps: avec cette précaution on prévient (ouïe récidive. 

Bien que Paré ait assigné une origine erronée à la g.enouil- 
lelte, son génie lui avait fait reconnaître, ainsi qu'à Louis, 
Desault et Sabatier, l'importance d'ouvrir cette tumeur avec 
Je cautère actuel ; mais on a abandonné ou à peu près aban- 
donné ce moyen , parce qu'il est effrayant aux yeux du vul- 
gaire , et parce qu'il n'a pas toujours eu le succès qu'on en 
attendait. On a imaginé tour à tour de se servir de canules, 
de fils métalliques, de mèches et autres agens ou instrumens 
dilatateurs ,po;ir entretenir les conduits salivaires ouverts, pré- 
venir leur obstruction consécutive , écarter et faire oblitérer les 
parois du kyste. L'introduction et le séjour de ces corps étran- 
gers dans la bouche, surtout dans celle des ehfans , peut ne pas 
être sans inconvénient : venant à se déplacer et à passer, par un 
mouvement de déglutition involontaire dans le pharynxou dans 
le larynx , il peut en résulter des accidens graves. M. Larrey 
adresse le môme reproche au petit instrument de M. Dupuy- 
tren. Gomment, dit-il , assujétir des enfans à porter et à re- 
tenir sous la langue un double bouton métallique pendant des 
semaines ou des mois entiers? L'incision ne met pas non plus 
toujours à l'abri de la récidive, bien qu'on ait le soin de pla- 
cer dans les lèvres de la plaie des mèches ou autres corps 
étrangers, pour en prévenir la trop prompte réunion. 

M. Larrey, après avoir examiné les différcns moyens pro- 
posés pour guérir la grenouillette, dit que celui qui lui a paru 
Je plus sûr , le plus simple et le plus efficace , est la cautéri- 
sation par le cautère actuel , en y apportant toutefois certaines 
modifications : la principale consiste à traverser la tumeur d'un 
côté à l'autre avec un cautère cultellaire , fait exprès et rougi 
à blanc j on protège les parties voisines de la grenouillette et 
les commissures des lèvres , à l'aide de plaques minces eu 
bois que l'on fait tenir par un aide, tandis que le chirurgien 
traverse d'un seul coup toute l'épaisseur de la grenouillette , 
et que portant au même instant le cautère en avant , il brûle 
toute la paroi antérieure du kyste. Par ce procédé, tout le foyer 
de la maladie est mis à découvert , la paroi antérieure est dé- 
truite , et le reste des feuillets membraneux qui ont échappé 
au fer rouge, s'enflamme et s'exfolie successivement ; les orifi- 
ces des canaux excréteurs se rétractent et adhèrent fortement ; 
enfin la cicatrice s'opère, reste déprimée, et le malade est 
guéri en très- peu de jours sans être exposé à de nouvelles ré- 
cidives, 1VI. Larrey dit avoir pratiqué cette opération à l'iiô- 



RAP i 7 5 

pital de la garde et en ville , un très-grand nombre de fois , et 
toujours avec le même succès. (murât.) 

RAPETTE, s. f. , asperugo procumbens, Linn. , plante de ia 
famille naturelle des borraginées, et de ia pentaudrie niono- 
gyniede Linné', qui croît sur le bord des chemins et des champs, 
et qu'on distiugue à sa tige couchée, rameuse, à ses kuilles 
étroites, rudes au toucher; à ses fleurs peittes, violettes, dont la 
corolle est monopétale, découpée à cinq lobes; et à son calice 
a cinq divisions inégales qui se referment après la floraison pour 
envelopper le fruit. 

Cette plante passe pour béchique et incisive. Selon Fabius 
Columna, on s'en sert, dans certaines parties de l'Italie, en 
place de bourrache. Les gens de la campagne , dans le même 
pays, mangent ses feuilles dans la soupe comme herbe potagère. 

(loiseleur deslongchamps et marquis) 

R APH ANEDOjNT , s. m., du grec kclvm£ov , Ketlay^ex, : il 
signifie la même chose que cauledon. C'est le nom que les 
Grecs donnaient a la fracture transversale des os longs , et que 
les modernes ont appelée fracture en rave , parce qu'ils lui 
ont trouvé quelque ressemblance avec les deux extrémités de 
ce végétal rompu en travers. Galien dit: « que c'est une frac- 
ture dans laquelle l'os est rompu transversalement, en sorte 
que ses parties sont si parfaitement séparées, qu'elles ne sont 
plus dans la même direction, qu'elles vacillent d'un et d'autre 
côté, qu'elles font angle comme les deux parties d'une tige 
rompue. » Du reste, toutes choses égales d'ailleurs, cette es- 
pèce de fracture est l'une des plus simples et qu'il est le plus 
facile de maintenir. Voyez le mot fracture. ( r .) 

RAPHANIA , s. f. , maladie causée par l'usage des mauvais 
grains. Quelques médecins comprennent sous le nom générique 
de raphanies toutes les affections dont la cause est la même 
que celle de la raphania ; mais cette dernière présentant daus 
sa marche et ses symptômes des particularités remarquables , 
on a cru être fondé à en faire une maladie à part, et isolée de 
celles avec lesquelles elle a une ressemblance parfaite d'ori- 
gine. 

Celte maladie, qui a été appelée parLiunée comndsio cerea^ 
lis , par Wepfer convulsio ab ustilagine , et par les Français 
convulsion deSologne, est très- fréquente dans laSuède, où elle 
est même épidémique pendant l'automne. C'est dans ce dernier 
pays qu'elle a été observée par Linné , qui en a donné la 
meilleure description; il l'attribue au raphanus raphanistrum 
Voyez radis) , qui croîten grande abondance parmi les mois- 
sons, dans la Suède et chez nous , et il s'est assuré de la vérité 
4ë sou opinion en faisant un grand nombre d'expériences sur 



176 RAP 

les animaux. Il a nourri des poules avec la graine du rapha- 
nistrnm , et il a presque toujours observé des symptômes sem- 
blables à ceux qui se manifestent sur l'homme. 

Cette maladie est-elle de même nature que celle produite 
par le seigle ergoté ? Si l'on en juge par les phénomènes qui 
ont lieu dans chacune de ces affections, on les regardera né- 
cessairement comme essentiellement différentes ; mais si l'on 
réfléchit ensuite qu'elles sont dues toutes les deux k la même 
cause, c'est-à-dire à l'usage de grains de mauvaise nature, il 
sera bien difficile de s'empêcher de les confondre, ou bien de 
les considérer comme deux résultats différens d'une cause ab- 
solument identique {Voyez ergotisme). Cullen donne à la 
raphania le caractère suivant : contraction spasmodique 
des articulations, accompagnée d'uue agitation convulsive 
et d'une douleur très-violente périodique (N. C. , genre L. n). 
J'ai vu un très-grand nombre de malades attaqués de l'ergo- 
tisme , et je n'ai jamais remarqué, ou du moins fort rarement, 
de semblables symptômes. Peut-être cette différence tient-elle 
à l'influence des climats , et à l'action plus ou moins intense, 
ou bien encore k la nature particulière de la substance dé- 
létère. 

Les symptômes prédominans de celte maladie sont : un 
prurit et une sensation de brûlure semblable k celle qu'excite- 
raient des élincelles de feu; il y a un sentiment de formication 
et de douleur au dos, perte d'appétit , vomissemens, nausées; 
les pieds et les mains deviennent roides et tendus, ce n'est qu'a- 
vec la plus grande peine que les malades portent leurs mains 
à la bouche. Les doigts sont fléchis en arrière, et lesyeuxcon- 
tournés. Les malades poussent de grands cris , et courent ça 
et là comme des furieux; la bouche est affectée d'un spasme 
cynique; la langue est déchirée, et les yeux sont en convul- 
siou jusqu'à ce que le poison ait cessé d'agir. Ces derniers 
symptômes ressemblent paifaitement k ceux qui arrivent quel- 
fois chez les individus qui ont mangé de la pomme épineuse 
(datura stramonium), et dont les papiers publics ont rap- 
porté, il y a peu de temps, un exemple vraiment singulier. 
Quelquefois il y a engorgement considérable du foie , avec 
crachement de sang. Enfin, Tépilepsic, la paralysie, l'apo- 
plexie, la phthisie, sont quelquefois les conséquences de cette 
maladie. Immédiatement après la disparition des plus graves 
symplômes, les malades éprouvent, pendant plusieurs se- 
maines , des vertiges, des tintemens d'oreille, de la surdité , 
quelquefois même le tétanos. Les médecins suédois ont ob- 
servé que lorsque l'ouïe était perdue par suite de la maladie , 
il était extrêmement rare qu'elle revînt. 

La raphania n'attaque pas indistinctement tout le monde; 



RAP i 77 

elle affecte uniquement les paysans et les pauvres, jamais les 
riches ni les enfans à la mamelle, sans doute parce que les 
premieRS , vu leur état de misère , se trouvent constamment 
exposés à l'action de cette nourriture dangereuse, tandis que 
les derniers peuvent facilement s'y soustraire , les riches par eux- 
mêmes, el. les enfans par ceux qui sont chargés de veiller sur les 
nouveau-nés , en établissant le régime de la nourrice ; car il serait 
absolument [impossible, si cette dernière venait à contracter 
cette maladie, que l'enfant pût se conserver sain et sauf au 
milieu des dangers de tout genre et des souffrances qui envi- 
ronneraient la mère. 

Relativement à la manière dont le raphanistrum agit sur 
l'économie, il n'est pas facile de l'établir ; cependant il e«;i 
probable que c'est sur les systèmes nerveux et sanguin qu'il 
agit spécialement : les phénomènes qu'il détermine, tendent 
du moins à le faire présumer. Cependant il est juste aussi de 
convenir que toutes les opinions émises à ce sujet sont plus ou 
moins conjecturales. 

Le diagnostic de cette maladie n'est jamais douteux, il se 
tire de l'état du malade et des circonstances concomitantes. 

Le pronostic est toujours fâcheux, plus ou moins cependant 
en raison de la gravité des symptômes. Lorsque ceux-ci sont 
portés à un certain point d'intensité, il n'est pas rare de voir 
la mort survenir; mais quelle que soit l'issue, la raphania est 
dans tous les cas, une maladie des plus pénibles, à cause des 
douleurs atroces dont elle est accompagnée. 

Le traitement n'est pas toujours le même; on voit au con- 
traire, dans les écrits des médecins suédois, qu'il est infiniment 
varié. Tantôt ils ont recours à la saignée, lorsque les indivi- 
dus sont forts et pléthoriques, surtout lorsque le pouls est 
plein et que la tête et la poitrine sont affectées; d'autres fois 
les vomitifs administrés dans le principe de la maladie ont 
quelquefois réussi à la faire disparaître; et dans la convales- 
cence, les purgatifs légers, les demi-bains, l'exercice, pris 
bien à propos, ont été d'un grand secours. Les antispasmodi- 
ques ont aussi été employés avec avantage. Du reste , on con- 
sultera avec fruit l'article erçotisme, dont le traitement se rap- 
proche en beaucoup de points de celui de la raphania. Voyez 

ERGOTISME. (RETDELLET) 

RAPHE, s. m., du mot grec pc6^>«, suture, de ça,vlco y \$ 
couds : c'est le nom qu'on donne à des lignes saillantes qui 
ressemblent à une suture. Telle est celle qui divise le scrotum 
en deux parties égales, et qui s'étend jusqu'à l'anus, en divi- 
sant de la même manière le périné; celle qu'on remarque sur 
la partie moyenne et supérieure du corps calleux , etc. L« 
47- 12 



178 RAP 

replis sont places sur la ligue médiane qu'ils concourent à for- 
mer. . (m. P.) 

RAPPORTS (séméioîogie) , s. m. , enictado , eructus. On 
appelle ainsi l'éruption de flatuosités contenues dans l'estomac 
«t qui se dégagent en plus ou moins grande quantité des ma- 
tières alimentaires , par suite de la fermentation qu'elles 
éprouvent dans cet organe. 

Tous les genres d'alimens ne sont pas également susceptibles 
de donner lieu aux rapports. Ceux tirés du règne végétal en 
donnent généralement beaucoup plus que ceux qui provien- 
nent du règne animal ; il en est de même des boissons qui 
n'ont point assez fermenté, et dont l'usage est fréquemment 
suivi de cette incommodité. 

Les rapports présentent des variétés de goût , d'odeur , re- 
latives sans doute à la différence des principes que contien- 
nent les alimens , et à la disposition de l'estomac. Aussi les 
a-ton distingués en nidoreux, acides, putrides, insipides, etc. 

La cause première et essentielle des rapports se trouve dans 
les mauvaises digestions , et conséquemment dans la faiblesse 
de l'estomac, acquise ou organique. Aussi est-il une foule de 
personnes chez lesquelles cette indisposition est habituelle, 
quoiqu'elles ne fassent usage que d'alimens très-sains; tandis 
que dans d'autres, douées d'une force gastrique beaucoup plus 
considérable, elle ne survient jamais, quelle que soit d'ail- 
leurs la nature des alimens dont elles ont usé. 

Les rapports sont aussi la marque d'une surcharge de l'es- 
tomac, ils s'échappeut en grande quantité à la suite des repas 
copieux dans lesquels on a dépassé la mesure ordinaire et 
raisonnable. 

Ce phénomène ne constitue point une maladie, c'est une 
simple indisposition passagère qui s'évanouit dès que l'esto- 
mac ne se trouve plus fatigué par la présence des alimens, et 
qui ne laisse aucune trace après lui. Il n'indique autre chose 
qu'une atonie plus ou moins grande de cet organe, et c'est 
pour cela qu'on l'observe presque constamment à la suite des 
maladies qui ont laissé l'estomac dans un certain état de fai- 
blesse. Lorsque les rapports s'échappent avec facilité, ils ne 
déterminent qu'une fatigue légère; mais il peut arriver que, 
retenus par un état de resserrement spasrnodique des orifices 
de l'estomac, ils donnent lieu a des accidens assez graves , et 
occasionent des douleurs extrêmement vives. 

Le meilleur moyen de remédier à cet état, c'est de chercher 
à ranimer les forces de l'estomac par l'usage des meilleurs to- 
niques. J'ai employé la glace dans plusieurs cas de cette na- 
ture avec le plus grand succès; mais il faudra, pardessus tout, 
avoir recours à un régime bien administre et bien suivi» 



RAP 179 

Je ne m'étendrai pas sur cette indisposition, qui dans l'é- 
tat de santé n'est rien , et qui , dans les maladies, n'est qu'un 
symptôme d'une assez médiocre importance. Voyez pour plus 
de développemens les mots éructation , flatulence ,flaluosités, 
rots, etc. (b.) 

RAPPORTS (médecine légale) : exposition d'un fait, té- 
moignage que rendent par ordre de justice , ou autrement, les 
médecins, les chirurgiens ou les pharmaciens, sur un sujet 
quelconque dépendant de leur profession. 

Ambroise Paré, Blegny, Gendri, Devaux, Louis, l'Ency- 
clopédie, Mahon, Belloc, etc., ont défini les rapports en mé- 
decine ou en chirurgie « Des actes authentiques qu'on fait en 
justice pour constater l'état d'une personne, d'une maladie, 
d'une blessure ou d'une mort occasionée par une violence ex- 
térieure, ou arrivée spontanément, c'est-à-dire sans qu'aucune 
cause apparente y ait donné lieu; » mais cette définition ne 
peut plus suffire aujourd'hui que la médecine légale a reçu 
une plus grande extension ; que non-seulement elle sert à 
éclairer les juges dans les causes civiles et criminelles, mais 
encore à fournir des lumières aux membres de l'administration 
publique, sur le commodum et Yincommodiun des divers éta- 
blissemens suggérés par les progrès des arts et de l'industrie , 
afin de concilier les intérêts du commerce et des manufactures 
avec ceux de la conservation des hommes ; soit aussi sur la na- 
ture des maladies qui se montrent d'une manière fâcheuse ou 
épidémique; ou sur celle de nouvelles substances qu'on vou- 
drait introduire comme alimens ; de nouvelles méthodes qu'on 
voudrait rendre populaires, etc., objets sur lesquels une po- 
lice sage et prudente ne saurait prononcer, avant d'avoir en- 
tendu ou lu le rapport de médecins éclairés, commis à ce su- 
jet. Il est donc bien évident que la doctrine des rapports que 
nos premiers maîtres ont tracée, et qui ne concernait presque 
jamais que les cas de chirurgie, se trouve maintenant renfer- 
mée dans des bornes trop étroites ; et il est évident aussi que, 
dans l'état actuel de la civilisation , on exige beaucoup plus 
des médecins qu'on en exigeait autrefois; qu'on s'est accoutumé 
à les considérer comme embrassant les divers genres de con- 
naissances; qu'ainsi les matières sur lesquelles ils peuvent être 
appelés à donner avis et à faire rapport, sont infiniment éten- 
dues. D'une autre part, cette confiance du public, née de l'u- 
sage établi dans l'éducation, depuis une cinquantaine d'années, 
de faire effleurer toutes les sciences sans en approfondir au- 
cune, de la jactance des jeunes gens élevés de cette manière, 
et de la croyance que l'esprit humain a aussi subi une révo- 
lution , et qu'il s'est tout à coup développé; cette confiance, 
dis je, a pu être souvent déçue. Il est rare 7 quelles que soient 

12. 



î8o RAP 

nos prétentions , qu'un même homme réunisse assez de lu- 
mières pour faire , sur tout ce qui se présente , un acte aussi 
important qu'un rapport, acte duquel peut résulter, comme 
cela est connu , l'absolution d'un coupabie ou la mort d'un 
innocent; d'ailleurs, là où il faut faire des expériences, une 
analyse , pour motiver un rapport; là, où il faut avoir suivi 
les progrès des sciences physiques, chimiques et naturelles , 
comme dans des cas difficiles d'empoisonnement présumé, un 
médecin praticien aura-t-il un laboratoire, des machines, des 
réactifs? saura-t-il seulement faire une expérience, se rappel- 
lerait il de tous les caractères des substances nuisibles? au- 
ra-t-il, pour se guider, les annales des sciences, les décou- 
vertes qu'elles ont faites, etc.? Il faut donc ajouter à ceux 
qui ont droit de faire les rapports en médecine, les pharma- 
ciens éclairés dans la connaissance des divers corps des deux 
règnes organique et inorganique, de leurs affinités, de leurs 
propriétés, et dans l'art de montrer aux yeux , par l'expé- 
rience, le fait dont il s'agit, sans pouvoir être contesté. J'é- 
tends plus loin cette insuffisance des simples médecins ou chi- 
rurgiens dans les rapports où les sciences accessoires à la mé- 
decine sont indispensables, comme par exemple, lorsque dans 
un fait conteste, il faut apprécier d'abord la progression de la 
lumière, du sou , l'état de l'atmosphère , etc. ; et je dis qu'il 
faut nécessairement ici s'adjoindre des physiciens. Qu'il me 
soit permis, à cette occasion, de donner pour exemple une 
question qui s'est souvent agitée dans mon esprit pendant les 
ora a es si fréquens de l'été et de l'automne de l'année 1819: 
il est certain que la foudre est tombée sur des édifices munis 
de paratonnerres et qu'elle les a consumés; des faits sem- 
blables, suivis des mêmes malheurs pour les bâtimens voisins, 
ont engagé la société des sciences de Zélande à provoquer 
une révision sur un sujet resté en stagnation depuis les asser- 
tions de Franklin, et à proposer pour sujet de prix l'utilité 
ou l'inutilité des paratonnerres, leur construction, leur disposi- 
tion • d'établir ce qu'il y a de bien avéré dans l'identité présu- 
mée entre les effets de l'électricité des machiues et celle des 
nuages , et dans les conséquences qu'on peut en tirer sur l'uti- 
)ité ou l'inutilité des paratonnerres. Certes , il peut bien se faire 
qu'un jour des magistrats dirigés uniquement par leurs lu- 
mières et leur amour du bien public, veuillent un rapport 
avant de permettre l'établissement des paratonnerres sur un 
édifice , car la chose en vaut bien la peine ; des médecins et 
des chirurgiens, quelle que soit leur réputation comme prati- 
ciens, seront-ils coinpétens, et ne devra-t-on pas recourir à 
des physiciens? Il résulte donc de ces considérations, que je 
n'étendrai pas davantage , que l'acception du mot rapport est 



RAP .i&t 

beaucoup plus étendue qu'on ne l'avait cru autrefois , et que 
notre législation actuelle est encore extrêmement incom- 
plette h cet égard. Voyez dans ce Dictiouaire les articles ju- 

BISPUDENCE MEDICALE, MEDECINE LEGALE, PLAIES et POLICE 
MÉDICALE. 

Sous le règne de l'ancienne jurisprudence française, l*s 
rapports se divisaient en dénonciatifs , provisoires et mixtes ? 
on entendait par les premiers ceux que tout médecin ou chi- 
rurgien peut faire de quelque blessure que ce soit, à l'heure 
même, ou bientôt après à la réquisition des blessés ou de ceux 
qui s'intéressent pour eux, auxquels les juges n'avaient d'é- 
gard qu'autant qu'ils les croyaient justes et raisonnables r 
ne les considérant que comme des témoignages volontaires, 
et par conséquent sujets à suspicion. Les provisoires étaient 
ceux qui se faisaient par les médecins ou chirurgiens jurés, 
en titre d'office , préposés pour les rapports , et qui étaient 
ordonnés par le juge : on obtenait toujours pour les blessés, 
au moyen de ces rapports, des provisions, tant pour leurs 
alimens et médicamens que pour leurs frais de poursuite, ce 
qui les faisait qualifier de provisoires. On donnait le nom de 
mixtes a ceux qui, quoique donnés sur la simple réquisition 
des parties , ne laissaient pas que d'être provisoires , lorsqu'ils 
étaient faits ou approuvés par les gens de l'art titrés -, mais La 
partie adverse pouvait en contester l'exécution, et demander 
par une requête présentée au juge, une contre-visite , dans 
lequel cas celui-ci nommait d'office d'autres experts pour 
faire le rapport, lequel prévalait même sur celui des méde- 
cins ou chirurgiens titrés. On avait de plus les certificats d'ex- 
cuse, ou eocoines, qui ne sont aussi, à proprement parler y 
qu'un rapport de médecins ou chirurgiens de l'état de santé 
ou de maladie des personnes qu'il ont visitées, et des consé- 
quences qui doivent en résulter. Pour être valables, ces certi- 
ficats devaient aussi être faits par des médecins ou chirurgiens 
titrés , soit commis aux rapports , ou par les titulaires des mai- 
sons auxquelles les exoines appartenaient, ou du moins par 
des gens de l'art d'une réputation connue, et non suspects de 
subornation, sans quoi Ton n'y avait aucun égard. Enfin , il y 
avait les rapports comprenant les estimations des visites, pan- 
semens et médicamens. 

Cette distinction entre les rapports proprement dits n'existe 
plus dans la législation actuelle, quoique, dans les affaires 
criminelles , les juges d'instruction Commettent d'office les 
gens de l'art pour la visite des personnes plaignantes ou des 
corps morts, et pour en dresser rapport ; ces rapports n'ont 
d'utilité que pour l'instruction des procès, et la mise ou iioja 



i82 RAP 

eu accusation de? prévenus; tout autre rapport, quoique vo- 
lontaire, peut militer avec eux; les juges peuvent ordonner 
telles contre-visites qu'ils croient convenables ; et ils ne sont 
auprès du jury de jugement qu'un simple témoignage, que 
les jures peuvent accepter ou récuser, et qui ne fait pas plus 
de foi auprès d'eux que celui des autres gens de l'art, entre 
lesquels et les rapporteurs commis la cour et le jury établis- 
sent souvent des débats : ces rapports ne donnent plus lieu à 
des provisions, pour lesquelles il faut de nouvelles requêtes 
des parties. La loi n'indique aucun choix parmi les gens de 
l'art : celle du iq ventôse veut que ce soient des docteurs en 
médecine ou en chirurgie, et les codes confondent tous les 
grades sous le titre vague d'officiers de santé; les officiers de 
justice , qui ne connaissent la plupart du temps que les codes, 
nomment souvent "de simples officiers de santé pour faire des 
rapports judiciaires , sans s'enquérir s'ils sont docteurs ou non, 
de manière que, dans la pratique, il n'y a encore aucune 
règle à cet égard , et qu'un guérisseur', quel qu'il soit, savant 
ou ignorant, «e trouve à la fois juge et témoin dans l'affaire 
la plus essentielle de la société : juge, parce qu'effectivement 
c'est son dire qui influe ie plus sur le jury , et témoin , parce 
que, dans le langage de la jurisprudence actuelle , on n'a pas 
cru devoir donner d'autre nom à cette classe si importante 
d'experts : c'est du moins toujours sous ce nom que j'ai été 
assigné pour donner mon avis dans une cour d'assises. Les cer- 
tificats suivent le même sort que les rapports, suivant les lu- 
mières des magistrats, et l'importance qu'ils mettent au but 
de la chose certifiée. Nous ne pouvons donc plus , dans l'état 
présent , et jusqu'à ce que toutes ces lacunes soient remplies, 
admettre l'ancienne division des rapports ; mais nous bornant, 
soit à ce qui en est l'objet, soit aux qualités des fonctionnaires 
qui les requièrent, nous nous contenterons de ]es diviser en 
rapports judiciaires, rapports administratifs, certificats d'ex- 
cuses ou eocoines , et rapports d'estimation dessoins et remèdes 
fournis aux malades ou aux blessés. 

Pénétrés de l'étendue de leurs devoirs dans une fonction 
qui met pour ainsi dire en leurs mains Ja vie, la Corinne et 
l'honneur de leurs concitoyens , la plupart des médecins appe- 
lés à faire un rapport chercheront certainement toujours h 
suppléer à l'imprévoyance de ceux qui ont fait les lois, et il 
ne leur manquera que d'être familiers avec une rédaction sou- 
vent excentrique de leurs habitudes ordinaires : c'est donc en 
leur laveur que nous allons exposer ici sommairement , 
i°. quelles sont les conditions nécessaires pour la validité des 
rapport* efl général, et pour qu'ils atteignent le but pour le- 
quel on les requiert; r i°. quels sont les talent que doivent avoin 



RAP i83 

ceux qui acceptent de faîre un rapport; 3°. ce qu'il y a a 
faire et à éviter dans la rédaction des certificats d'excuses; 
4°. les règles d'équité à suivre dans les rapports d'estimation. 
Je terminerai par l'analyse de la forme et du matériel des rap- 
ports, et par en présenter quelques modèles : ainsi j'aurai 
rempli la lacune que quelques personnes ont trouvée dans mon 
grand ouvrage, ou je n'avais pas cru qu'il fût absolument né- 
cessaire d'entrer dans de semblables détails. 

Conditions indispensables pour la validité d'un rapport. Le 
serment était autrefois la première des conditions exigées pour 
rendre un rapport valable; on croyait alors avec raison qu'il 
devait être fort rare de trouver des gens si confirmés dans le 
mal, que de n'être pas intimidés par la religion du serment : 
quelque assermentés que fussent déjà des médecins ou des chi- 
rurgiens dans des cours supérieures , ils étaient néanmoins as- 
treints chaque fois, par un serment exprès, à faire leur rap- 
port avec fidélité, et les juges n'admettaient à ce serment que 
des maîtres pourvus de titres qui répondissent de leur suffi- 
sance. Dans la législation actuelle, on n'exige plus le serment 
quand on remet un rapport, et ce préambule n'est plus ex- 
primé dans la formule; mais comme le médecin doit ensuite 
répéter de vive voix dans la séance où la cause est jugée les 
faits et l'opinion qu'il a consignés par écrit, c'est alors qu'a- 
vant tout on exige de lui le serment, condition sans laquelle 
le jugement serait frappé de nullité; une seconde condition, 
d'après la loi , est que le rapporteur soit docteur en médecine 
ou en chirurgie, et le jugement prononcé encourrait le même 
sort si elle n'avait pas été remplie. 

Il est inutile de dire qu'un rapport doit être fait dans un 
esprit d'équité, avec une intégrité à toute épreuve, et ne con- 
tenir que l'exacte vérité : lors même qu'on voudrait déguiser 
ou omettre des faits, cette prévarication serait pjus dange- 
reuse qu'autrefois , il cause de la publicité des débats : on doit 
répéter oralement ce qu'on a mis par écrit , sans se couper dans 
sa narration; il faut répondre aux interpellations du prési- 
dent, des jurés, des défenseurs des parties, aux objections 
des gens de l'art qui ont pu faire une contre-visite, de sorte 
qu'il parait bientôt si on a dit toute la vérité, rien que la vé- 
rité; et ces explications de vive voix sont souvent beaucoup 
plus étendues, et donnent a la cause une tournure toute dif- 
férente de celle qu'on aurait présumée en faisant le premier 
rapport. C'est à quoi doivent s'attendre ceux qui sont appelés 
à ces sortes d'actes; mais ils sortiront contens de cette lutte 
lorsqu'ils n'auront agi que d'après leur conscience.. 

L'homme intègre qui ambitionne l'approbation générale ne 
s'en rapporte à personne sur le fait qu'il est chargé d'examiner ? 



1B4 RAP 

pas même a ses collègues , moins encore à des gens étrangers 
à l'art; il voit tout par lui même ; il note à fur et mesure ce 
qu'il observe, et ne dit rien d'affirmatif surce qu'il ne voit pas, 
sur les douleurs , et généralement tout ce qui ne tombe pas 
sous les sens : il sait que le récit qui lui en est fait, par le 
malade même , ou par les assistans lui doit être suspect; il 
prend , en conséquence , toutes les précautions possibles pour ne 
pas être trompé dans les maladies feintes par des contorsions 
ou des convulsions simulées, du sang seringue , des tumeurs 
apparentes , des contusions en peinture et par d'autres artifi- 
ces et fourberies. 

Il est essentiel de ne pas négliger de marquer dans le préam- 
bule du rapport si le blessé ou autre plaignant est venu trou- 
ver le médecin pour être visite' ou pansé, ou si le médecin a 
été requis de se transporter chez lui pour en faire la visite et 
lui donner des soins; dans ce dernier cas , on doit marquer si 
le malade a été trouvé couché ou debout , vaquant à ses affai- 
res , ou dans l'impuissance de le faire. 11 n'est pas moins essen- 
tiel , afin de prévenir toute ambiguité , de faire son possible 
pour déclarer catégoriquement l'essence de la maladie, d'ex- 
primer les accidens qui l'accompagnent, de déterminer ce que 
l'on peut en espérer et ce que l'on en doit craindre , de pré- 
voir l'ordre h suivre dans la curalion , le régime a tenir , si le 
malade devra longtemps rester au lit ou non , si , dans le temps 
même de son traitement , ii pourra vaquer à ses affaires , ou 
s'il ne le pourra pas ; l'homme de l'art enfin ne doit rien ou- 
blier de ce qui peut donner à la justice des éclaircissemens, et 
la mettre à même de prononcer avec équité et avec connais- 
sance de cause. 

Dans les cas de blessures , il est absolument nécessaire de dé- 
crire avec précision dans les rapports la largeur et la profon- 
deur des plaies (mesurées autant que possible sans le secours 
de la sonde) , et de bien désigner les signes par lesquels ou 
peut juger de la lésion des parties intérieures. Dans les rapports 
d'infanticides , un point bien essentiel , et sans lequel il est 
impossible aux juges de prononcer , est d'exprimer qu'on s'est 
assuré par l'autopsie cadavérique et l'expérience de la doci- 
masie pulmonaire , que l'enfant avait ou non respiré. Dans les 
rapports de grossesse, d'accouchement ou d'avortement , il 
faut désigner l'époque avec précision , et décrire en termes de 
l'art non-seulement l'état des parties sexuelles et des seins , 
mais encore celui des fonctions et de toute l'habitude du corps; 
dans un empoisonnement , il faut non-seulement spécifier les 
symptômes qu'on a observés, et qui sont propres à tel ou 
tel poison ; mais encore où et comment le poison a été décou- 
vert j de quelle nature il est , et les moyens qu'on a pris pour 



RA.P i^5 

le reconnaître; il est très-utile de joindre, dans cette circons- 
tance, le corps de délit au rapport. Lorsqu'il s'agit de la le- 
vée de cadavres de sujets inconnus , et sur lesquels on n'ob- 
serve pas des traces très-évidentes de mort violente , on doit 
spécifier qu'on a fait des recherches dans les trois cavités ; et 
désigner celle où s'est particulièrement trouvée la cause de 
mort , et , en général, dans tous les cas douteux, les rapports 
d'autopsie cadavérique sont imparfaits et ne donnent pas les 
éclaircissemens désirables lorsqu'ils n'expriment pas qu'on a 
pris cette précaution. 

Quant au jugement et au pronostic, on doittoujoursles por- 
ter avec précaution, parce que l'événement des maux et des 
blessures est toujours incertain, et il vaut mieux, dans les faits 
importans , suspendre son jugement que d'être décisif, parti- 
culièrement quand il s'agit de prédire la mort ou d'assurer la 
guérisoh : cependant , eu égard à la loi qui condamne à des 
peines infamantes tout auteur de blessures qui ont empêché 
de se livrer à un travail personnel pendant plus de vingt jours, 
lorsque les blessures ne sont pas graves, et qu'il nedoil en ré- 
sulter aucune lésion de fonctions, il est du devoir de l'homme 
de l'art de le prévoir , et de faire observer dans son rapport 
que le blessé ne sera pas empêchéd'un travail personnel quel- 
conque pendant plus de vingt jours. 

11 est de la plus stricte équité , lorsqu'on est appelé pour 
constater les suites d'une blessure ou de toute autre violence, 
d'observer avec soin et de consigner dans le rapport si celte 
violence a été l'unique et véritable cause de la mort, de l'im- 
puissance , de l'avortement , etc. , ou si des causes étrangères a 
la blessure , etc., y ont concouru , et même ont aggravé l'état 
du malade; quoique, en effet, ce cas n'ait pas été prévu par 
la législation actuelle, il est reçu dans les cours d'assises (ce 
dont j'ai déjà été témoin plusieurs fois) , que , lorsque la bles- 
sure n'a pas été du nombre de celles mortelles par elles-mê- 
mes , son auteur n'est plus considéré comme responsable de 
la mort du blessé , si celui-ci est mort par toute autre cause 
que celle de la blessure qu'il a reçue. 

La perfection d'un rapport dépend de sa simplicité , de sa 
précision et de sa brièveté , accompagnées d'une grande exac- 
titude dans la vérité des faits : on doit , par conséquent, éviter 
les deux extrêmes ; par trop de brièveté , on pourrait oublier 
ce qui fournirait encore quelques éclaircissemens ; par trop de 
longueur , il peut perdre de sa clarté , surtout si l'on s'enfonce 
dans une longue suite de raisonnemens , et qu'on ait la vanité 
de vouloir étaler un prétendu savoir : un langage spécifique 
^t des mots barbares qui ne sont compris ni des juges ni des 



i56 R\P 

jures , ne .«auraient être plus déplaces que dans un récit qui de- 
mande à être conçu en termes clairs et intelligibles. 

Enfin , étant fort à propos que les rapports soient faits sans 
connivence et avec tout le secret possible , les anciennes or- 
donnances portaient qu'on les délivrerait cachetés , parce que 
l'expérience avait appris que la révélation du secret attire sou- 
vent l'impunité du crime , et la persécution de l'innocence, 
La législation actuelle n'a rien prévu à cet égard ; mais le mé- 
decin sage et prudent continuera à se conformer à cet usage, 
dont il concevra facilement toute l'utilité. 

Certificats d excuses ou exoines. Nous avons déjà dit qu'un 
certificat n'est autre chose qu'un rapport , c'est-à-dire une re- 
lation tendant à faire connaître à tous ceux qui ont droit d'y 
prendre paît l'état de santé de particuliers qu'on a visités , 
soit^à leur simple réquisition , ou par ordonnance de justice, 
et constatant la vérité des causes maladives qui peuvent les 
dispenser valablement de faire des choses dont ils seraient 
tenus s'ils jouissaient d'une santé parfaite. Us sont de deux es- 
pèces , politiques et juridique*. 

Les exoines politiques regardent tout l'état en général, et 
concernent les personnes que leurs maladies peuvent exemp- 
ter du service militaire, ou de certaines charges, emplois et 
fonctions ; les juridiques ont lieu pour se faire exempter de la 
tutelle, des fonctions de juré, ou de servir comme témoin ; 
on les requiert toujours dans les procédures civiles et crimi- 
nelles pour retarder le jugement d'un procès dont l'instruc- 
tion ou la poursuite demande la présence des parties. Us sont 
surtout ordonnés pour constater la grossesse ou les couches, 
raisons qui ont toujours suffi pour dispenser les femmes de 
comparaître en personne et de répondre dans cet état aux ac- 
cusations intentées contre elles : de même aussi , lorsqu'il est 
question d'élargir, de resserrer ou de transférer un prisonnier 
que le mauvais air ferait périr infailliblement , lorsqu'il s'agit 
de commuer la peine d'un forçat qui n'est pas en état de ser- 
vir sur les galères , ou de retarder l'exposition au carcan et Ja 
marque; dans des temps plus reculés , et qui heureusement 
n'existent plus en France , ces exoines étaient aussi prescrits , 
ou du moins inspirés par un reste d'humanité , pour modérer 
les douleurs de la torture, à un accusé que sa faiblesse met- 
tait hors d'état d'en essuyer la violence. 

Toutes les règles indiquées ci-dessus pour bien faire les rap- 
ports proprement dits doivent être gardées dans les certificats; 
ils doivent surtouteontenir l'exacte vérité; car si l'on n'éstpas 
retenu par l'honneur et par la conscience , on doit l'être du 
moins par les peines graves que la loi prononce contre les faux 



RAP 187 

certificateurs, en ce qui regarde l'exemption du service mili- 
taire , les tondions de jurés , de témoin et autres analogues. 

Rapports d'estimations. L'on peut entendre par ces rapports 
un jugement par écrit donné par un ou plusieurs médecins 
pour ce ncramés, sur l'examen d'un mémoire de visites, soins, 
opérations , pansemens , médkamens , dont le paiement est 
contesté , ou sur l'examen du traitement qui a été fait à une 
maladie dont l'issue a été fâcheuse , ou dont la durée a traîne 
beaucoup plus longtemps que dans les cas ordinaires. Ce der- 
nier génie de rapports n'est pas sans exemple dans les tribu- 
naux , et l'on y a recours dans la procédure criminelle , cha- 
que fois que l'issue d'une blessure ou d'une maladie est plus 
sérieuse qu'elle n'avait été annoncée dans le premier rapport , 
et dans la procédure civile , lorsquela partie condamnée à des 
dommages pour les faits, conteste que le mal ait été aussi grand 
qu'il lui est imputé. 

Voici les règles générales et particulières à observer dans 
toutes sortes d'estimations de soins , pansemens ,etc. Parexem- 
ple , 1°. les maladies internes d'un diagnostic et d'un traite- 
ment difficiles, surtout lorsqu'elles ont résisté à d'autres méde- 
cins, méritent proportionnellement à l'homme éclairé et judi- 
cieux qui les guérit, ne fût-ce que par un seul avis, une plus 
grande récompense qu'une maladie ordinaire qui aura exigé un 
grand nombre de visites, lien est demêmedes opérations chirur- 
gicales : celles qui demandent beaucoup de dextérité et d'expé- 
riences, ou qui sont pénibles ou laborieuses, doivent, lorsqu'elles 
ont été jugées nécessaires, et surtout si le malade est guéri, être 
mieux payées que celles qui sont faciles, communes , et que 
l'on fait sans beaucoup de peine et de travail. Il faut pareille- 
ment avoir égard en chirurgie à l'importance des maladies : 
ainsi , un chirurgien qui réunira en fort peu de temps une 
grande division dans les chairs par la situation, par un ban- 
dage convenable , ou , s'il le faut , par la suture , méritera d'ê- 
tre beaucoup mieux récompensé qu'un chirurgien ignorant qui 
aura tamponné une semblable plaie, et qui ne l'aura con- 
duite à sa guérison qu'après une longue suppuration, perte de 
substance, et qu'après avoir fait souffrir au blessé de cruelles 
douleurs, aussi bien qu'un traitement fort ennuyeux et fort 
dispendieux. 

2 . L'on doit avoir égard dans la taxe d'un mémoire à la 
qualité des personnes qui ont été traitées , aussi bien qu'à 
leurs facultés ; car plus les personnes sont éleve'es en di- 
gnité , et riches, plus aussi demandent- elles des sujé- 
tions, des soins , des visites, d'assiduités qui méritent, par 
conséquent, une plus ample récompense : les médecins d'ail- 
Jeurs } devant pareillement leurs soins à ceux qui ne peuvent 



i8S RÀP 

pas payer, il est juste qu'ils soient dédommagés par ceux qui 
le peuvent. 

5°. La distance des lieux et le temps ne'ccssaire qu'aura duré 
un traitement ne doivent pas moins entrer en considération : 
il ne serait certainement pas raisonnable qu'un médecin ou un 
chirurgien qui aurait été d'un bout d'une grande ville à l'au- 
tre pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois pour soigner 
un malade, et plus encore à la campagne, ne fût pas mieux 
payé qu'un autre qui aurait fait le même traitement dans son 
voisinage. Quant au temps, quoiqu'il faille l'abréger autant 
que possible , il est certain qu'il y a des maladies si graves 
par elles-mêmes , qui ont de si fâcheuses complications, et 
auxquelles il survient un si grand nombre d'accidens , que 
l'on ne peut très-souvent les guérir que par un long traitement : 
or, il serait très absurde et contre l'équité de ne pas avoir le 
plus grand égard à ces circonstances dans l'estimation. 

4°. Chaque pays ayant ses usages pour les honoraires des 
médecins et des chirurgiens, et les honnêtes gens ayant cou- 
tume d'y satisfaire h l'amiable, c'est d'après la combinaison de 
l'usage , de l'importance du service , et des autres considéra- 
tions ci-dessus , que l'estimation doit être portée de manière à 
ce que les prix soient équitables, que le talent soit récompensé, 
et que l'ingratitude , trop commune maintenant, ne soit pas 
protégée. 

5°. La pharmacie étant un artautant mercantile que scien- 
tifique , les médecins doivent nécessairement s'adjoindre des 
personnes qui l'exercent , dans l'estimation du prix des mé- 
dicamens. Il doit être basé sur la considération des talens et 
de !a fidélité du pharmacien , sur les connaissances elle temps 
qu'a dû exiger la préparation des remèdes , sur la valeur des 
drogues , sur leur débit plus ou moins grand , sur le degré de 
promptitude de leur détérioration et sur la nécessité de leur 
renouvellement plus ou moins répété. 

Les estimations des mémoires à' officiers de santé propre- 
ment dits , qui ont droit de tenir des remèdes , peuvent don- 
ner lieu a déplus grandes réductions , tant parce que ceux-ci 
courent moins de risques que les pharmaciens , que parce qu'il 
est toujours à craindre que pour gagner davantage ils n'aient 
surchargé leurs malades de médicamens. Si , dans l'endroit où 
réside l'officier de santé , il y a une officine ouverte , il ne peut 
plus y avoir lieu à lui taxer ses médicamens puisque la loi lui 
interdit d'en tenir. A plus forte raison doit-on rejeter de sem- 
blables mémoires des pharmaciens qui , au mépris de la loi 
sur l'exercice de la pharmacie, s'avisent de soigner les mala- 
des , de traiter les petits enfans et les bonnes femmes, et de dis- 
tribuer de prétendus spécifiques pour toutes sortes de inala- 



RAP 1R9 

dies : il est de fait que ce sont les plus ignora ns qui se condui- 
sent ainsi, et s'ils perçoivent un tribut sur la crédulité, du 
moins faut-il leur apprendre dans l'occasion que ce tribut n'est 
pas légal. 

L'on conçoit facilement que ces sortes de rapports ne peu- 
vent être soumis h la règle de la brièveté; ce qui est surtout 
impossible lorsqu'il s'agit de prononcer sur le mérite d'un 
traitement dont on accuse la longueur ou l'impéritie; cas où 
l'on ne peut se dispenser d'entrer en raisonnement pour éclairer 
suffisamment les juges. Plus d'une fois, en appliquant aux cas 
particuliers l'axiome chirurgical dont la mise en pratique, 
serait toujours à désirer, savoir : que les malades doivent 
être traités promptement , sûrement, et avec le moins de désa- 
grément qu'il est possible) plus d'une fois, dis- je, de mau- 
vais payeurs s'en sont servis pour motiver leur ingratitude, 
tandis qu'on ne voit que trop des maladies légères en appa- 
rence devenir très-longues et très-difficiles à guérir, malgré 
les meilleurs procédés : c'est donc une occasion de faire rendre 
une justice éclatante à l'art et à ses ministres, que d'exposer 
ces difficultés dans un rapport raisonné, comme c'est en favo- 
riser les progrès que d'avoir le courage de mettre au grand 
jour l'ignorance et quelquefois la perversité de ceux qui, par 
leur charlatanisme, usurpent la confiance, qui ne devrait être 
accordée qu'aux bons médecins et aux bons chirurgiens. 

Des talens nécessaires pour bien faire toutes sortes de rap- 
ports. Il n'est plus permis de faire des rapports entachés 
d'ineptie ou de négligence , si l'on tient un peu à sa répu- 
tation. Autrefois ces sortes d'actes étaient la plupart du temps 
enfouis dans l'ombre , et ceux qui les avaient dressés n'avaient 
aucun reproche à redouter : maintenant que la procédure est 
publique , les rapports, comme je l'ai dit plus haut, ne sont 
que des témoignages; ils sont discutés, examinés devant un 
auditoire nombreux; et j'ai vu plus d'un médecin ou chirur- 
gien qui avaient traité leur matière trop légèrement, se retirer 
couverts de confusion. 

Pour y bien réussir, il faut nécessairement être très-verse' 
dans la théorie et la pratique de l'ait de guérir , dans la doc- 
trine des signes des maladies et de leurs différentes causes, et 
connaître par expérience les meilleures méthodes de traitement. 
A la tête des connaissances théoriques se place facilement 
l'anatomie , toujours si nécessaire dans toutes les occasions , 
mais principalement dans celles du ressort de la chirurgie, qui, 
il faut le dire, sont celles qui se présentent le plus fréquem- 
ment. En nommant l'anatomie, je veux parler de celle qu'on 
nomme utile, dont les objets tombent sous les sens préféra- 



190 RAP 

blement à celle qui est appelée curieuse, et qui consiste dans 
des recherches d'objets minutieux qu'on ne découvre que par 
des moyens artificiels. La connaissance exacte de la structure, 
de l'ordonnance, du nombre et de la conjonction des os est 
surtout indispensable, tant pour faire découvrir les fractures 
et les luxations, que pour désigner avec exactitude la nature 
et la situation des parties molles qui sont attachées à ces corps 
solides, et qui auraient pu être endommagées. Il en est de 
même du nom, de la situation, de l'ordonnance et de la 
direction des muscles, des vaisseaux et des nerfs, pour être 
en état de juger, tant de ce qu'il yak craindre de l'hémor- 
ragie que de la perte du mouvement de quelque organe, lors- 
que les neifs, les tendons, ou les ligamens des jointures se 
trouvent intéressés dans les plaies. A plus forte raison doit-on 
s'être appliqué à examiner la situation de tous les viscères 
dans les trois cavités principales; comment ils sont placés 
dans les différentes régions qui partagent ces cavités et com- 
ment ils correspondent au dehors , afin que la division que 
l'instrument offensif a faite à l'extérieur donne lieu de juger 
quel viscère peut être blessé dans l'intérieur, quand les plaies 
sont pénétrantes. Il est nécessaire aussi d*avoir une idée nette 
( laquelle ne peut être acquise que par l'habitude des dissec- 
tions), de l'échelle de coloration des différens organes, des 
membranes diverses, ainsi que des effets de la mort, pour ne 
pas prendre ce qui est naturel pour le produit des poisons ou 
de la violence, et réciproquement. 

La physiologie ou la science des fonctions est tout aussi 
indispensable que l'anatomie pour reconnaître quels organes 
ont été lésés : je veux parler aussi de la physiologie certaine, 
positive, non de celle qui est plutôt un roman, ou qui est 
bâtie sur des systèmes, des hypothèses : par exemple, le mé- 
decin instruit saura mieux, k la suite d'un coup d'épée, par 
la douleur, les syncopes, et les vomissemens continuels de 
son malade, que l'estomac a été blessé, que par la lecture de 
savantes dissertations sur la cause du vomissement, etc. 

Les ravages des maladies, ou l'anatomie pathologique, 
doivent également être connus du médecin expert, soit pour 
juger des effets d'une cause très-antérieure, et qui a produit 
toutes les suites de l'inflamuiation lente, soit pour ne pas tout 
d'abord attribuer a une violence la mort qui l'a suivie de près : 
celui qui a passé sa vie dans l'étude des accidens qui eu 
abrègent la trame, et qui a souvent fouillé dans les restes de 
ses semblables, sait que souvent la mort arrive tout à coup, 
coïncidant avec un accident qui n'y entre pour rien, ou du 
moins (jue pour peu de chose, et en conséquence de causes 
qui avaient été jusque-la cachées : les ignorai!» , au contiwe, 



RAP 191 

ou ceux qui ne s'appliquent qu'à gagner de l'argent, ne voient 
rien de tout cela; et souvent même en visitant les cadavres, 
au lieu de signaler les blessures, ils en relatent d'imaginaires. 

La pratique est tout aussi essentielle que la théorie, et les 
deux doivent marcher ensemble : l'expérience des maladies et 
le coup d'œil qui en résulte sont indispensables pour carac- 
tériser les maladies et former un pronostic; celui qui a beau- 
coup vu, et qui a traité toute sorte de maux, en juge bien 
mieux et plus sûrement qu'un autre qui s'est contenté de lire 
avec application les livres qui en dissertent. D'ailleurs, si le 
médecin n'est pas profond dans la théorie et la pratique de sa 
profession, comment serait-il en état de marquer dans sou 
rapport l'ordre et le temps de la curarion de la maladie dont 
il s'agit, et plus encore de pouvoir juger si ses confrères y 
ont procédé méthodiquement ou non? Comment reconnaitra- 
t il lui même s'il a commis quelque erreur dans le diagnostic 
ou dans le traitement , par ignorance ou par négligence, 
faute dont personne ne doit penser être à l'abri, et dont il 
est cependant de notre devoir de faire Faveu aux juges, afin 
que les auteurs des violences ne soient point punis de la faute 
d'aulrui. 

Des connaissances de pharmacie et de matière médicale sont 
également à désirer, tant pour les rapports d'estimations, que 
pour prononcer sur la cure faite par autrui : il faut nécessai- 
rement connaître bien les remèdes, leur prix et leur effet, 
pour pouvoir estimer selon leur juste valeur ceux qui ont été 
utilement administrés, et ne pas adjuger dans les estimations 
le paiement de plusieurs qui auraient été inutiles ou contraires 
à la maladie. Enfin, dans tant d'accidens divers , occasionés 
par jd.es substances qui sont du ressort de la chimie, il faudrait 
pourtant aussi avoir quelque connaissance de cette science : 
par exemple, connaître les gaz et la manière d'agir de chacun 
d'eux sur le corps humain; il est même des circonstances, 
comme dans l'empoisonnement , qui exigent tout le talent 
d'un profond chimiste, pour constater l'existence ou la non- 
existence du poison, et le mettre aux yeux des juges dans 
toute son évidence : d'ailleurs , la chimie en découvre chaque 
jour de nouveaux; de sorte que pour n'être pas embarrassé 
ou étonné dans l'occasion, il faut nécessairement suivre les 
annales de cette science. 

Mais, me dira-t-on, il est facile de donner des conseils , et 
il ne l'est pas autant de trouver des gens qui opèrent; et c'est 
ce que l'expérience nous apprend tous les jours : il serait donc, 
répélerai-je encore, d'un pays bien ordonné d'avoir des per- 
sonnes exprès pour faire les rapports en justice, qui auraient 
4té examinées sur toutes les branches de la médecine légale, 



i 9 * RAP 

et sur l'art d'analyser et de reconnaître les substances empoi- 
sonnées : un fonds devrait en même temps exister dans chaque 
département pour l'établissement et l'entretien d'un laboratoire 
destiné aux divers services d'utilité générale, dans lesquels on 
est forcé de recourir, pour obtenir la vérité , à la chimie et à la 
physique expérimentales. Ou ne trouve pas toujours des phar- 
maciens qui veulent ou qui puissent se prêter à tout ce qui est 
nécessaire pour une analyse exacte; d'ailleurs , outre que ces 
recherches présentent quelque chose d'odieux, elles sont fort 
mal récompensées dans les provinces, où même les transports 
ne sont payés que comme pour un simple manœuvre qui 
irait à pied. J'ai encore eu tout récemmment une preuve de 
ces difficultés pour l'examen d'une substance empoisonnée, 
dont je parlerai plus bas dans les modèles de rapports; exa- 
men qu'après le refus de plusieurs pharmaciens j'ai été forcé 
de faire au laboratoire de la faculté. Tel est l'état d'imper- 
fection où se trouve encore en France une partie si essentielle 
de la garantie de la liberté civile des citoyens ; état qui peut- 
être n'est pas près de s'améliorer. Mais heureusement que les 
médecins qui s'honorent suppléent par leur zèle à toutes ces 
imperfections, et qu'ils font de leur mieux pour s'entourer de 
toutes les lumières. 

Formes et modèles de rapports. Tout rapport présente na- 
turellement trois parties distinctes, dans un ordre qu'il faut 
.nécessairement observer pour donner à cet acte toute la net- 
teté désirable ; savoir, le préambule ou préliminaire; l'his- 
torique ou la description des accidens , des symptômes, des 
faits dont on était chargé de constater la réalité^ enfin, la 
décision ou le jugement que l'examen de ces faits nous déter- 
mine à porter. Le préambule contient la qualité de celui qui 
rapporte et son domicile; on y dit ensuite à la réquisition de 
qui , ou en vertu de quel ordre on doit procéder à la visite 
dont il s'agit, et quel en est le motif ; on y fait mention de la 
date, du jour, et même de l'heure; on désigne le lieu où Ton 
s'est transporté , et où l'on a trouvé le malade , le cadavre , etc. , 
ainsi que la situation où il était 3 on donne le nom de la per- 
sonne, si elle esteonnue, sa profession, son âge; on y fait men* 
lion de ce qu'on a pu apprendre des personnes présentes , et 
des diverses circonstances qui ont quelque rapport avec l'objet 
de la visite; enfin (si on est accompagné d'un officier de jus- 
tice , lequel doit aussi alors signer le rapport), en présence 
de qui on a procédé à l'examen dont il s'agit. Dans Vhistoriaue 
ou la description, qui est le rapport proprement dit, on fait 
en détail le narré de tout ce qu'on a aperçu de relatif au délit , 
à la maladie ou aux faits qu'on se propose de reconnaître ; 
enfin, dans la décision, on exprime le jugement qu'a fait 



RAP 195 

naître dans l'esprit la contemplation des choses observées sur 
la nature de ces choses, sur l'état du malade , sur sa maladie 
et sur sa cause ; c'est aussi là qu'on donne son pronostic, fond?; 
sur les accidens, sur la lésion des Jonctions , et d'après les 
signes commémorants ; qu'on prévoit les conséquences, les 
opérations à venir, et qu'on estime approximativement le 
temps de durée de la maladie, et celui où le malade ne 
pourra pas vaquera un travail personnel, etc. 

Je terminerai cet article en consignant ici quelques uns des 
nombreux rapports que j'ai été dans le cas de faire sur diveisi s 
matières , et qui ne se trouvent ni dans mon ouvrage, ni dans 
les articles que j'ai faits pour le Dictionaire : j'aurais pu , 
comme tant d'autres, et même comme l'a fait l'Encyclopédie, 
transcrire le livre de DeVaux , ou supposer des cas, comme 
l'a fait Belloc; mais, puisque la science a fait des progrès 
depuis Devaux, et puisque j'ai été assez employé par les tri- 
bunaux pour pouvoir rapporter des choses arrivées , j'ai donné 
la préférence à ce dernier parti, et j'ai cru en même temps 
devoir présenter des exemples de cas sur lesquels on est le plus 
fréquemment consulté. 

Rapport à la suite d'une prévention d'infanticide. Nous 
soussignés, docteurs et professeurs à la faculté de médecine, 
rapportons, qu'en vertu de l'ordonnance de M. le j uge d'instruc- 
tion de l'arrondissement de celte ville, nous nous sommes 
transportés, cejourd'hui 27 février 1814, à l'amphithéâtre 
de l'école , pour y examiner le corps d'un enfant de naissance 
enterré depuis trois jours, et qu'on a fait exhumer, qu'on 
suppose appartenir à la nommée N. N. , prévenue d'iniauti- 
cide , et qui était contenu dans une boîte scellée du cachet du 
commissaire de police du canton Nord, à l'etfet de découvrir 
si la mort de cet enfant est ou non l'effet de quelque violence 
criminelle. 

Après avoir ouvert la boîife, et reconnu que le corps de cet 
enfant, qui est du sexe mâle, n'avait encore aucune trace de 
pui réfaction, nous avons procédé attentivement à 1 examen de 
toutes les parties extérieures, sur le;%quelles nous n'avons pu 
découvrir le moindre indice de violence exercée. L'enfant , 
mesuré et pesé, nous a offert quatorze pouces de longueur , et 
quatre livres douze onces de poids, la peau est de couleur de 
rose; les ongles sont imparfaits , et il y a peu de cheveux; la 
membrane pupillaire n'existe plus; la petite fonlauelle existe 
encore; la grande fontanelle est très-large et s'étend jusqu'au 
milieu des os frontaux; les parties génitales sont bien confor- 
mées, les testicules sont descendus dans les bourses, mais leur 
canal est encore ouvert; le cordon ombilical a huit nonces de 



îc>4 »** 

longueur , iî est fiasque, et paraît avoir été coupe a la méthode 
ordinaire. 

Nous avons procédé ensuite à l'ouverture du cadavre, et 
nous avons reconnu : i'°. Je thymus très peu développé, ne 
contenant pas de liqueur laiteuse; -?.°. le péricarde entière- 
ment à découvert; 3°. les poumons recroquevillés au liant de 
la cavité de la poitrine , de couleur brune foncée; 4°« ies ayant 
détaches pour les plonger dons l'eau, ils ont de suite gagné le 
fond de l'eau, et les ayant coupes en morceaux pour répéter 
l'expérience, chaque morceau a pareillement gagné le fond, 
et ils n'ont produit, ni en les comprimant, ni en les coupant, 
Ja moindre crépitation; 5°-. le foie s'est trouvé très-volumi- 
neux, occupant les deux hypocondres, d'une couleur plus 
pâle et d'une consistance plus molle que de coutume; 6°. un 
liquide séreux très abondant, était épanché dans la cavilé du 
bas-ventre; n?» nous observâmes les glandes surrénales très dé- 
veloppées, l'appendice vermïforme assez longue, la vessie uri- 
nairevide, l'intestin rectum rempli de méconium, et un peu 
de cette matière répandue autour de l'anus cl dans le linge qui 
enveloppe le corps de l'enfant. 

Ts'ous concluons de cet examen : i°. que l'enfant n'était pas né 
a terme , e'i qu'il est de six à sept mois de gestation ; 2°. d'après 
les observations des articles 2, 3 et [\ , qu'il n'est pas venu au 
monde vivant; 3°. d'après les articles 5 et 6, qu'il avait été 
malade, et qu'il avait perdu la vie dans le sein maternel, 
orobabiement peu avant de naître : enfin, nous déclarons que, 
non-seulement d'après ces considérations, mais encore d'après 
l'absence de tout signe de violence, il n'y a pas lieu , à l'oc- 
casion de cet enfant, à aucun soupçon d'infanticide. Fait à 
Strasbourg, les jours et an que dessus. 

Rapport d'infanticide par omission de la ligature du cordon. 
Je soussigné, docteur en médecine, médecin de l'hôpital de 
Trévoux, rapporte, qu'en vertu de l'ordonnance de M. le juge 
d'instruction de l'arrondissement de celte ville, m'i mitant à 
me transporter à la commune de N. pour y visiter le corps 
d'un enfant nouveau-né , que le maire de cette commune a 
déclaré ne vouloir point permettre d'inhumer, avant qu'on 
eût constaté la cause de sa mort; je me suis rendu , ce jour- 
d'hui 5 novembre 1811, h ladite commune, où je me suis 
adressé à la femme N. , chez qui était le corps de cet enfant, 
qu'elle avait été chargé d'allaiicr : l'ayant questionnée sur ce 
qui s'était passé, elle me répondit qu'elle avait été prendre 
cet enfant la veille, h ciuq lieues de là , qu'elle l'avait reçu 
mystérieusement de M. N. , tout enveloppé dune forte cou- 
verture , et qu'elle avait reçu ordre de repartir de suite ; que 
duçant la roule, ne l'entendant pos pleurer, elle l'avait re- 



gardé pour lui donner le sein, mais qu'elle îe trouva respirant 
a peine , et qu'il no put pas teier ; qu'à son arrivée chez elle, 
malgré toute sa diligence, l'enfant était mort, et que l'ayant 
examiné, elle avait trouvé ses langes ensanglantés, et que ie 
sang lui avait paru venir du cordon ombilical. 

Après ce récit , j'ai procédé à l'examen du corps de l'enfant i 
que j'ai trouvé du sefce mâle, de la longueur de dix-sept 
pouces, du poids seulement de quatre livres, ayant les ongles 
et les cheveux comme chez les enfans à terme. La peau, tant 
du visage que de tout le corps, est de couleur d'un blanc de 
cire, les lèvres même participent de cette couleur, au lieu 
d'être rosées; les membres sont flasques et plians, le bas- 
ventre est peu saillant. Ayant examiné avec attention toute ht 
surface du corps et les cavités externes, je n'y ai pu décou- 
vrir aucune trace de violence , mais l'état du cordon ombili- 
cal m'a particulièrement frappé : je l'ai trouvé enveloppé 
d'un ruban blanc de fil, lui servant de ligature, mais d'une 
manière si lâche, que j'ai pu faire passer facilement le manche 
du bistouri entre le cordon et cette ligature» Celle-ci ayant 
été enlevée, j'ai mesuré le cordon, et j'ai vu qu'il avait été 
coupé net à trois doigts seulement du nombril; j'ai procédé 
successivement à l'ouverture de la poitrine et du bas-ventre, 
et j'ai aussitôt découvert les poumons et le cœur dans l'ordre 
et la situation des enfans qui ont respiré, mais d'une couleur 
Irès-pâle; ayant détaché les viscères pour faire l'épreuve 
pulmonaire, j'ai remarqué ce qui suit : i°*. en détachant de la 
poitrine le cœur et les poumons, il ne s'est pas répandu une 
seule goutte de sang, et il ne s'en était pas non plus répandu 
dans la dissection; 2°. les poumons pressés dans mes mains' 
et entaillés avec un bistouri, crépitaient dans toute leur éten- 
due, et ils étaient d'ailleurs très-sains; 5°. ayant plongé le 
cœur et les poumons attachés ensemble dans un seau de bois 
rempli d'eau à la température de dix degrés Réaumur, le tout 
surnagea parfaitement; 4°» j'ai voulu voir la quantité de sang 
qui restait dans le cœur et les gros vaisseaux, et après les avoir 
ouverts, il s'est trouvé que cette quantité n'était que de deux 
onces. La cavité du bas ventre et ses contenus ont ensuite été 
examinés et n'ont présenté rien de particulier; seulement, le 
foie était plus pâle que de coutume, et ses gros vaisseaux 
disséqués et poursuivis jusqu'à l'extrémité du cordon, ne con- 
tenaient pas une seule goutte de sang ; la vessie urinaire et les 
intestins se sont trouvés vides, la première d'urine , et les autres 
de méconium. 

Je conclus de ces observations diverses : i 9 . que l'enfant 
dont il s'agit est né à terme, vivant, sain et bien portant ; 
i°, qu'il a exécuté un grand nombre de respirations pi ci dits 

1.5. 



i 9 6 RAP 



et entières, et qu'il a dà vivre plusieurs heures; 3°. qu'il n'a 
reçu aucune violence proprement dite, telle que coups, con- 
tusion, etc., qui ait pu lui causer la mort; 4°- °i uo sa mort 
est le résultat de l'hémorragie par le cordon ombilical, par la 
section duquel, faite très-près du nombril , il a perdu tout 
son sang, et qu'il est probable que ce lien plat, dont le bout 
du cordon était entouré librement, n'avait été placé que pour 
simuler une ligature, après que la vie s'était presque déjà en- 
tièrement éteinte par l'hémorragie volontaire. Fait, d'après 
]es notes prises sur les lieux, à Trévoux, les jours et an que 
dessus. 

Nota. Les aveux des accusés ont pleinement confirmé les 
conclusions de ce rapport. 

Rapport sur une accusation de suppression de part. Nous , 
soussignés, docteur et professeur à la faculté de médecine*de 
Strasbourg, rapportons, qu'en vertu d'une ordonnance de 
M. le juge d'instruction de l'arrondissement de cette ville , 
portant que nous examinerons la nommée N. , âgé de vingt- 
deux ans , détenue pour prévention d'avoir accouché clandes- 
tinement, et d'avoir supprimé son fruit, à l'effet de s'assurer 
s'il y avait effectivement des traces d'accouchement, comme 
il était porté dans des procès -verbaux d'officiers de santé et 
de sage-femme, annexés à l'ordonnance; nous sommes trans- 
porté ce jourd'hui 21 juin 1^17, à la maison d'arrêt, où, 
après avoir fait venir la prévenue à la chambre du concierge, 
nous l'avons interrogée sur sa santé, et elle nous a répondu 
avoir eu une suppression pendant plusieurs mois, ce qui lui 
avait fait grossir le venlre , qu'ensuite , elle avait éprouvé une 
débâcle , il y avait environ deux mois. 

Nous avons procédé successivement à la recherche des signes 
de l'accouchement, et nous avons reconnu ce qui suit : 
i°. que la dénommée est en état de parfaite santé ; 2 . qu'elle a 
les mamelles flasques, ne contenant point de lait ; 5°. la peau du 
ventre ayant quelques rides, mais sans vergetures proprement 
dites; 4°* point d'écoulement, ni en rouge ni eu blanc, aux 
parties sexuelles; 5°. ces parties flétries, décolorées, dilatées, 
le vagin dépourvu de ses plis ou colonnes; 6°. l'orifice uté- 
rin, longitudinal, enlr'ouvert, à bords calleux et découpés; 
enfin, 7 . nous devons remarquer que la détenue s'est prêtée à 
cette visite sans répugnance et sans donner aucune marque de 
pudeur. 

Noire conclusion sur ces recherches est, que la prévenue 
n'a certainement pas observé la continence; l'état des parties 
naturelles, et surtout celui de l'orifice utérin, annoncent, 
qu'ils ont dû livrer passage à un corps quelconque assez vo- 
lumineux , qui s'était développé dans l'utérus, mais l'époque 



RAP itft 

de ce passage, qui paraît déjà éloignée, nous est inconnue; 
et d'après la situation actuelle des choses, il est impossible de 
déterminer s'il y a eu véritablement accouchement au temps 
qui est suppose dans la procédure ; et quant aux procès-ver- 
baux qui sont annexés à l'ordonnance, ils sont conçus en 
termes si vagues, ils énoncent si peu de recherches convena- 
bles, faites en temps utile, qu'ils ne peuvent fournir aucune 
lumière. Fait h Strasbourg, les jours i t an que dessus. 

Rapport sur l'état d'une plaie de poitrine , qui dure depuis 
trois mois , et dont les causes paraissaient douteuses. Je sous- 
signé, professeur de médecine légale et de maladies épidémi- 
ques, à la faculté de médecine de Strasbourg, rapporte, 
qu'ayant été nommé, en date du 4 courant, par M. le juge 
d'instruction près le tribnnal de première instance de cette ville , 
à l'effet de visiter le nommé N. , de Roppenheim , et de consta- 
ter si son élat, sur lequel des rapports antérieurs m'ont été 
communiqués, auraient été aggravé par des causes étrangères 
et indépendantes des coups qu'il aurait reçus ; je me suis trans- 
porté hier 6 juin 1819, au susdit village, où étant arrivé, et 
m'étant fait accompagner de l'officier de santé du lieu, j'ai 
été visiter ledit N. , sur lequel j'ai observé et recueilli ce qui 
suit : 

i°. Le corps entièrement décharné et dans un élat complet 
de consomption; le pouls et la respiration, comme dans la 
fièvre hectique; 

1 9 . Sur la face supérieure et antérieure droile de la poi- 
trine, audessous de la clavicule, la cicatrice encore fraîche 
d'une blessure d'environ neuf lignes de largeur, faite avec un 
instrument tranchant, laquelle aurait été faite, conjointe- 
ment avec d'autres violences , dans la nuit du H mars dernier ; 

3°. Audessous de cette cicatrice, dont la plaie qui l'a pré- 
cédée ne paraît pas avoir été pénétrante, la seconde et la troi- 
sième vraies côtes, séparées du sternum, mobiles, enfoncées, 
et toute cette capacité droite de la poitrine, dans un enfon- 
cement considérable et très évident, relativement à la capa- 
cité gauche; la peau, néanmoins, qui recouvre ces côtes mo- 
biles, ne présentant aurune trace d'ancienne lésion ; 

4°. Le malade, interrogé sur son âge et sur ce qu'il souf- 
frait , m'a répondu être âgé de 18 ans, avoir été gras et fort , 
et avoir souffert beaucoup dès le commencement sur les côtes 
que je palpai , qui étaient toujours très-douloureuses, et que 
maintenant la douleur avait aussi passé du côté gauche; 

5°. Vers la quatrième et la cinquième côte, toujours du 
même côté droit, une plaie encore en suppurai ion, suite 
•l'une opération qui a été pratiquée dans les premiers jours 



icj8 RAP 

d'avril , pour évacuer les humeurs épanchées consécutive- 
ment, et «pu était indiquée; 

6°. Le père du blessé, qui était présent a ma visite, m'a 
piésenlé une chemise que son fils aurait portée lors de la bles- 
sure, percée de deux trous, l'un correspondant à la cicatrice 
actuelle, l'aulreun peu plus bas et plus en arrière, correspon- 
dant aux côtes fracturées , et pouvant indiquer que l'instru- 
ment vulnérant a été dirigé a cet endroit horizontalement 
sans blesser la peau, mais avec assez de force pour concourir 
avec d'autres puissances a la fracture des côtes; 

7 . Le père, le malade et l'officier de santé interrogés sur les 
accidens subsequens à la blessure, il m'a été répondu : que , 
trois jours après, il s'était manifesté une éruption urticaire sur 
le dos et aux membres, avec fièvre, point de côté pleuré- 
tique du côté blesse, crachement de sang, de pus, suffocation, 
qui avaient nécessité l'opération mentionnée au numéro 5; 

8°. L'officier de santé et le père, interroges sur le traite- 
ment qui avait été fait, et notamment sur la saignée, l'offi- 
cier de santé m'a répondu qu'il avait jugé la saignée utile, et 
qu'il l'avait conseillée, mais que la famille et d'autres per- 
sonnes s'y étaient opposées; interpellé de nouveau sur ce fait , 
le père, sans le nier, a dit : qu'ignorant ce qu'il fallait faire, 
il s'était laissé conduire par les médecins. 

Je conclus de l'examen attentif que j'ai fait de toutes ces 
circonstances, d'abord, que l'état du susdit N. est désespéré, 
et qu'il mourra des suites de la consomption des poumons; 

En second lieu , que cet état a été occasioné primitivement 
par la fracture des côtes, laquelle a pu être d'abord mécon- 
nue, et dont les pointes osseuses ont irrité la plèvre, produit 
l'inflammation des poumons, et tous les désordres consécutifs; 
En troisième lieu , que l'expérience prouve assez que ia 
fracture des côtes est par elle-même une plaie grave , mais 
dont cependant on peut guérir, dans sa plus grande simpli- 
cité, si on la reconnaît , et qu'on s'attache à prévenir et à com- 
battre l'inflammation , et que, par conséquent , dans l'espèce 
actuelle, les saignées, et les autres moyens propres à com- 
battre l'inflammation, qui étaient si fort indiqués par tous les 
symptômes décrits aux numéros 4 et y , par l'âge et la consti- 
tution du blessé, ayant été omis, il n'est aucun doute que 
cette omission n'ait contribué à aggraver la maladie. Fait à 
Strasbourg, le 7 juin 1819. 

i\ota. 11 a été reconnu aux débals que les choses se sont pas- 
sées comme ii est dit dans le rapport. 

Rapport contenant l'analyse chimique d'une substance ali- 
mentaire qui a produit des symptômes d'empoisonnement* 
Nous soussigné, professeur à la faculté de médecine, et doc- 



R A P *«$ 

trur en médecine, chef des travaux chimkpcs de la faculté,. 
rapportons que, par ordonnance des 8 et 10 juin courant moi»»,, 
ayant clé nommé par ili. le juge d'instruction de l'arrondisse- 
ment de Strasbourg pour procéder aux opérations chimiques 
nécessaires, à l'effet de découvrir s'il existait quelque chose 
de vénéneux dans une préparation alimentaire, composée de 
farine, œufs , beurre et sel, cuite dans uu vase de 1er, dont 
ont pris leur repas le quatre juin proche passé, un ouvrier de 
l'arsenal , sa femme et sa fllie, et dont ik n'avaient pas tardé 
d'être très -incommodés, nous avons procédé le 9 et le 10 cou- 
rant mois à l'examen de la susdite substance, dont le commis- 
saire de police du canton nord avait pu encore recueillir une 
partie, qu'il nous a fait passer cachetée au laboratoire de la 
faculté, et sur laquelle nous avons fait les expériences sui- 
vantes : 

i°. Partie de celle préparation alimentaire a clc délayée 
dans l'eau distillée, pour faire dissoudre dans- ce liquide tout 
ce qui était soluble, et le soumettre à différens réactifs , com- 
parativement avec d'autres solutions faites exprès, d'émé- 
Uque, de sublimé corrosif et d'arsenic. Les deux premières 
substances vénéneuses ont présenté des phénomènes différons; 
mais il y a eu de suite identité parfaite entre celle solution et 
ki solution arsenicale, ainsi qu'on va le voir. 

n°. L'hydrogène sulfuré y a produit un précipité jaune très 
prononcé, le même réactif a donné un résultat semblable sur- 
une dissolution d'acide arsénicux (arsenic du commerce). 

3°. Le cuivrate ammoniacal y a produit un précipité vert ,.. 
le même précipité a été formé par ce réactif dans la dissolution 
d'arsenic. 

4°. La pierre infernale (nitrate d'argent fondu), placée h 
la surface de ce liquide, a de suite donné lieu à un précipité» 
légèrement jaune, mais qui a été altéra par la présence du sel 
muriatique ; la dissolution arsenicale a donné le précipité 
jaune d'usage. 

5°. Nous avons fait bouillir de l'eau distillée sur la. matière* 
à examiner, celle eau s'est chargée de principes qui se sont 
comportés comme la dissolution aqueuse faite à froid. L'hy- 
drogène sulfuré,. le cuivrate ammoniacal , la pierre infernale, 
y ont produit les mêmes effets. 

6°. Une partie de la substance alimentaire a été chauffé • 
rouge dans un creuset;, elle a donné une légère odeur d'ail dit* 
fici'e à reconnaître, à cause des produits gazeux. provenant de 
la combustion des matières végétales et animales qui compo- 
saient le mets. 

7 . La dissolution de la matière aliaieutaire acte «oumice 



?oo B.AP 

dans un tube de verre à l'action de la pil<° galvanique, le fiî 
de laiton qui correspondait ou pôle négatif a été blanchi. Nous 
flvons fait l'expérience comparative sur la dissolution d'arse- 
nic , les mêmes résultats nous ont été oiferts. 

8°. On a mis de la matière à examiner dans une cornue de 
verre, dont le col, armé d'une allonge, communiquait avec 
un ballon tuhulé, garni d'un tube à gaz; on a soumis cette 
cornue à l'action d'une chaleur d'environ deux cent cinquante 
degrés centigrades ; la chaleur a été continuée pendant quatre 
heures, après lesquelles l'appareil a été démonté. 

Le col de la cornue, ainsi que la panse, étaient tapissés 
d'une multitude de paillettes d'un noir brillant. Ces paillettes , 
projetées sur du charbon ardent, s'élevaient en vapeurs 
blanches d'une odeur d'ail très-prononcée. La liqueur passée 
dans le ballon par distillation ne contenait plus aucun prin- 
cipe qui donnât avec l'hydrogène sulfuré et les autres réactifs 
<i-dessus indiqués, des précipites semblables à ceux que l'on 
•*;vait obtenus dans les deux liqueurs, faites, l'une à froid, 
l'autre à chaud. 

11 restail dans le fond de la cornue un charbon léger, qui, 
soumis à l'action d'une chaleur rouge, ne donna aucune va- 
peur blanche ni aucune odeur d'ail. 

D'après ces expériences, répétées plusieurs fois chacune, et 
qui nous ont paru tellement convaincantes, que des recher- 
ches ultérieures eussent été inutiles , nous concluons que la 
substance alimentaire qui nous a été présentée contenait de 
l'arsenic, ce métal étant le seul corps qui présente les phéno- 
mènes chimiques dont nous avons fait mention; et pour don- 
ner encore plus de validité au présent rapport, nous avons 
renfermé le corps volatilisé dans la cornue, dans un bocal 
que nous avons fermé, et sur lequei nous avons apposé le 
petit sceau de la faculté de médecine. Fait à Strasbourg, le 
i i juin 1819. 

Rapport sur le commodum ou V incommodum du voisinage 
dune fabrique d'acides minéraux et autres produits chimiques. 
Nous soussignés docteurs en médecine, membres du comité 
de salubrité publique de la société de médecine de Marseille, 
rapportons à M. le maire de cette ville, qu'en conformité de 
sa lettre de juillet 1810, portant que la société était invitée à 
faire examiner si la fabrique d'acides minéraux et autres pro- 
duits chimiques, exploitée par MM. N. IN., hors la porte de 
liome, pouvait y être conservée, et si les plaintes des voisins 
él aient fondées, en ce que les émanations de ladite fabrique 
étaient nuisibles, non-seulement a la santé, mais encore à la 
végétation; portant en Outre qu'il serait fait un rapport dé- 
taillé, indiquant les mesuies à prendre pour concilier les in- 



RAP îo i 

tciêts du commerce avec ceux de Ja santé' publique et de l'a- 
griculture : nous nous sommes transportés , Je 3o juillet et 
jours suivans, tant dans la susdite fabrique que dans les en- 
virons, pour faire toutes les observations propres à nous 
éclairer sur l'objet de notre mission, et nous avons reconnu 
ce qui suit : 

i°. A deux cents mètres environ de distance de l'établisse- 
ment, nous avons commencé à sentir l'odeur d'un acide mi- 
néral, qui a fait tousser et éternuer deux d'entre nous; cette 
observation ayant été faite en plein jour, nous l'avons répétée 
pendant la nuit, et elle est devenue encore plus évidente. 
2°. A mesure que nous avancions, nous avons vu les feuilles 
des oliviers frisées et brûlées, comme après certains brouillards, 
les feuilles de vigne et celles de plusieurs arbres fruitiers dans 
le même état, les arbres et les arbrisseaux dénués de fruits. 
o°. Etant entrés dans les maisons de campagne de divers par- 
ticuliers, nous avons trouvé M. N. affecté d'une maladie de 
poitrine, M. N. convalescent d'une longue maladie, et I>l e . N. 
travaillée d'affections nerveuses, qui nons ont déclaré être 
très -fatigués des vapeurs qui s'élèvent de l'établissement en 
question: et, de plus, nous avons vu les meubles garnis en 
métaux couverts de rouille, et du Jinge lavé qui avait été 
étendu, altéré et criblé, pour avoir été exposé à un courant 
de ces vapeurs. 4°- Etant ensuite allés visiter l'établissement 
dans tous ses détails, nous avons vu qu'il servait à la fabrica- 
tion de l'acide sulfuriquc et de la soude factice; mais que les 
chambres de plomb laissaient des issues pour le passage des 
vapeurs, et que la sortie du gaz acide muriatique, résultant 
de la décomposition du muriate de soude, était entièrement 
libre de tous les côtés, de manière que celte fabrique était 
absolument mal conduite, au préjudice même des entrepre- 
neurs; ayant examiné les ouvriers et les ayant interroges, 
nous avons vu des figures blêmes, à faces bouffies, qui nous 
ont répondu en toussant que ce travail ne les incommodait 
pas et ne les faisait pas tousser. 

De quoi, nous ne pouvons nous empêcher de conclure, 
i°. que le voisinage de ces sortes d'etablissewens , indépen- 
damment du danger du leu , est nuisible à la santé publique 
et à la prospérité de l'agriculture, et qu'ils doivent être pla- 
ces dans des lieux stériles, loin des habitations, audessous 
du vent dominant dans la contrée, ou sur des ilôts, au mU 
lieu de la mer; i°. que l'établissement en question ne doit 
eue conservé qu'autant qu'on parviendra à cohober les va- 
peurs sulfureuses et muriatiques par des procédés sûrs, et 
dont on aura obtenu la vérification; et qu'au préalable il est 
de justice que les propriétaires voisins soient dédommagés, et 



?.CV2 RÀ.P 

que les entrepreneurs, s'ils désirent continuer, fassent l'acqui- 
silion des propriétés qui les avoisinent, dans un ravon <i'àu 
moins quatre cents mètres; 3°. qu'enfin le travail de cette fa- 
brique doit être suspendu jusqu'à ce qu'on soit parvenu aux 
iius ci- dessus , et qu'on se soit assuré par une expérience con- 
venable qu'elle est parfaitement bieu conduite. Délibéré à 
Marseille le 12 août 1810. 

Je m'étais proposé d'insérer ici plusieurs antres rapports 
sur divers autres points, tant judiciaires qu'appartenant a 
l'hygiène publique; mais cet article étant déjà bien long pour 
un diclionaire , je me borne à ceux que je viens d'y insérer , 
espérant qu'ils suffiront pour mettre les personnes peu habi- 
tuées sur la voie. (fodéré) 

gendui (René), Les moyens de bien rapporter en chirurgie; in-16. Angers, 

i65o. 
fidelis (rorinnatus) , De relationibus medicorum libri quatuor; in-8°. 

Lipsiœ, 1674. 
BOfiN ( johannes), De nenuntiatione vulnerum; in-8°. Lipsiœ, 1689. 
hammer, Dissertalio de medicind renuncialorid ; in~4°. Erfordiœ, 1692. 
de vaux ( Jean), L'art de faire les rapports en chirurgie; in- 1 2. Paris, J70J. 
PETEUMAffN ( A. ), Casuum rnedico-legalium decas; in-8^. Lipsiœ, 1708. 
stahl (Georgius-Ernestus), Dissertutio de testintoniis medicis ; in-4 . 

Halœ, 17 16. 
hoffmahn ( Fridericns), Dissertalio conlinens obsenuiiiones medico-fo- 
renses selcctas de lœsionibus externis , aborlims , venenis ciphilliis; 
in-4°. Halœ, 1728. 
RicriTER ( e. e. ), Digesla medica , seu decisiones medico-forenses ; in-4 . 

Lipsiœ, 173 t. 
tropanegger (o.G.) , Decisiones medico-forenses ; in-4°. Dresdœ, 1733.. 
deiklein , Dissertalio de medico inter sente ntias medico— légales diserc- 

pantes arbitra tertio ; in-4°- silldnrfù, 1781 . 
prévost, Principes de jurisprudence sur les visites et rapports judiciaires; 

in- 12. Paris, 1753. 
aux, Dissertalio. Quœstiones médico-légales ex chirurgid declararuhv ; 

in-4°. Erfordiœ, 1 774* 
rebsamen { Franciseus-xaverius) , Decas observationum medico-forensium ; 

in-8°. Vindobonœ, 1780. 
iîadmer ( johauncs-Guiliehnus), Programma de prolocolli in sectionibus- 

medico-legalibus publiée corrigendi neccssitale ; in-4°. Gissœ, 1782. 
kdehn (johann-GOttlob), Sammlung viedicinisc/ier Gutachleni c'est-à- 
dire, Recueil de rapports médicinaux; in-8°. Brcslau, 1791- 
sciibaud ( Francisons ) , De jorensium judicum etmedicorum relationibus ; 

in-8°. Pesthini, i 797- 
Actenrieth ( joann. -uenric. -Ferdinand. ),,_ Dissertalio de judicio medici 

jorensis serpe dubio ; in~4°. Vilcmbergœ , 1798. 
tlather (i:mesius), Programma dejudiciis mciiicorum publicorum ; in-4°"- 

Lipsiœ , 1801. 
(-.haussier ( Fr. ) , Consubations médico-légales; in-8°. Paris, 1811. 
jOEiir. (jo}iat>n-(.htistian-f « Itfried), TaschenbucM Juer genchlliche Acrzle 
itnà Gcburtshelfcr bci geselzmaessigen Unlersuckungen des ll'eibcs; 
c'ot-à-dire, Manuel pont les médecins et les accoucheurs chargés de l'explo- 
ration juridique des femmes; 191 pages iii-8°. Leipzig, 1814» 



R A Q ao3 

lbvîllAin (f. f.), Considérations médico-légales sur les visites et rapports 
en justice; i5 pages in-4". Paris, 1 8 1 4* 

nocHWEis (August), Anleilung zur Abfassung gerichlUcher Untersu- 
chungsberlchle; c'est-à-dire, Instruction sur Part de rédiger des rapports 
eu justice; in-8°. Graelz, 1 8 14« ( vaidy) 

RAPURE, s. f. , en lalin rasura , produit d'une opération 
préliminaire et mécanique, dont le but est de diviser gros- 
sièrement les corps , afin de les disposer convenablement à la 
pulvérisation, l'infusion, la décoction, et à une séparation 
plus facile des sucs et de l'amidon qu'ils contiennent. On 
î'exécutcà l'aide de grosses limes connues sous le nom de râpes 
à bois, quand on agit sur des racines dures ligneuses , comme 
le jalap, la gentiane, la rhubarbe, le pareira brava, le sassa- 
fras; sur les bois, tels que le gaïac , le bois d'aloès , le bois 
de Rhodes, le bois néphrétique , le quassia amara, le santal 
blanc, le santal citrin, le santal rouge, le buis ; sur des graines 
cornées, comme la noix vomique. On se sert de râpes plus 
fines lorsqu'on veut obtenir la râpure de corne de cerf, d'i- 
voire , d'ongle d'élan. Le moyen de division employé poul- 
ies matières à la fois pulpeuses et fibreuses, comme les fruits, 
les grosses racines vertes , les pommes de terre , solanum tu- i 
berosum, consiste à frotter ces substances sur une râpe a sucre, 
que chacun connaît, avec une pression plus ou moins forte 
pour les réduire en pulpe. Enfin on procède de même pour la 
division des métaux; mais l'instrument dont on se sert a des 
dents beaucoup plus fines, plus rapprochées , et s^ nomme 
plus particulièrement lime, et le produit de l'opération /i- 
maille. Voyez , pour les opérations préliminaires, le mot pul- 
vérisation, (nachet) 

RAQUETTE, s. f. , cactus opuntia, Lin., plante dicoty- 
létone dipérianthée , de la famille des opuutiacées , de l'ico- 
sandrie monogynie de Linné. 

Qui n'a souvent dans nos serres admiré les formes bizarres 
et les fleurs superbes et quelquefois délicieusement odorantes 
des cactiers ? Aucune plante ne contribue plus à donner un 
aspect tout particulier aux lieux arides des contrées chaudes de 
l'Amérique qui en sont couvertes. De hautes colonnes cannelées 
s'élevant jusqu'à trente pieds, et se divisant à leur sommet 
comme des candélabres, de longs câbles entrelacés, des masses 
arrondies, assez semblables à nos melons, ou des articulations 
aplaties en forme de raquettes, ce qui leur en a fait donner 
Je nom ; telles sont les principales formes que présentent ces 
plantes ordinairement hérissées d'épines redoutables. 

La raquette ou opuntia , qu'on désigne aussi sous le nom de 
ligue d'Inde, de semelle du pape, de cardasse, est un des 
espèces du geure le plus anciennement connues. Quelques sa- 



a<>4 ItAQ 

vans , el entre autres Spreugel ( Hist. reiherb. , vol. i , p. 92 } r 
lui rapportent ce que dit Théophraste {Hist. 1, xn), d'une 
plante à laquelle il ne donne pas de nom particulier, qui crois- 
sait dans le pays des Opunliens, près de la ville d'Opus en 
Locride , et qui se multipliait facilement par ses feuilles, qui 
prenaient racine. Pline, en copiant Théophraste, nomme la 
plante opuntia. Son identité avec notre raquette est assez diffi- 
cile à concilier avec l'opinion commune , qui regarde cette 
dernière comme originaire de l'Amérique, et seulement natu- 
ralisée dans les parties chaudes de l'ancien continent. 

Des articulations comprimées, charnues, ovales-oblongues, 
naissant l'une de l'autre, servent de tige à la raquette. Dans 
les parties inférieures des individus âgés, les articulations s'o- 
blitèrent en s'arrondissant, et forment une sorte de tronc li- 
gneux, dont les articulations, plus jeunes, semblent au pre- 
mier aspect former les rameaux et les feuilles. De petits corps 
régulièrement disposés sur la surface de ces articulations , et 
accompagnés d'épines sétacées disposées en faisceaux, peuvent 
être considérés comme des rudimens de vraies feuilles. Les 
fleurs, qui sont grandes et jaunes, naissent sur le bord des ar- 
ticulations, et se montrent d'avril en juin. C'est la baie qui 
leur succède, assez semblable à la figue par sa forme , qui a 
fait donner à ce végétal le nom de figue d'Inde. La raquette 
s'clève souvent à six, huit, et quelquefois jusqu'à vingt pieds. 
11 en existe plusieurs variétés. 

Les fitiils de la raquette contiennent une pulpe rafraî- 
chissante, et quoiqu'un peu fades, on les mange en quelques 
pays. L'usage de ces fruits offre une particularité remarqua- 
ble; il communique promplement aux urines de ceux qui en 
mangent une couleur rouge et comme de sang , quoiqu'elle 
ne dépende aucunement du mélange de ce fluide. Shaw n'a 
point vu ces fruits produire en Barbarie cet effet, qu'on dit 
ordinaire en Amérique. Les semences donnent une farine très- 
blanche, dont les habitans des îles Antilles et du continent 
américain font de la bouillie et même du pain. Les bourgeons 
mômes, et les fleurs encore en bouton, se mangent aussi au 
Mexique diversement préparés. 

La raquette n'est considérée en France et dans tout le nord 
de l'Europe que comme une plante curieuse, que l'on cultive 
à cause de ses formes singulières, et on n'en fait aucun usage 
cri médecine; mais dans quelques-uns des pays où clic croît 
naturellement, on s'en sert extérieurement. Ainsi, dans l'île 
Minorque, on l'emploie avec avantage, selon Cieghorn , 
contre la pleurésie, la dysenterie et toutes les inflammations 
du bas ventre, sans doute comme moyen dérivatif , en en fai- 
tfjl dej applications à l'extérieur; Gui dé «par cette indication, 



RAQ 20~> 

îe docteur Brennecke s'est servi de Ja raquette, et d'après ses 
observations, publiées dans le vingt-sixième volume du Jour- 
nal de médecine et de chirurgie pratiques , par Hufeland, les 
articulations de cette plante peuvent être utilement employées 
à l'extérieur dans tous les cas où l'on se sert des cantharides et 
des autres épispasliques ou rubéfians, sans affecter la vessie^ 
ni répugner autant aux malades. Pour s'en servir, il faut faire 
macérer une de ces articulations ou espèces de feuilles dans 
de l'eau pendant environ une heure, pour en arracher plus 
facilement les épines qui y sont implantées; on l'ouvreensuite 
en deux, puis on en applique la face interne, froide ou tiédie 
dans l'eau, en multipliant les feuilles selon la grandeur de la 
surface sur laquelle on a besoin d'agir, et on les maintient 
en place au moyen d'une bande serrée. Au bout d'une heure, 
et quelquefois plus tôt, on en éprouve l'effet, qui, lorsqu'elles 
sont fortement appliquées, consiste dans des tiraillemens et 
une cuisson plus ou moins brûlante, accompagnés de la rou- 
geur de la peau. Après seize à vingt-quatre heures, on retire 
ces feuilles qui ont produit tout leur effet, et qui , malgré !e 
mucilage gluant dont elles étaient pénétrées lors de leur ap- 
plication, se trouvent ordinairement toutes sèches. 

Le docteur Brennecke attribue à ces feuilles ainsi appliquées 
une vertu en quelque sorte spécifique dans les attaques de 
goutte; elles calment les douleurs plus promplement et plus 
sûrement que les vésicatoires , sans en avoir les inconvéniens. 
Selon le même, elles sont encore efficaces contre l'odontal- 
gie provenant d'un refroidissement, en en mettant la moitié 
d'une feuille sur la joue; appliquées sur la nuque, ellts cal- 
ment les maux de tête; sur les tempes, les ophlhalmies rhu- 
matiques; derrière les oreilles, l'otalgic ; le lumbago et la 
sciatique même, étant mises sur le point le plus douloureux 
ou sur le mollet. Enfin le même auteur ajoute que plusieurs 
personnes s'en sont servies avec succès pour extirper les cors 
dont elles étaient incommodées. 

Les vieilles tiges de Y opuntia et des autres cactiers acquiè- 
rent un degré de dureté considérable, et le bois en est presque 
incorruptible. Les Américains en font des jattes, des rames et 
divers autres ouvrages de tour ou de menuiserie. 

C'est sur un caclier très Semblable à Yopuntia {cactus coc- 
cinellîfer) que se recueille au Mexique la cochenille, insecte 
qui remplace pour nous avec avantage le précieux mollus- 
que auquel les anciens devaient la pourpre. 

mémoire sur Je cactus opuntia , vulgairement appelé le cactus en raquette, 
et sur les divers avantages que l'industrie française peut en retirer ; par 
Arseunc Thiébaut de Berueaud; in-8°. Paris i8i3. 

(LOISELEUR-DJESfcSîfGGHAMPS Ct MARQUIS) 



soG Ë.A& 

RARE (cas). Voyez cas rares, lome iv, page 1 35. 

(F. V. M.) 

RAREFACTION , s. f. Deux causes, le changement de tenr» 
pératureet l'énergie plus ou moins grande des puissances mécani- 
ques font varier le volume apparent des corps, c'est-à-dire aug- 
mentent ou diminuent le nombre des molécules matérielles conte* 
nues dans un espace donné • or, pour exprimer ces diverses mo- 
difications, on se sert des mois dilatation* raréfaction, condensa- 
tion et compression. Les deux premières dénominations indi- 
quent en général un accroissement, et les deux autres une di- 
minution de volume. Quelques physiciens ont pensé que l'on 
pourrait, en les employant d'une manière spéciale, s'en servir 
non-seulement pour désigner les effets produits, mais encore 
pour faire connaître la cause qui leur avait donné naissance* 
Ainsi les mots dilatation et compression serviraient unique- 
ment pour exprimes les changemens de volume dus à l'in-' 
fluence des puissances mécaniques ; tandis que par raréfaction 
et condensation on entendrait des effets tout semblables, mais 
déterminés par l'action du calorique. Quelque fondée que 

Î puisse être cette distinction , on y a rarement égard , et malgré 
a diversité réelle des acceptions qu'il faudrait donner à ces 
mots, presque toujours on les substitue indifféremment les uns 
aux autres. 

L'attraction qui sollicite les particules matérielles et la force 
expansive du calorique qui tend à les écarter, devaut toujours 
être regardées comme deux puissances dont les actions oppo- 
sées se font mutuellement équilibre et constituent l'état phy- 
sique des corps, il en résulte que toute influence susceptible 
de modifier la distance actuelle de leurs molécules doit néces- 
sairement aussi produire un changement dans les proportions 
du calorique latent qu'ils contiennent. Ainsi l'action des puis- 
sances mécaniques ne se borne pas uniquement a augmenter ou 
diminuer le volume apparent des corps ; mais elle leur fait en- 
core éprouver, dans le premier cas, un abaissement, et dans 
le second une élévation de température. Ces effets sont parti- 
culièrement remarquables dans les fluides élastiques qui sont 
de toutes les substances celles qui cèdent le plus volontiers à 
la compression et se rétablissent ensuite le plus complètement; 
et à cet égard l'expérience est tout "à fait d'accord avec le rai- 
sonnement , puisqu'une multitude de faits constatent l'exacti- 
tude de la théorie. 

Les changemens de volume dont il doit être ici question , 
ceux qui dépendent de l'action du calorique, diffèrent suivant 
l'état de solidité, de liquidité ou de fluidité élastique des corps. 
En général, lorsque les variations de température sont peu 
considérables, le volume des substances solides n'éprouve que 



RAR 207 

tic légères modifications, celui des liquides varie dans un plus 
grand rapport; et enfin dans les mêmes circonstances c'est aux 
fluides élastiques que le calorique fait subir les plus grands 
chansemens. Entre les deux limites de notre échelle thermo- 
métrique, la dilatation particulière de chaque solide, et sur- 
tout celle des métaux, est sensiblement uniforme. Les liquides 
présentent au contraire à cet égard des irrégularités d'autant 
plus grandes, qu'ils bouillent à des températures moins élevées; 
quant aux substances gazeuses permanentes ou accidentelles, 
elles se dilatent toutes, à partir de zéro, et pour chaque degré 
du thermomètre centigrade, de j— de leur volume primitif 
{Voyez gaz, tom. xvn , pag. 47^)» Comme dans bien des cir- 
constances, il importe essentiellement de pouvoir déterminer 
quel est le changement qu'une variation donnée de tempéra- 
ture fait éprouver à un corps , les physiciens ont dressé des 
tables dans lesquelles ils ont consigné ies quantités qui expri- 
priment pour chaque degré du thermomètre la dilatation li- 
néaire des solides qu'ils ont pu soumettre à des expériences 
exactes. Au moyen de cette première notion et en s'aidant du 
calcul, il est ensuite facile de trouver quel doit être, sous ies 
mêmes conditions, l'accroissement des su i faces et celui des 
volumes ; l'expression de ceux-ci est d'ailleurs la seule que 
Ton puisse déterminer et dont la connaissance soit réellement 
utile lorsqu'il s'agit de substances liquides ou fluides élastiques. 
L'exemple que nous avons cité à l'article manomètre [F oyez 
ce mot, tom. xxx , pag. 5o8), fait connaître de quelle ma- 
nière on doit s'y prendre pour corriger les effets que produit 
sur les gaz la raréfaction. (halle etthillaye) 

RAREFIANT, adj. ( mat. médic. ), rarefaciens , du latin 
rarefacere, raréfier, dilater, donner plus d'étendue: épithète 
que l'on donnait autrefois aux médicamens capables de donner 
à la masse du sang un volume beaucoup plus considérable sans 
en augmenter la quantité réelle: mais on sait que ce n'est point 
là une vertu particulière attachée à un remède et que la cha- 
leur est le seul raréfiant. Aussi les raréiiaus ne se trouvent-ils 
que dans la classe des remèdes qui , par leurs qualités échauf- 
fantes et stimulantes, activent la circulation du sang et don- 
nent lieu par là à un plus grand développement de chaleur: 
tels sont les médicamens appelés sudorifi(|ues, diaphorétiques. 
Le phénomène qu'ils produisent est facile à saisir : c'est un 
mouvement d'expansion du centre à la circonférence; les ar- 
tères battent avec force, le système capillaire se gorge, les 
veines se dessinent sur la peau. Ce terme est actuellement pres- 
que inusité en médecine. ( R .) 

RASGATION, s. f. , rascalio. On donne ce nom tantôt au 
râle simple et ordinaire , tantôt à celui dans lequel le bruit 



q<8 RAT 

qui se fait entendre est produit par l'action de l'air sur du sang 
qui obstrue les voies aériennes; quelquefois ce tonne est em- 
ployé pour exprimer l'action de cracher*, lorsque les crachats 
sont mêlés de sang. (m. g.) 

RASOIR, s. m. : c'est un instrument coupant dont l'usage 
pour la barbe est généralement connu. 

Les chirurgiens l'emploient souvent pour oter le poil de cer- 
taines régions du corps, sur lesquelles ils doivent pratiquer des 
opérations, comme à la tête, au péri fté , au scrotum, etc., etc. 
Cette précaution est indispensable pour bien voir l'état des 
parties. 

Il n'est pas moins essentiel de se servir du rasoir sur les en- 
droits velus lorsqu'on doit y appliquer des onguens, des cata- 
plasmes , et autres médicamens topiques susceptibles de se des- 
sécher et de s'attacher. La levée d'un vésicatoire , d'un cata- 
plasme, etc. , sur une partie dont on n'a pas rasé les produc- 
tions pileuses, est une opération fort douloureuse à cause des 
poils qu'on arrache. C'est donc une précaution que le chirur- 
gien ne doit jamais négliger en pareille circonstance, et dont 
l'oubli décèle l'imprévoyance ou une coupable paresse. Dans le 
cas de vésicatoire il est d'autant plus essentiel de raser avant son 
application , qu'après l'enlèvement de l'épidémie cela n'est plus 
possible, et que chaque pansement eu est plus douloureux. 

On ne doit pas raser à sec, comme on le fait souvent, les 
parties qui en ont besoin, à cause de la douleur qui en résulte, 
mais au contraire mouiller la région qu'on veut débarrasser , 
soit avec de l'eau , soit avec de la salive, comme on le l'ail dans 
les hôpitaux, ou mieux que tout cela, avec un peu d'eau de 
savon , comme pour la barbe. 

L'usage d'un rasoir malpropre a été quelquefois suivi de 
boutons, croules et autres affections éruptives. Il est donc né- 
cessaire de bien essuyer son rasoir et de le tenir fort propre 
lorsqu'on s'en sert pour des personnes différentes , notamment 
si on vient de raser des individus atteints d'affections conta- 
gieuses. Il esta croire qu'on a pourtant quelquefois lejcté sur 
le rasoir des accidensqui reconnaissaient d'autres causes, comme 
lorsqu'on a attribué des éruptions vénériennes a son usage, etc. 
Bien que ce résultat ne soit pas absolument impossible, il est 
probable que, plus d'une fois, cet instrument a fourni un pré- 
texte officieux à une origine beaucoup plus évidente et. moins 
avouable. 

Il y a des rasoirs de toute forme; mais ceux que la chirurgie 
emploie sont lel plus simples de tous , et doivent èlie d'un pe- 
tit volume. (i\ v. m. ) 

RATAFIA, il m. , liqueur composée d'eau fie-vie, de sucre 
et cle substances aromatiques ou de fruits. 

Pans Je temps où nos pèics traitaient leurs affaires et pas- 



RAT 209 

saient leurs contrats le verre à la main , parce qu'ils croyaient 
qu'on est plus disposé à la franchise, à la confiance, à la 
loyauté a table que dans l'étude d'un procureur ou d'un no- 
taire • 1 usage était, dit-on, de concluie un marché, un enga- 
gement quelconque, une convention , en terminant le repas par 
un petit verre de liqueur. Res rata Jiat était le mot consacré 
pour annoncer qu'on était prêt à signer, ef à ce mot l'amphi- 
trion ou l'hôte versait la liqueur spirituel!»*, qui, depuis, a 
été appellée ratafiat, conformément à cette formule. Far la 
suite on a francisé ce mot en supprimant le t, et l'on a écrit 
ratafia. 

Les ratafias diffèrent des liqueurs , en ce que ces dernières' 
sont distillées, taudis que les ratafias se font par mfusion. 

Comme les ratafias sont purement d'agrément , ils n'auraient 
point trouvé place dans ce dictionaire, si quelques médecins 
ne considéraient pas certains ratafias comme médicamens, et 
si d'autres n'avaient pas donné à quelques préparations phar- 
maceutiques la forme de ratafias. 

Presque tous les ratafias se préparent de la même manière ; 
mais comme la nature des substances employées et leurs pro- 
portions varient, nous rapporterons un certain nombre de for- 
mules. 

Ratafia des quatre fruits. Prenez cerises, cent livres; merises, 
trente livres ; fraises et framboises, de chaque vingt -cinq 
livres. 

On écrase ces fruits , on les mélange, on les laisse pendant 
vingt-quatre heures en macération, jusqu'à ce que le jus soit 
très-rouge; ensuite on passe par un tamis de crin et l'on ex- 
prime le marc. 

Sur chaque pinte de ce suc on ajoute quatre onces de cas- 
sonnade et une chopine d'eau de- vie. 

On aromatise avec le girolle, la canelle, la coriandre et la 
vanille dans la proportion d'une once de ces aromates pour 
vingt-cinq pintes. 

On laisse le tout en digestion pendant deux mois , ensuite 
on tire la liqueur au clair et l'on filtre le dépôt. 

Autre méthode. M. Cadet de Vaux a publié une formule 
plus économique. Prenez, dit-il , cerises, six. livres; groseilles, 
deux livres ; merises et framboises , de chaque une livie : ôtez 
la queue de vos fruits, écrasez les cerises à la main, ainsi que 
la merise ; séparez-en les noyaux ; concassez-les dans un mor- 
tier; n'écrasez point la groseille ; mettez ces. trois fruits dans 
une bassine à un feu doux pendant un quart d'heure, et termi- 
nez par un bouillon couvert; relirez du feu et videz dans une 
terrine de grès; six ou huit heures après, remettez-les sur le 
ieu pour les en retirer une seconde fois; enfin après le même 
47. 14 



2io RAT 

intervalle, faites encore cuire vos fruits de la même manière: 
alors plongez vos framboises dans le bouillon couvert et videz 
]c tout, encore chaud , dans une cruche où vous aurez versé 
trois pintes d'eau-de-vie , à laquelle vous aurez ajouté de l'œil- 
let rouge à ratafia , deux fortes poignées; cet œillet a l'odeur 
de girofle. A son défaut, on mettra de douze à seize clous de 
girofle mis en poudre, avec un peu de sucre, ou enfin de l'iris 
de Florence; dans ce ratafia on n'ajoute point d'eau, celle de» 
fruits en tient lieu. 11 n'a de sucre que celui qui résulte de cette 
itérative coction des fruits dont la chaleur développe la ma- 
tière sucrée en même temps que cette matière sucrée se con- 
centre par l'évaporalion. Sans cette coction il faudrait ajouter 
demi-livre de sucre par pinte d'eau-de-vie. 

On laisse infuser au soleil, pendant un mois ou six semaines, 
le ratafia de fruit, dans une cruche de grès, en ayant l'attention 
de bien luter le bouchon avec du papier collé; on peut le lais- 
ser ainsi passer l'hiver. Le ratafia fait, on l'exprime fortement,, 
on le filtre et on le met en bouteilles. 

Ratafia de genièvre. On concasse dix litres de graines de 
genièvre, on y ajoute vingt zestes de citron et cinq livres de 
sucre, on met le tout infuser pendant deux jours dans dix 
litres d'eau de vie à dix-huit degrés; on remue souvent l'infu- 
sion , on passe avec expression et on filtre la liqueur. La graine 
de genièvre doit être verte. Ce ratafia est stomachique, cé- 
phalique, cordial , propre à aider la digestion et à chasser les 
vents. 

Baume ne suivait pas la méthode que nous donnons ici, 
parce qu'il trouvait la liqueur trop aromatique : il prescrit de 
prendre huit onces de genièvre récent et entier , de verser des- 
sus quatre livres (deux pintes) d'eau bouillante, de laisser in- 
fuser le mélange pendant vingt quatre heures , de passer avec 
expression, de faire dissoudre à froid dans l'infusion deux 
livres de sucre, et d'y verser une livre d'esprit-de-viu rectifié. 
Au bout de quelques semaines on filtre la liqueur. 

Ratafia de /leurs d'oranger. Mettez infuser pendant huit 
jours seulement huit onces de fleur d'oranger séparée de son 
calice dans une pinte d'eau-de vie; ajoutez-y six onces de 
sucre et filtrez. Pour que cette liqueur ne soit pas louche, mê- 
lez y une cuillerée de lait au moment de la filtrer. 

Ratafia cTangclic/ue. Prenez quatre onces de tiges d'angé- 
lîque récente que vous couperez en petits morceaux, un gros 
de semences d'angélique que vous concasserez, quatie onces 
d'amandes arriéres; faites infuser le tout dans six pintes d'eau- 
de-vic et autant d'eau de rivière. Ajoutez quatre livres de 
sucre et agitez de temps en temps l'infusion. A u bout de quiuzc 
jouis coulez la liqueur avec expression cl filtrez. 



RAT 

L'angéliquc est une substance très- aromatique dont il est 
nécessaire de ménager la dose. Cette liqueur est cordiale et un 
peu sudorifique. 

Ratafia d'orangers , dirons , cédrats , bergamotes. On en- 
lève le zeste de ces fruits, on en met deux par pinte d'eau- 
de- vie à vingt degre's; on laisse infuser pendant environ un 
mois; on ajoute à l'infusion huit onces de sucre par pinte, on 
clarifie au lait et on filtre. 

Escubac. On met dans une cruche deux gros de safran ga- 
tinais , trois onces de dattes et raisins de Damas , quatre onces 
de jujubes , un demi-gros d'anis, autant de canelle et de co- 
riandre. On verse sur ce mélange quatre pintes d'eau- de-vie à 
vingt-six degrés, et on laisse infuser pendant quinze jours , 
avant soin d'agiter la cruche de temps en temps. On passe la 
liqueur avec expression, on fait dissoudre quatre livres de 
sucre dans une pinte d'eau et on mêle le sirop avec l'infusion 
spiritueuse. On met ce ratafia dans de grandes bouteilles pour 
le laisser éclaircir ; et lorsqu'il l'est , on décante pour séparer 
le dépôt qui s'est formé. 

Ratafia de noyaux. On concasse cent noyaux de pêches ou 
d'abricots pour une pinte d'eau-de-vie. On met infuser le bois 
et l'amande pendant un an dans un bocal bien bouché et bien 
luté. Au bout de ce temps on tire à clair la liqueur et l'on y 
fait fondre douze onces de sucre par pinte. On la passe ensuite 
à la chausse etoti la met en bouteilles. 11 faut cirer le bouchon 
et les parchemins qui couvrent l'infusion. 

Anisette de Bordeaux. Versez sur dix onces de sucre con- 
cassé six à huit gouttes d'huile essentielle d'anis , faites dis- 
soudre ce sucre dans six livres d'eau-de-vie et filtrez. 

Ratafia d'anis. On concasse deux onces de badiane des 
Indes, ou semences d'anis étoile; on les met infuser dans 
quatre livres d'eau-de-vie à vingt degrés. Quinze jours après 
on passe la liqueur à la chausse , on y fait fondre dix onces de 
sucre et l'on filtre. 

Ratafia de café. On prend douze onces de café moka torréfié 
et concassé, on les fait infuser pendant huit jouis dans huit 
livres d'eau-de-vie à vingt-un degrés. On passe la liqueur et 
on y fait fondre vingt onces de sucre blanc et l'on filtre. 

Ratafia des sept graines. Prenez semences d'anis, d'angéli- 
que , de fenouil , d'anelh , de coriandre, de carvi , de daucus 
de Crète, de chaque une once. Faites-les macérer dans quatre 
livres d'eau-dc-vie a vingt-un degrés. Au bout de quinze jours, 
passez et faites fondre dans la liqueur douze onces de sucre. 
Filtrez. 

Vesyetro. Dans trois pintes d'eau-de-vie mettez infuser pen- 
dant trois semaines quatre gros de graine d'angéiiqué, six 



ai2 RAT 

gros de coriandre, trois gros de fenouil , aulant d'anis , zestes 
de quatre citrons. Passez et faites fondre dans la liqueur douze 
onces de sucre. 

Le vespelro est beaucoup plus agréable quand on distille 
l'infusion. 

Alkermès de .Florence. Faites macérer dans douze onces 
d'alcool a trente-six degrés un gros et demi de macis , deux 
gros et demi de canelle, autant de girofle et de muscade. Au 
bout de quinze jours, on môle a la liqueur une livre de sirop 
de sucre, on la colore avec la cochenille et l'on filtre. 

Ratafia.de coing. Dans un mélange de six livres de suc dé- 
puré de coing et de deux livres dix onces d'alcool rectifié, 
faites macérer pendant six jours, canelle fine, trois gros ; co- 
riandre concassée, deux gros; girofles concassés, dix-huit 
grains; macis, un demi-gros; amandes amères, quatre gros. 
Passez et faites-y fondre deux livres et demie de sucre. 

Ratafia de brou de noix. Prenez soixante noix récemment 
nouées et saines, écrasez- les et faites-les macérer pendant deux 
à trois mois dans deux livres de vieille eau : de vie; ajoutez-y 
du macis, de la canelle et du girofle, de chaque dix-huit 
grains. Exprimez , filtrez et faites-y fondre deux livres de 
sucre. 

Ratafia d 'œillet. Faites macérer pendant quinze jours au 
moins, dans huit livres d'eau de-vie, quatre livres de pétales 
d'œiHets rouges sans onglets , dix-huit grains de canelle fine et 
aulant de girolle concassé. Passez la liqueur et faites-y fondre 
quatre livres de sucre. 

Ratafia provençal. Faites macérer pendant huit jours une 
livre d'œillets jaspés, mondés, deux livres d'alcool à vingt-un 
degrés; ajoutez-y douze onces de sucre de framboise et dix- 
huit grains de safran. Exprimez et filtrez. 

Mexico. Dans huit pintes d'alcool h trente-six degrés, affai- 
bli avec quatre pintes d'eau, mettez macérer pendant quinze 
jour* six zestes de citron , trois gros de vanille, deuxgiosde 
canelle, autant de clicrvi, de safran et d'amandes arnères, un 
• e,ros de macis. Passez et faites fondre dans la liqueur douze 
livres de sucre. Filtrez. 

Eau de la cote. Faites infuser pendant huit jours huit onces 
de canelle dans vingt-cinq pintes d'eau-de-vie. Passez et; faites 
fondre à froid dans la liqueur huit onces de sucre par pinte. 

Baume divin. Prenez deux onces de baume du Pérou en 
coque, quatre gros de benjoin , deux onces de sassafras râpé , 
une once d'aloès -.uccotrin et trois gros de sucre de vanille. 
Faites macérer h; tout dans seize pintes d'eau-de-vie pendant 
huit jouis , alors passez et mêlez-y vingt quatre livres de sucre 
fondu dans douze piolet d'eau. Filtrez. 



RAT 2.3 

Baume humain. Prenez une once de bnume du Pérou en 
coque, autant de sommités d'absinthe, huit zestes de citron , 
huit noix d'acajou , deux gros de coriandre , autant de rnacis. 
Faites macérer le tout dans seize pintes d'eau-ue-\ie ; au bout 
de huit à dix jours, passez et mêlez y vingt quatre livres de 
sucre fondu dans douze pintes d'eau. Filtrez. 

Crème de créole. Faites infuser dans seize pintes d'eau- de- 
vie, deux gros de graines d'ambrette, le zeste de quinze ci- 
trons , douze noix muscades râpées , dix clous de girofle et 
une once de sommités d'absinthe majeure. Quinze jours après 
passez avec expression , et mêlez- y vingt-quatre livres de su- 
cre fondu dans douze pintes d'eau. 

Cédrat façon des îles. Faites infuser pendant quinze jouis 
dans seize pintes d'eau- de-vie le zeste de douze cédrats et de 
huit citrons , une once de coriandre, une demi-once de ca- 
nelle, deux gros de baume du Pérou et une gousse de vauiile. 
Mélangez à î infusion terminée vingt quatre-livres de sucre 
fondu dans douze pintes d'eau. 

Quand on veut faire de bons ratafias, il faut employer de 
bonneeau-de-vie de vin qui ne sente ni l'empyreumeni l'âcrctc 
de l'huile des pépins et des rafles, ni l'odeur de futaille ; il 
faut faire un bon choix de substances et une macération pro- 
portionnée à leur nature. Par exemple, la fleur d'oranger ne 
doit infuser que quelques heures , sans cela elle cède des prin- 
cipes acres etamers qui rendent la liqueur moins agiéable : ou 
peut en dire autant desécorces de citron, des tiges d 'ange li que. 

On ne doit ajouter le sucre qu'à la fin de l'opération , car 
le sucre diminue la capacité de l'alcool pour dissoudre les 
substances aromatiques 5 cependant on peut et l'on doit même 
le mélanger aux baumes du Pérou et de Tolu quand ils entrent 
dans la composition des liqueurs. 

Les ratafias par distillation étant souvent confondus avec 
ceux par infusion , avec les élixirs; nous allons rapporter la 
formule des liqueurs les plus usitées. 

Eau divine. Mélangez quatre pintes d'alcool, huit onces 
d'eau de fleurs d'oranger , deux gros d'huile essentielle de ci- 
trons et autant de bergamoltes ; mettez ce mélange dans ua 
bain marie d'étain , et distillez à une douce chaleur : faites 
fondre séparément quatre livres de sucre dans huit pintes d'eau$ 
versez dans ce sirop votre esprit aromatique distillé, agi- 
tez, et quelque temps après , filtrez. 

Cette liqueur est cordiale et légèrement, sud or inique; on la 
fait entrer quelquefois a la dose d'une demi once à deux onces 
dans une potion cordiale. 

Eau des Barbadcs. Prenez une once de zestes récens d'o- 
ranges et quatre onces de zestes de citrons , un demi gros de 



2i\ RAT 

girofle et un gros de coriandre ; fuites macérer pendant vinçt- 
quatre heures dansquatre livres d'alcool à vingt degrés ; dis- 
tillez ensuite au bain-marie , et ajoutez au produit un poids 
cgal de sirop de sucre blanc ; mêlez et filtrez. 

Huile de f^énus. Prenez six onces de fleurs de daucus carotta , 
carotte sauvage; faites-les macérer pendant vingt quatre heu- 
res dans dix. livres d'alcool ; distillez au bain-marie jusqu'à 
siccilé; mêlez le produit à partie égale de sirop de capillaire 
très-charge de l'odeur de cette plante ; on colore quelquefois 
cette liqueur en rouge avec un peu de cochenille. 

Liqueur de menthe dite des chasseurs. Mettez une livre de 
sommités fleuries de menthe poivrée macérer pendant vingt- 
quatre heures dans huit livres d'eau-de-vie ; distillez au bain- 
marie ; ajoutez au produit partie égale de sirop de sucre : on 
colore ordinairement cette liqueur en vert (nous indiquerons 
ci-après le procédé de coloration). 

Anisette d'Hollande. Prenez quatre livres six onces d'anis 
vert , trois livres trois onces de badiane ou anis étoile des In- 
des , douze onces de coriandre , huit onces de fenouil, autant 
de noyaux concassés , deux onces de graines d'ambrette , six. 
onces de graine d'angélique, quatre onces de sassafras râpé , 
une livre d'absinthe séchée et mondée, mettez ce mélange 
dans cent pintes d'eau-de-vie ; vingt-quatre heures après , dis- 
tillez , retirez cinquante pintes que vous mélangerez avec cin- 
quante livres à soixante de sirop de sucre. 

Si l'on continue la distillation pour obtenir encore un quart 
de produit , on en fait de l'anisette de qualité inférieure. 

Èau-de viede Dantzig.Ds.ns quatorze pintes d'eau-de-vie, 
mettez deux onces de feuilles de pêcher , deux gros de carda- 
mome, une once de canelle, une demi-once de fleur d'oranger; 
distillez et relirez sept pintes de produit; ajoutez-y trois pin- 
tes de kirchenwasser; faites fondre dix livres de sucre dans cinq 
pintes d'eau ; mélangez le tout. Les marchands y ajoutent de 
î'or en feuilles. 

Crème impériale. Mélangez quatorze pintes d'eau-de-vie et 
une pinte d'eau de fleur d'oranger double ; mettez y une once 
de canelle, deux gros de girofle, autant de macis et de chervi, 
quatre gros d'aneth , deux noix muscades râpées, une once do 
baume du Pérou ; autant de bois de Chypre , de styrax et de 
benjoin , quatre gros de vanille ; distillez à moitié de produit; 
laites un sirop avec dix livres de sucre dans cinq pintes d'eau, 
et mêlez-y la liqueur aromatique. 

Curaçao de Hollande. Distillez cent pintes d'eau de-vie sur 
huit livres d'écorecs de curaçao, retirez cinquante juntes d'es- 
prit ; mettez -y infuser pendant cinq jours huit onces de bois 






RAT ii 5 

de Brésil et quatre onces de bois d'Inde ; filtrez et sucrez avec 
trente- huit livres de sirop. 

Rosolio de Turin. Prenez deux onces de muscades râpe'es , 
une once de canelle , autant de girofle , deux livres huit onces 
d'amandes amères, mettez-les dans huit pintes d'eau-de-vie, et 
distillez ; ajoutez au produit une pinte et demie d'eau de fleur 
<"Fb ranger ; laites un sirop avec huit pintesd'eau, vingt-quatre 
livres de sucre, six onces de macis et deux pintes d'eau de ca- 
nelle. 

On peut colorer celte liqueur en rose avec la cochenille. Il 
y a des liqueurs qui se font par infusion et par distillation : 
tel est le garas qu'on a classé dans quelques pharmacopées 
parmi les élijcirs.et qui, par le sucre qu'il contient et la ma- 
nière dont il est préparé , doit être rangé parmi les liqueurs. 

Garus. Prenez un gros et demi de myrrhe , autant d'aloès, 
troisgros de girofle, autant de muscades, une once de safran et 
six gros de canelle. On concasse toutes ces substances ; on les 
fait infuser dans dix livres d'esprit devin pendant vingt-qua- 
tre heures; alors on distille au bain-marie jusqu'à siccité; on 
rectifie au bain marie cette liqueur spiritueuse et aromatique 
pour tirer neuf livres d'esprit ; ensuite prenez quatre onces de 
capillaires de Canada , une demi once de réglisse coupée gros- 
sièrement, trois onces de figues grasses; ou hache grossière- 
ment le capillaire; ou le met dans un vaisseau convenable 
avec la réglisse coupée, et les figues grasses aussi coupées en 
deux; on verse dessus huit livres d'eau bouillante; on couvre 
le vaisseau ; on laisse infuser ce mélange pendant vingt-quatre 
heures; on passe ensuite en exprimant légèrement le marc ; on 
ajoute douze onces d'eau de fleurs d'oranger ordinaire; on fait 
dissoudre à froid douze livres de sucre dans cette infusion ; 
ensuite on mêle deux parties de ce sirop sur une d'esprit de vin 
en poids et non en mesure ; on agite le mélange pour qu'il soit 
exact ; on le conserve dans un grand vase de verre bouché et 
on le tire par inclinaison quelques mois après lorsqu'il est suf- 
fisamment clair. 

Coloration des liqueurs en jaune , en bleu et en vert. La 
couleur jaune se donne avec le curcuma , la bleue avec l'in- 
digo , la verte avec le curcuma et l'indigo. 

La teinture de curcuma saturée se prépare avec la racine de 
curcuma concassée , sur laquelle on verse de l'alcool à vingt- 
deux degrés , de manière à recouvrir la matière de trois ou 
quatre doigts à peu près ; on laisse macérer l'espace de huit 
jours en ayant soin d'agiter de temps en temps. 

Teinture d'indigo. On prend une once d'indigo flore pulvé- 
risé, on le met avec dix onces d'acide sulfurique à soixante six 
degrés dans une capsule de porcelaine placée sur un bain de 



3i6 RAT 

sable. La dissolution s'opère à l'aide d'une douce chaleur* 
Quand elle est refioidie , on i'étend d'un poids d'eau é^al au 
sien; on prend ensuite quatre onces de celle dissolution que 
l'on verse dans un moi lier de porcelaine ou dans une capsule; 
on y ajoute peu à peu trois onces decaibonatc de chaux, réduit 
en poudre. En triturant le mélange avec un pilon de verre ou 
de porcelaine, il en résulte après l'effervescence une pâte for- 
mée de su lia le de chaux , chargée de la matière colorante de 
l'indigo; ou délaye celte pâte avec huit ou neuf onces d'alcool; 
on laisse le mélange en contact pendant douze heures en agi- 
tant il'* temps en temps , et Ton filtre. 

Couleur verte. Quand -m veut colorer une liqueur en vert , 
on fait un mélange de deux parties de celte teinlure alcooli- 
que d'indigo et une partie de teinlure de curcuraa. Ce mélange 
ajoute en plus ou en moins grande quantité donne une couleur 
Veitc plus ou moins foncée. 

Cette quantité d'alcool ne suffisant pas pour dissoudretoute 
la matière colorante contenue dans le sulfate de chaux , on 
peut le laver de nouveau avec une seconde dose d'alcool que 
ï'ow emploie à une nouvelle opération. 

Ratafia du commandeur de Caumarlin. Ce ratafia cité par 
Baume comme employé par quelques médecins dans la gravelle 
et les rétentions d'urine, se compose de la manière suivante : 

Prenez deux onces cV arrête-bœuf, autant de cynorrhodon, 
de guimauve, de sceau de Salomon, de chardon Roland el de 
grande consolide, six gros de muscade, un gros de semences 
d'anis, une once de baies de genièvre. 

Ou neloie les racines, on les concasse ainsi que les musca- 
des, les semence s d'anis et les baies de genièvre; on met toutes 
ces substances dans un matras ; on les fait infuser à froid pen- 
dant quinze jours dans dix livres d'eau-de-vie. Au bout de ce 
temps, on passe avec expression; on y ajoute deux livres de 
sucre , et l'on agite le mélange plusieurs fois par jour jusqu'à 
ce que le sucre soit dissous; alors on filtre au travers d'un 
papier gris, et on conserve ce ratafia dans des bouteilles qui 
bouchent bien. 

On en prend un petit verre le matin à jeun et autant le soir 
en se couchant. On en continue l'usage pendant quatre ou cinq 
jours. 

Ratafia de quinquina. On fait infuser pendant quinze jours 
une once et demie de quinquina concassé dans une pinte d'es- 
prit de genièvre ; on passe ta liqueur cl on la mélange avec 
deux livres de sirop de capillaire. Ce ratafia est employé 
comme stomachique et fébrifuge. (cadet de cAssrcoti.T) 

RATANillA , s. 1'., krameria triandra , lluiz et Pavon ; ra- 



RAT 217 

eine d'un sous-arbrisseau qui croît au Pérou, et dont on se 
sert eu thérapeutique comme d'un excellent astringent. 

Ce végétal appartient à la famille des pôlygaléës de la Mé- 
thode naturelle et à la télrandrie monogynie du Système de 
Linné. 11 ci oit dans la province de Huanuco, au Pérou, où 
les indigènes le désignent sous le nom de ratanhia,i\u'\ veut dire 
plante traçant sous terre. 

M. Ruiz, célèbre botaniste espagnol , le découvrit, en 
1779 et années suivantes, dans plusieurs lieux du Pérou ; il 
le dessina et le décrivit. Linné, qui avait établi le genre kra- 
meria . n'avait connu que le krameria ixina, qu'il relaie d après 
Loeffling, lequel l'indique aux environs de Cumana ( lter 
hispanieum 1 etc. ;■ Stockholm , 1758). 

Cette plante a une racine horizontale, très rameuse, li- 
gneuse, dure, arrondie, longue d'un à deux pieds, ayant, dans 
sa souche, à peine un pouce de diamètre : l'écorce est assez 
épaisse , un peu inégale à sa surface, d'une couleur rouge très- 
marquée, tirant un peu sur le noirâtre, d'une saveur amère, 
avec un sentiment d'astrictiou. Le meditidlium offre un bois 
assez compacte, blanchâtre ou légèrement rougeâtre, et dont la 
saveur est nulle, de sorte qu'il est probable qu'il est sans vertu ; 
ce qui indique que, pour l'usage, il faudrait n'emplo^-cr que 
l'écorce de la racine. Jfe ne parle point de l'odeur de cette 
racine : car, bien que celle que j'ai sous les yeux en offre une 
assez aromatique, je la crois duc au magasin de droguerie 
d'où elle provient, ou des caisses dans lesquelles elle est ren- 
fermée. Les auteurs ne lui en accordent pas, et Ruiz, qui l'a 
recueillie fraîche, dit positivement qu'elle en est dépourvue. 

Le sous-arbrisseau qui s'élève de celte racine a deux ou trois 
pieds de hauteur ; ses rameaux sont diffus, garnis d'un duvet 
doux et velouté, de couleurblanchàtre, quise remarque d'ail- 
leurs sur toute la plante; les feuilles sont épaisses, éparses , pe- 
tites, ovales-oblongues, aiguës ,* les anciennes branches sont sans 
feuilles et noirâtres par le bas; les fleurs sont axillaircs, solitaires 
vers l'extrémité des rameaux ; la corolle est sans calice, irn^u- 
Jière, presque papilionacée , à quatre pétales (calice, Jussieu) , 
soyeuse en dehors, d'un jaune de laque en dedans, pour- 
vue d'un appendice ou nectaire à quatre folioles (corolles, 
Jussieu) : elle renferme en outre trois étamines, dont les 
anthères sont terminées par une petite touffe de poils en pin- 
ceau; un style rouge. Le fruit est un drupe sec, de la grosseur 
d'une fraise, hérissé de pointes crochues, d'un rouge obscur. 

Le krameria, indiqué par Linné, d'après Loeffling , kra- 
meria zjcina, diffère beaucoup de celui-ci, puisqu'il a les 
feuilles lancéolées, les fleurs en grappes , quatre étamines , etc. 
Il paraît, d'après ce qu'en dit le nouveau Codex, p. 0. xxxvi , 



2i8 RAT 

qu'on Ta retrouvé aux Antilles , et les auteurs de cet ouvrage , 
qui l'appellent ratanhia des Antilles, ne distinguent pas, pour 
l'usage, sa racine , de celui du Pérou, puisqu'ils lui reconnais- 
sent les mêmes caractères. Comme ils ne donnent point d'ex- 
plication à ce sujet, on ne sait sur quoi ils fondent cette asso- 
ciation qui n'est point confirmée d'ailleurs par aucun des 
auteurs espagnols qui ont écrit sur ce sujet , les seuls pourtant 
dont les écrits fassent loi jusqu'ici relativement à la ratanhia. 
Pour pouvoir se servir de la racine de ratanhia, la seule 
partie usitée jusqu'ici , il suffit de l'enlever de terre avec une 
pioche , à la surface de laquelle elle rampe sans s'enfoncer k 
plus de quatre ou six doigts de profondeur; ce qui la rend 
facile à avoir. On la lave, on l'expose au soleil pendant trois 
ou quatre jours, ou à l'étuve. La meilleure est celle récoltée 
après la saison des pluies; on la conserve dans des caisses 
bien sèches, placées dans un endroit sans humidité. Ces racines % 
semblables en cela au quinquina, ne s'altèrent point avec le 
temps et gardent toutes leurs propriétés. Ru«z dit qu'on de- 
vrait n'envoyer dans le commerce que l'écorce, parce qu'elle 
seule contient les principes efficaces du krameria triandra : il 
ajoute qu'il serait préférable de n'envoj'er du Pérou que l'extrait 
de ratanhia, attendu que le transport en serait plus facile, et 
qu'on aurait celui fait avec des racines fraîches, qui est meil- 
leur que celui obtenu des racines sèches, parce qu'on l'achève 
par la chaleur solaire; ce qui ajoute à sa perfection. 

Jusqu'à l'année 1784, on n'avait aucune connaissance sur 
les propriétés de la ratanhia. A cette époque, M. Ruiz vit à 
Huanuco des dames qui se frottaient les dents avec un petit 
morceau de bois d'un rouge vif: ellesrépondirent aux questions 
qu'il leur fit sur cette substance, que c'était la racine d'une 
plante appelée ratanhia, et lui en procurèrent de suite un pied 
en fleur et en fruit ; ce qui le lui fit reconnaître pour la krameria 
triandra qu'il avait découverte quelques années avant. On 
s'en servait pour nettoyer et raffermir les dents, et colorer en 
même temps les lèvres; ce qui lui avait mérité à Lima le nom 
de racine pour les dents. 

Ruiz employa d'abord cette racine au même usnge que les 
Péruviennes; mais lui ayant remarqué une saveur styptique 
supérieure à toutes celles qu'il connaissait, il conjectura 
qu'elle devait posséder des vertus astringentes très-remarqua- 
bles, que surtout elle devait être propre à arrêter les hémor- 
ragies. 11 en prépara, par infusion, un extrait qu'il amena a 
siccité par la chaleur solaire, après l'avoir rapproché en 
partie par l'évaporation ; il était rougeâlre, transparent, friable, 
et ressemblait, dit ce botaniste, si fort au sang-dragon, qu'il 
fallait les goûter pour en établir la différence : il donne même 



RAT 219 

les caractères distinct! fs de ces deux substances, qui sont une 
amertume plus marquée pour l'extrait de ratanhia, qui ne s'at- 
tache pas aux dents , et qui brûle sans se fondre et sans ré- 
pandre d'odeur résineuse. Cet extrait est d'une saveur austère , 
plus marquée que celle de toutes les autres substances végétales. 

Le botaniste espagnol ne tarda pas a voir ses espérances 
réalisées. Un enfant de huit à dix ans qui avait des vomissc- 
mens de sang considérables, fut guéri avec une drachme de 
cette substance ; bientôt après, une perte utérine des plus 
graves, et qui menaçait les jours d'une malade, fut arrêtée en 
peu de jours au moyen de plusieurs doses semblables de cette 
racine. Plusieurs autres cures non moins positives mirent hors 
de doute l'importance de ce médicament, et, à son retour eu 
Espagne, les médecins de Madrid et des provinces de la Pé- 
ninsule s'empressèrent, d'après ces expériences, d'employer ce 
médicament , et lui retrouvèrent les propriétés astringentes in- 
diquées à un degré très- marqué. Piuiz remarque que, plus heu- 
reuse que le quinquina, la ratanhia n'a point trouvé de contra- 
dicteur depuis son apparition en médecine, et que si on li'cn a 
pas éprouvé ton joui s le succès qu'on doit en attendre, cela 
tient à ce qu'on n'en a pas donné des doses suffisantes, lesquelles 
arrêtent , dès la deuxième ou troisième prise , les hémorragies, 
quelles qu'elles soient, fussent même celles qui ont lieu après 
la plaie dune artère, comme dans une amputation ou une 
blessure récente, à moins, dit-il, que le malade ne soit abattu 
par des maux invétérés. 

Le reste de l'Europe ne tarda pas à jouir des bienfaits de la 
ratanhia. On ne connut pourtant bien ses avantages que par le 
Mémoire de Ruiz sur cette substance, inséré dans le premier 
tome des Mémoires de l'académie royale de médecine de Ma- 
drid. La traduction française qu'en fit M. le docteur Bourdois , 
imprimée dans le Journal de médecine, tom. xv, pag. 80 
( février 1808 ), révéla à la France l'importance de ce médica- 
ment ; mais sa rareté empêcha de pouvoir en user au moins 
généralement. Ce ne fut guère que cinq à six ans après qu'étant 
devenu plus commun, on en put mieux apprécier les avan- 



tages. 



Effectivement, les événemens politiques d'Espagne ayant 
amené eu France, en 18 14, plusieurs médecins de cette nation, 
l'un d'eux) M. le docteur Hurtado , vint lire, en 1816 , à la 
société médicale d'émulation de Paris , un Mémoire qui ré- 
pandit un grand jour sur celte substance. Non-seulement il 
confirma les avantages connus de la ratanhia pour arrêter les 
hémorragies , tels que les avait indiqués Ruiz; mais il la dé- 
signa comme également utile pour faire cesser les flux , quels 
qu'ils fussent , comme les leucorrhées, les blennorrhées , les 
dévoiemens muqueux , les sueurs , etc. Son travail est l'extrait 



220 RAT 

de celui du bolanisteRuiz;plus , vingt- neuf observations tirées 
de la pratique de MM. Ginesta et Bonafos, professeurs à 
l'école de médecine de Madrid, et de la sienne. La plupart sont 
relatives à des succès obtenus par l'usage de la racine de ra- 
tanhia) au moyen de laquelle on obtint la guérison d'hé- 
morragies utérines, le plus souvent venues à la suite d'accou- 
chement , d'hémorragies vésicales, nasales; d'hématémèse , de 
pneumorrhagie , d'exhalation sanguine par les gencives. Les 
observations 24, 20 et '26 montrent le bon emploi de cette 
racine dans des diarrhées qui avaient épuisé les malades , et 
qui ont été arrêtées par son usage : celles numérotées 27 et 
28 sont relatives a des leucorrhées excessives, arrêtées par le 
secours de la krameria triandra. La dernière offre l'exemple 
d'une blen'norrhée rebelle, terminée par le même moyen : la 
ratankia est convenable aussi pour arrêter les règles et lochies 
trop abondantes, suivant le même médecin espagnol. 

Il résulta de la discussion qui eut lieu à la société d'ému- 
lation au sujet du rapport sur ce Mémoire, le 4 décembre 
1816 , et à laquelle assistait M. Hurtado , que la ratanhia con- 
vient parfaitement dans tous les cas où il y a épuisement , 
affaiblissement extrême des sujets, lorsque les pertes ou flux 
sont avec asthénie; qu'elle ne réussit point aussi bien, et 
serait même contraire dans les hémorragies actives, dans tous 
les cas où il y a excitation très -marquée des organes. Plu- 
sieurs de nos confrères citèrent des exemples où la ratanhia 
n'avait point eu de succès, faute d'avoir établi préalablement 
cette distinction très-importante et très-facile au surplus q 
faire. M. Hurtado annonça que les médecins espagnols possé- 
daient maintenant plus de huit cents observations de réussite 
de cette racine, et qu'ils la regardaient comme le premier des 
astringens ; qu'ils la plaçaient, pour son utilité en ce genre, 
sur la même ligne que le quinquina dans les lièvres intermit- 
tentes. 

Des succès aussi marqués éveillèrent l'attention des prati- 
ciens. On s'en procura par la voie du commerce , et successi- 
vement les diverses officines de Paris s'approvisionnèrent de 
cet excellent médicament. On rechercha ses principes par 
l'analyse chimique. On avait attribué la slypticilé de cette 
racine, ou le principe dont elle tire ses vertus, a l'acide gal- 
liquc, cause fréquente de celte propriété dans beaucoup de 
végétaux ; mais M. Pcschier , pharmacien de Genève , l'ayant 
analysée plus exactement, trouva qu'elle était produite par un 
acide particulier, d'une saveur vive et slyplique, foi nui ut, avre 
la baryte, la potasse, la soude, l'ammoniaque et la magnésie, 
des sels crystallisablcs , inaltérables à l'air, celui de soude ex- 
cepté. Le vrai caractère de cet acide que M. Peschier nomme 
hramérique , est d'avoir pour la baryte plus d'allinitc que 



RAT 211 

l'acide sulfuriquc. Cette racine n'a point présenté de particules 
résineuses. 

Nous avons dit que Ruiz donnait l'extrait de ratanhia à la 
dose d'un gros ou au moins d'un demi - gros, c'est celle effec- 
tivement que l'expérience a confirmé être la plus conve- 
nable. On peut prescrire cette quantité deux fois par jour si le 
cas est très-urgent. Ordinairement, à la troisième ou quatrième 
prise, l'hémorragie ou l'écoulement diminue beaucoup, s'il 
ne s'arrête. On peut d'ailleurs en continuer l'usage sans incon- 
vénient, si cela est nécessaire : témoin l'observation citée par 
Ruiz, dans son Mémoire, du marquis de Saint-Simon, 'qui en 
prit pendant quatre mois pour se guérir d'hématémèse qu'il 
devait à des coups de feu reçus à la guerre. Lorsqu'on n'a pas 
d'extrait, qui est la préparation la plus convenable, on peut 
se servir de la poudre de Técorce de la racine (nous avons dit 
que le ligneux était inerte ) à une dose double environ. L'in- 
fusion ou la décoction dans l'eau sont préférables à toutes les 
autres manières de faire prendre ce médicament, lorsqu'on n'a pas 
d'extrait, parce qu'elle en retire les parties extractives mieux 
que ne le ferait le vin ou l'aicool , attendu l'absence des parties 
résineuses. Dans ce cas, il faut une demi- once de racine pour 
produire le même effet qu'un gros d'extrait ou deux gros de 
poudre. Il se dissout, dit-on, un quart pesant de la racine par 
la décoction. On a fait souffler la poudre de cette racine dans 
les narines pour arrêter des hémorragies nasales j mais nous 
pensons que ce moyen, qu'on ne doit pourtant pas négliger, a 
peu de valeur, ainsi qu'un emplâtre qu'on a fait préparer pour 
appliquer sur les hernies, etc. Ruiz prétendait même qu'en 
mettant un peu d'extrait de ratanhia dans le trou d'une dent 
nouvellement arrachée, d'où naissait une hémorragie, celle-ci 
cessait sur-le-champ, ainsi que celle qui résulterait de la pi- 
qûre de la peau par des sangsues ou par la lancette. Il y a 
probablement de l'exagération dans ces dernières assertions, 
mais elles prouvent la grande idée qu'il avait conçue de la 
vertu de celte racine. 

Quelques praticiens espagnols ont l'habitude d'ajouter des 
acides végétaux, comme le suc de citron ou le vinaigre, dans 
l'infusion ou l'extrait de ratanhia, croyant en augmenter la 
vertu astringente. Celte méthode est inutile et peut-être nui- 
sible. Ruiz a observé que l'extrait et la décoction de la ratanhia 
opéraient seuls avec plus de force que mariés à d'autres mé- 
dicamens. 

Ruiz, qui n'est pas médecin, croit que la ratanhia arrête 
les hémorragies en agissant sur les parois des vaisseaux qu'elle 
resserre. Cette opinion est fort probable ; elle est du moins 
plus rationnelle que celle de quelques médecins espagnols, 
qui croient qu'elle agit comme calmaute, et en faisant cesser 



272 RAT 

Pcffervescenœ de la circulation. Ce n'est pas seulement parce 
qu'elle est tonique , que celte racine agit sur les vaisseaux ca- 
pillaires , mais probablement par une action particulière due 
à un des principes de ce végétal ; sa slypiieité même n'est pas 
très-développée au goût-, et l'est beaucoup moins, par exem- 
ple, que son amertume, ce qui indique que ce n'est pas non 
plus cette qualité' seule qui fait la vertu de cette racine. 

En Amérique, on peut retirer, d'après les essais de Ruiz, 
une bonne teinture rouge de la racine de ratanhia. 11 est pres- 
que certain que, chez nous, elle ne sera jamais assez abon- 
dante pour nous permettre de l'employer à cet usage. On 
d.l que c'est aussi un excellent bois de chauffage, ce que je 
suis porté a croire d'après la dureté du bois de la racine. 

Je n'ai point parlé ici des vertus stomachiques, antiscor- 
buliques, etc., qu'on a cru reconnaître aussi dans cette racine, 
parce qu'on ne possède encore aucun fait bien probant sur ce 
point de médecine pratique. Contentons-nous de sa préémi- 
nence comme astringente, et tenons-nous-en, jusqu'à nouvel 
ordre, à cette précieuse propriété. 

buiz , Dissertation sur la racine de la ratanliia, spécifique d'une vertu singu- 
lière contre les flux de sang ou hémorragies (en espagnol, insérée dans le 
premier volume des Mémoires de la société royale de Madrid, 1 796). 

Cette traduction, due à M. Bourdois de la Mothe, l'un des praticiens les 
| lus distingués delà capitale, est la source où on a puisé les diverses notices 
sur cette racine, insérées dans les journaux de médecine de Paris, telles que 
celle de M. Pagèz (Journal général de médecine, etc. , t. xxx , 1807, p. 1), 
celle du Journal de médecine de M. Corvisart, etc. (octobre 1 807, p. 291 ). 
Il est à regretter que-Pau teur n'ait pas consulté an botaniste pour la traduction 
de quelques mots techniques de botanique. 

Hur.TADo, Observation sur l'efficacité de la ratanhia dans les hémorragies pas- 
sives ou advnamiques (Bulletin de la société méd. d'émulation. — Jour" 
nnl de médecine, chirurgie, etc., par Leroux, t. xv, p. 216. Paris, 
1816). 

Ce travail offre l'extrait du mémoire précédent, plus vingt-neuf observa- 
tions de succès de la ratanhia. 

laruelle, Observations sur la ratanhia. Paris, 1817. 

Ce, recueil contient les principales observations dues à M. Hurtado, pu- 
bliées dans le mémoire précédent 5 il paraît composé pour indiquer seulement 
qu'on trouve chez ce pharmacien les préparations de ce médicament : il n'a- 
joute absolument rien à ce qu'on savait sur cette substance. 

kleîn, Abhandlungen ùber die ratanhia; c'est-à-dire, Recueil des princi- 
paux traités en différentes langues sur la ratanhia. Stugar ,1819. 

( mkhat) 

RATE, s. f., lien des Latins, <rnxfo des Grecs. La rate est 
un viscère abdominal , d'un rouge brun , un peu livide , mol- 
lasso , spongieux 5 pénétré par un grand nombre de vaisseaux 
et de nerfs dont l'usage n'est pas connu. 

I. La raie est ordinairement un organe unique, cependant 
quelquefois il y en a plusieurs : eu effet, Cabrol, Slorgagni et 



HAT 223 

Dominique de Marchctlis en ont rencontré deux; Cluselden et 
Fallope en ont vu trois; Fanton dit avoir observé des sujets 
qui en avaient quatre; Guy-Patin et plusieurs autres analo- 
mistes eu ont trouvé jusqu'à cinq; mais alors il y en avait cons- 
tamment une plus volumineuse et qui était située plus haut, 
lorsque les autres, plus petites, étaient placées plus bas dans 
l'épaisseur de la partie supérieure et gauche de l'epiploon. Ces 
rates surnuméraires existent plus particulièrement dans le jeune 
âge et disparaissent probablement à une époque avancée de la 
vie, car on en trouve rarement chez les vieillards. 

La plupart des anatomistes ont pensé que tous les individus , 
en venant au monde, ont au moins une rate, et lorsque sur le 
cadavre il y a quelquefois absence de cet organe, ils croieut 
qu'il a été détruit par quelque maladie, s'il n'a pas été ex- 
tirpé : cependant Hollier dit avoir observé que la rate man- 
quait naturellement chez une femme; Ortélius rapporte la 
même chose; André Dulaurens fait mention d'un cadavre dis- 
séqué à Paris, trouvé sans raie; Kcrchringius a aussi observé 
dans deux fœtus disséqués à Amsterdam, qu'ils n'avaient 
point de rate. Ces anatomistes s'en sont-ils laissé imposer par 
l'extrême petitesse de la rate, qui leur aurait fait croire 
qu'elle n'existait pas, ou bien cet organe manquait-il réelle- 
ment? 

II. La rate est située profondément dans l'hypocondre 
gauche , entre la grosse extrémité de l'estomac et le dia- 
phragme, audessus et audevant du rein et de la capsule atra- 
bilaire gauche; on la voit rarement plus bas que la dernière 
côte. 

La situation de la rate n'est pas toujours la même : on Ta 
trouvée, par vice de conformation, dans la cavité droite de la 
poitrine, chez un fœtus à terme; elle descend souvent au-des- 
sous des cartilages des dernières côtes; on l'a rencontrée à la 
ligne blanche, dans l'hypogastre, dans le bassin; on l'a même 
vue faisant hernie à l'aîne. Ce viscère peut être encore plus 
extraordinairement placé : Cornelis, Gemma ont trouvé la 
rate dans l'hypocondre droit, et le foie dans le gauche; Cat- 
tier a donné la description d'un semblable phénomène dans 
une observation communiquée à Pierre Borell; Bartholin en 
rapporte deux histoires dans ses Observations anatomiques; 
Ilioian a vu un cas de celte nature; Guy-Patin raconte que, 
chez un voleur qui fut roué à Paris en i65o , on trouva la rate 
à droite et le foie à gauche; M. le professeur Béclard a aussi 
observé à l'école de médecine un sujet offrant cette dispo- 
sition. 

Mais lors même que la rate est dans sa position naturelle, 



îï?4 RAT 

elle éprouve quelques petits changeai cns dans sa situation, 
soit par l'état de plénitude ou de vacuité de l'estomac, soit 
selon les divers temps de la respiration. 

III. La grandeur de la rate varie beaucoup dans les animaux 
de même espèce, et cela s'observe môme chez l'homme. On 
voit en effet un sujet d'une haute stature avoir une rate pe- 
tite, et souvent un autre d'une taille ordinaire avoir une rate 
volumineuse, et, dans les deux cas, cet organe se trouve par- 
faitement sain. Pendant la digestion, la grosseur de la rate di- 
minue sensiblement : le volume de ce viscère augmente beau- 
coup chez l'homme et les animaux lorsqu'ils restent long- 
temps sans prendre d'alimens. 

La rate est quelquefois très -petite et du poids d'une ou 
deux onces, et, par l'effet de quelque maladie, elle peut ac- 
quérir un volume et un poids énormes: on en a vu qui pesaient 
dix, quinze, vingt et même plus de trente livres. 

Le volume de la rate peut s'accroître dans plusieurs mala- 
dies : la fièvre ad y na nuque, par exemple, détermiue souvent 
une grande augmentation de volume de la rate. 

La longueur absolue de la rate, d'après les observations de 
M. le professeur Dupuytren, est, terme moyen, de quatre 
pouces et demi , son épaisseur de deux et demi , et son poids de 
huit onces. 

IV. Chez quelques sujets, la rate est très-allongée, chez 
d'autres la longueur et l'épaisseur sont égales; quelquefois elle 
est cyHndroïde et souvent triangulaire, ou fa vue arrondie, 
ou bien ayant son extrémité inférieure plus volumineuse que 
la supérieure, et le bord antérieur profondément dentelé. La 
forme de cet organe varie beaucoup; mais en général la rate 
a la forme d'un prisme triangulaire allongé, dont les extré- 
mités sont arrondies, et dont l'extrémité supérieure est plus 
volumineuse que l'inférieure. 

V. La îate présente trois faces, trois bords et deux extrémi- 
tés à considérer : l'une de ces faces est. externe, convexe, di- 
rigée eu haut, à gauche et un peu en arrière, plus grande que 
les autres, ovalaire, plus large en haut qu'en bas, appliquée 
au diaphragme par l'intermédiaire du péritoine; elle est lisse 
et contiguëaux parties avec lesquelles elle est en rapport. 

Les deux autres laces sont internes et plus petites que l'ex- 
terne : l'une de ces faces est antérieure, lisse, libre, un peu 
concave , et répond à la grosse extrémité de l'estomac ; l'autre 
face est postérieure, contigué au diaphragme, et répond au 
rein et à la capsule atrabilaire gauche. 

Des trois bords de la rate, l antérieur , libre dans toute son 
étendue, est fréquemment dentelé; le postérieur est libre 
aussi , convexe et rarement dentelé; l'interne est plus court 



RAT li3 

que les deux autres; on le nomme scissure delà rate: ce bord 
est percé de trois, quatre , cinq , quelquefois six trous, et 
même davantage; ils donnent passage aux vaisseaux et aux 
nerfs qui pénètrent dans Je tissu de la rate ou qui sortent dé 
ce viscère. C'est au voisinage de la scissure que vont se ren- 
dre les deux feuillets du péritoine qui viennent de l'estomac * 
s'écartent et s'éloignent pour se porter sur les faces antérieure 
et postérieure de la rate. 

L'extrémité supérieure de cet organe, arrondie et plus vo- 
lumineuse que l'inférieure, a reçu par quelques auteurs le 
nom de tête , et répond au diaphragme ; l'extrémité inférieure 
répond a la partie gauche de la portion transversale du colon, 
et on lui a donné aussi le nom de queue. 

VI. La structure de la rate comprend la couleur, la den- 
sité et les parties qui entrent dans la composition de ce viscère, 
telles que les membranes qui l'enveloppent , les vaisseaux ar- 
tériels , veineux et lymphatiques qui le pénètrent, ainsi que 
les nerfs : il y a aussi du tissu cellulaire. L'arrangement parti- 
culier de toutes ces parties forme dans cet organe ce qu'on 
nomme le tissu propre de la rate. 

Vil. En général , la rate a une couleur de sang plus ou 
moins foncée; elle est quelquefois d'un rouge vif , et d'autres 
fois d'un rouge tirant sur le noir. Chez beaucoup de sujets , 
elle est extérieurement maibrée , et dans les fœtus morts quel- 
ques jours après la naissance , les bords de la rate sont presque 
toujours noirs. 

L'homme, ainsi que les animaux qui périssent subitement 
et de mort violente, ont la rate ordinaiiemcnt d'un rouge 
foncé. L'âge , les maladies et la cessation de la vie détermi- 
nent des changemens variés dans la couleur de la rate ; mais 
généralement la couleur est rouge dans le fœtus , tirant du noir 
au vermeil dans les adultes, et plombée ou comme livide dans 
l'âge avancé. 

VIII. La consistance de la rate qui est beaucoup moindre 
que celle du rein et du foie, varie dans les différens individus. 
Ce viscère est quelquefois dense, d'un tissu très serré; ordi- 
nairement il est mollasse. En général , certaines maladies peu- 
vent augmenter ou diminuer la consistance de la rate. 

IX. L'enveloppe de la rate est considérée par beaucoup d'a- 
natomistes comme formée d'un seul feuillet; cependant elle 
est composée d'une double membrane. 

La première est externe et fournie par le péritoine ; elle se 
porte de l'estomac a la scissure de la rate , et voici comment : 
les deux feuillets du péritoine qui ont recouvert les faces an- 
térieure et postérieure de l'estomac se rapprochent et marchent 
vers la rate j ils laissent entre eux dans ce trajet un espace 
47* ^ 



226 RAT 

rempli par du tissu cellulaire , par les vaisseaux sple'niqueS 
et les vaisseaux courts. Arrivés à la scissure de la rate, ces 
feuillets s'écartent, laissant un intervalle qui permet d'aper- 
cevoir la tunique interne ou fibreuse; le feuillet qui est placé 
en avant se porte sur la face anténeuie de la rate ; le feuil- 
let postérieur se porte derrière les vaisseaux courts et à la face 
postérieure, ensuite à la face externe de la rate , et il vient se 
continuer avec le feuilletantéiieur. De celte manière , les trois 
faces, les bords antérieur et postérieur, les extrémités su- 
périeure et inférieure de ce viscère sont recouverts par le pé- 
ritoine : le bord interne de la rate ou sa scissure n'est recou- 
vert que par la tunique fibreuse. La face adhérente de cette 
membrane est intimement unie à la tunique iibreuse, de ma- 
nière qu'il serait impossible de les séparer , excepté un peu 
du côté de la scissure. Le péritoine ainsi disposé sert de liga- 
ment à la rate , et permet aux vaisseaux spléniques de péné- 
trer dans l'intérieur de ce viscère. 

X. L'existence de la tunique propre ou fibreuse de la rate 
est aujourd'hui avérée, et ne peut plus être révoquée en doutej: 
cette tunique recouvre la rate dans toute son étendue, et envoie 
dans l'intérieur de ce viscère des prolongemens nombreux. 

Elle est recouverte extérieurement par la tunique périto- 
néale , excepté vers la scissure de la rate : là le péritoine man- 
que ) elle est seulement recouverte par du tissu cellulaiie, et 
dans cet endroit , cette membrane envoie des prolongemens en 
forme de gaines qui accompagnent et enveloppent les vais- 
seaux qui pénètrent dans ce viscère. Dans le point où la tuni- 
que fibreuse est recouverte par le péritoine, ces deux mem- 
branes sont tellement unies , qu'il est impossible de les sépa- 
rer , excepté dans le premier temps de la vie. 

La face interne recouvre, enveloppe toute la face externe 
de la rate , et y est adhérente ; elle est unie à ce viscère , et 
lui envoie quelques prolongemens très fins et solides. On peut 
cependant l'enlever quelquefois facilement et d'autres fois 
avec difficulté. Dans tous les cas, la face interne est inégale, 
et en quelque sorte grumelee , ce qui est le résultat du déchi- 
rement ou âe la rupture des petits filets solides prolongés de 
cette membrane , et qui sont enfoncés dans le tissu de la rate. 
Ainsi la tunique fibreuse , outre qu'elle enveloppe la rate , 
s'enfonce dans ce viscère par un grand nombre de prolonge- 
mens disposés en forme de canaux , dans lesquels les vaisseaux 
de ce viscère se trouvent enveloppés c«*mme dans unegaîne , 
presque jusqu'à leur dernière division. Ces canaux correspon- 
dent donc au tissu de la rate d'une part, et de l'autre aux 
vaisseaux qu'ils renferment. Ces prolongemens en forme de 



RAT 227 

«anaux sont de la même nature que la membrane qui leur donne 
naissance. 

Outre les prolongemens en forme de canaux , il y en a un 
très-grand nombre d'autres détachés de ceux-ci et de la face 
interne de la membrane fibreuse : ce sont des filets solides 
d'apparence tendineuse ; on peut les mettre à découvert et les 
examiner sur une portion de ce viscère , ou sur une rate en- 
tière qu'on a soin d'inciser profondément et en différens sens - 
on enlève facilement alors la pulpe rougeâtre en faisant de lé- 
gères pressions , et en la faisant flotter pendant quelque temps 
dans l'eau. La pulpe enlevée, on voit la rate traversée dans 
tous les sens possibles par des filets blancs solides , de grosseur 
et longueur différentes, entrecroisés dans tous les sens, laissant 
des intervalles de grandeur et de forme diverses, s'etendanc 
aux points opposés de la rate, et donnant a l'intérieur de cet 
organe la forme spongieuse. Ces filets sont pleins, solides, 
n'ont pas de cavité interne ; ce qui les distingue surtout des 
vaisseaux qui se ramifient dans l'intérieur de la rate , ce sont 
les injections faites avec du suif ou la colle de poisson. Les ar- 
tères et les veines spléniques injectées , on distingue facilement 
alors les ramifications de ces vaisseaux d'avec les prolonge- 
mens fibreux dont nous parlons : mais quelle est la nature de 
ces fibres? est- elle la même que celle de la membrane qui 
semble leur donner naissance? J'en doute. 

La tunique fibreuse considérée vers la scissure delà rate, 
lieu où elle n'est pas recouverte par le péritoine, est d'un 
blanc tirant sur le gris ; elle est dans ce point aussi épaisse 
que dans les endroits où elle est recouverte par le péritoine - 
cependant sacouleur et son épaisseur sont variables, et elle offre 
souvent des points cartilagineux et même osseux; elie est for- 
mée de fibres qui s'entrecroisent dans toutes les directions • 
elle reçoit des vaisseaux sanguins. On trouve, dit-on, des vais- 
seaux lymphatiques à sa surface. On ne voit point de nerfs se 
terminer dans son épaisseur 5 il est néanmoins probable qu'il 
yen a. 

Cette membrane ainsi que ses prolongemens fibreux sont 
fortement élastiques. En effet, cette tunique distendue revient 
promplementsur elle-même aussitôt qu'on cesse de l'allonger. 
On ne doit cependant pas confondre cette propriété avec la 
faculté que celte membrane a de s'étendre et de s'allonger 
lors de l'augmentation de volume quelquefois très-considéra- 
ble de la rate à la suite de certaines maladies : cette distension 
dans ce cas , est moins l'effet de l'élasticité que l'effet des pro- 
priétés vitales/Elle semble insensible, et ne paraît point irrita- 
ble ni contractile. Ses usages sont-ils simplement d'envelop- 
per la rate sans agir , et sans avoir aucune action sur elle ? 

i5. 



228 RAT 

C'est encore ce qu'on ignore complètement. On n'a rien depo* 

sitif sur les propriétés des prolongemens fibreux internes. 

XI. L'artère splénique prend quelquefois directement nais- 
sance de l'aorte j mais ordinairement cette artère est l'une des 
trois branches qui partent du tronc cœliaque. Après sa naissance, 
elle se porte a gauche , marchant le long du bord postérieur du 
pancréas jusqu'à l'extrémité gauche de ce corps glanduleux, et 
elle donne dans son trajet un grand nombre derameaux.Mal- 
piehi a observé que dans le bœuf et la brebis l'artère splénique 
entre dans leparenchyrne de la rate par un seul tronc ; mais dans 
l'homme , dans le chien , le cheval et plusieurs autres animaux, 
cette artère se divise en cinq ou six branches qui s'introdui- 
sent séparément dans le tissu de la rate par la scissure de ce 
viscère. Ces artères réunies aux veines, aux vaisseaux lympha- 
tiques et aux nerfs , enveloppées dans tout leur trajet par une 
gaine commune que fournit la membrane fibreuse , forment 
des espèces de faisceaux. Les branches de Tarière splénique 
ainsi disposées se répandent dans l'épaisseur des parois des cel- 
lules du tissu de la rate , et se divisent en une infinité de rami-* 
fications qui communiquent fréquemment entre elles. 

Un phénomène extrêmement remarquable s'observe ici : er* 
effet , si on pousse de l'air dans une des branches de l'artère 
splénique , on ne remplit que les ramifications de cette bran- 
che d'artère. Du mercure injecté donne le même résultat jr 
c'est-à-dire que le mercure ne passe point dans les branches 
voisines. Si sur un animal vivant on coupe une ou deux bran- 
ches de l'artère splénique , la portion seulement de la rate 
dans laquelle allaient se distribuer ces artères, tombe en mor- 
tification, tandis que le reste de l'organe conserve la vie. 

Il résulte de ce qui vient d'être exposé, qu'il est probable que 
chaque branche de l'artère splénique ne donne du sang qu'à 
une portion déterminée de la rate, que les branches, les ra- 
meaux et les ramifications du même tronc communiquent fré- 
quemment ensemble , et n'ont point d'anastomose avec les ra- 
meaux des troncs voisins, quoique toutes les artères de la rate 
paraissent communiquer entre elles. D'après la marche de l'ar- 
tère splénique , la rate semble disposée comme les organes for- 
més de plusieurs lobes. En effet , la matière injectée dans une 
branche de l'artère splénique ne se répand jamais dans toute 
J'étendue de l'organe , et ne pénètre pas au-delà d'un certain 
espace; il paraît donc que chaque branche d'artère de la rate 
a un département que ces divisions remplissent , et au-delà 
duquel elles ne s'étendent pas. D'après ce qui a été dit plus- 
haut , il n'est pas démontré que les dernières ramifications de 
cette artère se continuent avec les radicules de la veine coï-. 
icspondaute* 






RAT 229 

XII. La veine spléniqtie est un peu moins grosse que la 
veine mésentérique , mais plus grosse de deux tiers environ 
que l'artère splénique. Cette veine , après s'être séparée de la 
veine-porte ventrale, accompagne l'artère splénique le long 
du pancréas. Parvenue à la scissure do la rate , cette veine se 
partage en cinq ou six branches qui pénètrent dans cet organe, 
s'y divisent en rameaux, et ceux-ci , après avoir fréquem- 
ment communiqué entre eux, se terminent par des radicules 
qui vont s'ouvrir dans les cellules du Hssu de la rate. Comme 
toutes les branches de la veine porte ventrale, la veine splé- 
nique n'a point de valvule. Les divisions de cette veine sont 
accompagnées par l'artère splénique dans tout leur trajet; elles 
sont renfermées dans une gaine fibreuse qui leur est commune, 
et adhèrent intimement à ces gaines : les artères, au contraire, 
sont liées aux parois de ces gaines par un tissu cellulaire as- 
sez lâche. Les parois de la veine splénique sont minces , fai 
blés , surtout dans l'intérieur de la rate ; leurs distributions , 
d'après ce que nous avons vu , diffèrent beaucoup de celles 
des artères: mais ces vaisseaux, à leur dernière division , s'a- 
nastomosent-ils entre eux ? Il est probable que l'extrémité ca- 
pillaire des artères se continue avec les dernières ramifications 
des veines, comme on le remarque aux autres parties du corps 
à l'égard des artères et des veines; cependant j'ai plusieurs 
fois poussé de l'air dans l'artère splénique ; j'ai injecté dans 
son intérieur de l'eau, de l'encre , du suif , de la colle de pois- 
son et du mercure ; toutes les ramifications de l'artère se sont 
remplies , les parois des cellules de la rate ont été merveil- 
leusement injectées , mais la matière n'est point tombée dans 
les cavités de ces cellules , et pas un atome n'a passé dans les 
veines de ce viscère. 

Lorsque j'ai soufflé de l'air dans la veine splénique , la rate 
s'est sur le champ distendue ,ct pas une bulle d'air n'a passé 
dans l'artère. De l'eau , de l'essence de térébenthine colorée , 
de la colle de poisson ,et même du mercure , toutes ces subs- 
tances séparément injectées dans les veines de plusieurs rates 
ont constamment distendu ce viscère , et les cellules de son 
tissu en ont été complètement remplies ; mais dans ce cas-ci , 
rien n'a passé non plus de la veine dans l'artère splénique. Je 
ne conclus cependant pas, d'après les essais que j'ai faits, que- 
ces vaisseaux ne se continuent point, comme on voit se conti- 
nuer les vaisseaux des autres parties du corps de l'animal; mais 
si l'artère et la veine spléniques passent de l'une à l'aulresans 
interruption , les expériences que je viens de citer prouvent du 
moins que si les fluides se portent de l'un de ces vaisseaux 
dans l'autre , ce passage doit être difficile , puisque je n'ai pu 



2ûo RAT 

faire passer l'injection ni des arlères dans les veines , ni de 
celles-ci dans les arlères. 

De tout ce qui a été dit , il reste prouvé que la rate reçoit 
une grande quantité de sang , que ce fluide est porté dans ce 
viscère par les artères, et qu'il est repris par les veines , que 
peut-être une partie de ce sang passe directement des artères 
dans les veines , mais que la plus grande quantité , d'abord 
déposée par les arlères dans les cellules delà rate, est reprise 
par les veines dans ces mêmes cellules, peut-être après y avoir 
éprouvé quelque élaboration. 

XIII. Veslingius paraît être le premier qui a aperçu les 
vaisseaux lymphatiques de la rate. Après lui , Rudbeck les a 
dépeints allant de la rate au réservoir du chyle : pour les met- 
tre en évidence , il dit qu'il a seulement lié les veines Ruysch 
nous apprend qu'en liant les vaisseaux delà raie, même dé- 
tachés du corps, en les maniant et en les pressant du côté de 
la ligature, on aperçoit les vaisseaux lymphatiques dans la 
portion inlerne de la rate, ainsi qu'à sa surface. Gaspard Bar- 
tholin affirme qu'en liant les veines on peut injecter par les ar- 
tères les vaisseaux lymphatiques de la raie. Cowper et Mor- 
gagni ont rendu appareils les vaisseaux lymphatiques de ce 
viscère en soufflant parles veines. Glisson cl Haller avouent 
qu'ils n'ont jamais vu dans l'homme les vaisseaux lymphati- 
ques de la rate ; quoi qu'il en soit, voici h peu près la descrip- 
tion que Kruikshank donne de ces vaisseaux : les vaisseaux 
lymphatiques de la rate sont, les uns supeificiels., et les autres 
profonds. Les premiers prennent naissance à la paitie superfi- 
cielle de la rate par des radicules très-nombreuses et irès-lines; 
ils marchent ensuite entre les deux tuniques de cet organe, 
communiquent dans leur trajet avec les vaisseaux profonds--, 
et se continuent en serpentant un peu jusqu'à la scissure de la 
rate. 

Les vaisseaux profonds naissent de tous les points du tissu 
de la rate par des rameaux très-fins, qui se réunissent et for- 
ment des branches. Ces vaisseaux, après avoir communiqué 
fréquemment entre eux et avec les vaisseaux superficiels, se 
portent autour des artères el des veines; parvenus à la scissure 
de la rate , ils grossissent parleur union à quelques troncs venant 
des vaisseaux superficiels, marchent après cela avec les troncs 
des vaisseaux spléniques , traversent, dans leur marche, plu- 
sieurs glandes qui se trouvent dans leur trajet : ces vaisseaux 
se réunissent encore à quelques branches qui viennent de 
quelque organe voisin, et ils vont en commun se terminer au 
canal thoracique. 

XIV. Les nerfs de la rate , après leur naissance du plexus 
lolairc, se portent sur l'ailère et la veine spléniques, forment 



RAT 2 3i 

«utour de ces vaisseaux une sorte de plexus qui pénètre avec 
eux par la scissure de la rate dans l'intérieur de ce viscère» 
Ces nerfs accompagnent l'artère et la veine spléniques jusqu'à 
leurs dernières ramifications. Une chose très-remarquable, c'est 
<jue la grosseur de ces nerfs augmente à mesme qu'ils se rap- 
prochent de la rate, et même pendant quelque espace après 
quils sont entrés dans ce viscère. Comment concilier le nombre 
et la grosseur de ces nerfs avec le peu de sensibilité de la rate? 

XV. La rate n'est pas environnée par le tissu cellulaire j 
cependant ou voit que celui qui entoure les vaisseaux spleni- 
ques s'introduit, par la scissure de la rate, dans l'intérieur de 
ce viscère en accompagnant l'artère et la, veine spleniques; il 
unit ces vaisseaux entre eux et à leurs canaux fibreux : ce 
tissu va probablement concourir à la formation des cellules 
du parenchyme de la rate. 

XVL Voici ce que nous présente la texture de la rate : cet 
organe, coupé ou divisé dans un point quelconque de son 
étendue, offre un aspect spongieux, et l'on y voit souvent, 
surtout dans les jeunes sujets, une espèce de granulation de 
couleur gri*e , presque transparente , quelquefois à peine vi- 
sible, et d'autres fois grosse comme la tête d'une épingle. La 
nature de ces granulations est inconnue; car on ne- sait pas 
plus si ce sont des follicules remplies d'un liquide, ou si ce 
sont des glandes. 

Outre ces parties, on trouve encore dans la rate : i°. du 
sang, i°. une sorte de pulpe ou de sang noir épaissi , 3°. un 
tissu filamenteux blanchâtre. 

i°. Lorsque l'on comprime une portion de la rate coupée, 
on fait sortir , par les vaisseaux divisés , un sang noir, fluide , 
provenant des artères et des veines de la raie, dans lesquelles 
ce sang était contenu : mais le sang veineux est en plus grande 
quantité que le sang artériel. 

i°. En raclant avec le scalpel la surface divisée d'une por- 
tion de la rate, on en exprime et on en tire assez facilement 
une matière liquide, rouge, homogène, demi fluide, comme 
du sang épaissi, et qui est différente du fluide qui sort des 
vaisseaux: cependant cette matière rougit promptement par le 
contact de la lumière ; ce qui semble, prouver que ce n'est 
qu'un sang noir à demi-coagulé. Il n'est pas douteux que ce 
liquide ne soit déposé et contenu dans les cellules du tissu de 
la rate. En enlevant cette espèce de pulpe, on détruit la partie 
3a plus molle du tissu de cet organe, ainsi que sa couleur. 

3°. Après avoir fait écouler le sang et la matière pulpeuse, 
il ne reste plus qu'un tissu filamenteux blanchâtre; mais, pour 
le- bien voir, il faut , par des lotions répétées , enlever tout ce 
sang et la matière pulpeuse qui peut rejter : après cette dei> 



232 HAT 

niète opération , on voit le tissu de la rate s'affaisser, dimi- 
nuer de volume , et se réduire en une petile masse spongieuse , 
blanchâtre, formée de filamens entrelacés d'une manière inexr 
\ricable. En considérant ces filamens, on les voit adhérant , 
d'une part , à la surface interne de la membrane propre de la 
rate, et de l'autre à l'extérieur des canaux fibreux qu'elle 
envoie dans l'intérieur de l'organe : ils sont de nature fibreuse, 
et forment un lacis dans les aréoles duquel est contenue la 
substance pulpeuse , comme il a été dit plus haut. 

XVII. Si vous remplissez de vent , dit Malpighi, une rate 
de brebis ou de veau, et que vous la laissiez sécher, et qu'en- 
suite vous la coupiez aussitôt qu'elle sera sèche, vous trou- 
verez que toute la masse est composée de membranes pleines 
de cellules semblables à celles qu'on remarque dans les rayons 
de miel des abeilles. 

Eu quelque endroit d'une rate bien constituée qu'on fasse, 
dit de Lassone, une ouverture qui pénètre tant soit peu dans 
la substance, si l'on souffle avec un chalumeau par cette ouver- 
ture , on fera infailliblement gonfler toute la rate, et cela 
sans pousser le souffle avec une trop grande force , et l'on n'y 
parviendra pas si on se contente d'ouvrir la tunique sans en- 
tamer le corps même de la rate: il y a donc dans le corps de 
la rate un tissu cellulaire dont les cellules communiquent 
ensemble ; il y a plus, ces cellules communiquent avec les 
veines spléniques. De Lassone n'a jamais manqué de voir l'air 
s'échapper par le tronc de la veine splénique, et , en soufflant 
sans effort par ce tronc, il a toujours fait gonfler tout le corps 
de la rate, au lieu qu'en soufflant par le tronc artériel, la rate 
ne se distend point. 

En examinant l'intérieur d'une rate soufflée, dit encore de 
Lassone, et qui commence à se dessécher, on le trouve absor 
lument rempli de cellules qui paraissent formées par des mem- 
branes très-minces et transparentes, sur lesquelles on voit 
ramper des vaisseaux extrêmement déliés. 

Mes observations sur les cellules de la rate sont conformes 
à celles de ces deux anatomistes. Voici en effet ce qu'on ob- 
serve : une rate soufflée et desséchée , coupée par tranches , 
présente une infinité cV cellules dont les parois sont membra- 
neuses , minces , transparentes , sur lesquelles des vaisseaux 
très-fins vont se ramifier ; ces cellules ne deviennent appa- 
rentes qu'à mesure que la substance pulpeuse qui y est con- 
tenue dans l'état naturel , s'évapore. Elles communiquent en- 
semble: car si l'on pousse de l'air par une ouverture faite 
dans un point quelconque de la rate, elle se distend complè- 
tement • cet air passe ou s'échappe par les veines 4 , ce quipronve 
auc ces cellules communiquent avec ces vaisseaux: de même, 






RAT 233 

en poussant de l'air par les veines, on distend et on gonfle la 
raie. Ces cellules ne paraissent pas communiquer avec les ar- 
tères, car, en injectant de l'air et d'autres matières dans ces 
vaisseaux, comme je l'ai fait , je n'ai jamais pu gonfler la rate- 
ou la distendre. 

D'après ce qui vient d'être dit , on voit que la rate est formée 
de vaisseaux, de nerfs et d'un tissu cellulaire filamenteux, 
dont l'arrangement donne au tissu de ce viscère un aspect 
comme caverneux, et le dispose de manière à pouvoir con- 
tenir une grande quantité' de sang. 

XVIII. Dans le premier temps de la formation de l'em- 
bryon , la rate ressemble à un petit grumeau de sang , et 
s'écrase avec la plus grande facilité lorsqu'on la froisse entre 
les doigts ; bientôt après elle prend de la consistance. Dans le 
fœtus de deux ou trois mois, la rate, encore très petite , est 
appliquée sur le grand cul-de-sac de l'estomac ; son organi- 
sation est à peine apparente. Vers la fin de la grossesse, le 
volume de la rate augmente , et les traces de son organisation 
commencent à paraître. Au terme de la naissance, elle est 
très rouge, et permet de distinguer les élément qui entrent dans 
sa composition. En commençant par l'examen de l'artère splé- 
nique, on voit d'abord qu'elle est moins flexueuse que dans 
l'adulte; la veine est petite et d'un volume presque égal à 
celui de l'artère. A l'examen de la rate pendant les douze ou 
quinze premiers jours après la naissance , rien ne parait épan- 
ché dans son tissu ; le sang qu'elle renferme est contenu dans 
ses ramifications capillaires. Dans les premières années de la 
vie, la couleur de la rate est ordinairement vermeille. Chez 
le vieillard , la rate est quelquefois volumineuse , très-molle, 
d'autres fois très-petite, dure ; elle devient aussi quelquefois 
cartilagineuse à sa surface et même jusqu'à son intérieur; elle 
e>t le plus ordinairement adhérente à l'hypocondre par quel- 
ques points de sa surface; son extérieur est marbré , d'une cou- 
leur noire dans quelques points , vermeille dans d'autres: la 
couleur noire ne pénètre tout au plus qu'à une demi-ligne de 
profondeur. La membrane propre de la rate offre assez fréquem- 
ment des plaques cartilagineuses et rarement osseuses. On les 
rencontre aussi quelquefois chez des jeunes gens etdes adultes , 
mais on les trouve plus particulièrement sur les vieillards. Ces 
points sont d'abord très-petits, augmentent de longueur par 
la suite, et jusqu'à recouvrir ou envelopper la plus grande 
partie de la rate; ce qui rend alors cet organe inextensible. 
Cet état cartilagineux s'étend quelquefois jusqu'aux prolon- 
gemens fibreux, et se continue très- profondément dans l'in- 
térieur de la rate. L'artère splénique a été souvent trouvés 
ossifiée. 



234 RAT 

XIX. La rate jouit de la sensibilité, de l'élasticité', de 
l'extensibilité et de la rétraclibilité. 

i°. La rate ne paraît jouir que de très-peu de sensibilité. De 
quelque manière qu'on l'agace et qu'on l'irrite sur les ani- 
maux vivans, elle n'en donne presque point de marques; les 
maladies mêmes ne développent que très- difficilement cette 
propriété, comme le prouve une expérience faite par M. As- 
sol lant : «Je lis, dit-il , sortir de l'abdomen la rate d'un chien ; 
je la laissai pendante à ses parois sans toucher à ses vaisseaux ni 
à ses nerfs; quelques points de suture faits à la plaie de l'ab- 
domen l'empêchèrent de rentier. L'animal, après avoir léché 
plusieurs fois la rosée qui se manifestait à la surface de l'or- 
gane, commenta à le mordre, et déjà il en avait mangé une 
partie lorsque nous lui liâmes le museau. La rate, excitée de 
diverses manières pendant les douze premières heures qui suivi- 
rent l'expérience, nedonna aucune marque de sensibilité ; l'épi- 
ploon, auquel elle adhérait , était au contraire très- sensible. 
L'animal fut alors démuselé, et il ne chercha plus à manger 
sa rate, quoiqu'elle ne donnât pas plus de marque de sensi- 
bilité qu'auparavant : elle n'en donna pas davantage pendant 
les quatre jours que l'animal survécut à l'expérience, soit 
qu'on la touchât seulement , qu'on la pinçât ou qu'on la dé- 
chirât. Dans ce dernier cas, elle fournissait du sang en assez 
grande quantité, et ne paraissait nullement se désorganiser. 
L'animal périt d'une inflammation intestinale (Voyez Recher* 
ches sur la rate , par M. Assollant , p. 96). «D'après cette 
expérience, on voit que la sensibilité est presque nulle dans 
la rate. 

2 . Lorsque l'on comprime légèrement la rate, elle cède; 
mais elle revient a son état premier aussitôt qu'on cesse la 
compression. Distendue en sens opposé , elle se laisse allonger; 
l'effort cessant, elle rentre à son état naturel. Ces phénomènes 
s'observent sur le cadavre de l'homme et sur les rates des 
animaux vivans soumis h nos expériences. 

3°. La raie est susceptible de s'étendre, d'augmenter de 
volume et de revenir ensuite sur elle même. En effet , si , après 
avoir mis la rate à découvert sur un animal vivant , on com- 
prime pendant quelques inslans les veines de cet organe, le 
sang s'y amasse; on voit la rate se distendre, se tuméfier, 
devenir lisse; mais aussitôt que la compression cesse , on voit 
cet organe chasser, expulser d'un seul effort et d'un seul jet 
le sang qui y estextraordinaircment amassé : sa surface devient 
alors inégale, ridée, et semble en quelque sorte se contracter 
dans différens points de son étendue. Ce qu'on observe pen- 
dant ces expériences doit probablement aussi avoir lieu dans 
l'état de santé des animaux, 



RAT 235 

XX. Les usages de la rate ne sont pas connus. Comment , 
en effet, assigner les usages d'un organe qui p< ul être extiipé 
sur les animaux vivans sans que les fonctions de ces animaux 
soient sensiblement dérangées? On est surpris , en lisant les 
futilités émises sur les usages de la rate par des hommes mar- 
quans dans la science médicale. Peut- on croire, en effet, avec 
quelques auteurs, que la rate sert à contrebalancer la pesan- 
teur du foie, et a établir l'équilibre entre ces deux parties; 
qu'elle sert, selon Cowper, à atténuer le sang, et, selon Harvée, 
à l'échauffer? Galien pensait qu'elle était la source de l'atra- 
bile, et Clopton Havers, de l'humeur synoviale; Méad , 
Duncan ont avancé qu'elle sépare une humeur qui va se mêler 
avec le sang veineux pour corriger l'acrimonie de la bile. Sui- 
vant Perrault , elle sépare un suc acide qui est porté , par le 
moyen des veines, dans le cœur, et va y produire un mouve- 
ment fermentatif. Pline disait que la rate était le siège du rire 
et de la gaîlé ; Van Helmont , qu'elle était le siège de l'ame 
«ensuive. Quelques-uns ont pensé qu'elle était la source d'un 
esprit prolifique; d'autres l'ont regardée comme une fosse où 
le sang allait déposer ses parties grossières. Malpighi et Kiel 
soupçonnaient que les fonctions de la rate étaient relatives à 
la sécrétion de la bile. Nous ne finirions pas si nous voulions 
exposer tous les usages que l'on a supposés à la rate ; ce qu'il 
y a de certain, c'est que ce viscère reçoit une grande quantité 
de sang lorsque l'estomac est vide, et que ce fluide en est 
expulsé quand l'estomac est plein : mais lui fait-il éprouver 
une élaboration quelconque? C'est ce qui paraît probable et 
ce que nous ne pouvons pas affirmer. 

Maladies et anatomie pathologique de la rate. Les mala- 
dies de Ja rate ou les altérations du, tissu de ce viscère sont : 
i°. les plaies, 2 e . l'inflammation, 3°. les abcès, 4°. la gangrène, 
5°. le squirre , 6°. les adhérences avec les parties voisines , 
7°. les déplacemens, 8°. l'augmentation de volume, 9 . la 
diminution de volume, io .* l'endurcissement, n°. le ramol- 
lissement, i'2°. les hydatides. 

I. La rate peut être blessée par des instrumens piquans, 
tranchans ou contondans. Un instrument piquant peut tra- 
verser la partie supérieure et gauche des parois de l'abdomen, 
et aller blesser la rate : dans ce cas, le sang qui sert par la 
plaie est noir; l'hypocondre gauche et la région épigastrique 
sont tendus, durcis et douloureux ; le malade éprouve une 
soif ardente, et il ressent, comme dans les blessures du foie, 
une douleur à la partie antérieure du cou. 

La diète et les saignées copieuses doivent être d'abord em- 
ployées, et si le malade survit à sa blessure , on peut mettre 
eu usage les bains et les cataplasmes émolliens pour diminuer 



236 RAT 

la tension douloureuse de l'abdomen ; mais comme, il est pres- 
que impossible qu'il ne se fasse pas un épanchemenl considé-i 
rablede sang dans la cavité abdominale, le malade meurt im- 
manquablement. 

Lorsque la rate est blessée par un instrument tranchant, le 
malade se trouve à peu près dans le même état que dans le cas 
précédent , excepté qu'ici l'hémorragie est plus considérable 
et la plaie plus pi omptement mortelle. Cependant, si la plaie 
de la rate correspond à celle des parois de l'abdomen , si ce 
viscère est un peu engagé entre les lèvres de la plaie des 
muscles du ventre, et si le sang s'écoule au dehors, on ne 
doit pas alors désespérer tout à fait du salut du malade , comme 
le prouve le sujet de l'observation dont voici un extrait : 

« Chéroux , tambour du troisième régiment des grenadiers, 
reçut un coup de sabre pénétrant dans l'hypoeoudrc gauche: 
une plaie, longue de deux pouces, oblique de haut en bas, 
d'avaut en arrière, comprenait les muscles et les cartilages vers 
la quatrième côte asternale; elle livrait passage à la rate blessée 
qui sortait de six lignes environ. L'hémorragie grave ne put être 
réprimée qu'à l'aide des plus forts styptiques répétés fréquem- 
ment à l'intérieur et à l'extérieur. Blessé le 8 juillet 1806, Ché- 
roux éprouvait encore, par intervalles, des hémorragies : le 
premier août suivant , le sang cessa de couler ; il survint une 
suppuration très-fétide , et les crachats furent purulens. Le 
malade guéri a conservé une difficulté de respirer après la 
promenade ou quelques exercices trop prolongés ( Voyez la 
Nouvelle doctrine chirurgicale, par M. le docteur Léveillé, 
tom. 1 , pag. 4 00 )« » 

Voici l'extrait d'une observation encore plus extraordinaire. 
On lit, dans les Transactions philosophiques pour l'année 1 ^38, 
n°. 45 x , art. m, p. ^(i>, la lettre suivante de Ferguson : « Je 
fus appelé , dit cet auteur, pour voir le nommé Thomas Con- 
vay qui avait reçu un coup de couteau de chasse. Celte arme 
avait pénétré jusque dans l'hypocondre gauche : il y avait 
déjà vingt-quatre heures qu'il avait reçu cette blessure lorsque 
je le vis. Je trouvai la rate sortie par la plaie : ce viscère était 
entièrement froid, noir et gangrené. Je crus qu'il n'était pas 
possible de l'extirper sans exposer le malade à de fâcheux 
accidens; mais, d'un autre côté, la mort dont il était menacé, 
me détermina à faire une ligature avec un fil ciré très-fort ; je 
la fis sur la partie saine, et je coupai trois onces et demie de 
la rate : malgré la ligature , il y eut une artère assez considé- 
rable qui fournit du sang en abondance ; je fis sur-le-champ 
un point de suture , après quoi je réduisis , dans le bas-ventre, 
le restant de la rate, laissant dehors la ligature qui tomba le 
dixième jour. Je pansai la plaie avec du digestif, et je fis faire 



RAT 23 7 

deux fois par jour, des fomentations émollientes sur le ventre. 
Ce blessé se plaignait d'une difficulté d'uriner, qui disparut 
vers le septième ou le huitième jour. Le malade guérit par- 
faitement, vaqua h ses affaires,' et ne ressentit aucune incom- 
modité de la portion perduede sa rate {Biblothèquede Planque r 
tom. ix , in 4°. , p. 702 ). » 

Les plaies de la rate produites par des corps contondans 
ont toujours eu les suites les plus fâcheuses. 

Un maçon mourut par suite d'une chute faite de trè«-haut. 
M. Portai en fit faire l'ouverture. On trouva dans l'abdomen 
un épanchement d'un sang noirâtre qui s'était écoulé de la 
raie, qui était rompue à sa surface interne. Cette plaie était 
inégale et comme déchirée (Ployez Portai, Anatomic médi- 
cale, tom. v, p. izj5)* 

Une femme qui avait en une fièvre chronique et dont la 
rate était devenue volumineuse, reçoit de son mari six coups 
de canne sur le côté gauche; elle meurt une heure après : oit 
trouve la rate rompue et un épanchement énorme de sang 
dans l'abdomen ( Voyez Assollant, Recherches sur la rate, 
pag. roi). 

Un enfant de quatre ans reçoit en jouant un coup de balle 
dans l'hypocondre gauche et meurt en vingt-quatre heures. 
On ne voit rien a l'extérieur; on trouve beaucoup de sang 
dans l'abdomen , la rate très-volumineuse et rompue en T 
( Voyez l'ouvrage cité , page 102 ). 

Il y a des exemples de rupture de la rate par excès d'en- 
gorgement sanguin ou par relâchement de son tissu , sans au- 
cune chute ni coup qui aient pu la déterminer, mais seule- 
ment à la suite de quelque effort violent. ( Voyez Portai, 
Anatomie médicale , tom. v, p. 345). 

II. La rate peut être enflammée à sa tunique externe, ou 
bien à sa propre substance. L'inflammation de la tunique ex- 
terne peut avoir lieu isolément; cependant il arrive rarement 
que la membrane externe de la rate soit enflammée sans que le 
péritoine des parties environnantes participe de la même af- 
fection. Dans la péritonite, la tunique externe de la rate se 
trouve, comme le reste de l'étendue du péritoine, envahie par. 
cette maladie. L'inflammation détermine le développement 
des vaisseaux de la partie et l'augmentation de l'épaisseur de 
cette membrane , et donne quelquefois naissance à des mem- 
branes nouvelles. Mais l'inflammation de la tunique périto- 
néale ne peut longtemps exister sans que le tissu de la rate 
soit atteint par cette affection, et les symptômes qui caractéri- 
sent ces deux états sont les mêmes. L'inflammation, soit de la 
membrane externe, soit du tissu de la rate, est indiquée par 
Une douleur plus ou moins grande dans la région d« la rate, 



233 RAT 

selon l'intensité de l'inflammation. Cette douleur augmente 
par la piessiou et s'étend quelquefois à' tout l'abdomen. Il y a 
de la fièvre, soif ,. difficulté de respirer, tension dans la ré- 
gion de l'estomac, vomissemens, quelquefois coliques, jau- 
nisse et difficulté d'uriner, ce qui a lieu, ou sympathiquement, 
ou parce que l'inflammation s'est communiquée aux parties 
voisines. Les saignées copieuses, les bains, ies fomentations, 
les cataplasmes émoi liens et les boissons antiphlogistiques sont 
les meilleurs moyens pour combattre cette inflammation ; 
mais ma'gré les soins les mieux administrés, cette inflamma- 
tion, au lieu de se résoudre, peut se terminer par suppura- 
tion, par gangrène, par induration ou squirre. 

III. La suppuration de la rate peut avoir lieu a l'extérieur 
ou à l'intérieur de ce viscère. Lorsque la suppuration est exté- 
rieure, on trouve la rate enveloppée par une couche de matière 
purulente. Ce n'est point une collection de pus ramassé dans 
un seul foyer, mais bien une couche de pus, comme on l'ob- 
serve dans le cas de péritonite. 

Lorsque l'intérieur ou la propre substance de la rate tombe 
en suppuration, le pus peut se ramasser en un seul foyer ou 
en plusieurs; ces foyers peuvent être isolés ou communiquer 
les uns avec les autres. Ces abcès détruisent quelquefois la to- 
talité du tissu de la rate, de sorte que ce viscère ne forme 
plus qu'une espèce de sac ou de vessie : quelquefois les pa- 
rois de cette espèce de sac se détruisent ou se rompent dans 
un point; le pus s'échappe, s'épanche dans l'abdomen, et 
peut déterminer la mort presque subitement; ou bien le pus 
peut se frayer une route et s'ouvrir une issue dans la poitrine, 
djns l'estomac, dans le colon; d'autres fois ces abcès s'ou- 
vrent derrière le péritoine, et le pus parcourt un chemin plus 
ou moins long pour aller se faire jour à l'extérieur par une 
ou plusieurs ouvertures. Dans tous ces cas les malades finissent 
à la longue par mourir dans le marasme. 

On trouve quelquefois la rate parsemée de petits foyers pu- 
rulens produits par dos espèces de tubercules en suppuration, 
à peu près comme ceux qu'on rencontre dans les pou mous tu- 
berculeux. Le pus alors est blanchâtre et grumeleux. Ces sortes 
d'abcès ont lieu d'une manière lente, presque sans douleur ni 
fièvre bien prononcée : en général ils sont audessus des res- 
sources de l'art et ont toujours une terminaison fâcheuse. 

IV. La rate peut être gangrenée à l'extérieur, ou la totalité 
de ce viscère peut être frappée de mort. Dans le cas de périto- 
nite, on trouve ordinairement la surface externe de la rate 
désorganisée, tandis que l'intérieur jouit encore de la vie; 
mais d'autres fois ce viscère est dans son entier atteint de mor- 
tification. La gangrène s'annonce *|)ar la diminution, et même 



RAT 23$ 

]a cessation presque subite des symptômes de l'inflammation , 
et par la faiblesse et les syncopes du malade. Lorsqu'on fait 
l'ouverture du corps, on trouve la rate ramollie, désorgani- 
sée; elle se déchire à la moindre traction et laisse exhaler une 
odeur des plus fétides. 

V. On a confondu un grand nombre d'espèces d'endurcïs- 
semens de la rate avec le squirre de ce viscère ; c'est ce qui 
fait croire que cette maladie est beaucoup plus fréquente 
qu'elle ne l'est réellement. En effet voici plusieurs étals delà 
rate qu'on a confondus avec les squirres. Vésale dit que dans 
la rate d'un homme, assez petite, mais extrêmement dure, il 
a trouvé attaché à la partie convexe, de la graisse épaissie en 
forme de pierre blanche très dure. Turneisserus dit qu'il a 
trouvé, dans la rate d'une femme de qualité, une pierre de la 
grosseur d'une châtaigne, de la consistance de l'albâtre, du 
poids de deux onces cinq drachmes , et composée de plusieurs 
lames en forme de coques d'œufs roulées ensemble. Fallope 
a remarqué qu'il s'engendrait des pierres dans la rate : on y 
trouve aussi des tubercules comme ceux qu'on voit au foie et 
aux poumons. Littre fit voir, dans une assemblée de l'acadé- 
mie des sciences, la rate d'un homme, décédé à l'âge de 
soixante ans, qui était pétrifiée sans que cet homme s'en fût 
trouvé malade pendant sa vie. 

Mais parmi les endurcissemens, le squirre s'observe quel- 
quefois à la suite de l'inflammation de la rate : ce viscère de- 
vient dur, son volume augmente beaucoup; il fait saillie à 
l'extérieur, et on le sent au toucher. La rate incisée présente 
une compacité plus grande de son tissu et un rapprochement 
plus intime de ses parties; mais dans cet état le squirre de la 
rate est encore quelquefois douteux : cependant elle s'est sou- 
vent présentée avec tous les caractères du squirre des autres 
parties du corps. Dans presque tous ces cas, le malade sent 
une tumeur à l'hypocondre gauche; il est triste, mélanco- 
lique; il se plaint de sentir du froid ; il respire avec peine et 
il éprouve, du coté de la rate, une douleur plus ou moins 
vive. Cette maladie est souvent accompagnée de fièvre tierce 
ou quarte, et donne presque toujours lieu à l'hydropisie 
ascite. 

« La dysenterie qui attaque ceux qui ont la rate obstruée, 
est suivie, quand elle dure longtemps, d'hydropisie ou de 
lientérie auxquelles les malades succombent. » (Hippocrate, 
Aphorisme 4$ , section vi, traduction de Bosquilion, page 
i 7 5). 

« Une dysenterie passagère est avantageuse dans les an- 
ciennes obstructions de la rate.» (Aphorisme 48 , sect. vr ; 
ouvrage cité, page 176 ). 



2/ t o RAT 

VI. L'adhérence de la raie avec les parties voisines est tou- 
jours l'effet d'une inflammation qui a antérieurement exister 
Ceîte adhérence a lieu avec quelqu'une des parties avec les- 
quelles elle est en rapport : ainsi on a trouvé la rate unie avec 
le diaphragme, la grosse extrémité de l'estomac, l'extrémité 
gauche de ia partie transversale du colon, et même avec l'ex- 
trémité supérieure du rein gauche. La rate est quelquefois si 
intimement unie à ces parties, qu'elle semble faire corps avec 
elles ; mais d'autres fois cette adhérence se fait par le moyen 
d'une fausse membrane, variable en longueur et en largeur, 
ferme, blanche, presque transparente. Ces fausses membranes, 
qui sont le résultat d'une inflammation plus ou moins forte,sont 
parfaitement organisées, et reçoivent des vaisseaux comme le 
péritoine avec lequel ces substances semblent faire partie. Ces 
espèces de membranes accidentelles ne sont destinées a rem- 
plir aucun usage ; elles ne donnent lieu à aucun accident, et 
avant la mort du sujet, on ne peut en connaître l'existence 
par aucun sigue ni par aucun phénomène. 

VII. La rate, dans l'état naturel, ne descend pas plus bas 
que la dernière côte; mais lorsque ses ligamens se relâchent et 
s'allongent par l'augmentation de volume et de pe*autcur de ce 
viscère, ou bien par l'engorgement de quelqu'un des organes 
renfermés dans la cavité abdominale, alors la rate se déplace, 
et on la sent audessous des dernières côtes , ou dans d'autres 
points de l'abdomen. Les exemples de rates déplacées sont 
très-fréquens. On lit, dans les Mémoires de l'académie des 
sciences , une observation communiquée par M. Portai sur une 
rate très-volumineuse trouvée près du bassin. Ce grand ana- 
tomiste dit encore avoir rencontré sur un vieillard la rate de la 
grosseur de la tête d'un enfant, et descendue dans la fosse 
iliaque gauche. Cabrol a vu une rate flottante dans la cavité 
du ventre , absolument détachée de ses ligamens , chez un gen- 
tilhomme qui fut atteint pendant longtemps d'une maladie 
qui resta inconnue jusqu'à la mort du malade. Ruysch rap- 
porte l'observation d'une femme à laquelle survint, dans la 
région hypogastrique , après un accouchement, une grosse 
tumeur. A l'ouverture du corps, on trouva que celte tumeur 
e'tait formée par la rate, qui était descendue jusqu'à cet en- 
droit, et pesail quatre livres. Bogdan a parlé d'un aulre dé- 
placement de la rate dans la région lombaire. Morgagni fait 
mention d'une chute de la rate dans l'aine droite ; elle pesait 
trois livres. Riolan a vu une femme de Paris chez qui la ça' te 
était tombée sur la matrice, ce qui avait trompé les médecins 
pendant deux ans sous l'apparence d'une môle : la mort prouva 
que le déplacement de la rate avait été la cause du mal. 

VIII. Le volume de la rate, considéré comme maladie f 



RAT a^i 

est très-variable. En effet la rate acquiert quelquefois un vo- 
lume si grand, qu'elle remplit presque toute la cavité abdo 
minale, soulève les muscles du ventre et leur fait faire ui» 
saillie considérable; et dans ce cas la raie est excessivement 
grosse. Cabrol en a vu une pesant cinq livres; Wepfer, une 
autre qui pesait six livres. Fabrice de Hilden assure avoir vu 
la rate s'étendre jusqu'à l'aine. Morgagni dit avoir observé 
une rate qui égalait par son volume celui du foie. Dans un 
autre sujet également cité par Morgagni, lepoidsde la ratcétait 
de huit livres. Columbus en a vu une qui pesait plus de vingt 
livres. Une femme porta pendant dix - sept ans un ventre 
énormément gros : après sa mort on l'ouvrit, et on trouva la 
rate extrêmement volumineuse et pesant trenle trois livres. 

M. Portai assure que la rate est souvent durcie et gonflée 
chez les personnes qui sont atteintes de fièvres intermittentes, 
et principalement de la fièvre quarte. 

L'augmentation de volume de la rate peut dépendre de la 
graisse, déposée quelquefois en abondance entre les lames des 
membranes qui enveloppent cet organe, ou elle dépend de Ja 
lymphe qui abreuve son tissu : Ja rate est dans quelques cas 
remplie et tuméfiée par une grande quantité de gélatine. Le 
sang qui se ramasse, qui séjourne et stagne en certaines cir- 
constances dans le tissu de te viscère, augmente souvent son 
volume; mais la principale cause de son accroissement, c'est 
le développement ou l'expansion morbide de son tissu. 

Plus la rate s'éloigne par son volume de sa grosseur natu- 
relle, pius on maigrit et moins on a de santé. La respiration 
Ja digestion et les fonctions du conduit intestinal doivent être 
gênées par la grosseur augmentée de ce viscère, ce qui peut 
déterminer la dysenterie, l'hydropisie : on croit même que le 
gonflement excessif de la rate peut donner lieu à des hémor- 
ragies plus ou moins abondantes par le nez. 

IX. Il arrive rarement que la rate soit plus^petite qu'elle ne 
doit être naturellement; on en a vu cependant des exemples: 
Vidusvidius trouva dans le corps d'un homme extrêmement ca- 
chectique , la rate pas plus grosse qu'un œuf de pigeon, et 
dure presque comme de la pierre. Saimulh trouva dans mie 
femme de Leipsick, morte en accouchant , Ja rate si petite 
qu'à peine avait elle un pouce de grosseur: celte femme avait 
d'ailleurs joui d'une bonne santé pendant toute sa vie. Kiolan 
rapporte que la rate de M. de Thou , l'historien, pesait à 
peine une once. Schenckius rapporte que dans le corps d'un 
seigneur de Spolette, on avait trouvé la rate absolument aride 
sans suc, privée de toute chair, vide, en firme de bourse, el 
attachée aux côtes gauches. On prétend que le volume du foie 
augmente quand la grosseur de la rate est diminuée. 
47- iti 



&4& RAT 

La suppuralion de ce viscère est une cause fréquente de sa 
diminution de volume : mais toutes les causes qui empêcheront 
l'abord du sang dans son intérieur, contribueront puissamment 
à réduire la grosseur ordinaire de la rate. 

X. La rate est souvent dure, cartilagineuse et même os- 
seuse ; mais le plus souvent ce n'est qu'à son enveloppe , et 
seulement à une partie plus ou moins étendue que cet endur- 
cissement se fait remarquer : il n'y a pas d'exemple d'ossifica- 
tion de toute l'étendue de cette membrane, mais il y a des ob- 
servations d'ossifications partielles, car Li'ttre et Morgagni ont 
vu une partie de la capsule ou enveloppe de la rate ossifiée. 
C'est à la face convexe de la raie que se forment ces portions 
cartilagineuses ou osseuses ; elles occupent une plus ou moins 
grande étendue , et sont d'une épaisseur et d'une forme varia- 
bles. L'état cartilagineux et osseux de la membrane externe 
de la rate est accidentel ; c'est une altération morbifique , et 
il n'est pas encore bien prouvé que la portion cartilagineuse 
ou la portion osseuse de la membrane externe de la rate 
soient parfaitement analogues aux os et aux cartilages des au- 
tres parties du corps. Le passage de cette tunique de l'état 
membraneux a l'état cartilagineux, et de celui-ci à l'état os- 
seux, doit se faire d'une manière lente; aucune fonction prin- 
cipale n'en est dérangée, et aucun signe n'en découvre l'exis- 
tence pendant la vie du malade, La rate contient quelquefois 
dans son épaisseur , comme il a été dit plus haut , des concret 
tions d'une apparence pierreuse : ces endurcissemens de la 
rate, de même que le squirre et l'augmentation de volume 
de ce viscère, sont souvent accompagnés de lièvres rebelles et 
dhydropisies incurables. 

XI. Le ramollissement de la rate, considéré comme maladie, 
ne s'observe que chez les adultes et les vieillards, et on ne 
rencontre point cette altération chez les jeunes sujets. On ne 
connaît pas positivement la cause qui peut donner lieu à cette 
affection morbifique; on sait seulement que la rate a été trouvée 
ramollie chez des personnes mortes ayant le scorbut, et chez 
d'autres affectées de fièvres continues intermittentes, et surtout 
des fièvres tierces quartes. On l'a aussi trouvée ramollie chez 
des sujets qui avaient été atteints de mélancolie, chez d'autres 
qui avaient éprouvé de violentes douleurs dans les hypocon- 
dres, dans l'épigastre , chez quelqu'un qui avait eu des vo- 
missemens et des déjections noires , ou qui avait une hydro- 
pisie ascite. 

Le ramollissement de la rate est quelquefois tel, que la subs- 
tance de ce viscère paraît n'être qu'un mucus rougeàtre 
comme la lie de vin , ou noirâtre , et quelquefois dissous et 
puiifornae , convoi* dans un tissu mollasse , spongieux. La 



BAT 243 

rate, dans cet état , laisse transsuder un s?ng noirâtre, qui co- 
lore les parois de l'intestin colon, et quelquefois même ce sang 
s'épanche dans l'abdomen. 

XII. La rate est quelquefois affectée d'hydatides : elles sont 
placées à l'extérieur entre les deux tuniques de ce viscère, ou 
dans la propre substance de la rate. Leur grosseur est très-va- 
riable : il y a de ces hydatides qui sont réunies et d'autres qui 
sont isolées; elles sont ordinairement attachées à la surface de 
la rate par des pédicules minces qui peuvent facilement se 
rompre. 

Lorsqu'une intumescence douloureuse et molle au toucher 
se fait apercevoir à i'hypocondre gauche, et qu'elle s'étend, 
insensiblement dans la cavité abdominale , présentant une 
fluctuation obscure , on pense qu'elle est duc à l'existence 
d'hydatides dans la rate. Ces signes sont très -équivoques , et 
jusqu'à ce jour ce n'a encore été qu'à l'ouverture des cadavres 
qu'on a pu reconnaître l'existence des hydatides dans la rate. 
Ce que je viens de dire sur les maladies de la rate est em- 
prunté de divers auteurs : mais F Anatomic médicale de M. Por- 
tai a été principalement mise à contribution. Malgré mes pro- 
pres recherches sur les cadavres, et les sources nombreuses dans 
lesquelles j'ai puisé, je n'ai presque rien trouvé touchant les 
causes, les signes et le traitement de la plupart des maladies de 
ce viscère, qui nefûlcncoreincertitude et obscurité. Comment, 
en elfet, découvrir les maladies d'un organe dont les usages sont 
inconnus et dans lequel la sensibilité est à peine perceptible ? 

« Est-il donc étonnant que les maladies de la rate aient été 
si rarement observées, la sensibilité qui sert à déceler les af- 
fections de la plupart de nos organes , étant h peu près nulle 
dans la rate (Recherches sur la rale % par M. Assollant , p. 96) ? » 

Extirpation de la rate. La rate peut-elle être extirpée sur un 
animal , sans que >les fonctions importantes de la vie soient 
essentiellement compromises ou plus ou moins lésées? 

La rate a été extirpée, même sur l'homme, sans qu'il pa- 
raisse en être résulté de graves accidens , comme le prouvent 
quelques observations que je vais rapporter : mais celte ampu- 
tation a été surtout pratiquée sur les chiens, sans que les fonc- 
tions de ces animaux aient été notablement dérangées. 

I. L'extirpation de la rate a été faite sur l'homme, parce 
que ce viscère, accidentellement sorti de l'abdomen par quel- 
que grande plaie des parois de cette cavité, est tombé en gun- 
grène avant qu'on ait pu en faire la réduction. 

J'ai déjà rapporté à l'article plaie de la raie , une observation 
de Ferguson , dans laquelle il est dit qu'une portion de la 
rate, froide , noire et sphacélée, sortie par une plaie de l'ab- 
domen , fut liée et cxciscc, que le reste fut réduit dans le 

16. 



»{j RAT 

ventre, après qu'on se fut rendu maître d'une artère qui don- 
liait du sang : les fils tombèrent le dixième jour, et le malade 
guérit sans accident. 

« On rapporte (Ephém. germ. , dec. i , an iv et v , obs. «65, 
pag. 199) qu'un boucher se donna un coup de couteau vers 
î'iiypocondre gauche : à l'instant une portion de l'épiploon et 
des intestins sortit avec la rate par la plaie. Cet homme resta 
ainsi pendant trois jours sans qu'on lui donnât aucun secours; 
enfin, un chirurgien, après avoir fait rentrer les intestins et 
avoir amputé la rate avec la portion d'épiploon qui était sortie, 
recousit la plaie, qui se cicatrisa parfaitement, et la perte de ce 
viscère ne dérangea point par la suite la santé de cet individu 
{Bibliothèque de médecine, de Planque, tome ix, in-4 , p. 702). » 
« Crugor (Ibid, déc. 2 , an m, obs. 195 , pag. 3^8) rap- 
porte que deux paysans ayant pris querelle ensemble, se bat- 
tirent, et l'un d'eux fut blessé au côté gauche du ventre, d'un 
coup de couteau. Sur-le-champ une partie de la rate sortit 
par la plaie , et les vomissemens qui survinrent la firent sortir 
de plus en plus : il fut obligé de passer la nuit sans secours et 
baigné dans son sang. Le chirurgien qui vint le lendemain, 
appliqua d'abord sur la plaie un cataplasme fait avec le lait et 
les herbes émollientes, et sur le soir il fit transporter le blessé 
à Colberg. Le jour suivant , il fit une forte ligature avec de la 
soie a la portion de la raie qui était hors de la plaie, et après 
avoir tiré par ce moyen le reste de ce viscère , il l'amputa en 
entier. Le sang, après l'opération, sortit à grands flots : il ar- 
rêta l'hémorragie avec des poudies astringentes , et dans l'es- 
pace de trois semaines la plaie se cicatrisa. Cet homme s'est 
très bien porté depuis , a travaillé comme auparavant, et il a 
eu des enfans (Bibliothèque de médecine, de Planque, tom. ix, 
iu-4% pag. 702 et 703). » 

L'observation la plus extraordinaire dans ce genre, est rap- 
portée par Fioraveuti : c'est celle d'une femme grecque à la- 
quelle il amputa la rate, qui pesait trente-deux onces; il la 
tira hors de l'abdomen par une ouverture qu'il lui fit au côté 
gauche, et elle en fut entièrement guérie au bout de vingt- 
quatre jours: mais quelques personnes croient que Eioraventi 
n'est pas digne de foi , et semblent douter qu'il ait pratiqué 
cette opération. 

H. L'extirpation de la rate a été faite sur les animaux vi- 
vans , sans doute pour tâcher de découvrir l'usage de cet or- 
gane , par le dérangement qui pourrait arriver à quelque 
fonction par suite de celle amputation. 

Pour pratiquer cette opération sur un chien, il faut lui faire 
une ouverture longue d'environ quatre ou cinq travers de 
doi^t au côté gauche, au défaut des côtes , et prendre garde 



RAT 245 

de ne point blesser les intestins ; il faut ensuite chercher la 
rate, et la tirer doucement hors du ventre; puis il faut lier 
séparément avec dw fil tous les vaisseaux qui l'attachent aux 
parties voisines , et couper ces vaisseaux entre la rate et les li- 
gatures , car on la séparera par ce moyen sans répandre beau- 
coup de sang ; enfin , il faut repousser en dedans les intestins 
et toutes les autres parties qui pourraient être sorties par la 
plaie , et recoudre promplement la peau et le péritoine , eu 
évitant de piquer l'épiploon , l'estomac, les intestins ou quel- 
que autre partie. Cette opération peut être faite en quelque» 
instans. 

Après cette opération , les chiens ne paraissent pas plus in- 
commodés qu'ils le seraient d'une simple plaie; ils caressent 
les personnes qu'ils connaissent , et ils mangent même peu 
de temps après. 

J'ai fait plusieurs fois l'extirpation delà rate sur les animaux 
vivans , de la manière que je viens d'indiquer : mais , au lieu 
de parler ici de mes propres observations, je préfère exposer 
Je résultat des expériences faites par Malpighi , et de celles de 
M. le professeur Dupuytren. 

« J'ai fait , dit Malpighi, la première extirpation de la rate 
à un petit chien que j'ai ouvert par le côlé gauche. La rate et 
l'épiploon qui lui étaient adhérens, s'élanl présentés à l'ou- 
verture , je me suis assuré des artères, que j'ai liées à leur en- 
trée dans la rate , puis ayant remis en même temps chaque 
chose dans sa situation naturelle, j'ai refermé l'ouverture en 
recousant le péritoine , les muscles , et en rapprochant , sans 
presser , les bords de la peau , afin qu'elle reprît. Dans peu de 
jours, la plaie a été guérie. Quelques semaines apiès, il se 
porta si bien qu'il faisait des sauts et jouait comme un jeune 
chien de son âge , faisant bien toutes ses fonctions naturelles, 
«t sans donner aucune marque d'indisposition pendant tout le 
temps qu'il vécut. Il était devenu très-vorace , courant après 
tout ce qu'on lui jetait à manger; ses excrémens étaient natu- 
rels ; il pissait beaucoup et souvent. 

« Ce chien fut ouvert : on trouva que les vaisseaux de la 
rate étaient demeurés liés comme on les avait laissés. La ci- 
catrice était devenue grêle et fort petite , tellement qu'elle 
s'était collée sur l'épiploon, et elle était comme une petite 
bourse membraneuse. Au surplus, les veines et les artères de 
l'estomac ou de l'épiploon étaient tout à fait belles et pleines 
de sang. Le canal du rameau splénique avait sa largeur ordi- 
naire et était dans son état naturel , garni et recouvert dans 
cet endroit d'une graisse assez naturelle. Le foie était d'une 
belle couleur , et tous ses vaisseaux en très-bon état , excepté 
seulement qu'il parut plus grand qu'à l'ordinaire , car il oc- 



--Î6 RAT 

cupait même tout l'hypocondre gauche. Dans le reste du corps 
on ne trouva rien de remarquable ( Voyez Malpighi , Dis- 
cours anatomique sur la structure des viscères , traduction 
française , in-i2, 1687 > P a n* 236). » 

« Depuis deux ans, dit M. Assollant, on a observe avec la 
plus scrupuleuse attention dans le laboratoire de M. Dupuy- 
Iren des chiens dérates, qui se sont succédé au nombre de qua- 
rante, et quoique ces observations n'aient fourni aucune in- 
duction sur les usages de la rate, je vais en faire le précis, 
persuadé que les faits négatifs sont, après les faits positifs, le 
plus sûr moyen d'arriver à la découverte de la vérité. 

(c On a dératé des chiens des deux sexes , daqs toutes les 
saisons , à toutes les époques de la vie , de là manière suivante : 
la cavité péritonéale étant ouverte par une incision faite à l'hy- 
pocondre gauche, la rate se présente ordinairement, ou bien 
on va la chercher avec les doigts , et on en fait l'amputation 
près de son échancrurc ou de son bord interne. Toutes les par- 
ties sorties hors de l'abdomen sont repoussées dans sa cavité 
sans qu'on fasse aucune ligature aux vaisseaux coupés: l'expé- 
rience a démontré qu'elle occasionne constamment des abcès 
dans l'épipioon , et la mort, et que d'ailleurs ces animaux ne 
périssent jamais d'hémorragie. 

« Quelques points de suture seulement sont pratiqués a la 
plaie de l'abdomen , pour prévenir la sortie des viscères qui 
y sont contenus. Le plus communément , les chiens mangent 
et sont peu malades jusqu'au troisième jour ; la fièvre se dé- 
clare pour lors ; la moitié à peu près meurt du quatrième , au 
septième , au huitième jour de l'amputation. 

« On trouve presque constamment chez ceux-ci une inflam- 
mation des viscères abdominaux avec ou sansépanchement de 
sérosité sanguinolente. Leur estomac et leur intestin sont rem- 
plis d'une plus ou moins grande quantité de bile. Ceux chez 
qui l'inflammation n'a pas été si vive , déjà assez bien portans 
au huitième ou neuvième jour de l'opération*, sont complète- 
ment rétablis du quinzième au vingtième au plus tard ( Voyez 
Recherches sur la rate, par M. Assollant, an x, 1802). » 

Dans toutes les expériences faites par M. Assollant, sous les 
yeux de M. le professeur Dupuylren, on n'a remarqué aucun 
changement dans la couleur et la texture des parties de ces 
animaux ; chez eux, la digestion , l'absorption., la circulation, 
la respiration et Ja voix , les sécrétions , la nutrition, Ja lo- 
comotion, la sensibilité, les sensations, les facultés instinctives, 
la reproduction , aucune de ces fonctions n'a éprouvé le moin- 
dre trouble. D'après cela peut- on croire que la rate remplisse 
quelque usage très- important, el dans le cas de l'affirmative^ 



RAT 2Î7 

lorsqu'elle est amput.ee, quel est l'organe qui peut la rem- 
placer dans ses fonctions? (*"• ribes) 

wlmus (rranciscus) , Libeîlus de iiene ; ïn-8°. Lulelice Parisiorum, 1 5^8. 
Hoffmann (casparus), De usu lienis secundum Arislotelem ; in-4°. Alt- 

dorfii, i6i3. In-8°. Lipsiœ, i6i5- In-iG. Lugduni Balavorum , 1639. 
scuuïl ( ilor. ), Dissertatio de naLurâ et usu lienis ; in-4°. Lugduni Ba- 

tavorum, 1664. 
crew (Ncheruiah), Observaliones aliquot rariores de morboso liene. 

V. Philosophical Transact. , 1691 , p. 543. 
eller ( johannes-Theodorus), Dissertatio de iiene; in~4°« Lugduni Bâta— 

vorum, 1716. 
Stuckeley (Georges), The spleen, ils description , uses and diseases ; 

c'est-à-dire, La rate, sa description, ses usages et ses maladies ; ih-fol. 

Londres, 1723. 
scnuLZE (johannes-Henricns), respond. t>eisch (iwarcus-paulus), Disser- 
tatio de splene canibus exciso ; in~4°. Halœ , t^35. 
PoiiL (jobannes-christophorus), Dissertatio de defectu lienis, et liene in. 

génère; in-4°- Lipsiœ , 1740. 
drew ( rranciscus ) , Dissertatio de usu lienis; in-4°* Lugduni Balavorum, 

1 744- 

QUELMALz(samuel-Theodorus), Dissertatio de liene ; in~4°. LipsUe, 1748.. 

rolof (christianus-Ludovicns), Dissertatio de fabricâ et functione lienis ; 
in-4 . Francofurti ad fiadrum, X'jSo. 

Constantin, Observation sur une plaie à la rate, avec les remarques de 
M. A Petit. V. Recueil des actes de la société de santé de Lyon , vol. 1 r, 
p. 107, an x; in- 8°. 

assolant (h. et j. -p.), Recherches sur la rate; 189 pages in-S ., an x. 

Noreschi (a.), Del vero e primario uso délia milza neWuomo, e in tutti 
gli animait vertebrati; c'est-à-dire, De l'usage vrai el principal de la rate 
dans l'homme et dans tous les animaux vertébrés; a56 pages in-8°. Milan, 
i8o3. (y.) 

B.ATELEUX , adj., lie no sus , spleniticus : mot par lequel 
on désigne ceux qui sont sujets aux maladies de la rate, ou 
qui ont cet organe volumineux. (m. g.) 

RATIONNEL, adj., rationalis : ce qui est conforme au 
raisonnement ou à la raison. Ainsi , l'on dit qu'un traitement 
d'une maladie est rationnel, que l'emploi de tel médicament * 
en certaine circonstance, est rationnel; ce qui suppose qu'il y 
a une raison déterminante pour en faire usage. 

Mais si l'on adopte une autre the'orie, il se pourra faire que 
tel traitement qui était fort rationnel, cessera de l'être, ou 
même deviendra irrationnel. Par exemple, avant Sydenham y 
la variole était , selon les médecins, un venin qu'il fallait se 
hâter de faire sortir au dehors par des remèdes sudorifîques, 
aromatiques, un traitement échauffant; dieu sait lequel ! Qn 
e'touffait un pauvre enfant sous des couvertures de lit ; on Iç 
gorgeait de boissons chaudes, toniques, stimulantes; quand 
il ruisselait de sueur, qu'il devenait pourpre et violet, que 
cette phlegmasie exaltée enfin au suprême degre , prenait, 
l'aspect funeste d'une adynamie, le médecin s'écriait : voyez 
«ombiea cette maladie' est maligue; que. serail-ce sans pion 



248 HAT 

traitement rationnel, qui tend à expulser par tous les porcs ceï 
affreux poison plus dangereux que la robe brûlante du cen- 
taure Nessus. Prenez du bczoard, de la thériaque et tout ce qu'il 
y a de plus alexipharmaque , afin de chasser vite le venin con- 
tagieux. On mourait souvent , et il était clair que la maladie 
seule en était cause, car comment accuser un traitement si 
rationnel? 

Cependant, lorsque Sydenham s'avisa de consulter l'ins- 
tinct, et de donner un peu de rafraîchissement à ce malheu- 
reux patient, soit en le couvrant moins , et en permettant le 
renouvellement d'un air frais, soit en accordant des boissons 
antiphlogistiques, on s'écria que rien n'était moins rationnel : 
il allait tuer tous ses malades; mais, bien au contraire, il les 
sauvait beaucoup mieux ; alors il devint rationnel de traiter la 
variole par la méthode antiph logistique, et ou crulmême de- 
voir outrer cette méthode, pour être d'autant plus rationnel. 
Mais l'expérience vint montrer à son tour les dangers d'excé- 
der cette méthode rafraîchissante , et contenir dans de justes 
limites, selon les circonstances, l'ait de traiter cette phleg- 
liiasie. 

Qu'est-ce donc qu'un traitement rationnel? C'est celui qui 
se fonde sur l'expérience et l'observation, guidées par un ju- 
gement sain, pour approprier aux circonstances ce qui a paru 
bon et utile à d'autres malades. En effet, ces malades avaient 
leur tempérament, leur âge, leur sexe; ils se trouvaient en 
telle saison, ils suivaient tel régime, ils étaient tombes ma- 
lades par telle cause; si le quinquina, par exemple, leur a 
réussi, voyons, avant de le donner à noire malade, si toutes 
ces choses sont les mêmes ou à peu près. Alors noire empirisme 
sera rationnel; nous aurons calculé toutes les chances de pro- 
babilité ; nous pourrons ne pas réussir encore, mais du moins 
nous Serons exempts de blâme en faisant tout ce que nous au- 
rons pu pour le mieux : car, lorsqu'il s'agit de la vie des 
hommes, il faut d'abord mettre à l'abri sa conscience d'hon- 
nête homme, et remplir le devoir sacré de l'humanité avec 
toule la prudence et la sagesse ou l'expérience dont nous 
sommes capables. Voudrions - nous confier le saiut d'une 
épouse, d'une mère, d'un fils, à la lémérité d'un jeune expé- 
rimentateur? Pourquoi donc lant de gens se jettent -ils entre 
les mains de mille charlatans? Ceux-ci ont ils la reflexion, 
le jugement, la longue tradition f*e l'observation, pour baser 
un traitement rationnel ? Non , sans doute. Achetez mes pi- 
lules, prenez tua poudre; elle est excellente contre tous les 
maux, elle purge toutes les humeurs : voilà leur seule mé- 
thode. N'om-ils pas cent certificats de cures merveilleuses à 
Vous offrir ? il ne leur manque que l'authenticité. 



RAU 249 

Il faut donc recourir pîulôt à des méthodes d'un traitement 
rationnel, non pas d'après telle ou telle hypothèse, mais 
d'après une longue et fidèle observation. 11 exisie des méde- 
cins observateurs, de sages praticiens, également éloignés de 
la routine et des nouveautésque n'a point encore sanctionnées 
l'expérience; lisez leurs écrils, suivez leurs exemples, avec le 
jugement et la discrétion que chacun doit toujours apportera 
tout ce qu'il fait. Ainsi, vous serez rationnel, ou mieux en- 
core, vous serez raisonnable. (vihet) 

RÂUCITÉ , s. f. : espèce d'enrouement , raucedo, raucitasr 
son particulier de la voix qui devient àpie, rude et grave, et 
que l'on distingue bien facilement de toutes ses autres manières 
<fêtre. 

Il ne paraît pas que le poumon soit pour rien dans le déve- 
loppement de ce phénomène physiologique et pathologique; 
il se passe tout entier daus le larynx, et c'est à la manière 
dont l'air est modulé en passant daus ce tube erien , qu'il est 
essentiellement et uniquement dû. Aussi, symptôme delà 
plus haute importance dans toutes les affections laryngées 
et trachéales, que même il caractérise et fait connaître d'une 
manière positive, il n'annonce presque rien pour l'organe 
pulmonaire. On voit des phthisiques pulmonaires au dernier 
degré, conserver jusqu'à la fin un son de voix à peu près 
semblable à celui qu'ils avaient dans l'état naturel, ou bien 
seulement ils éprouvent une extinction, un affaiblissement 
des sons plus ou moins remarquable, mais qui ne lient eu rien 
de la raucité, et qui dépend de l'état de dépens eir>ent géné- 
ral. Jamais, au contraire, cela n'a li u dans la phlhisie la- 
ryngée; la voix change progressivement en raison de la mar- 
che de l'affection, elle prend le caractère de la raucité, et ne 
le perd plus jusqu'à la mort, qui arrive toujours plus tôt ou 
plus tard. Ces observations , faites depuis longtemps, se trou- 
vent confirmées de nouveau par celle de M. le docteur Laën- 
nec {Voyez son Traité sur l'auscultation médiate). Appliqué 
sur la poitrine d'un individu dout les poumons sont ulcérés, 
le sthétoscope donne la sensation d'un son particulier, et fait 
reconnaître la pectoriloquie; mais appliqué sur le larynx d'un 
sujet qui se trouve en état de phthisie, le son est bien diffé- 
rent , et la sensation que l'oreille éprouve alors semble se rap- 
procher et donner une idée de celle qu'elle éprouve lorsque 
les individus font entendre leur voix rude et rauque; et cette 
différence de sons dépend toute entière de la nature et de la 
forme des parties que l'air traverse. 

Pour expliquer ce phénomène, on a eu recours à une foule 
de causes; les uns ont dit qu'il était causé par l'inégalité de 
la surface interne de la tracliée-arlère; les autres , par le gon- 



a5o RAU 

flemènt des glandes miliaîres environnantes, occasioné par 
le froid, comme cela a lieu pour la peau; d'autres, enfin, 
par un état particulier du tissu cellulaire ambiant. Toutes ces 
opinions sont plus ou moins hasarde'es et ne présentent rien de 
satisfaisant. N'est-il pas plus naturel de ne voir dans celte 
manière d'être de la voix, que l'effet d'une disposition patho- 
logique de la membrane muqueuse, des cordes vocales, et des 
muscles du larynx, en raison de laquelle ils ne peuvent plus 
remplir leurs fonctions comme dans l'état naturel. Aussi, est- 
il d'observation qu'elle est toujours accompagnée d'un ul- 
cère, d'une inflammation, d'une affection quelconque de 
l'une ou de toutes les parties qui constituent le larynx. 

La paralysie ou l'affaiblissement considérable des muscles 
du larynx, peut donner lieu à la raucité, parce que, alors, 
il est nécessaire pour se faire entendre d'avoir recours à une 
forte expiration, afin de donner lieu à la sortie d'une plus 
grande masse d'air, capable de stimuler suffisamment les mus- 
cles et les replis muqueux de l'organe vocal , et de détermi- 
ner les vibrations convenables. 

Quoique la raucité soit presque toujours le résultat d'une 
disposition pathologique , cependant il peut arriver aussi 
qu'elle soit le produit d'une disposition naturelle et organique. 
C'est ainsi que l'on voit des individus très-sains et très bien 
portans, et qui ont toujours eu la voix rauque. Ce caractère 
de la voix s'acquiert encore par l'habitude de crier , par l'usage 
des liqueurs fortes prises en grande quantité , comme on le voit 
chez quelques hommes du peuple, surtout les charretiers. C'est 
qu'alors les muscles du larynx finissent par s'habituer à cet 
état, et ne peuvent plus être mis en jeu qu'avec beaucoup 
d'efforts. 

Il est une autre espèce de raucité, qu'il faut bien se garder 
de confondre avec les précédentes, c'est celle qui a lieu à 
l'époque de la puberté, et qui s'allie avec uu changement, une 
révolution remarquables dans les organes de la génération. On 
sait qu'elle n'est que momentanée, et que bientôt l'équilibre 
se rétablit, lorsque cette époque d'orage est passée. Mais je 
n'entrerai dans aucun détail à ce sujet , qui appartient entière- 
ment aux mots puberté et voix. Voyez ces deux articles. 

Tous les médecins ont remarqué que cet état, qui semble 
n'être qu'incommode, pouvait, dans quelques cas, être dan- 
gereux, surtout lorsqu'il est rebelle à tous les traitemens , 
parce qu'il fait craindre une phthisic laryngée. Galien a dit à 
cet égard : Quœ distillationes hominibus primo tussim comi- 
tant, deinde raucedinem neque consistent, alteram labis dif- 
férant; et Baillou dit, liv. m , consil. n : Ideo formidabilis est 
rcuicedo , prœsertirn persévérant, etc. Klein a observé que le* 



RAV i5i 

enroucmcns qui accompagnent toujours îa raucité sont incu- 
rables lorsqu'ils durent au-delà d'une année, et que les ma- 
lades finissent par devenir hectiques. 

Le pronostic et le traitement sont entièrement dépendans de 
la cause du mal, et l'un et l'autre ne peuvent être basés que 
sur sa connaissance positive ; aussi ne peuvent-ils qu'elle infi- 
niment variés. Voyez ENROUEMENT, FHTHISIE LARYNGEE. 

(reydellet) 

RAULHAC (eau minérale de) : paroisse à trois lieues d'Au- 
rillac. La source minérale spurde au bas d'un coteau exposé au 
couchant , à dix pas de la rivière d'Agout ; l'eau est froide et 
gazeuse. (m. p.) 

RAUQUE , adj. , raucus , enroué , se dit d'un son particu- 
lier de la voix qui devient âpre et rude , résultat le plus ordi- 
nairement d'une disposition pathologique , mais quelquefois 
aussi d'une disposition organique et naturelle du larynx. Voyez 

LARYNX, RAUCITÉ, VOIX. (r.) 

RAVE , s. f. Plusieurs plantes sont connues sous ce nom, 
mais plus particulièrement deux espèces de la famille des cru- 
cifères. L'une est la grosse rave ou rabioule, que Linné rap- 
porte à son genre bras sic a , et dont nous avons parlé à l'article 
navet, vol. xxxv , pag. 3i3 -, l'autre appelée vulgairement pe- 
tite rave , est une variété du radis. Voyez ce dernier mot. 

(LOISELEUR-DESLONOCKAMrS et MARQUIS) 

RAVENDSARA (noix de) : c'est le fruit de Yagatophyl- 
lum aromaticum de Sonncrat. On s'en sert comme d'assaison- 
nement à l'instar des autres épiceries. Voyez noix , t. xxxvi , 

p. 173. (F. V. M.) 

RAVISSEMENT, s. m. , raptus animi, wvevij.a. evôovçictç- 
tikov. C'est un état singulier de l'esprit qui résulte d'une émo- 
tion excessive, ou d'un amour ardent, ou d'un plaisir délicieux, 
état qui rend momentanément insensible à toute autre im- 
pression. 

Quoique Ton ait souvent confondu le ravissement avec 
Y enthousiasme , avec Yejcaltation mentale et Yextase (Voyez 
ces articles), il y a néanmoins une différence notable entre 
eux. Ainsi l'homme seul parmi les animaux est susceptible 
d'enthousiasme, d'extase et de cette illumination intellec- 
tuelle , noble apanage d'une raison supérieure, capable d'ad- 
mirer ; mais les brutes ne sont capables d'éprouver que cer- 
tains ravissemcns , tels que ceux des voluptés et de l'amour , 
tout comme l'homme, parce que le corps y participe plus que 
l'esprit, tandis que l'extase, le véritable enthousiasme sem- 
blent être plutôt une abstraction du corps , et une séparation 
de l'ame. 

Le ravissement peut donc se considérer , au contraire , 
comme un abandon du corps , un oubli de soi-même pour se 



2^2 UAV 

livrer h des transports de jouissance , a l'ivresse de la joie, â 
1 enchantement d'un concert , à l'allégresse d'un bal , aux sé- 
ductions d'un spectacle éblouissant. On perd donc ainsi l'em- 
pire sur soi dans le ravissement; on se plonge avec délices dans 
Je sentiment qui nous entraîne, qui nous arrache à nous-mê- 
mes (rapil) : c'est un rapt de la pensée , puisqu'elle nous est 
enlevée en ces momens. Au contraire , dans l'extase , on peut 
réfléchir beaucoup et fortement à un objet que nous admirons 
de toute notre capacité intellectuelle. 

Sainte Thérèse, douée d'un tempérament extraordinaire - 
ment aident et sensible, était en effet (comme tout médecin le 
reconnaît à la lecture de sa vie écrite par elle-même) , trans- 
portée d'un amour terrestre : mais elle aspire à lui donner le 
change en l'élevant vers la divinité ,car l'amour et la dévotion 
sont des affections du même genre. Or , le cœur ne s'attache 
que par l'entremise des sens et de l'imagination. Thérèse n'é- 
tait pas ravie d'amour pour cette intelligence infinie et invisi- 
ble qui gouverne l'univers , mais elle se représentait un Dieu 
sensible, anthropomorphe; la preuve en est qu'elle se re- 
procha plus d'une fois ces ravisscmens qu'elle ne trouvait pas 
assez purs , assez séparés de tout instinct de jouissance et de 
toute émotion corporelle. L'ame frappée d'amour est émue jus- 
que dans les songes ; de voluptueuses images viennent retracer 
trop délicieusement des plaisirs ; elle ne voit plus que l'objet 
qui la ravit ; elle ne se représente jour et nuit que son por- 
trait enchanteur ; un amant ue peut se îassasier de contempler, 
de toucher un beau corps ; ses yeux avides en dévorent tous 
les charmes 5 on ne pense plus à rien autre chose; les travaux 
demeurent imparfaits ; on oublie ses intérêts , on sacrifierait 
jusqu'à sa vie , même avec joie , pourvu que l'objet adoré en. 
reçoive l'holocauste. Qui peut , dans ses jeunes ans , lorsqu'on 
se sent brûlé intérieurement de celte ardeur dévorante, qu'un 
sang bouillant allume dans les cœurs , résister à cet entraîne- 
ment de l'amour ? 

Dum Veneris dulccdlnis in cor 

Stillavit gutla et successil frigida cura. 

Sans doute, voilà le premier instinct de la nature. Voyezce 
faible animal , cet oiseau si délicat ; il s'accouple dans un ten- 
dre délire au retour du printemps ; bientôt il s'attache à sa 
couvée ; celte mère si timide devient hardie et furieuse quand 
il s'agit de défendre sa famille, sa douce postérité ; la voilà 
qui se présente au chasseur; elle oublie sa faiblesse pourvu 
qu'elle écarte un ennemi fatal. Quelle mère n'est pas préparée 
à tout braver pour sauver ses enfans , et qui peut oublier ce 
trait d'une femme , à Florence , qui s'est élancée à genoux au- 
devanl d'un lion furieux échappé d'une ménagerie , et tenani 



RAV *53 

déjà son fils dans sa gueule sanglante. La béte féroce parut 
troublée de ce généreux transport d'une mère, et déposa l'en- 
fant à cet aspect , tant la voix de la nature est impérieuse sur 
les cœurs des animaux eux-mêmes ! 

Tel est, en effet , le pouvoir du ravissement qu'il peut se 
communiquer comme l'inspiration de l'enthousiasme. Dans 
ces temps de persécution et de deuil qui signalèrent la nais- 
sance du christianisme, les bourreaux eux-mêmes et les juges 
étaient frappés de ce ravissement héroïque des martyrs , cou- 
rant avec ferveur au supplice cimenter de leur sang innocent 
une croyance toute divine. On en a vu plus d'un vaincu de 
tant d'intrépidité briguer sur l'échafaud même l'honneur du 
baptême de sang , et tout glorieux d'imiL-r ses victimes. Et 
qui ne sait pas que dans les tempêtes de notre révolution , de 
tendres épouses, de jeunes fiiles se sont dévouées pour leurs 
pères et leurs époux, heureuses et fières de racheter une vie 
adoiée au prix de leur propre existence î 

Certes , ce n'est. pas moi , ô mes fils , disait la mère des Mac- 
chabées qui pus vous inspirer tant de noble patriotisme et 
d'audace, quand je vous conçus dans mes entrailles; il faut 
que ce soit Dieu même qui vous transporte et vous remplit de 
cette aine intrépide et guerrière capable de porter la terreur h 
nos ennemis (liv. n , Macchab. 7). Ceux qui reçoivent l'esprit 
saint, disait Paul aux Corinthiens [epist. 1, i5) , foulent la 
terre d'un pied hardi, et pleins d'amour pour les chosescélestes 
ils méprisent celles de ce monde. Cet esprit souffle sur la tête 
des nations , et il inspire ses transports aux hommes simples qui 
habitent la terre (Isaïe , c. xlii). 

11 est de ces arnes crasses , intéressées , au contraire , qui ne 
sentent la beauté d'aucune vertu, qui ne s'enthousiasment 
pour rien de ce qui estgéuéreux et grand , sortes de charognes, 
si l'on peut le dire , ou dont le cœur mort et gangrène n'a 
plus d'affection pour rien , si ce n'est pour l'argent , pour les 
vils calculs de l'egoïsme. Car il faut des sentimens expansifs, 
tels que ceux qu'inspirent l'amour , la franchise de la jeunesse, 
pour être susceptible de ravissement. Un tel avantage se perd 
avec l'âge, et lorsqu'on est désenchanté de la vie; c'est pour- 
quoi la vieillesse , trop communément avare et repliée sur 
elle-même , cesse de se livrer à ces heureuses inspirations mo- 
rales. Il est d'autres âmes uniquement rabaissées vers les plai- 
s : - 
1 

Y 
ai 

le soleil. Tels sont ces cadavres ambulans qui sortent tout 
épuisés des repaires de la débauche ou des salons de l'intem- 



254 ftAV 

pérance. Parlez à un tel être, d'un acte noble , d'un sentiment 
sublime, il ne vous comprendra pas; sa vue ne s'étend pas 
au-delà du cercle étroit dans lequel il ramasse ses jouissances 
journalières; le malheureux , après avoir longuement croupi 
dans ce honteux bourbier, se précipite dans la tombe, à l'é- 
gal des autres animaux dont à peine il a su se distinguer. 

L'amour physique désenchante le ravissement de i'ame qui 
émane de l'amour moral. Psyché fut aimée de Cupidon qui la 
fit transporter par Zéphyre dans un lieu de délices où elle de- 
meura longtemps avec lui sans le connaître. Enfin l'Amour , 
ayant été sollicité bien longtemps pour dire qui il était, se 
fit connaître à la fin , mais il disparut. Véuus , jalouse de 
Psyché qui avait séduit son fils, la persécuta tant qu'elle la fit 
mourir; mais en faveur de l'Amour, Jupiter rendit la vie a 
Psyché, et lui accorda l'immortalité. 

Qui ne pénètre le sens de cette belle fable d'Apulée? Psy- 
ché est notre ame (4 U X") î Zéphyre qui la transporte en un 
lieu de délices , selon le désir de l'Amour,, est ce ravissement 
si doux des jeunes amans lorsqu'ils commencent à s'abandon- 
ner à des sentimens inuoeens et tendres. Tant que Psyché ne 
connaît pas le visage de l'Amour, c'est-à-dire tant qu'elle ne 
s'est point livrée aux jouissances corporelles, sans doute elle 
vit heureuse en ce séjour d'enchantement ; mais comment y 
demeurer sanscuriosiié et sans désir? A peine Psyché a voulu 
regarder l'Amour qu'il disparaît , heureuse image du désen- 
chantement qui succède aux voluptés. Vénus persécute alors 
notre ame jusqu'à la faire mourir : on ne peut pas exprimer 
plus fortement les effets funestes de la débauche ; ce n'est plus 
qu'avec les secours de l'amour pur que la triste Psyché peut 
espérer de reprendre la vie et l'immortalité par la puissance 
de Jupiter ou de Ja divinité suprême. 

C'est un état physiologique trop peu observé par la plupart 
des médecins que celui de cette vie mentale dont l'homme est 
si susceptible qu'aucun peut-être, dans son jeune âge , n'a pu 
se soustraire à ses illusions. Que nous soyons composés de 
deux natures, l'une spirituelle ou morale, l'autre corporelle 
et matérielle , comme l'ont pensé la plupart des philosophes 
anciens et modernes, ou que nous ue soyions formés que 
d'une substance matérielle , comme l'ont établi d'antres philo- 
sophes, l'expérience montre en nous des contrariétés manifestes. 
Pensez-vous, disait Sociale à Ccbcs, qu'une ame qui aura 
toujours chéri , soigné son corps , qui aura toujours été telle- 
ment fascinée par les désirs , enchaînée par les voluptés de ce 
corps, qu'elle n'aura plus rien trouvé de réel queev qui est cor- 
porel , que ce qui se louche , se voit , se mange , ou se rap- 
porte au plaisir vénélien ; pensez-vous qu'elle ne prendra pa> 



RAV i1& 

en haine, en horreur tout ce qui est hors Je notre vue et de nos 
sens, mais cependant intelligible et compréhensible ? Cette 
ame embarrassée alors, et comme apesantie par cette enve- 
loppe grossière et matérielle que sa familiarité et ses habitudes 
toutes corporelles auront en quelque sorte naturalisées en elle , 
sera hors d'élat des'éleverpure dans toutes ses contemplations. 
Au contraire , une ame qui aura pris le soin de macérer son 
corps, de s'en éloigner , d'éviter le commerce et la conta- 
gion impure de ses sales voluptés y si elle s'est tenue concen- 
trée sur elle-même , en cet état n'aspire-t-elle pas à s'élever 
au principe divin dont elle est émanée, puisque les êtres sem- 
blables s'attirent ? Lorsqu'elle est ainsi remontée vers sa source, 
elle s'y trouve bienheureuse, affranchie de ses erreurs, de 
ses ignorances, de ses craintes, de ses cruel les amours et de tous 
les autres monstres du cœur humain. Elle passe alors sa vie 
avec les Dieux , comme lorsque la mort a détruit cette enve- 
loppe qui retenait captif le feu qui nous anime. 

Donec longa dies perfecto lemporis orbe 
Concretam exemlt labem , purumque reùquit 
JElherewn sensum, alque aurai simplicis ignem. 

virgil. , AEoeid. VI. 

Ainsi l'âme vit par la mort du corps , et elle meurt lorsque 
celui-ci vit en excès. Quiconqucn'admettraitniunDieu ni une 
ame dans l'homme , se priverait de tout moyen d'exaltation 
mentale et de ravissement; car c'est s'ÔLer la faculté de s'élever 
que vouloir détruire tout ce qui est au-dessus de nous, et qui 
peut nous attirer en haut. Oh ! que l'homme serait alors petit et 
rampant à la sut face de cette terre ! Et que lui serviraient ces 
yeux élevés vers le ciel et cette tête spacieuse, ce cerveau 
intelligent qui peut mesurer la course des astres? L'homme 
est-il donc comme un arbre qui s'élève pour porter ses fruits , 
puis pour être coupé et jeté au feu , sans autre utilité sur ce 
globe? 

La nature a pris plus de soin de nous. Sans cette disposition 
à s'attendrir, à s'exalter, dont elle fit don à notre espèce, il nous 
eût été impossible de former une société bien unie de sentiment, 
et pour ainsi duc, compacte, contre les coups de la fortune. 
Qui ne sait combien les situations désastreuses de la vie susci- 
tent parfois un noble essor de Paine , un ravissement généreux 
de courage ou d'amour, non-seulement des mères pour leur 
progéniture, mais même de la part d'un inconnu. Tel homme 
voit un enfant qui se noie ; il se précipite dans le. fleuve pour 
le sauver. Qu'elle est sa récompense? souvent aucune, il se 
croirait avili de Décevoir quelques écus pour ce dévouement : 
l'argent n'est pas le prix de l'honneur. 

Quel est ce saint ravissement qui saisit les âmes pieuses , en 
coatemplation dans les parvis des temples, et qui les élève à 



256 RAV 

des actes de vertu et de courage inouïs? Cette pauvre sœur se 
dévoue toute sa vie , sous un habit de bure, au service dégoû- 
tant et aux. miasmes pestilentiels d'un hôpital ; sa main légère 
et timide essuie mollement le sang d'une blessure, ou le pus 
fétide d un ulcère. Où est son salaire en ce monde ? 

Vous couvrez de fer et d'armes brillantes ces guerriers , no- 
ble rempart de la patrie ; ils rassemblent en silence leurs épais 
bataillons. Faites éclater alors une musique belliqueuse ; que 
la trompette et le clairon retentissent dans tous les cœurs ; 
aussitôt monte je ne sais quel le généreuse ardeur ; le sang bouil- 
lonne , les coursiers eux-mêmes partagent l'émotion et hen- 
nissent ; de toutes parts ou semble demander lecombat, et l'on 
vole avec intrépidité à la victoire ou à la mort. Philosophes 
tranquilles , qui , de votre cabinet traitez de noble folie les 
élans de la valeur guerrière , considérez plutôt si cette faculté 
de s'exalter nVst pas une des plus heureuses prérogatives de 
1* esprit humain accordées par une nature généreuse • tout 
le monde n'en est pas également susceptible , et les anciens 
croyaient que certains ravissemeus étaient envoyés par la di- 
vinité. 

Un passage de Platon sur le ravissement est trop important 
pour ne pas le faire passer ici en notre langue ; il nous don- 
nera un exemple de cette ingénieuse philosophie que les Grecs 
aimaient associer h l'ait médical. 

Sociale dit à ïo : « Voulez-vous que je vous expose mon 
sentiment? Ce n'est point l'ait qui voua fait rendre avec tant 
de chaleur l'esprit des poèmes d'Homère , c'est une émotion 
toute divine qui vous transporte. Voyez la pierre d'aimant, 
non-seulement elle attire des anneaux de Ici , mais imprègue 
également ces anneaux d'une facille attractive toute sembla- 
ble à celle de la pierre pour ics autres anneaux. De là vient 
cju'il s'opère un long enchaînement d'anneaux , qui , tenant tous 
l'un à l'autre, se rattachent originairement à la pierre d'ai- 
mant. De même, la muse agitant les poètes d'une fureur di- 
vine, ceux-ci communiquent leurs transports à d'autres hom- 
mes, et il se forme ainsi une chaîne d'entraînement. Tous les 
plus grands poètes ne composer pas leuis excellens ouvrages 
par un effort de l'art, mais seulement lorsqu'ils se sentent 
émus par un souffle divin. C'est encore ainsi que les corybantes 
n'exécutent point leurs danses de sang froid; les excellens 
musiciens ne composent point leur musique d'un esprit rassis, 
mais il faut qu'ils soient entraînés par l'harmonie ou par la 
cadence. Alors ils se lèvent remplis d'ardeur, tels que des 
bacchantes qui entrent en fureur; ils puisent, comme dans de 
grands fleuves, le lait et le miel qu'ils ne peuvent obtenir de 
sang-froid, et ils annoncent eux-mêmes que c'est une sainte 



RAV ?.' 7 

ivresse qui inspire leurs chants. Semblables à des abeilles qui 
composent leur miel du pur nectar des roses , les poêles vont re- 
cueillir leurs plus doux vers sur les collines et dans les jar- 
dins embaumés des Muses. Et véritablement un poêle est un 
être sacré, inconstant, mobile dans sa sensibilité, qui ne sau- 
rait composer avant de se senlir rempli de Dieu, transporté 
hors de lui-même, ou sans qu'il ait perdu l'esprit. Tant que sa 
raison demeure froide et reposée, il se trouve hors d'état de pro- 
noncer ses oracles ou de produire des vers. Ce n'est donc point 
par art que les vrais poètes composent des ouvrages excellens, 
tels que ceux d'Homère, mais par une verve divine, avec la- 
quelle la muse les ravit; tel est propre au dithyrambe, tel 
autre à l'ode, tel aux chansons, tel aux satires, celui-là au 
poème épique , etc.; mais, pour toute autre chose, chacun se 
trouve tout à fait ignorant et incapable, puisque ce n'est point 
Je résultat de l'art en eux. Que s'ils étaient capables de traiter 
habilement une chose au moyen de l'art , rien ne les empêche- 
rait de composer aussi bien sur tou9 les autres sujets. C'est 
pour cet effet que Dieu , s'emparant de leur esprit , se sert d'eux 
comme d'interprètes sacrés et comme des ministres, afin que 
nous écoutions ses oracles, et que nous apprenions de ces di- 
vins personnages les merveilles éclatâmes qu'ils annoncent 
dans leur enthousiasme et lorsqu'ils sont dépouillés de la rai- 
son. On peut démontrer cette vérité par un exemple mani- 
feste. Tynnichus de Calchis, qui n'avait composé auparavant 
aucun pt>ème digne de mémoire, reconnaît avoir trouvé par 
une inspiration des Muses cet hymne pour Apollon, qui est 
dans la bouche de tout le monde, et qui est peut-être Je plus 
magnifique de tous les hvmnes. Par là, Dieu nous a fait voir 
surtout que nous ne devons pas douter qu'il inspire des ou- 
vrages divins , et que les excellens poèmes ne sont pas, à pro- 
prement parler, des ouvrages humains ni sortis des hommes. 
Mais les poètes ne sont ainsi des interprèles sacrés que lors- 
que, épris d'un divin ravissement, ils témoignent une agita- 
tion audessus de l'humanité; ce que Dieu voulant expressé- 
ment montrer, il a choisi le plus médiocre des poètes pour 
lui faire produire la plus sublime composition. » Socrate 
poursuit. « Pensez-vous que lorsqu'un prêtre offre le divin 
sacrifice au milieu des cérémonies les plus sacrées , qu'il s'é- 
meut , qu'il tremble, que ses cheveux se hérissent d'horreur 
«t que son cœur palpite au milieu de vingt mille assistans^ 
tous recueillis, et dont aucun ne songe à lui faire le moindre 
mal, il est maître de sa raison? Ne voyons-nous pas toute 
l'assemblée émue bientôt de ce spectacle? Chacun a les regards 
iixés sur lui; il est tout transporté et il pleure. Voyez si le 
spectateur n'est pas alors le dernier anneau suspendu à la 
47- 17 



a5B RAY 

pierre d'aimant dont je vous parlais. Vous qui récitez les 
poèmes d'Homère, vous êtes l'anneau intermédiaire; le pre- 
mier est le poète, et Dieu, par son moyen, attire et tourne 
l'esprit des humains où. il veut. C'est ainsi que, dans une 
danse, tous, tant les maîtres que les disciples , dépendent de 
la muse. Si vous dormez quand on vous récite quelque poésie 
médiocre, c'est que vous n'êtes point suspendu à sa chaîne, 
elle n'a point d'aimant , elle n'a pas été créée dans un ravisse- 
ment divin ; mais vous vous réveillez, mais votre cœur pal- 
pire aussitôt que vous saisissez Homère. Alors vous vous sentez 
éloquent, pathétique, transporté de courage : autrement vous 
ne pouvez rien dire (Plato , lo> vel defurore poetico). » 

Le ratvissement martial qui transporte les guerriers dans les 
combats , et cette fureur héroïque si remarquable dans Pyr- 
rhus, roi des Epirotes , qui lui donnait en ces occasions une 
force si étonnante , a été remarqué chez différens peuples. Les 
anciens Danois, dit Thomas Bartholin ( Jntiq. danicce, De 
causis contemptce mortis à Danis), avaient pour divinité 
Odin, qui présidait aux batailles ; on croyait qu'il envoyait 
aux guerriers celte fureur nommée berserkik; celui qui en 
était transporté, eût-il été le plus faible soldat, devenait alors 
capable de vaincre seul dix ennemis. Telle est encore cette sorte 
de rage féroce qui saisit les Malais qui prennent de l'opium , 
et les fait crier amok ( ou tue ) un poignard à la main : alors ils 
éventrcnt quiconque les approche ; il faut les expédier à coups 
de fusil comme des bêtes furieuses. Toutefois cette rage est ac- 
crue par des substances excitantes , comme on voit des hommes 
ivres devenir furibonds et frénétiques. 

Au reste, le ravissement n'est pas toujours furieux et exalté ; 
il en est un autre plus sombre et plus concentré qui entraîne 
les imaginations mélancoliques. Le poète Claudius Rutilius a 
bien dépeint celui qui transporte les moines grecs (Iliner. , 1. i , 

v. 4^9? et sc £- ) : 

Processa pelagijam se Capraria lollit ; 

Squalei lucifugis insula plena viris. 
Ipsi se monachos graio cognomiae dicunt, 

Quod sali nullo vivere leste volunt. 
Mimera fortunée metuunt; dum damna verentur ; 

Quisquam estsponlè miser, ne miser esse queat. 
Quœnam perversi rabies tara stulla cerebri ? 

Dum mala formidus , ne bona posse pâli. 
Sive suas répétant ex jato ergastula pœ-nas , 

Tristia seu nigrn viscera felle tumcnt; 
Sic nimiœ bihs morhum asàignainl Homerus 

Bellerophonlœis sullicitudinibus . 

Dans l'antiquité , la sombre tristesse de Bellerophon a été 

citée par Aristote (Probl, xxx, piob. 1), et plusieurs poètes 



RAV i?0 

font également regardée comme une ve'ritable folie, avant 
que le christianisme l'eût considérée comme une sorte d'instinct 
sacré. Ausonc ( epist. xxv, Ad Paulinum) fait cette remarque : 

Ceu dicitur olirti 

Mentis inops cœlus hominum et vestigiavitans, 
Avia pcrlustrasse vagus loca Bellerophontes. 

La mélancolie est voisine de la manie, et passe aisément de 
l'une à l'autre, comme l'avait déjà remarqué Willis. Or la 
contemplation des personnes studieuses qui leur fait rechercher 
la solitude ( Voyez cet article ) porte naturellement à la mé- 
lancolie et aux ravissemens extatiques. Saint Thomas ^Aquin , 
qui en éprouvait souvent lui-même, en distingue de trois 
sortes (Summa n, i quaest. 1^5, art. i). La première, dit-il, 
vient de la puissance divine, comme aux prophètes, à saint 
Paul et aux autres saints : Dieu en est la cause. La seconde 
vient du démon; elle lie les sens extérieurs ou suspend leur 
action, le corps reste comme un cadavre; tel est le lavisse- 
ment qu'éprouvent les magiciens et enchanteurs ou sorciers, 
ïertullien et les anciens auteurs ont présumé que , dans cet 
état de ravissement, l'ame sortait du corps pour vaguer dans 
toute la nature, et se rendait au loin pour y observer ce qui 
s'y passe, puis revenait en donner des nouvelles certaines. 
Nous savons que l'abbé Faria et d'autres magnétiseurs mo- 
dernes adoptent encore aujourd'hui cette opinion des néo- 
platoniciens, tels que Plotin , Jamblique, etc. La troisième 
sorte de ravissement est appelée morbifique par saint Thomas, 
et rapportée au vice des humeurs; ce qui cause l'aliénation 
mentale. 

Déjà, parmi les anciens, Aristote, lib. De anima, et dans 
ses Traités de métaphysique, avait penché à supposer que 
l'ame humaine était éclairée par une intelligence universelle , 
comme le sont nos yeux par la lumière du soleil. C'était son 
intellect agent, illuminant tout homme venant au monde, 
comme s'exprime l'Ecriture, et les hommes les plus divins 
recevaient plus abondamment de cet intellect possible, selon 
la capacité de leur cerveau, d'après Plotin (lib. De intellect, 
et idœis ; et aussi Cicéron , lib. De legibus , et lib. i , De senec- 
tute ; Manilius, Astronomie. , lib. iv, qui disent à peu près les 
mômes choses). GalieYi avait établi pareillement (lib. xvn , 
De usu partium) que l'ame était éclairée par cet entendement 
universel répandu dans l'immensité du monde, système dé- 
veloppé très-bien ensuite par Averrhoés et par Avicenne (lib. 
De anima, cap. vin , et De quœst. et définit, j, système en- 
core généralement admis dans l'Inde orientale par les br a- 
mines. Us considèrent les hommes ainsi que des bouteille? 

*7- 



260 KAV 

plongées dans un océan d'intelligence , et s'en remplissant plus 

ou moins chacune suivant sa capacité. 

Pour expliquer ce ravissement extatique qui paraît accroî- 
tre , en quelques circonstances , nos lumières naturelles, il 
suffisait de supposer une plus grande abondance de ce fluide 
intellectuel, venant pour ainsi dire éblouir l'arae et l'enflam- 
mer , ce qui avait lieu par suite de Ja forte contemplation dans 
la solitude, ou par un rayon éclatant de la Divinité, comme 
lorsque le Saint-Esprit descendit en langues de feu sur les 
apôtres assemblés. 

Il n'y a pas encore beaucoup d'années que des médecins al- 
lemands attribuaient à la puissance du diable sur nos corps 
ceitains^tats de ravissement causant des propensions malignes 
et d'autres idées bizarres (Frédéric Hoffmann, Diss. de po- 
tentiel diaboli in corpora, 17^0 , Hala? ; et de Haën , De magiâ, 
Vindob. , 177$, in-8°.). Les raisonnemens que font ces au- 
teurs paraissent singuliers et méritent d'être développés ici. 
En France, dit Hoffmann, où les habitans sont bien nourris, 
boivent du vin, travaillent et conversent habituellement en 
société, ou étudient ensemble, il y a peu de tentations du dé- 
mon, peu de ces obsessions, de ces visions de spectres, peu 
de ces actions de sorcellerie, de vampires, etc. Mais c'est 
tout autre chose dans les pays froids du septentrion, la Lapo- 
nie la Finlande, la Suède, le Danemarck, ou les montagnes 
de Suisse, du Tyrol, et l'Ecosse, etc., pays où les habitans 
vivent plus sauvages et plus solitaires, où l'on boit une bière 
légère, trop houblonnée, où Ton fait usage d'alimens ven- 
teux et durs , de pois , de fèves , de pommes de terre , de pâtes , 
de pain lourd, de grosses chairs de porc et de salaisons, 
comme dans la Westphalie , le Mecklembourg , la Poméranie: 
aussi n'y entend-on parler souvent que de sorcelleries, de 
spectres, d'enchantemens et d'autres illusions démoniaques, 
qui se font surtout pendant la nuit , ce que témoignent tous les 
démonograpbes. Ces effets sont principalement communs dans 
les individus mélancoliques ou hypocondriaques, dans les 
vieillards et les vieilles femmes, qui, usant de ces nourritures 
pesantes et dures à digérer, éprouvent pendant la nuit le cau- 
chemar et des oppressions , des frayeurs, des visions , surtout 
si la température est froide, humide et relâchante : car alors 
la difficulté de digérer est plus grande; il y a plus de dévelop- 
pement de vents, de borborygmes , etc. Il semble donc que la 
bonne nourriture et les digestions faciles, la douce hilarité 
que produisent la conversation , l'usage du vin, une vie so- 
ciale, écartent les démons et leurs visions malencontreuses. 

En effet , les individus mal nourris , les nations barbares des 
pays incultes, sont très-disposés aux affections vaporeuses, 



aux agitations convulsives, à ces terreurs paniques , a toutes 
sortes de délire, a ces ravissemens singuliers, qu'ils croient 
être envoyés par la divinité, ou par de mauvais génies, par 
les démons, triste résultat de leur superstition et de leur igno- 
rance. C'est là qu'on peut voir une abondante pépinière de pro- 
phètes, de devins , d'enthousiastes, qui finissent par éprouver 
des attaques d'épilepsie. 11 y a plus de deux siècles que Olaùs 
Magnus récitait les ravissemens extatiques des Lapons et des 
Finnois, pieusement attribués au diable par le démonographe 
JeanBodin. Pallas a remarqué dans toute la Sibérie, chez les 
Samoièdes, les Tonguses, les Rarntschadales , dans les vastes 
régions des Jakutes et celles qu'arrose le Jenisea , que les ha- 
bitans maigres et minces de ces contrées ont la fibre tellement 
mobile et sensible, que le moindre attouchement, un bruit 
même léger, inattendu, les plonge dans le plus grand trouble, 
et qu'il faut longtemps pour les calmer. Ils entrent aisément 
dans une sorte de fureur ou de transport. On a besoin de les 
apaiser en brûlant sous leur nez des plumes ou des cheveux, 
car cette émotion est toute nerveuse comme celle des hys- 
tériques ( Heyne , Dissert, dans les Comment. Goè'tting. , 
1778 en 79, tom. 1, in-4 . ). 

Bans ces circonstances, on a vu l'état spasmodique faire re- 
fluer le sang vers la face, qui devient rouge, animée, vul- 
tueuse ; le regard étincèle, quelquefois les dents se grincent, 
la bouche écume et se tord, le col se gonfle, et parfois aussi 
le sang jaillit spontanément par le nez j cette évacuation alors 
abat le paroxysme, et des pensées plus calmes succèdent aux 
mouvemens violens , tempestueux et exaspérés qui faisaient 
redouter des actes de fureur. 

On a remarqué pareillement chez tous les illuminés et fa- 
natiques des diverses religions des exemples semblables. Les 
plus récens sont ceux qu'on observe dans les prêches ou réu- 
nions des méthodistes en Angleterre. James Cornish, qui a vu 
les effets de ce fanatisme chez des habitans du comté de Cor- 
nouailles [Médical and physical journal, avril 1814, }). 578 , 
sq.) , dit que ce ravissement ou cette exaltation mentale s'ac- 
croît jusqu'à déterminer uu paroxysme convulsif des plus 
furieux, lequel se propage, comme une contagion sacrée 
parmi la populace, de village en village. On voit chez des 
femmes les muscles de la face se contracter de la plus hideuse 
manière, avec des tremblemens , la chute, l'agitation par terre, 
puis des cris effrayans sont exhalés, en sorte que les êtres les plus 
impressionnables , les enfans , les autres personnes témoins de 
ce spectacle se sentent fortement émus, s'agitent et gagnent le 
même mal. Les enfans ont jusqu'à cinq ou six attaques de 
«uit&. Les hommes d'une constitution robuste résistent sans 



2&2 RAY 

doute plus longtemps ; mais pour différer , leurs attaques n'en 
sont pas moindres ; une fois qu'ils sont ébranlés, ils entrent 
dans des fureurs inconcevables, beaucoup d'autres hommes 
de force auraient la plus grande peine à les contenir. La suite 
de ces funestes émotions est pour l'ordinaire une frénésie, ou 
une noire et sombre mélancolie, ce qui multiplie encore da- 
vantage le nombre des fous de l'empire britannique , au point 
qu'on a été obligé de créer de nouveaux hospices d'aliénés 
pour les personnes auxquelles cette secte religieuse a fait tour- 
ner la cervelle. Les unes se croient remplies d'un esprit tout 
divin , et elles prophétisent la ruine et la destruction de toutes 
choses ; d'autres se disent ensorcelées ; d'autres s'abandonnent 
à leurs passions naturelles ; les autres sont évidemment mania- 
ques en toutes choses. Il est vrai que l'abus des liqueurs fortes 
dispose également à ces états d'exaspération morale; mais néan- 
moins ce sont les idées religieuses , et la persuasion qu'on est 
transporté d'un esprit divin , qui suscitent cet état de ravisse- 
ment mental. 

On ne peut se dispenser de reconnaître en effet que toute 
la lecture de la Bible n'imprime fortement cette opinion. Dieu 
prépare notre volonté ; il dirige nos pas ; il opère en nous sans 
«que nous le voulions ; la foi et la vocation viennent dans nous 
d'un amour céleste qui ne se donne pas, car il faut que nous 
nous sentions appelés, contre l'opinion des pélagiens et des 
naturalistes qui n'admettent ni l'opération de la grâce efficace, 
ni la prédestination. Or, si c'est l'esprit saint qui nous dirige 
et nous éclaire, comment résister à ses volontés sans un sacri- 
lège; car la grâce est plus parfaite que la nature: la première 
nous appelle vers Dieu et nous rattache au ciel; la seconde 
nous ramène vers la terre et les joies du siècle. Qui peut donc 
balancer entre ces deux impulsions? car puisque le cœur des 
rois est entre les mains de Dieu qui le tourne comme il veut 
{Proverb. xxi ) ; puisque Dieu avait abandonné les anciens 
Romains à la corruption ( Paul , Epist. ad Roman, i , v. 2/j) ; 
puisque , selon saint Augustin ( De gratiâ et libero arbitrio , c. 
xxi ), Dieu opère généralement dans les cœurs des hommes pour 
incliner leur volonté où. il le veut, soit au bien par sa miséri- 
corde, soit au mal , selon les voies impénétrables de sa jus- 
tice, il n'y a rien à répliquer au superstitieux qui se prétend 
poussé à telle ou telle action. L'homme, dira-t-il, ne peut rien 
recevoir qui ne lui soit donné du ciel ( Jean, c. m , 27 ). Nous 
ne sommes pas capables de penser de nous seuls à quelque 
chose qui vienne de nous , mais notre suffisance nous est don- 
née par Dieu même (Paul 11. Corinth, c. ni, 5); ne dites ja- 
mais dans votre cœur: C'est moi, c'est ma force et mon savoir 



RAV ifô 

qui m'ont inspire de faire telle chose; mais souvenez-vous tou- 
jours que c'est Dieu seul qui vous donne la force d'agir ( Veu- 
téronome, c. vin, 17 ). Dieu est ce qui opère dans vous et vous 
communique le vouloir et la faculté d'opérer (Paul, ad Phi- 
lippens., 11 , i3). Aussi, dans les Prophètes, Dieu dit qu'il 
ôtera ce cœur de pierre pour en mettre un de chair, qui suscite 
un esprit tout nouveau {Ezechiel, c. 11, 19) : Créez en moi un 
cœur pur, s'écrie en ce sens aussi le psalmiste (Psalm. l). En- 
fin ce n'est pas vous qui m'avez choisi , mais moi qui vous ai 
daigné choisir, dit Jésus {Jean, c. xv, 16). 

Nous pourrions accumuler bien d'autres passages qui prou- 
vent tous combien il serait difficile de réfuter par les principes 
de la religion elle-même, le fanatique qui se dit appelé par 
la Divinité, le quaker rigide , le swédcnborgiste, le martiniste 
illuminé, etc. Aussi les personnes religieuses regardent comme 
entachée d'impiété et de matérialisme l'opinion d'Hippocrate 
au sujet de la maladie sacrée ou de l'épilepsie, lorsqu'il dit : 
« Pour moi, je regarde cette maladie comme étant de même na- 
ture que toutes les autres, ou n'étant ni plus ni moins sacrée , 
mais dépendant de causes absolument naturelles ou toutes 
corporelles. » Cependant le ravissement fanatique, comme tout 
autre pouvant être traité et guéri par les moyens ordinaires, 
il paraîtra fort difficile de croire que la Divinité entre dans un 
corps mélancolique, aussi bien que le diable, plutôt que dans 
tout autre corps ; mais les effets du ravissement ou religieux , 
ou guerrier, ou amoureux , ou poétique, etc. , sont un résultat 
ordinaire de l'exaltation cérébrale ou nerveuse par des moyens 
connus. 

Nous verrons encore que la disposition au ravissement est 
plus grande chez quelques individus que chez d'autres - y c'est' 
principalement dans les personnes hystériques , hypocondria- 
ques ou mélancoliques, dont le système intestinal est débilité 
et faible. En effet, d'après l'antagonisme bien connu des deux 
ordres de nos fonctions titales intérieures et extérieures, il est 
manifeste que les esprits les plus lourds, les moins mobiles et 
excitables sont ceux qui jouissent d'une grande énergie des or- 
ganes nutritifs, qui mangent bien, boivent bien , dorment bien, 
et ne s'inquiètent de nulle chose; qui vivent enfin eomme les 
animaux , quee natura prona, atque ventri obedîcntia finocit. 
Au contraire, les personnes à estomac délicat , les individus 
nerveux qui mangent peu ou jeûnent, qui digèrent pénible- 
ment, jouissent d'une plus grande sensibilité dans le système 
nerveux extérieur et le centre cérébral. On voit même que les 
gens à jeun sont beaucoup plus irascibles que les personnes 
largement repues. Ainsi , tout ce qui est en moins dans les 



î64 RE A 

fonctions nutritives et intérieures, se reporte en pîtis dans les 
fonctions de la vie extérieure ou de relation. Ces êtres sensi- 
bles et mobiles ont la tète chaude , au physique comme au mo- 
ral. On accuse aussi plusieurs individus chauves de cette dis- 
position au ravissement mental: tel était, dit-on , l'apôtre 
saint Paul. Les femmes hystériques n'y sont pas moins expo- 
sées que les hommes, et on a pris à lâche de prouver que l'il- 
lustre héroïne de Vaucouleurs, Jeanne d'Arc, tombait souvent 
en cet état de ravissement qui la faisait marcher avec intrépi- 
dité au devant des bataillons ennemis, en portant la bannière 
de France. Voyez , sur les autres étals de l'esprit, les articles 
énergie ) enthousiasme , esprit, exaltation , extase , génie, ima- 
gination, etc. (viret) 

RAYGRASS, s. m., lolium perenne , Linn., plante de la 
famille naturelle des gi aminées, et du même genre que l'ivraie 
enivrante ( Voyez vol. xxvi, pag. 23i ), mais qui paraît ne 
point participer aux propriétés dangereuses de cette espèce. 
On n'en fait aucun usage en médecine ; mais on l'estime, sur- 
tout en Angleterre, comme formant un très bon fourrage, et 
on la cultive pour la nourriture des bestiaux. 

( L. DESLONGCnAMPS) 

RAYON" , s. m. , radius : c'est le nom qu'on donne au plus 
pelit des deux os de l'avant-bras, qui est pins connu sous le 
no tn de radius. Voyez ce mot. 

Sous le nom de rayon, en anatomie , on désigne quelque- 
fois le cercle rougeàtre qui entoure Je mamelon. Voyez 

AREOLE. 

On appelle en physique rayon lumineux un petit faisceau 
de lumière projeté dans telle ou telle direction; quand plu- 
sieurs de ces rayons tendent à se rapprocher, on les nomme 
rayons convergens; quand ils tendent a s'éloigner, on les 
nomme divergens. Voyez lumière. 

On appelle aussi rayons médullaires des stries qui s'étendent 
en divergeant du centre à la circonférence, sur les sections 
transversales d'une lige contenant de la moelle. (m. p.) 

REACTIF, s. m. , du verbe reagere, réagir: mot formé de 
la particule itérative re et du grec ecya , agir. On nomme ainsi 
les substances dont on se sert pour analyser les corps et recon- 
naître leurs principes constituans. Tous les corps du domaine 
de la chimie pourraient, à la rigueur, être considérés comme 
des réactifs ; mais l'expérience a appris à faire un choix parti- 
culier de ceux dont les effets bien connus, constans et compa- 
rés, suffisent pour faire connaître la présence de certains élé- 
rnens contenus dans les composés. Ce sont pour ainsi dire des 
précurseurs qui mettent sur la voie de l'analyse ; ils deviennent. 



RÉA 26S 

aussi des instrumcns précieux pour reconnaître clans les subs- 
tances médicamenteuses ou alimentaires les matières étran- 
gères qui pourraient s'y trouver. 

Il ne peut pas être question, dans un ouvrage du genre de 
celui-ci. de tous les réactifs employés par les chimistes, mais 
de ceux que les médecins doivent connaître, lorsqu'ils sont 
appelés pour constater la pureté ou l'altération de l'air, des 
eaux, des alimens , des medicamens, et la nature des poisons 
dans le cas d'empoisonnement; ils devraient avoir toujours 
chez eux un petit nécessaire contenant les principaux réactifs 
absolument indispensables dans ces diverses circonstances. Cette 
petite collection se composerait d'abord des premiers moyens 
d'essais, comme du papier coloré avec de la teinture de tour- 
nesol qui rougit avec les acides, et avec celle de curcuma qui 
brunit avec les alcalis; de sirop de violette, qui indique en 
rougissant ou en verdissant J'acidité ou l'alcalinité , et ensuite 
de divers réactifs acides, alcalins, salins et métalliques que 
nous indiquerons successivement. 

Supposons actuellement que Ton désire indiquer ou décou- 
vrir quelles sont les substances en solution dans un liquide 
aqueux, voici ce qu'annonceront les réactifs acides : i°. l'acide 
sulfurique séparera et précipitera de leurs solutions ou combi- 
naisons avec d'autres acides la baryte,, la chaux, la stron- 
tiane , les oxydes de plomb et de mercure. i°. L'acide nitrique 
décèlera dansies eauxminérales la présence de l'hydrogène sul- 
furé ou acide hydro-sulfurique libre ou combiné, soit en le 
dégageant, soit en le décomposant pour former de l'eau et 
mettre du soufre à nu. 3°. L'acide muriatique ou hydro-chlo- 
rique servira à précipiter de leur dissolution dans les acides 
plusieurs métaux, tels que l'argent , le mercure , le bismuth , le 
plomb. 4°- L'acide oxalique indiquera la plus petite quantité 
de chaux libre ou combinée en solution dans l'eau; il se for- 
mera un oxaîatc de chaux insoluble. 5°. L'acide galliquc , ou 
mieux, sa dissolution dans la teinture alcoolique de noix de 
galle, annoncera la présence du fer en formant avec lui un 
précipité noir ou violet. 6°. Avec l'acide tarlarique on s'assu- 
rera de la présence de la potasse, qui formera avec lui du tar- 
trale de potasse. 7 . La solution d'acide hydro-sulfurique dé- 
composera l'émétique, en précipitera du. soufre doré, décom- 
posera aussi la plupart des sels métalliques et l'acide sera décom- 
posé lui-même pour former de l'eau et des sulfures métalliques. 

Les réactifs alcalins ou sous-alcalins présenteront Jes phé- 
nomènes suivans : i°. la potasse purifiée par l'alcool décom- 
posera non-seulement les sulfates d'alumine et de magnésie en 
en précipitant ces deux terres , mais encore la majeure partie 
des sels métal Jicrues qui abandonneront leurs oxydes. sVL'am- 



iG6 RÉ A 

moniaque produira sur les mêmes sels des effets semblables; 
elle annoncera aussi partout la présence des sels de cuivre en 
faisant passer leur solution au bleu forcé. 3°. L'eau de baryte 
géra un réactif précieux pour découvrir la plus petite quantité 
d'acide sulfurique et pour décomposer tous les sulfater. 4°*' 
L'eau de chaux sera troublée par les acides qui forment avec 
cette terre des sels insolubles , tels que les acides phosphori- 
que, carbonique, oxalique, tartarique; elle décompose égale- 
ment les sels à base d'alumine et de magnésie, l'hydro-chlorate 
d'ammoniaque dont elle dégagera le gaz alcalin ; elle précipi- 
tera les sels cuivreux en vert, le dcuto-chlorure de mercure 
en jaune, comme dans l'eau phagédénique, le proto-chlorure 
de mercure en noir pour former le mercure soluble d'Hane- 
mann; elle formera encore dans le solutum d'oxyde d'arsenic 
un précipité blanc qui, projeté sur les charbons ardens , ré- 
pandra une odeur d'ail. Beaucoup de sels sont également em- 
ployés comme de puissans réactifs , parmi les sels alcalins. 
5°. Le chlorure de sodium , ou muriate de soude , précipitera 
les dissolutions nitriques d'argent, de plomb, de bismuth. 
6°. L'oxalate neutre de polasse se comportera comme l'acide 
oxalique. 7 . L'hydro-cyanate, ou prussiate de potasse, sera 
le meilleur réactif pour découvrir la moindre trace de sel de 
fei " y il se formera un précipité bleu de prussiate de fer ; la so- 
lution des sels cuivreux sera aussi précipitée en brun par le 
même sel. 8°. Le carbonate neutre de potasse démontrera dans 
les eaux minérales les sulfates de chaux, de magnésie, d'alu- 
mine, et en précipitera toutes les terres. Dans le nombre des sels 
métalliques. i°. Le nitrate d'argent décèlera la plus faible 
quantité d'acide murialique. 2 . Le proto - sulfate de fer dé- 
composera les sels d'or et d'argent et en précipitera ces métaux 
à l'état métallique. 3°. L'acétate de plomb formera des préci- 
pités blancs avec les acides sulfurique, muriatique, aisénique, 
phosphorique, et avec tous les sels contenant ces acides. 4°* 
L'ammoniure de cuivre précipitera en vert serin la solution 
d'oxyde d'arsenic. 

L'alcool précipitera plusieurs sels de leur dissolution dans 
l'eau en s'emparant de celle-ci; il dissolvera très bien les ni- 
trates et muriates de chaux et de magnésie ; il sera encore le 
dissolvant naturel des alcalis purs , des huiles volatiles, du 
camphre, des résines, et particulièrement des huiles fixes de 
ricin et de palme. Le savon, par sa dissolution plus ou moins 
complétée, indiquera la bonté des eaux économiques, et l'im- 
pureté des eaux crues en s'y décomposant pour former des sels 
alcalins et des savons calcaires insolubles. La gélatine animale 
précipitera le tannin de toutes ses dissolutions pour former 
avec lui un corps solide et insoluble; phénomène analogue îjr 






RE A 2G7 

CC qui se passe dans le tannage des peaux pour les convenir 
en cuir. L'iode servira à découvrir l'amidon dans toutes les par- 
ties des végétaux en lui faisant prendre une couleur bleue. 

Pour reconnaître dans les vins et les vinaigres falsifîe's la 
présence des matières colorâmes étrangères , celle de l'acide 
sulfuiique, du plomb, de la chaux , etc. , Voyez vin et vi-> 

NAIGRE. 

A l'égard des réactifs pour l'air et l'atmosphère ( Voyez au 
mot désinfection, tom. vin, page 5i2), la classification en 
cinq ordres des émanations étrangères et g .zcuses qui allèrent 
l'air , et les moyens employés pour les découvrir , quand elles 
tombent sous les sens, et pour les neutraliser et les déplacer. 

Quant aux réactifs pour les poisons, Voyez au mol poison, 
tom. xlïii, pag. 52.5 , la classification de ces derniers, leurs 
caractères , et les moyens chimiques de les reconnaître. 

( NACHET ) 

RÉACTION, s. f. Ce mot exprime l'idée d'un phénomène 
souvent observé dans notre économie, et susceptible d'être envi- 
sagé sous des rapports différens. L'homme , placé au premier 
anneau de la chaîne des êtres organisés, soumis aux mêmes in- 
fluences , régi par les mêmes lois, ne présente d'abord d'autres 
différences que celles établies par le perfectionnement de son 
organisation. Les propriétés vitales dont il est éminemment 
doué , lui donnent la faculté de s'approprier ce qui est utile , 
de repousser ce qui est nuisible; ces propriétés établissent 
entre toutes les parties de l'organisme , une dépendance géné- 
rale et réciproque : par elles tout concourt dans ce vaste en- 
semble , tout conspire vers un même but , celui de conserver 
la vie ; par elles l'affection d'une partie amène nécessairement 
l'altération d'une autre partie , ou même celle de la machine 
entière. Ainsi se forme le lien sympathique dont sont unis tous 
les organes ; ainsi de l'altération partielle ou générale des pro. 
priétés vitales naît la réaction qui s'exerce dans une partie ou 
dans la totalité de l'organisme , réaction placée dès-lors posi- 
tivement dans le domaine des fonctions organiques. 

Une réaction née d'un ordre de causes différentes, suit dans 
son exercice , d'autres lois que celles des propriétés vitales. 
Cette seconde espèce de réaction due à la faculté de recevoir 
des sensations, et de convertir ces sensations en idées, réside 
toute entière dans le principe à l'aide duquel nous pouvons ré- 
fléchir, former, rappeler des désirs , nourrir des passions , etc. -, 
faculté éminente, exclusivement propre à l'homme, et distincte 
ainsi des propriétés vitales communes aux animaux et aux 
plantes. 

La première espèce sera appelée physique , la seconde peut 
être considérée comme morale : l'une appartient à tous les 



368 RÉ A 

êtres organisés, agît contre toutes les causes de destruction ; 
puise ses moyens dans les élémens plus ou moins fortement 
constitués de l'organisation, et se trouve essentiellement liée 
aux propriétés vitales, qui, présidant à toutes les fonctions, 
dirigent les actes conservateurs de l'individu ou de l'espèce. 

La seconde, particulière à l'homme , a pour principe la fa- 
culté qui , n'appartenant qu'à lui , le dislingue éminemment de 
tous les animaux. Plus ou moins active, selon que cette fa- 
culté est elle-même susceptible de se développer avec plus ou 
moins d'énergie , la réaction morale prend sa source dans le 
courage, dans cette forte détermination de l'a me qui s'élève 
au-dessus de toutes les douleurs , en maîtrise les impressions, 
et y substitue les actes de la volonté. 

La réaction physique s'exerce dans tous les organes, parce 
que tous sont doués de sensibilité, tous reçoivent et transmet- 
tent des impressions , tous agissent et réagissent Les uns sur les 
autres. La vie est une suite d'impressions reçues et de réac- 
tions opérées par les différons centres sensitifs. Les organes sont 
aussi déterminés à exécuter les opérations qui leur sont pro- 
pres , et ces opérations ou fondions sont également liées dans 
un cercle non interrompu d'influences réciproques. 

Ainsi l'estomac agit sur les organes de la génération ; les 
produits plus ou moins élaborés de l'acte digestif, rendent 
plus ou moins impétueux les désirs de l'amour ; l'organe gé- 
nérateur réagit à son tour sur celui de la digestion, et produit 
les appétits bizarres , les vomissemens , etc. ; une substance 
corrosive est introduite dans les voies digestives , une réaction 
prompte, une irradiation spontanéeélendent aussitôt l'influence 
de l'organe affecté jusqu'aux extrémités les plus éloignées ; 
chaque partie réagit à son tour sur cet organe, et l'aide de 
tous ses mouvemens à expulser la substance délétère. La peau 
a été frappée par un miasme contagieux, bientôt le cœur active 
la circulation sanguine, l'estomac repousse les alimeus, le 
cerveau se refuse à l'exercice de la pensée, tous les organes 
internes entrent dans le concert nécessaire pour reporter à la 
circonférence les mouvemens dont ils étaient devenus le centre 
de réunion. Cette influence réciproque est surtout remarquable 
dans la transmission , aux organes les plus éloignés , des im- 
pressions reçues par l'un d'eux. De là naît sans contredit le 
pouvoir de la médecine , pouvoir inhérent à la faculté donnée 
aux médicamens de modifier l'état des organes , et d'exciter des 
réactions dont l'art sait étendre ou borner l'influence. 

La dose ou l'énergie de la substance médicamenteuse, la 
sensibilité de l'organe sur lequel elle estdirectement appliquée, 
les sympathies de celui-ci, plus ou moins multipliées , augmen- 
tent ou diminuent la force de sa réaction. Supposons le cer- 
veau comprimé pur l'accumulation lente ou spontanée d'un 



RÉ A 269 

liquide , l'émétique introduit dans l'estomac porte sur ses 
membranes une action puissante ; bientôt ce viscère réagit avec 
force , et ses secousses amènent des oscillations en vertu des- 
quelles le liquide épanché rentre dans le torrent de la circu- 
lation. La goutte déterminée par une circonstance quelconque 
va se porter sur les membranes de l'estomac , sur les enveloppes 
du cœur ou sur les organes de la respiration , met , dans tous 
les cas, la vie du malade en danger. Un sinapisme est promp- 
tement appliqué à la pkmilc des pieds : dès ce moment une 
réaction puissante s'établit sur le siège de cette application , 
ses effets sont assez rapides pour rappeler sur ce siège primitif 
l'affection qui s'en était éloignée. Une épine est enfoncée dans 
les chairs , un miasme délétère est absorbé par les pores, dès- 
lors toutes les facultés vitales averties réagissent avec violence, 
la fièvre est développée , et les efforts de toute la machine ten- 
dent à expulser le corps ou le miasme étranger , ou bien à neu- 
traliser son action. Ainsi se manifeste la réaction des organes 
quand leur sensibilité est excitée par des impressions venues 
du dehors ou communiquées en vertu des lois de la sympathie» 
Toutefois cette réaction physique peut n'être pas constamment 
déterminée par des vues conservatrices ,011 ne pas se restreindre 
toujours dans de convenables limites. Ainsi la réaction des orga- 
nes de la génération, trop fortement excitée par l'impression de 
substances stimulantes , peut se réfléchir sur l'organe cérébral, 
et déterminer tous les phénomènes des névroses apliroditiques. 
La réaction du système sanguin contre les obstacles mis à la 
circulation par la conformation vicieuse ou ia gène momen- 
tanée des organes , peut déterminer des ruptures de vaisseaux 
ou des épanchemens sanguins également funestes. La réaction 
physique des organes a doue ses aberrations et ses excès ; elle 
doit, pour être utile , rester sous l'influence d'une sage médi- 
cation , et trouver dans les secours de celle-ci une barrière con- 
tre de funestes écarts. 

Du reste, l'exercice de la réaction physique n'est pas borné 
aux systèmes ou organes dont se compose notre économie, on 
le voit aussi dans certains cas se porter sur le moral ; l'altéra- 
tion quelconque d'un organe réagit alors avec véhémence sur 
les facultés de l'esprit ou les affections de l'ame. Ainsi l'estomac 
excité parle vin ou les liqueurs spirilueuses , réagit sur l'esprit, 
devenu dès-lors plus vif, plus piquant, plus fécond en saillies 
heureuses. Les engorgemens du foie , de la rate , amènent la 
tristesse, le découragement, la mélancolie, etc. 

Le moral à son tour est susceptible de réagir sur îe physique: 
celte réaction morale, plus difficile à réveiller, à exciter, est 
aussi plus susceptible d'une heureuse direction. Quel appui ne 
fournit-elle pas au médecin assez habile pour l'appeler à sou 



270 RÉ A 

secours , et la faire servir à ses vues ! Tous les maux n'ont pas 
pour principe l'altération des organes ou le désordre de leurs 
fonctions ; tous les maux aussi ne cèdent pas aux purgatifs , 
aux narcotiques, aux toniques, aux saignées. Le médecin 
obligé de s'opposer aux tristes ravages de l'ennui , de l'ambi- 
tion , du chagrin , de l'amour, a besoin d'une matière médi- 
cale autre que celle formée de potions et de pilules. Quand 
le courage est abattu par les revers de la fortune, le tourment 
des passions, le profond sentiment d'une grande douleur , la 
crainte d'un danger pressant , l'homme de l'art ne pourra-t-il 
se confier qu'aux ressources^ d'une thérapeutique matérielle ? 
Ne devra-t-il pas s'élever jusqu'aux ressorts cachés qui font 
mouvoir nos passions , qui peuvent développer le courage de 
l'esprit, source de tant d'actes héroïques ei de cures si mer- 
veilleuses? Ne devra-t-il pas , dans certains cas , donner aux 
impressions de J'ame une direction qui réagisse avec succès sur 
les impressions physiques et les modifie complètement. Tout 
le monde connaît le succès avec lequel opéra Boerhaaye dans 
l'hôpital de Harlem. Quelques enfans frappés du spectacle 
d'une maladie convulsive, étaient pris eux-mêmes de convul 
sions les uns après les autres; Boerhaarve les guérit en impri- 
mant à leur esprit une autre idée : ce fut en plaçant sous leurs 
yeux des charbons ardens, et menaçant de percer d'un fer 
rougi le premier qui serait saisi de convulsions. La vue de ce 
remède horrible , son effrayant apprêt excitèrent dans l'arne 
de ces enfans une heureuse réaction , dont l'effet spontané fut 
de substituer à l'idée des convulsions celle d'un dangereux 
châtiment , et d'arrêter par la crainte le développement ulté- 
rieur de ces convulsions. On sait avec quelle influence la vue 
du toit paternel , l'aspect du pays natal , la simple chanson 
du hameau agissent sur le nostalgique ; avec quelle promp- 
titude ces objets chéris déterminent dans son esprit ou dans 
son cœur une réaction dont l'effet salutaire est de bannir la 
tristesse, de suspendre les gémissemens, d'interrompre le si- 
lence, d'arrêter ics tristes pensées qui le rendaient insensible 
atout, et répandaient sur tous ses organes le germe d'une 
affieuse consomption. 

Un Suisse, ami de Zimmerman , était, à Goltingue, compa- 
gnon de ses éludes : s'imaginant que l'aorte allait lui crever , 
ce jeune homme n'osait pas, pour celte raison , quitter sa 
chambre; le jour où il fut rappelé par son père, il parcourt 
tout Gotlingne en joie ; trois jouis après il monte au haut des 
cascades de Cassel, tandis que deux jours auparavant il pou- 
vait à peine respirer en montant le plus petit escalier (P oyez 
Zimmerman, De V expériences en médecine.) 

L'action des organes , dit Cabanis , peut être excitée suivant 



Il É A T) I 

J'etat de l'esprit et la nature différente des idées et des affec- 
tions morales. Une contention d'esprit soutenue est en quelque 
sorte capable de suspendre l'exercice de la sensibilité organique: 
Archimède, immolé sur son compas, ne sent point le coup 
qui lui donne la mort. Un simple acte de la volonté rend un 
certain Restilutus , dont parle saint Augustin , insensible aux 
brûlures. Une excessive frayeur suspend les plus cuisantes 
douleurs , et fait marcher un goutteux que le plus violent accès 
retenait immobile. La vanité suffit à un jeune Lacédémonien 
pour le porter à se laisser déchirer la poitrine, avant de dé- 
couvrir îe vol qu'il avait fait d'un renard. 

La joie, l'espérance, tous les sentimens doux et agréables 
fortifient l'ame et lui donnent les moyens de réagir avec succès 
sur les forces musculaires et les organes qui exécutent les fonc- 
tions vitales. Tout ce qui élève l'ame, fortifie le corps, a dit 
Sénèque; mais quel sentiment pourra relever l'ame abattue 
de celui que la douleur accable, que le mal consume, de ce- 
lui dont une dissolution complette menace l'organisation? Où 
puisera t-il le courage nécessaire pour réagir sur des causes 
matérielles de destruction, et en arrêter ou suspendre la mar- 
che ? Oh ! s'il reste encore un moyen de rattacher des espé- 
rances que chaque instant semble détruire , ce moyen se trou- 
vera uniquement dans la confiance inspirée par le médecin. 
Que ce ressort est puissant quand il est manié par une main 
habile ! Que d'orages suscités par des émotions morales sont 
calmés par la voix du médecin , dont le devoir se confond 
ici avec celui de la plus délicate amitié. Le malheureux a be- 
soin d'épancher son ame : qui plus que le médecin a l'habi- 
tude de prêter une oreille attentive au long récit des souf- 
france? Aussi le malade espère en lui, et cette confiance est, 
déjà un baume restaurant, un doux excitant de l'économie 
entière. A son tour, le médecin ne doit négliger aucun moyen 
de l'inspirer ou de la fortifier, puisqu'elle peut si heureuse- 
ment seconder l'action des médicamens, et opérer avec tant 
d'efficacité la réaction du moral sur le physique. Air calme et 
serein, soins affectueux, raisonnemens faciles à être saisis, 
promesses dépouillées d'exagération, lumières étrangères ap- 
pelées à la faveur des consultations, discours où la science 
écarte tout ce qui est obscur et sévère, où le langage emprunte 
l'expression du cœur et de l'intérêt , tout, dans les manières, 
les paroles, les actions du médecin doit concourir à fortifier 
celte confiance dans laquelle réside un moyen puissant d'ex- 
citer toute l'économie , et de préparer à la maladie des solutions 
favorables. 

« Une voix douce et consolante ( dit Petit , dans sa Méde- 
cine du cœur), le ton 4e l'aruénilé, la prévoyance des soin>> 



272 RÉ A 

les attentions délicates et non sollicitées , un noble désintèJ 
ressèment , tout ce qui peut enfin prouver qu'on n'obéit qu'à 
son cœur : voilà les vrais moyens de fixer la confiance. Plus 
que tout autre besoin, les hommes ont celui d'être aimés, et 
ce sentiment est pour eux plus paternel et plus doux, quand 
il leur est porté par ceux qu'ils ont déjà chargés du soin de 
veiller sur leurs jours, » 

La confiance inspirée par le médecin est déjà un ressort 
puissant alors que le malade, entraîné par le besoin d'épan- 
cher son ame, cherche un consolateur dans celui dont il a 
réclamé les soins et les conseils. Mais de quelle nécessité, de 
quelle importance n'est pas celte confiance, quand une épi- 
démie meurtrière, une contagion funeste, étendent leurs ra- 
vages sur une ville, une contrée, une armée ! Ce n'est pas uni- 
quement dans l'intérêt de sa conservation que le médecin doit 
alors déployer toute l'énergie d'une ame forte. Cette énergie 
doit se communiquer, se répandre, pour ainsi dire, avec la 
même promptitude que les miasmes contagieux dont l'atmos- 
phère est empoisonnée. Que d'exemples honorables pour la 
médecine je pourrais citer ici , si je voulais parcourir son his- 
toire; si, me bornant même à la médecine militaire, dont mes 
compatriotes ont porté la gloire dans toutes les parties du 
monde, je parlais de tous les actes héroïques qui, depuis le 
dévouement généreux du médecin en chef de l'armée d'E- 
gypte, ont, jusqu'à nos jours, signalé l'influence que peut 
exercer sur une grande réunion d'hommes , le courage d'un 
seul î 

Le grand et salutaire effet de celte influence s'opère à l'aide 
d'une forte excitation morale, dont l'heureuse réaction se ma- 
nifeste par la suspension des plus funestes accidens. Quels ser- 
vices sont comparables à ceux que rend le médecin dans ces 
graves circonstances, alors que dominant par l'énergie de son 
caractère, toutes les craintes, toutes les terreurs, tous les 
dangers, il sait opposer à la contagion de miasmes délc'lèfes 
le salutaire exemple d'une ame impassible, et d'un dévoue- 
ment sans bornes? Quelle énorme distance le sépare des don- 
neurs de remèdes, des distributeurs de formules que le peu- 
ple pourtant s'accoutume à regarder comme des médecins, 
incapable qu'il est de concevoir ci d'apprécier toutes les res- 
sources dont la nature enrichit la thérapeutique de l'homme de 
génie! Quel vaste ebamp ouvrent à celui-ci l'aclion bien étudiée, 
la réaction bien comprise des organes agissant ou réagissant les 
uns sur les autres , et faisant concourir à l'harmonie générale 
les impressions qu'ils se transmettent réciproquement! La 
réaction du courage de l'esprit, son effet puissamment sti- 
pulant, sou influence sur une infinité d'affections graves , 



REB 2}3 

offrent surtout ua vaste sujet de recherches et de méditations, 
C'est un des beaux points de vue sous lesquels ou peut envi- 
sager la science de l'homme, science si féconde en rappro- 
chemens lumineux, lorsqu'on l'embrasse dans toute son éten- 
due, lorsque surtout on ne sépare pas l'être moral de l'être 
physique. L'œil ne peut apercevoir, la pensée ne peut expli- 
quer les liens qui les unissent; mais chaque circonstance de la 
vie atteste cette union intime , et la place dans une évidence 
incontestable. Celui-là ne serait pas médecin, ou ne posséde- 
rait pas la philosophie de la science , qui , envisageant l'homme 
comme une machine organisée avec une grande perfection, 
ne percerait pas le voile qui cache un autre homme , une 
autre nature, et n'apercevrait pas, dans le même individu , 
deux êtres essentiellement distincts : Homo duplex. 

Les considérations relatives à l'influence réciproque du 
physique et du moral se présentent à chaque page de l'his- 
toire de l'homme ; aussi ce Dictionaire, consacré à cette grande 
étude, offre- t»il déjà une infinité d'articles où mon sujet acte' 
traité par plusieurs collaborateurs. Je me vois donc forcé, 
pour éviter des emprunts et des répétitions dont je ne pour- 
rais me défendre, de renvoyer aux mots courage , énergie , 
passions, sympathies. , etc. (delpit) 

R.EALGÀ.R, s. m. : arsenic sulfuré rouge, nommé aussi 
orpin rouge. 11 en a été traité au mot orpiment. Voyez ce der- 
nier mot, tom. xxxvni , pag. 285. (*• ▼• m.) 

REA.UMUR (eaux minérales de) : bourg à quatre lieues 
de Mauléon, deux de Saint-Maurice-le-Girard. La source 
minérale est dans la prairie du château de ce bourej, dans un 
lieu marécageux. L'eau est transparente, froide, et n'a point 
de goût ferrugineux marqué. 

M. Gallot a examiné cette eau par les réactifs; il se con- 
tente de dire qu'elle contient peut- être du muriate de soude ou 
du muriate de potasse. Depuis longtemps elle est employée 
comme légèrement purgative. 

analyse des canx minérales de Réanmnr, par M. Gallot {Mémoire de la 
société royale de médecine, tom. i, pag. 4o5.) (m. p.) 

B.EBOUTEUR , s. m. : on dit aussi renoueur , rabilleur , 
bailleuil , etc. ; on donne ce nom à celui qui fait uniquement 
profession de remettre les membres fracturés et disloqués, avec 
les connaissances chirurgicales pratiques nécessaires. Ces sor- 
tes de gens sont aussi appelés mèges dans quelques contrées , 
peut-être par suite de la réputation que Celse a faite à un cer- 
tain mègequi s'occupait particulièrement de la chirurgie des os. 

Je n'ai jamais pu lire sans un sentiment d'admiration les 
deux livres d'Hippocrate , de fracluris et de avticulis : on y 
47- »8 



a;4 REi* 

voit clairement que la me'decine des membres luxes etfractu- 
rés avait déjà fait alors de très-grands progrès ; même du temps 
d'Homère , cité par Hippocrate (De articul. , section i) , à 
l'occasion de la facilité des luxations chez les bœufs , à la fin 
de l'hiver , observations transportées chez l'homme par le père 
de la médecine. Il ne pouvait même pas en être autrement dans 
ces temps reculés où les avantages corporels étaient estimés au- 
delà de toute autre qualité , et où l'on devenait roi, héros , 
demi-dieu , suivant qu'on était plus fort et plus agile que les 
autres. On trouve dans ces vénérables monumens de l'école de 
Cos de très-sages préceptes sur les causes accidentelles et sponta- 
nées des fractures et des luxations, sur leur traitement, sur l'em- 
ploi et la manière d'agir des machines, sur les moyens d'empê- 
cher les récidives ; on y voit aussi que dans ces temps comme à 
présent des renoueurs appelés médecins (nom donné indistinc- 
tement alors comme aujourd'hui à tous ceux qui se mêlent de 
guérir, aux bourreaux mêmes dans quelques contrées), trom- 
paient le public par de vaines et douloureuses fanfaronnades, 
qui , pour redresser les bossus , les étendaient sur uneéchelle, 
d'où ils les lançaient ou les faisaient pendre , excitant par là 
l'admiration d'un peuple ignare , et ne se mettant pas en peine 
des résultats. Disons pourtant que l'art n'avait pas fait encore 
tous les progrès possibles, cl qu'ilétait déjà plus perfectionné 
du temps de Celse. Cet auteur reproche avec raison à Hippo- 
craie (A. Cornel. Celsi. medicin. , lib. vm , cap. xiv), d'avoir 
conseillé que si quelqu'un a les vertèbres luxées en dehors , 
de le faire coucher sur le ventre , de l'étendre et d'y faire 
monter quelqu'un dessus pour repousser les vertèbres avec le 
pied. Celse a réduit ce conseil à sa juste valeur , et l'on voit 
avec plaisir l'avancement de l'art en comparant le huitième 
livre de sa médecine avec ceux de son modèle. Il n'y avait 
pas moins des reboutcurs du temps de Celse , puisqu'en par- 
lant de la réduction des luxations du fémur , dont il signale 
toutes les difficultés , après avoir parlé des machines imagi- 
nées pour y parvenir par Hippocrate , Andréas, IN iléus, Nym- 
phodorus , Protarchus et Héraclides , il fait aussi menlion d'un 
artisan (faber) qui en avait également inventé. Aiusi nous 
n'avons pas à nous plaindre des usurpations dans cette partie 
de la médecine, puisqu'elles sont aussi anciennes que toutes 
les autres , preuve qu'il est des abus qui sont inséparables de 
la nature humaine. 

Galien ne nous offre que de verbeux commentaires sur les 
livres des fracturas et des articles d'Hippocrate , et comme le 
remarque Freind {Histor. medic. , pag. 1^9), il "'a plus guère 
été question des fractures et des luxations, depuis Ceise jusqu'à 
Paul d'Epine , qui vécut au septième siècle, et qui n'a fait eu 



REB 57 5 

cette partie que copier l'écrivain romain sans y rien ajouter ; 
dans cet intervalle de temps , chaque maladie chirurgicale de- 
vint l'attribution d'une multitude d'operateurs qui parcou- 
raient le monde, et montaient sur des tréteaux, sous le nom de 
châtreurs , bandagistes , dentistes , oculistes , renoueurs, etc., 
comme nous avons vu par la suite le frère Jacques , le frère 
Corne et autres s'annoncer pour les vrais professeurs du 
secret de l'opération de la taille , et qui plus est, passer pour 
tels. Cette division existe encore dans le Levant , et y existera 
longtemps: quoique moins usitée en Europe, elle y exerce 
un certain empire , parce que les descendans de ces opéra- 
teurs ambulans , ou les héritiers de leurs titres ont fait croire 
à la multitude qu'ils avaient un secret de famille , ou un don. 
de Dieu, qui guérissait infailliblement, et parce que d'ailleurs 
on se persuade aisément que celui qui ne s'adonne qu'à une 
seule chose , et qui la pratique souvent, est plus expert que 
celui qui entreprend tout , et qui n'a que très-rarement l'oc- 
casion d'opérer , ce qui est surtout vrai lorsque les lumières 
indispensables tirées des connaissances anatomiques se joignent 
à un fréquent exercice commencé dès la première jeunesse. 

Je dois direen faveur de la vérité que ces conditions se ren- 
contrent chez les rebouteurs dont je vais parler : j'avais lu 
dans undes volumes de ceDictionaire l'éloge que fait JM. Percy 
d'une famille qu'il nomme les Valdajos, occupée de cet état , 
qui habite les Vosges , et qui jouit effectivement d'une grande 
renommée en Alsace et en Lorraine; je résolus de connaître 
ces hommes , et j'allai en effet les visiter dans un voyage en- 
trepris l'automne de 1819 pour étudier les montagnes înté- 






mites), lequel avait des neveux établis, l'un à la Brosse, 
commune du Valdayos (vallée d'Ayos, nom celtique d'une 
montagne qui sépare cette vallée de celle d'Hérival),et l'autre 
a la Madeleine , près de Remiremonl. Je me dirigeai vers ces 
vallées, dignes, comme toutes celles des Vosges , d'être vi- 
sitées par les amis de la nature , et le 27 septembre , accompa- 
gné de mon fils et de M. Jacques Amé , médecin de Plombiè- 
res , j'allais prendre un frugal repas de miel et de pommes de 
terre à l'extrémité d'Hci ival chez Jean-Raptiste Fleurot , sur 
le lieu même , aujourd'hui rasé , où , pendant douze siècles 
des hermiles devenus ensuite chanoines entonnaient les louan- 
ges du Seigneur ! Je vis un vieillard vénérable, d'une bel le fi- 
gure , toute différente de celle des habitans des Vosges (et ses 
neveux que j'ai vus ensuite ont les mêmes traits de visage), qui 
me mit au fait avec une admirable simplicité de toute f'his- 



276 REB 

toire de sa farailîe , et qui me montra les livres , les ossemens 
et tous les matériaux de l'art qu'il cultive; il m'apprit « que 
cet état de renoutur était dans la famille des Fleurot de- 
puis deux siècles ; que le premier de ses ancêtres dont il 
avait connaissance l'avait acquis d'un nommé Lambert dont il 
avait épousé la (ille unique -, que l'apprentissage de cet état 
consistait à faire jouer de très-bonne heure les enfans mâles 
avec des os humains séparés pour les accoutumer à les réunir, 
et que lorsqu'ils en avaient bien pris l'habitude , on les exer- 
çait avec le squelette entier et le mannequin; qu'ilss'étudiaient 
particulièrement à se passer de machines dont l'emploi était 
trdjp douloureux ; qu'ils apprenaient bien aussi à traiter les 
fractures , mais que leur principal objet était les luxations. » 
Ce dont ne me parla pas cet homme honnête , d'une modestie 
rare , et ce que je savais déjà, ce fut de ses succès nombreux , 
de son désintéressement et des bienfaits qu'il prodigue auxha- 
bitans de ces âpres montagnes, où naturellement les fractures 
et les luxations doivent être très fréquentes. L'on m'avait en- 
tretenu peu de jours auparavant d'une cure brillante qu'il 
avait faite a une dame dont la cuisse était luxée , et qui avait 
été tourmentée inutilement pendant plusieurs jours par deux 
médecins tout fraîchement docteurs de la faculté de Paris. 
Fleurot arriva , et dans un instant remit la luxation. Il ne me 
paila pas non plus des princes, princesses et autres grands qui 
avaient eu recours à lui. Je l'ai quitté pour aller plus loin , 
pénétré qu'il mériiait toute cette confiance. 

Avant que j'eusse connu les rebouteurs du Valdayos , j'avais 
déjà appris qu'il existait pareillement à Sillaus , département 
de l'Isère, une famille du nom de Jollans , qui est aussi en 
possession de traiter exclusivement les fractures et les luxa- 
tions. Un membre de cette famille était venu en 1817 se faire 
graduer à notre faculté de médecine de Strasbourg, et par les 
conversations que j'avais eues avec lui , ainsi que par les répon- 
ses dans les examens , j'avais vu qu'il était réellement instruit 
et exercé dans cette partie , que ses pères suivaient pour leur 
instruction les mêmes procédés que la famille des Fleuiot , et 
qu'ils s'attachaient aussi à simplifier les méthodes thérapeuti- 
ques , suivant cette sentence d'Hippocrate : Ex omnibus plu- 
ribus modis ille eligendus est, qui omnium minimo negotio 
comparatur {De arlieul.). Je dirai en passant, et pour en con- 
server le souvenir , que dans une autre de ces vallées des Vos- 
ges , entre Plombières et Luxueil , la vallée de Fougerolles , 
célèbre par ses eaux-de-vie de cerise , j'ai appris qu'il y a une 
famille? , du nom de Nardin, en possession d'appliquer le tré- 
pan , depuis plusieurs générations, et qui était pareillement 
très en vogue pour celle opération , la seule qu'elle fasse. 



REB 277 

M. Descharrières , aumônier du collège royal de Strasbourg , 
homme très-instruit , et qui a été longtemps curé dans ces 
cantons, m'a assuré avoir vu les Nardin appliquer plusieurs 
fois le trépan avec le plus grand succès dans des cas qui pa- 
raissaient désespérés. Cependant ces opérateurs sont aujour- 
d'hui moins employés , et le dernier chef de cetie famille a 
jugé plus certain de faire apprendre l'état de serrurier à son 
fils } nous avons du moins appris parla que, dans ces contrées 
élevées , le trépan est une opération plus salutaire et plus sûre 
que dans les hôpitaux des grandes villes. 

Pour revenir à mon sujet , les succès des Fleurot et des Jol- 
lans m'ont expliqué pourquoi le célèbre J.-L. Petit a éprouvé 
tant de désagiémens lois de la première publication de son 
tiaité des maladies des os, à l'occasion d'une prefacequ'il sup- 
prima ensuite ? et où cet illustre chirurgien s'élevait parti- 
culièrement contre les bailleuils , et prévenait qu'il avait pris 
soin de découvrir les tours de souplesse dont il.s se servaient 
pour tromper le public crédule. Ceux des chirurgiens qui pro- 
fessaient spécialement et par goût cette partie de l'art , s'appli- 
quèrent ces traits , et entre plusieurs lettres et dissertations 
satiriques {Voyez le Journal des savans , année 1724) qu'on ne 
lit plus, ils en publièrent une contre les machines de M. Petit, 
où ils s'attachèrent à prouver , « qu'avec une parfaite connais- 
sance de la disposition des parties , une longue expérience et 
une graude dextérité , on réussit à réduire les luxations par la 
seule opération de la main ; ils ajoutaient (MM. Bottentuit , 
fameux chirurgiens renoueurs du temps , auteurs de la disser- 
tation) ,que les machines sont moins sûres et moins parfaites , 
et qu'elles ne sont employées que par ceux qui croient pou- 
voir surmonter plus facilement avec elles la résistance que 
leur peu d'adresse et d'expérience leur fait trouver dans les 
luxations les moins difficiles. » Ce jugement avait certaine- 
ment son côté faux , puisqu'il est des cas où l'on ne peut ab- 
solument pas se passer de machines , mais il avait aussi un 
côté vrai qui trouva des approbateurs, qui piqua singulière- 
ment M. Petit , et qui lui apprit du moins qu'il ne faut pas 
trop se hâter de distribuer le blâme ou la louange, 

11 est incontestablement des hommes qui ont un goût dé- 
cidé pour telle ou telle chose, dont ils s'acquittent à merveille, 
faisant mal tout le reste : trop de science est quelquefois nui- 
sible pour réussir dans la guérison des maladies ; Déjà Baglivi 
l'avait fait remarquer , et après lui , Bichat , dans Télexe .le 
son maître, a dit ces paroles remarquables: « 1 "allez pas le 
chercher (le génie chirurgical) dans ceux que l\.tuae a péni- 
blement formés. La nature le donne, l'art le dtfiguie. C'est 
un trait que l'érudition émousse ? un feu que trop d'atimens 



2;8 REB 

éteint. Louis fît peu pour la chirurgie , elle ne compte point 
Quesnay parmi ses soutiens. Vous le trouverez chez ces hom- 
mes qui naquirent ce qu'ils sont devenus , qui se développè- 
rent plutôt qu'ils n'ont acquis , qui trouvent en eux ce que les 
autres cherchent au dehors, et qui, riches de leur propre fonds, 
dédaignent les accessoires qui cacheraient Je principal. Petit 
ne fut pas savant; frère Corne était presque ignorant {OEuvr. 
chirurgie, de Desault, première partie , pag. 2J>). » On trou- 
vera pour le moins autant d'exagération dans cette saillie bé- 
névole du jeune orateur que dans la critique des Botlentuit ; 
mais il en résulte qu'effectivement on peut très-bien guérir une 
maladie sans être fort savant d'ailleurs ; et qu'un bon rebou- 
teux- , renoueur , bailleuil , peut devenir dans l'occasion une 
chose très- utile à rencontrer. 

Il n'en est pas de même de ces faux rebouteurs, qui , sans 
aucune notion d'ostéologie , sans même savoir ni lire ni écrire , 
s'ingèrent de traiter les maladies des os sous prétexte que c'est 
un talent de famille , un don de Dieu , vertu qui a d'autant 
plus d'accès auprès du peuple , qu'elle est plus merveilleuse , 
plus incroyable , qui trouvent partout une côte brisée ou en- 
ioncée , et qui, d'une simple entorse ou d'une contusion , font 
avec leurs mains grossières une vraie luxation , une fracture 
ou une ankylose, appliquant sur le mal qu'ils ont fait eux- 
mêmes des étoupes imbibées de blancs d'œufs et de térébenthine, 
contenues par des bandages très-serrés qui empêchent la circu- 
lation et attentent à la vie du membre. C'est ainsi que pendant 
que j'exerçais la médecine dans la petite ville de Marligues ,une 
de mes filles étant tombée pendant mon absence , fut portée chez 
une femme qu'on ci oyait aveuglément eu possession de cet 
heureux héritage, qui prétendit reconnaître uue fracture du 
genou, étrangla l'articulation de bandes , ce qui causa des 
douleurs cruelles à l'enfant, lesquelles auraient eu les suites 
les plus fâcheuses si je ne fusse bientôt arrivé. Cet exemple 
n'eat que le millième de ceux que je pourrais citer dans ma 
longue pratique , où j'ai eu plus de peine à guérir les maux 
faits par ces détestables empiriques que ceux pour lesquels ou 
les avait appelés. D'autres ne causent pas de douleurs , mais 
se contentent de faire des signes sur la fracture ou la luxation, 
de marmoter des paroles , et de cracher dessus, renvoyaut eu- 
suite Je malade chez lui pour être guéri dans tant de jouis. Il 
en résulte que lorsque le chirurgien est appelé , il ne peut plus 
tenter aucune réduction, et que le malade reste estropié. Com- 
bien n'ai-je pas vu de cas pareils auxquels ou n'oserait ajouter 
loi s'ils ne s'étaient pas passés sous nos yeux ! Je n'avais d'a- 
bord attribué cet excès de crédulité qu'à l'imagination des peu- 
ples méridionaux j mais je vL& actuellement dans un pays hoîd 



Ii.EC 279 

©à ce genre de charlatanisme a autant et peut-être plus de vo- 
gue ; misérables restes de ces temps de superstitions qui ont 
pesé sur le genre humain pendant tant de siècles , et dont les 
impressions ue s'effaceront peut-être jamais. Or, autant les 
premiers rebouteurs doivent être encouragés , autant les se- 
conds doivent inspirer de l'horreur et être signalés aux magis- 
trats comme des pestes qu'il faut éloigner des sociétés hu- 
maines. 

Pour faire bien comprendre ce que j'entends par un bon 
rebouteur , qu'on est quelquefois très-heureux de rencontrer , 
et pour qu'on ne prenne pas le change ni sur mes paroles ni 
sur celles de Bichat , je dois terminer cet article par dire qu'il 
n'y a pas une comparaison exacte entre un artiste de ce genre 
et un lithotomiste tel que frère Jacque ou frère Corne. Ces 
opérateurs ne savaient point d'anatomie , et ils réussissaient 
souvent ; le bon rebouteur ne peut réussir que par la connais- 
sance parfaite de la forme et de la connexion des parties sur 
lesquellesil opère; lesavoirde ceux-là consistait entièrement 
dans leur lithotome, instrument aveugle qui peut êtte perfide 
lorsque la disposition des parties présente des aberrations ; 
l'habileté de celui-ci gît dans la connaissance d'un ordre, d'uu 
arrangement qui est immuable, et que, dans le plus grand 
nombre de cas , on peut presque toujours rétablir sans instru- 
ment , lesquels ne sont nécessaires que pour venir enfin à bout 
d'une puissance musculaire qui résisterait avec opiniâtreté à 
tout autre moyen : le bon rebouteur enfin se plate à côté du 
grand chirurgien, qui , avec sa main , un bistouri et son gé- 
nie entreprend et termine avec succès une opération pour la- 
quelle tant d'autres ont imaginé celte foule d'instrumens com- 
pliqués qui parent d'un vain luxe les musées de nos facultés. 

(l-'OUÉjtÉ) 

RECHUTE, s. f. : retour d'une maladie pendant une con- 
valescence qui n'est pas terminée; souvent en se reproduisant, 
elle modifie son caractère, et se complique de l'irritation ou 
de l'inflammation d'un autre organe. Si ia convalescence est 
achevée et complelte, le retour d'une maladie qui déjà s'est 
manifestée une ou plusieurs fois , est désigné par le nom de 
récidive. Une fièvre aiguë a parcouru régulièrement ses pé- 
riodes; le malade a repris des forces, de l'appétit, mais il est 
encore faible; sa peau est sèche, sa langue est encore rouge 
sur ses bords; il commet un écart de régime , et sur-le-champ 
l'inflammation gastro-intestinale reparaît dans toute sa vio- 
lence , voilà une rechute. Cet érysipèle a suivi sans écart 
sa marche naturelle : sept jours passés; les symptômes de la 
plilegmasie cutanée et ceux de la réaction fébrile diminuent 
progressivement , disparaissent enfin , et la peau malade, après 



28o KEG 

avoir perdu quelques débris d'épidermc, est rendue à son état 
ordinaire, soit qu'il y ait eu , soit qu'il n'y ait pas eu une 
solution critique. Mais plus ou moins longtemps après cette 
guérison , l'éi ysipèle paraît de nouveau dans une autre partie 
du corps: voilà une re'cidive. Rechute et récidive ne sont doue 
pas des mots synonymes. Nous réunirons leur étude dans cet 
article pour éviter des répétitions. 

Cette partie intéressante de la pathologie générale a été, en 
France, le sujet des méditations de plusieurs médecins. On 
doit à M. Balme d'intéressantes considérations cliniques sur 
les rechutes, à M. Cailleau, un Mémoire sur les rechutes 
dans les maladies aiguës et chroniques, qui méritait le prix 
que lui a décerné la société médicale d'émulation de Paris ; à 
M Houssard une bonne dissertation sur les rechutes, sous le 
modeste nom d'Essai, do.«it nous avons souvent fait usage. L'ar- 
ticle Récidives et Rechutes des E lé mens de pathologie générale 
de M. Ghomei mérite d'être lu. 

Indication des maladies qui sont les plus exposées aux re- 
chutes et aux récidives, l'eu de maladies sont exemptes de 
récidives et de rechutes , presque toutes peuvent reparaître 
plusieurs fois, et la variole paraît être la seule qui n'affecte 
jamais deux fois le même individu; mais, parmi les autres , 
un grand nombre sont très-sujettes aux rechutes, d'autres le 
sont beaucoup moins. Nous énumérerons les premières. 

Maladies endémiques. Sous l'influence de certaines qualités 
de l'air, des eaux , des alimens, d'habitudes particulières et 
d'auties causes locales affectées à certains pays, différentes 
maladies naissent, attaquent une grande quantité d'individus, 
et quelquefois successivement toute une population. Ces ma- 
ladies ont une extrême disposition à récidiver ; la convales- 
cence qui les suit est longue, difficile, rarement franche et 
souvent troublée. On sait combien sont communes , combien 
reparaissent souvent chez le même sujet, dans les pays maré- 
cageux, ces maladies auxquelles on a donné le nom gc fièvres 
intermittentes, et dont l'élément est une phlegmasie. Les mal- 
heureux habitans de la Sologne , qui se nourrissent de ble 
noir, sont sujets à l'ergotisme ; les peuples ichlhyophages, à 
des maladies de la peau; les crétins peuplent les gorges du 
Valais; rien n'est plus commun que les maladies endémiques 
dans les différentes contrées de l'univers ( Voyez endémie). 
Les hommes n'échappent à ces fléaux qu'en choisissant une 
habitation nouvelle; mais tant qu'ils restent sous l'influence 
de la cause des maladies endémiques, peu protégés par l'ha- 
bitude, ils sont exposés à les contracter un nombre de foie 
plus ou moins grand. 

Maladies épidémiques . Elles ne sont pas moins exposées > 



REC a8i 

aux rechutes et aux récidives que Jes précédentes. Un individu 
qui vient d'échapper au danger imminent dont le menaçait Ja 
peste , la fièvre jaune, le typhus , n'est pas à jamais exempt de 
ces maladies; elles peuvent l'atteindre plusieurs fois, il faut 
aussi qu'il fuie la cause qui les produit. On trouvera d'utiles 
considérations sur la nature des maladies épidémiques dans 
les articles épidémique , infection, miasmes de ce Dictionaire. 

Maladies ajgues. Elles parcourent leurs périodes avec régu- 
larité et rapidité ; la réaction fébrile est vive , et les crises qui 
les accompagnent sont franches, complétées, ordinairement 
du moins : ce caractère les rend moins sujettes aux rechutes 
que les maladies chroniques , mais elles peuvent récidiver. On 
a vu plusieurs fois un même individu éprouver, à différentes 
époques de la vie, des gastro- entérites , des péripneumonies 
aiguës, ou d'autres phlegmasies du même ordre. Voyez ai- 
guës ( maladies ). 

Maladies chroniques. C'est dans cet ordre de maladies qu'on 
observe spécialement les rechutes et les récidives; elles ne sont 
point jugées par une réaction salutaire; l'organe souffrant 
n'est pas rendu entièrement à son état naturel ; divers acci- 
dens troublent la convalescence , et , sous l'influence d'une 
légère cause occasionelle, la maladie primitive reparait plus 
formidable que jamais, ou se transforme en une autre affec- 
tion non moins à craindre. Parmi les phlegmasies chroniques, 
les muqueuses paraissent avoir des prédispositions spéciales aux 
rechutes ; celles de la peau récidivent fréquemment, et si sou- 
vent même qu'on a douté de la possibilité de guérir quelques- 
unes d'entre elles. Les inflammations chroniques peuvent être 
suivies, et le sont trop souvent de plusieurs maladies dange- 
reuses, d'iaydropisies, de lésions organiques des viscères tho- 
raciques et abdominaux. Dumas croit que la transformation des 
maladies aiguës en organiques se fait ou par le changement 
des affections essentielles qui constituaient la première de ces 
maladies , ou par le développement de quelques affections 
nouvelles qui viennent s'y joindre, ou par une sorte de mu- 
tation d'organes. On ne voit pas moins de récidives parmi les 
névroses que parmi les phlegmasies chroniques. Voyez chro- 
niques (maladies) , névroses. 

E numération des maladies qui sont les plus sujettes aux ré- 
cidives et aux rechutes. Ulcères. On peut mettre en question 
l'existence des ulcèies comme maladies essentielles, comme 
celle des fièvres : le plus grand nombre de ces solutions de 
continuité est bien évidemment symptomatique , et tout 
n'est pas dit sur l'histoire de celles que l'on croit entretenues 
par une cause locale; mais ce point de théorie sera discute 
ailleurs. Parmi les ulcères qui sont le plus sujets aux récidives, 



282 REC 

on distingue ceux qu'on nomme aloniques ou habituels : les 
individus qui en sont affectés peuplent les hôpitaux ; leurs 
jambes sont volumineuses , engorgées j l'ulcération, plus ou 
moins étendue, est circonscrite par des bords durs , calleux , 
découpés, saillans ; à peine est-elle cicatrisée , qu'elle se forme 
de nouveau et envahit un espace plus étendu que celui qu'elle 
occupait en premier lieu. Plusieurs uicères fistuleux récidivent 
fort souvent. Un grand nombre de procédés opératoires ont 
été inventés pour guérir la fistule lacrymale, et cependant 
quel que soit celui d'entre eux qu'on ait choisi , on voit sou- 
vent paraître de nouveau cette maladie rebelle. Sa disposition 
aux récidives est une circonstance qui aggrave son pronostic; 
quoique moins sujette à cet inconvénient, la fistule à l'anus 
le présente toutefois assez souvent pour mériter d'être nom- 
mée ici. 

Ilest une dégénération des surfaces suppurantes externes, qui , 
terrible par sa nature et ses ravages, ne l'estpas moins par ses ré- 
cidives : c'est la pourriture d'hôpital. On a déjà beaucoup écrit 
sur cette maladie, cependant son histoire n'est pas complette à, 
beaucoup près. La plupart des chirurgiens qui ont fait d'elle le 
sujet de leurs méditations et de leurs observations, n'ont vu que 
le phénomène local , la décomposition putride des parties cir- 
conscrites par le cercle inflammatoire j ceux mêmes qui, re- 
montant plus haut , ont cherché à connaître les phénomènes 
de la réaction fébrile, l'ont subordonnée à la dégénération 
de la surface suppurante. Pourquoi les auteurs qui ont écrit 
des mémoires, des monographies sur la pourriture d'hôpital, 
la plupart dans un excellent esprit, ont-ils été si avares d'ob- 
servations paiticulières? Pourquoi n'a-t-on jamais interrogé 
Jes cadavres des victimes de celte maladie sur son siège? Des 
expériences positives, faites par divers médecins, et dont plu- 
sieurs ont été tentées sous mes yeux, démontrent que la pour- 
riture d'hôpital, contre l'opinion commune, n'est nullement 
contagieuse. Quelques ouvertures de cadavres, peu nombreu- 
ses, je dois l'avouer; l'examen d'un nombre très-considérable 
de blessés affectés de cettedégénération ; l'analyse des descrip- 
tions faites par les écrivains les plus judicieux, m'ont con- 
vaincu que ce qu'on appelle réaction fébrile, dans celte ma- 
ladie , est constamment une gastro-entérite', qui est ordinai- 
rement la cause de la dégénération locale , qui, dans tous les 
cas , est étroitement liée à elle, et que l'on doit regarder comme 
l'un des élémens essentiels de l'affection qu'on nomme im- 
proprement pourriture d'hôpital, comme le typhus, véritable 
empoisonnement. Cette cruelle maladie reparaît souvent sur 
le même blessé , et, chaque fois avec la même violence, la 
même opiniâtreté : je l'ai vue attaquer, à cinq reprises difici- 



REC 28^ 

rentes, la jambe d'un canonnnier qu'un coup de feu avait 
grièvement blessée, et revenir trois fois a la charge sur le moi- 
gnon d'une cuisse qui avait été amputée. 

Quelques individus ont des prédispositions particulières 
aux fractures ; un de leurs os est brisé ; on réduit la fracture 
par les procédés ordinaires ; le cal se forme; mais à peine est- 
il achevé, à peine le malade commence-t-il à se soutenir et k 
marcher qu'il survient soit sur le même os, soit sur un autre 
une nouvelle solution de continuité. Ces exemples singuliers 
de fragilité des os se remarquent dans deux circonstances prin- 
cipales; i°. à une époque très-avancée de la vie; 2 . lors- 
que sous l'influence d'un état morbifique du cerveau ou de la 
moelle épinière, d'une inflammation grave, de la dégénéra- 
tion cancéreuse, de la phlegmasie syphilitique, les vaisseaux 
lymphatiques du parenchyme osseux augmentent d'énergie et 
le privent de la plus grande partie de ses sels à base terreuse 
( Voyez rachitis). On a vu des sujets dont les articulations 
étaient naturellement si lâches, si faibles, que les os aban- 
donnaient leurs rapports naturels par de très légères causés. 
Les récidives des luxations dépendaient dans ce cas de la 
laxité contre nature, du peu de résistance des ligamens et 
autres parties qui fortifient les articulations. Une tumeur 
blanche est fort susceptible de récidive, surtout si malgré les 
efforts combinés de la nature et de l'art de guérir, un noyau 
d'irritation est resté entre les surfaces articulaires. 

De toutes les maladies appelées chirurgicales, il n'en est 
point dont les rechutes et les récidives soient plus cruelles et 
plus communes que celles de la degéneration cancéreuse , der- 
nier terme de l'inflammation; elles sont si fréquentes qu'on 
peut, sans beaucoup de témérité, avancer que le cancer est 
incurable. On ne peut espérer, en faisant l'extirpation des tis- 
sus dégénérés, de sauver les jours du malade; les prolonger est 
tout ce que peut promettre Je chirurgien. Les femmes, qui , 
après avoir subi l'amputation d'un sein cancéreux, quittent 
l'hôpital, parfaitement guéries en apparence, y rentrent un 
an, deux ans après frappées à mort, ou meurent misérable- 
ment dans leurs foyers. Les récidives et les rechutes font delà 
degéneration cancéreuse la plus épouvantable des maladies ; 
elles la rendent mortelle. Voyez cancer. 

Deux des maladies des voies urinaires récidivent dans un 
grand nombre de circonstances ; ce sont la rétention d'urine 
et les calculs vésicaux. Un individu atteint de la première la 
conserve quelquefois toute sa vie; mais avec des rémission» 
plus ou moins longues, plus ou moins multipliées. Plusieurs 
de ses variétés sont spécialement sujettes aux récidives; de ce 
nombre sont la rétention d'uriue causée par le icUécisseiucut 



*84 REC 

de l'urètre, et celle qui de'pend de la paralysie de la vessie. 
L'urine de certains individus a une disposition particulière à 
former des calculs; quelques-uns d'entre eux ont e'té taillés à 
différentes époques de leur vie trois fois et même davantage. 
Les enfans qui ont des calculs dans la vessie, plus tard con- 
tractent fort souvent la même maladie ; on voit moins de ré- 
cidives chez les vieillards. 

L'un des caractères des affections hémorroïdaires est d'être 
essentiellement sujettes au retour, avec une périodicité plus 
ou moins régulière. 

Une opération d'anévrysmequi réussit ne guérit pas toujours 
radicalement le malade; elle ne le préserve pas des rechutes 
et des récidives. J'ai vu un homme de trente ans délivré, par- 
la méthode de Huuter, d'un anévrysme de l'artère poplitée , 
périr des suites d'une dilatation de la même nature de l'artère 
aorte. Le malade, dont M. Bouchet, de Lyon , lia heureuse- 
ment l'artère iliaque externe droite, mourut d'un anévrysme 
inguinal du côté opposé. On a remarqué que lorsqu'un indi- 
vidu présentait à l'extérieur une ou plusieurs dilatations 
anévrysmatiques, les grosses artères des cavités splanchniques 
présentaient souvent le même état. Les polypes récidivent fort 
souvent; ils se développent quelquefois sur plusieurs mem- 
branes muqueuses, soit en même temps, soit consécutivement. 
Il en est ainsi des loupes, tumeurs dont certains individus 
sont couverts pour ainsi dire. 

Phlegmasies cutanées. Le plus grand nombre de ces phlcg- 
masies est évidemment symptomatiques, et liées presque tou- 
jours à une inflammation de la membrane muqueuse gastro- 
intestinale, qui subsiste quelquefois lorsque l'éruption cutanée 
a disparu. Plusieurs sont très-sujettes aux rechutes et aux 
récidives : telles sont les dartres, phlegmasies désespérantes, 
et par la résistance qu'elles opposent au traitement le plus 
méthodique , et par la multiplicité de leurs attaques. Combien 
est remarquable l'érysipèle par sa facilité à disparaître pour 
reparaître de nouveau; combien sont fréquentes ses récidives. 
Tantôt il paraît se promener et sur le corps et sur les mem- 
bres ; tantôt sa marche est régulière et son retour périodique. 
La variole paraît ne récidiver jamais. 

Phlegmasies des membranes muqueuses. L'ophthalmie est à 
ces organes, sous le rapport des rechutes et des récidives , ce 
que l'érysipèle est à la peau; elle ^st, pour quelques indivi- 
dus , un ennemi dont ils ne sont délivrés que pendant un cer- 
tain temps. Celle phlegmasie. en paraissant de nouveau, n'a 
pas toujours le même degré d'intensité ; les observateurs ont 
recueilli des exemple? de désorganisations complcttes de l'œil, 
Cjt Blême de mort causée par le retour d'une ophthalmie. Une 



REC 285 

femme, âge'e de cinquante-cinq ans, d'un tempérament lym- 
phatique et nerveux, qui, par suite de l'inconduile de son 
mari , avait éprouvé , à l'âge de quarante- trois ans , une bien- 
norrhagie intense qui ne guérit jamais parfaitement, jouissait, 
depuis cette époque, d'une bonne santé, mais était souvent 
affectée d'une ophthalmie dont la marche était régulière. Cette 
inflammation n'était jamais intense; elle cédait au régime, à 
des applications émolîientes sur l'œil. Appelé pour donner des 
soins à cette femme dont l'œil droit était enflammé depuis 
plusieurs jours, j'observai les symptômes snivans : douleurs 
extrêmement aiguës dans l'intérieur du crâne, insomnies, perte 
d'appétit; conjonctive d'un rouge brun, très-enflammée, for- 
mant, autour de la cornée, une saillie de plusieurs lignes, im- 
possibilité de soutenir la lumière, tous les signes enfin du ché- 
mosis ( Application de dix sangsues sur la tempe et de quinze 
sangsues sur la jugulaire du côté droit; bains de pied synapi- 
sés , potion calmante, tisane gommeuse, diète, application 
sur l'œil d'un linge lin). Le lendemain même état, mêmes 
médicamens, à l'exception des sangsues, qui furent appli- 
quées de nouveau le surlendemain. Continuation du même 
traitement pendant quinze jours; amendement de la réaction 
fébrile; même violence de l'inflammation (Peudant ce laps de 
temps, emploi infructueux des sangsues, des collyres, des 
cataplasmes émolliens , des bains locaux de vapeurs émol- 
îientes). Trois semaines après l'invasion de la phlegmasie, 
augmentation d'intensité de la réaction fébrile; délire et tous 
les signes d'une irritation cérébrale; même état de l'œil (Vé- 
sicatoites au bras et à la nuque, pédiluves initans). Les jours 
suivans, diminution de l'extrême douleur que faisait éprou- 
ver à la malade l'œil enflammé, bientôt suivie du retour de 
cette dernière dans toute sa violence : cessation de celte dou- 
leur par l'emploi prolongé pendant quinze jours de cataplas- 
mes faits avec de la mie de pain et de l'eau de mauve, et 
arrosés avec du laudanum, et des lotions avec une forte dis- 
solution d'opium répétées plusieurs fois pendant le jour. Cette 
ophthalmie qui avait résisté à des évacuations sanguines mul- 
tipliées, secondées par la diète, des boissons constamment 
délayantes et adoucissantes, des caïmans, se dissipa enfin ; 
mais elle avait conservé, pendant un mois , l'intensité qu'elle 
avait acquise deux jours après son invasion; et la cornée per- 
dit pour jamais la régularité de sa forme et sa transparence. A 
quoi cette phlegmasie, qui récidivait pour la trentième fois 
peut-être, dut elle son extrême intensité? J'ai cherché en 
vain à la connaître; je soupçonnai des tentatives pour suppri- 
mer une leucorrhée abondante à laquelle cette femme était su- 
jette avant sa maladie, et qu'elle n'a pas éprouvée depuis (cir» 



aE6 REC 

constance à noter) ; mais ies sermens de cette femsne ont cous» 
tamment démenti mes conjectures. Pendant le cours de son 
opluhalmie , j'essaj'ai vainement de lui rendre la leucorrhée 
qu'elle avait perdue. 

Il est des individus qui, en conservant une bonne santé', 
ont cependant une grande prédisposition à contracter des ca- 
tarrhes; ils sont affectés fréquemment d'inflammations de la 
membrane muqueuse de la gorge et de la trachée-artère. 
Comme celui des fosses nasales, le catarrhe pulmonaire a une 
grande tendance aux rechutes et aux récidives, et si le malade 
reste toujours placé sous l'influence des causes qui l'ont pro- 
duit, l'irritation des follicules muqueux passe aux capillaires) 
sanguins, et le catarrhe, soit progressivement, soit à l'occa- 
sion d'une rechute, se transforme en péripneumonie. L'im- 
pression funeste du froid humide sur la membrane muqueuse 
pulmonaire est la cause la plus commune des phlegmasies du 
poumon. Quelle maladie présente plus souvent des rechutes 
et des récidives que la gastro-entérite chronique? Combien est 
difficile la convalescence de cette phlegmasie , lorsque, mal 
jugée dans son principe, elle a été traitée par le quinquina, 
Jes toniques les plus actifs et les vésicatoires ? La réaction 
fébrile, pendant le déclin de cette maladie, a perdu beaucoup 
de sa violence; mais il reste encore dans un point quelconque 
de la région abdominale une douleur obtuse, que la pression 
des parois de cette partie, développe, et qui devient plus 
vive par intervalles; mais l'abdomen n'a pas repris sa sou- 
plesse ordinaire, il est encore tendu, et présente un gonfle- 
ment ; mais l'irritation de la membrane muqueuse gastro- 
intestinale se décèle encore par la rougeur des bords de la 
langue, la dilatation des ailes du nez, la chaleur sèche de la 
peau, quelquefois aussi par une petite fièvre lente. Dans cet 
état de choses , la rechute a lieu avec la plus grande facilité, 
l'application d'un vésicatoire, l'administration d'un tonique à 
l'intérieur, l'ingestion dans l'estomac d'une trop grande quan- 
tité d'alimens, ou d'alimens d'une digestion difficile , suffisent 
souvent pour rendre a la phlegmasie toute son intensité et tous 
ses dangers. De rechute en rechute, les malades que rien n'a 
pu délivrer d'une gastro-entérite chronique, tombent bientôt 
dans un tel dépérissement, que la mort en est le terme inévi- 
table. 

La dysenterie mérite, comme la gastro-entérite, une men- 
tion spéciale parmi les phlegmasies des membranes muqueuses 
qui sont le plus sujettes aux rechutes pendant une convales- 
cence incomplette, aux récidivcsjlorsquc la phlegmasie a par- 
couru régulièrement son cours. On compte au nombre des ma- 
ladies qui peuvent être produites par elle, l'hydropisic ana- 
sarque ou ascite , le rhumatisme, la dysuric, la lientéric, cet 



REC 287 

état des intestins qu'on a proposé d'appeler phlhisic intesti- 
nale. On la voit affecter plusieurs fois le même sujet dans le 
lieu où elle est endémique; c'est surtout lorsqu'elle a revêtu. 
le caractère chronique qu'elle menace des rechutes et des ré- 
cidives. La leucorrhée , le catarrhe vésical , et en général 
toutes les phlegmasies des membranes muqueuses, ont une 
grande tendance à se reproduire, soit spontanément, soit sous 
l'influence de causes occasionelles quelquefois légères. Les 
autres ordres de phlegmasies ne sont pas à beaucoup près au- 
tant exposés à cet accident ; la pleurésie est celle des mem- 
branes séreuses qui est la plus sujette à récidive. 

La tumeur érysipélato-phlegmoncuse, que l'on nomme en- 
gelure, se reproduit fort souvent, surtout chez les individus 
dont la peau est délicate et fort sensible. Une autre phlegma- 
sie du tissu cellulaire , bien plus grave que celle-ci, le phleg- 
mon, est remarquable par la fréquence des rechutes; certains 
sujets ne peuvent se délivrer des tumeurs phlegmoneuses; à 
peine sont-ils guéris de celles qu'ils portaient que d'autres 
naissent et se développent ailleurs. Quelques phlegmasies des 
organes parenchymateux récidivent fréquemment, c'est ce que 
font la péripneumonie et la métrite, maladies de deux or- 
ganes sur lesquels des causes d'irritation agissent fort sou- 
vent. L'utérus, après l'accouchement, est très-irritable; les 
maladies qui peuvent assaillir les femmes eu couche ont de 
grandes dispositions aux rechutes. 

On a signalé depuis longtemps la multiplicité des rechutes 
et des récidives du rhumatisme et de la goutte. 

Quelques hémorragies se reproduisent fort souvent : telles 
sont les hémorragies constitutionnelles chez les individus plé- 
thoriques, celles-ci sont ordinairement sans danger; la mc- 
trorrhagie avant et après l'accouchement, et même celle qui 
est indépendante de l'état de grossesse. 

Un grand nombre des maladies que l'on réunit, ou plutôt 
que l'on confond sous le nom de névroses, sont sujettes aux 
rechutes; la plupart des névroses des fonctions cérébrales ont 
une grande disposition à se reproduire; l'aliénation mentale, 
l'épilepsie et l'apoplexie en sont des exemples bien frappans. 
Que de soins , que de temps pour rendre un aliéné à la raison 
et cependant que de causes peuvent rappeler le désordre des 
facultés intellectueUes ! Ces causes sont ordinairement légères; 
une frayeur, un mouvement de colère, un écart de régime, de» 
contrariétés domestiques, mille autres accidens détruisent 
quelquefois en un instant tout le travail de la nature, et ré- 
tablissent l'aliénation mentale après une convalescence par- 
faite et déjà ancienne. Non moins difficile à guérir, l'épilep- 
sie , lors môme qu'elle a manifestement cessé d'exister, est fort 



2 S8 REC 

sujelte aux rechutes ; on ne peut prévenir son retour qu'erf 
changeant les habitudes et en quelque sorte le tempérament 
du malade. Il ne faut pas considérer chaque accès comme une 
rechute. L'apoplexie est redoutable, et par sa nature, et par 
]a multiplicité et le danger des récidives. Une attaque en fait 
présumer une nouvelle; mais la maladie revient plus terrible, 
et finit enfin par donner la mort. Ce sont spécialement cer- 
taines particularités de l'organisation qui favorisent les réci- 
dives de celte formidable affection ; on a donné à leur ensem- 
ble le nom de constitution apoplectique. Certaines névralgies, 
spécialement la fémoro-poplitée, les coliques, les lipothy- 
mies, l'hystérie, se reproduisent dans un grand nombre de 
circonstances. Il eu est de même de l'hydropisie ascite r des 
vers intestinaux. 

Lorsque les récidives ont lieu plusieurs fois et a des époques 
régulières, on dit que la maladie est périodique [Voyez ce 
mot). Le nombre des récidives et rechutes est très-variable, on 
ne peut le fixer , certaines maladies ont des retours fort mul- 
tipliées. Les historiens des fièvres intermittentes observent que 
ces fièvres rechutent ordinairement dans la semaine qui cor- 
respond au type qu'elles affectent, et les nomment maladies 
paroxystiques. Le caractère spécial de la rechute , c'est de sur- 
venir avant la guérison complelte de la maladie, pendant une 
convalescence qui n'est pas achevée , soit que la même maladie 
se reproduise, soit qu'elle prenne une autre forme j mais ces 
récidives peuvent avoir lieu plusieurs semaines, plusieurs 
mois après une convalescence complette. L'ancienneté d'une 
maladie qui est devenue habituelle, est une cause et des réci- 
dives et des rechutes. 

Causes : i°. insuffisance , vices du traitement.? 'our délivrer 
un malade d'une névralgie sous-orbitaire , on incise le nerf 
de ce nom a la sortie de son canal : un grand soulagement est 
obtenu à l'instant même, la guérison paraît complette; mais 
peu de temps après l'opération, la douleur reparaît plus atroce 
et plus opiniâtre que jamais. Cet homme porte à la lèvre 
une tumeur cancéreuse que le bistouri enlève, il ne reste au- 
cun vestige de la maladie, la cicatrisation se fait sans obsta- 
cles ; mais un an, deux ans plus tard , la dégénération cancé- 
reuse parait de nouveau envahir là joue , et condamne le ma- 
lade à la mort. Un selon a été passé et maintenu longtemps 
dans les voies lacrymales , l'écoulement puriforme est tari ; 
mais il reparaît de nouveau plusieurs mois après la guérison 
prétendue. Dans ces différens cas , la guérison n'était pas radi- 
cale, letrailementétaitinsulfisant. La même chose arrive toutes 
les fois qu'on ne peut détruire la cause de la maladie : en tain 



REC 289 

on prodigue et les médica?nens et les opérations chirurgicales, 
on ne peut prévenir une rechute ou une récidive. 

Lorsqu'un organe a souffert longtemps et n'est pas encore 
rendu entièrement h son état naturel, lorsqu'il a été le siège 
d'une irritation très-vive qui n'est pas encore éteinte, il est 
dans un état qui l'expose beaucoup aux rechutes et aux réci- 
dives. Beaucoup de maladies qui attaquent les femmes en 
couches ou récemment délivrées, n'auraient pas lieu si l'irri- 
tabilité de l'utérus n'avait beaucoup augmenté. C'est alors 
que survient la métrorrbagie , l'aliénation mentale, la fièvre 
dite puerpérale ou péritonite, la mélrite. M. Broussais a dé- 
crit, avec une grande précision, les rechutes des phlegmasies 
chroniques du poumon; il a peint des plus fidèles couleurs 
ces malheureux qui, malades d'un catarrhe, compliqué 
avec la fièvre intermittente, arrivent à une convalescence 
pénible, incomplettc, et ne sont rendus quelque temps à une 
santé imparfaite, que pour tomber dans un état plus dange- 
reux que celui dont ils étaient sortis. Chargé du service d'un 
hôpital militaire, il y trouva un grand nombre de malades 
dont la fièvre intermittente avait cessé, et qui attendaient le 
retour de leurs forces. Plusieurs avaient l'abdomen Un peu 
gonflé; chez un grand nombre, la tendance à l'œdème était 
manifeste. Quelques-uns de ces malades ayant succombé, 
M. Broussais s'empressa d'ouvrir leurs cadavres , et vit, avec 
ctonnement , que leurs poumons étaient hépaisé>. Alors, il 
observa avec une extrême attention les malades dont l'étal ac- 
tuel pouvait faire craindre un pareil sorl ; il en découvrit dix; 
à douze, qui, aptes avoir essuyé plusieurs rechutes de fièvre 
intermittente, n'avaient plus actuellement d'accès, élaient 
faibles, ne pouvaient recouvrer leurs forces , quoique ayant 
assez d'appétit, avaient le teint couleur de paille, el parais- 
saient, d'après une certaine rondeur de former qu'on ne pou- 
vait attribuer h une véritable giai^se, disposés à l'hydropisie. 
Chez quelques-uns d'entre eux, ajoute l'historien des phleg- 
ma-ics chroniques, on sentait la rate tuméfiée, mais cela 
n'étaii pas général. Ce qui i'éîait davantage, c'élait une espèce 
de toux nocturne , sèche, dont un petit nombre accusaient 
l'existence. Tout h coup la face paraissait infiltrée, surtout 
aux paupières ; les mains et les pieds s'œdr ; imtiaient ; le râle 
annonçait l'agonie et la mort. Parmi les malades restés jaunes, 
lanruissans, et bouffis h la suite d'une fièvre intermittente 
qui avait duré longtemps, ou récidivé plusieurs fois , il y en 
avait à peine un sur dix qui n'eût point un catarrhe chroni- 
que, majs plusieurs avaient en outre une phlogose lalente du 
péritoine, ou du canal digestif {Histoire des phlegmasies chro- 
niques , péri pneumonies , catarrhes)» 

4*7- 19 



290 REC 



Les maladies chroniques sont très sujettes aux rechutes , 
parce l'organe lésé est le siège d'une irritation ou d'une phlpg- 
masie latente qui subsiste encore alors qu'on la croit dissipée* 
De là, l'altération du teint, de l'expression du visage; la dif- 
ficulté, l'irrégularité de la digestion , en un mot, la lenteur 
delà convalescence. Lorsque la maladie reparaît , on croit 
quelquefois qu'il y a récidive, et ce n'est qu'une rechute. 
'lout traitement qui laisse subsister la cause de la maladie, 
q ii ne l'atteint pas dans son siège, ne peut détruire ses effets 
et prévenir les rechutes ou les récidives. 

Si , lorsqu'un organe est le siège d'une phlogose lente, on 
trouble les opérations salutaires de la nature par des médi- 
caraeus irrilans donnés mal à propos, l'inflammation se ré- 
veille pins aiguë et plus terrible que jamais. Trop souvent, 
jcs médecins ont nourri les gastro-entérites en prescrivant à 
leurs malades les toniques, le quinquina, le camphre, les 
vésicatoires , tous les stimulans les plus énergiques. Voilà une 
cause de rechute bien plus commune que les écarts de ré- 
gime, reprochés souvent si injustement aux malades. L'éco- 
nomie animale alFaibjie et par la douleur et par la durée de la 
maladie, ressent plus vivement que dans toute autre circons- 
tance l'action funeste de ces moyens perturbateurs. Rien de 
plus dangereux que les éméliques, les purgatifs , les excilans 
de premier ordre pendant la convalescence : tel malade que 
des soins extrêmes ont arraché à la mort, dont le menaçait une 
péritonite aiguë, rechute sans espoir, parce qu'un vésicaloire 
a été appliqué imprudemment. 7 oyez convalescence. 

2°. îaiosyncrasie , constitution, tempérament. Certains in- 
dividus ont une telle idiosyucrasie qu'ils contractent fréquem- 
ment le même genre de maladie, leur vie entière lui est aban- 
donnée en quelque sorte. Ceux là sont sujets aux catarrhes , ils 
les conservent longtemps, et souvent au moment où ils croient 
en être délivrés, ils en sont atteints de nouveau avec plus de 
violence : ceux-ci perdent fréquemment du sang par la mem- 
brane muqueuse des fosses nasales ou par l'expectoration. 
M. Houssard fait remarquer que Ton doit compter parmi les 
causes des rechutes cei laines dispositions individuelles, telles 
que la faiblesse naturelle du sujet, L'atonie des organes diges- 
tifs, soit native, soit acquise , unv certaine facilité à contracter 
telle ou telle maladie ; ce qui fait, dit-il, (pie les rechutes 
sont si fréquentes dans toutes les maladies où il y a de la pé- 
riodicité, et que l'on y distingue une tendance particulière a 
la récidive. 

Comme certains tempéramens ont quelque influence sur la 
naissance de maladies i\\\n genre déterminé , ils doivent être 
considérés comme des prédispositions aux rechutes et aux ré- 



RE G 291 

cidives. Celui qu'on nomme nerveux est une cause indirecte 
des névroses ; les femmes chez lesquelles il prédomine sont 
sujettes plus que d'autres à l'hystérie, à l'epilepsie, à diffé- 
rentes variétés d'aliénation mentale, aux névroses des organes 
de la digestion , et la constitution de quelques unes d'entre 
elles est si Fortement dérangée qu'elles ne^uérissent point par- 
faitement, et que la convalescence de leurs maladies est trou- 
blée par des rechutes multipliées. Les hémorragies, les ané- 
vrysmes , l'apoplexie, les phlegmasïes ailles et leurs rechutes 
et récidives sont communes chez les individus que la nature a 
doués du tempérament sanguin. On voit spécialement les ma- 
ladies qui dépendent de l'irritation et de î'juifla minai ion de la 
membrane muqueuse gastro intestinale affecter les individus 
dont le tempérament est bilieux , et les m mes maladies, sous 
l'influence de la même cause, se reproduisent fréquemment. 
Comme le tempérament appelé lymphatique compte au nom- 
bre de ses caractères la faiblesse de tous les organes, une di- 
minution de leur énergie naturelle, les maladif s auxquelles il 
prédispose sont peu aiguës, leur marche est lente, elles gué- 
rissent avec lenteur et se reproduisent souvent. Certains or- 
ganes acquièrent quelquefois, dans l'économie animale, au 
préjudice des autres, une prédominance d'acliou, qui devient 
une prédisposition à des maladies graves qui se reproduisent 
avec facilité. Les tempéramens ont donc quelque iulluence sur 
les rechutes et les récidives ; celle influence existe, mais ce- 
pendant à un médiocre degré. 

Sexe. La femme devenue pubère a une constitution qui 
diffère de celle de l'homme sous plusieurs rapports essentiels. 
Appelée à d'importantes fonctions, soumise . une incommo- 
dité qui est pour beaucoup un véritable e'tal de souffrance,, 
elle est exposée à plusieurs maladies particulières à son sexe, 
qui, pour la plupart, sont très sujettes aux récidives et aux 
rechutes. Ainsi, rien n'est plus commun que les désordres de 
la menstruation et leur retour; la leu< o ihée, si souvent re- 
belle, peut se reproduiie un grand nombre de fojs ; il en e£t 
de même de plusieurs variétés de métrorrhagie. Par cela mêrne 
que l'utérus exerce sur l'économie animale une influence pré- 
dominante, ses maladies, celles sur lesquelles il exerce une 
action sympathique, récidivent avec une grande facilité, i.e 
système nerveux possède, chez les femmes, une grande hri- 
tabilité. 

Ages. Chaque âge à des maladies qui lui sont propres, qui 
paraissent être l'e fet de la constitution physique , et ne poiut 
dépendre de causes antérieures, mais naine spontanément 5 
ces maladies doivent avoir beaucoup de dispositions à se repro- 
duire, et c'est en clfet ce qui a lieu dans l'enfance ; h coiistr 1 - 

•a- 



sep- REC 

tution est caractérisée par la prédominance clés lempéramens 
lymphatique et nerveux. On voit alors beaucoup d'affections 
nerveuses et catarrhales. Avant la première dentition , ce sont 
des convulsions, des diarrhées , l'engorgement muqueux des 
intestins ; lorsque les dents ont paru, les maladies nerveuses 
régnent presque exclusivement : alors surviennent les convul- 
sions pins violentes *quc jamais, la coqueluche, la toux, une 
fluxion vers le cerveau ou la moelle épinière , le rachilis , 
toujours symptomalique ) souvent subordonné à cette époque 
de la vie, à un surcroît d'énergie, d'irritabilité du centre de 
la puissance nerveuse. Ce temps d'orage écoulé, de deux h sept 
ans naissent plusieurs maladies, dont quelques unes comme le 
carreau, ie scrofule, le rachiUs encore dont la cause immé- 
diate est un excès d'énergie des vaisseaux absorbans du paren- 
chyme osseux, décèlent la prédominance d'action du système 
lymphatique. Alors paraissent les vers et toutes les maladies 
qui sont l'effet de l'irritation qu'ils produisent; alors se décla- 
rent diverses phlegmasies muqueuses et différentes éruptions 
cutanées qui en dépendent, connue la rougeole, plusieurs érup- 
tions qui ont lieu à la tête et vers les oreilles; le même temps 
voit naître et le croup et la teigne. Si le système lymphatique 
prédomine beaucoup sur le nerveux et tous les autres , les 
maladies de l'enfant ont une marche lente , deviennent facile- 
ment chroniques , et leur mouvement ne s'accélère qu'aux ap- 
proches de la puberté ; mais en général , et sauf celle exception, 
les maladies ont à cette époque de la vie le caractère aigu , les 
crises sont complettes, les rechutes et les récidives rares. 

Une nouvelle ère a commencé, une grande révolution Vient 
<le se faire dans l'économie animale, la puberté est arrivée : le 
mouvement fluxionnaire ne se dirige plus vers le cerveau, mais 
vers le thorax, et le système circulatoire augmente beaucoup 
d'activité, tous les organes acquièrent plus de force, leurs 
fonctions s'exécutent avec plus de facilité et d'énergie. Le sys- 
tème sanguin prédomine à son tour, et on voit survenir les 
hémorragies par les membranes muqueuses des parties supé- 
rieures, les phlegmasies aiguës, spécialement celles du poumon, 
qui trop souvent dégénèrent en phîhisie. Ce temps est celui des 
maladies qui sont l'effet de l'influence qu'exercent les organes 
génitaux sur l'économie animale, lorsqu'elle devient prépon- 
dérante; c'est alors que l'utérus, jouissant d'une grande énergie, 
d'une extrême irritabilité , enfante l'hystérie , la nymphomanie, 
la mélancolie , différentes névroses des organes de la digestion. 
La puberté est l'époque des passions violentes , el les passions 
exercent une grande influence sur l'économie animale. Dumas 
rapporte leurs effets à six modes d'action : i° la commotion 
perturbatrice, 2° l'exaltation ou l'alfaiblisscmcul des forces 



REC 2 f> 3 

vitales , 3° le changement dans la distribution de ces forces , 
4° une détermination singulière des mouvcmens organiques 
vers les parties extérieures ou vers les parties intérieures du 
corps, 5° une action spéciale sur divers organes et sur leurs 
systèmes respectifs , 6° l'altération du tissu des solides et de la 
crd.se des fluide». Les maladies chroniques disparaissent sou- 
vent lorsque la puberté survient, parce que la prédominance 
d'action des systèmes nerveux et lympathique diminue et Jait 
place à celle du système circulatoire sanguin. Comme la pu- 
berté est une époque de force, les maladies sont aiguës, et si 
Ton voit quelquefois des rechutes, les récidives sont rares rela- 



tivement aux autres âges. 



L'âge viril est caractérisé par le mouvement fluxionnaire 
qui a lieu vers le foie et le système veineux abdominal , et par 
la prédominance du centre épigastrique. C'est le temps des 
congestions abdominales, des obstructions du foie, de l'hépatite, 
de l'ictère, des hémorroïdes, de l'hypocondrie, des maladies 
du cœur et des autres effets des passions tristes ; ces maladies 
deviennent facilement chroniques, elles se reproduisent fort 
souvent, leur convalescence est souvent arrêtée par des rechutes. 
Les femmes cessent d'être soumises a l'incommodité de leur 
flux sanguin périodique, mais, en compensation, à combien de 
maux divers ne sont-elles pas exposées ! 

Tous les organes du vieillard sont dans un état de dépéris- 
sement qui augmente chaque jour pendant ses dernières années, 
la mort étend progressivement ses conquêtes et anéantit en fia 
la vie; l'irritabilité de chacun des systèmes de l'économie ani- 
male s'épuise et décroît, la puissance nerveuse a perdu la plus 
grande partie de son énergie, les sens s'éteignent , les organes 
des facultés intellectuelles meurent successivement ; il n'y a 
plus dans les tissus assez de force pour une réaction salutaire, 
les tégumens se refusent aux sueurs critiques, les convalescences 
sont longues et difficiles. Cependant, pendant que les organes 
affaiblis ne peuvent triompher des congestions dont ils sont 
le siège , un plus grand nombre de maladies les assaillent , et 
ces maladies sont presque toujours chroniques. Alors régnent 
d'inicrminables catarrhes , d'opiniâtres maladies des voies uri- 
naires, la gouite, le rhumatisme, et rien n'est plus commun, ne 
survient plus facilement que leurs rechutes et leurs récidives. 

Saisons. Les saisons ont quelque influence sur la production 
de certaines maladies et leurs rechutes : sous ce rapport, les 
plus défavorables sont l'été, mais spécialement l'automne. Pen- 
dant l'été, les forces vitales se portent à l'extérieur du corps , 
la transpiration cutanée augmente , mais les organes de la di- 
gestion languissent ; on voit pendant celte saison beaucoup de 
maladies cutanées , d'hémorragies , d'inflammations de la niem- 



2j)ï B.EC 

brune muqueuse gastro-intestinale et d'autres phlegmasies ai- 
guës , et ces diverses maladies sont fort sujettes aux récidives. 
L'automne est le temps des grandes variations atmosphériques, 
des vicissitudes de froid, de sécheresse, d'humidité , des orages, 
et Ton sait quelle iufluence ces divers étals de la température 
exercent sur l'économie .animale. D'autres causes des rechutes 
et des récidives pendant l'automne sont la variété et l'abon- 
dance des fruits , la fraîcheur , l'humidité des nuits , et souvent 
des jours , lorsqu'à un temps chaud succèdent des pluies abon- 
dantes. On voit en général moins de rechutes et de récidives 
pendant l'hiver, cependant plusieurs tiennent à la constitution 
humide et pluvieuse de cette saison. 

Climats , lieux. Il paraît qu'on a beaucoup exagéré l'in- 
fluence des climats sur la production des maladies, et que ces 
derniers sont à peu près partout les mêmes quant à leur na- 
ture et à leur esseqqe. !YÎ. Double prétend, et sur de grandes 
probabilités, que l'influence des climats diveis ne doit être notée 
que co r nie un des ageus nombreux qui déterminent la quantité 
et la fréquence d'action des causes occasionelles des maladies. 
Tel est le résumé du Traité de l'air, des- eaux, et des lieux 
d'Hippocrate , et le sens de cet aphorisme : M orbi aident omnes 
qui de m in omnibus temporibus fiunt ; nonnulli verb in quibus- 
dumipsorum ma gis et fuinl et exacevbanlur. On ne peut pas 
accorder beaucoup d'influence aux climats sur la fréquence 
des rechutes et des récidives, cependant sauf quelques ex- 
ceptions : nous renvoyons pour de plus amples détails à l'article 
climat de ce Dicliouaire. 

On ne peut méconnaître l'influence de certains lieux sur l'é- 
conomie animale : les scrofules , le rachilis, d'autres mala- 
dies du système Lymphatique, sont sinon tout à fait causés, 
du moins favorisés par l'habitation dans un lieu bas, humide, il 
est incontestable que les gastro-entérites cl autres phlegmasies 
intermittentes si communes dans les pays marécageux, et qui 
récidivent si souvent, sont subordonnées à la nature de ces 
lieux éminemment malsains. Ici , les mêmes causes qui pro- 
duisent ces maladies provoquent les rechutes et les récidives. 
Professions. Comme plusieurs professions exposent à des 
maladies d'un génie déterminé, eiles sont aussi une cause des 
rechutes et des récidives. Les individus qui travaillent le 
plpmb, les vernis, sont atteints , et à différentes reprises, de 
la colique de plomb. Les ouviiers qui fabriquent les étoiles 
de soie ont fréquemment des ulcères aux jambes. Ployez 

I\l W,ADM.S DKS ARTISANS , PROFESSIONS. 

t imimfusa. Les qualité» de l'air ont une influence manifeste 
sur la marche cl l'issue des maladies : telle péripneumonie a 
parcouru leguiieicmcnl ses périodes , l'époque de la couva- 



îcscence est arrivée , mais tout à coup il survient un orage , 
unegran.de vicissitude atmosphérique, et l'inflammation îc- 
paraît avec toute sa violence primitive. Les approches d'un 
changement de température réveillent Ja goutte et le rhuma- 
tisme; de grands orages, la succession d'une température ex- 
trêmement chaude à une température modérée ou froide ont 
quelquefois causé des accidens,des rechutes mortel les chez des 
femmes récemment accouchées qui étaient dans l'élat le plus 
satisfaisant, et mis aux portes du tombeau des individus qui 
venaient de subir une grande opéiation. L'air froid et sec est 
nuisible, en général , aux inliummations aiguës , aux sui faces 
suppurantes. Ambroise Paré assure que le froid rend les plaies 
difficiles à guérir , et est une cause de gangrène et de sphacèle. 
Mij-pocrate a observé que les abcès sont plus communs en hi- 
ver , et qu'ils guérissent plus difficilement. Dans les hautes 
montagnes des Vosges, les surfaces suppurantessaignent avec 
facilité; les hémorragies sont rebelles; les ophthalmies opi- 
niâtres ; les inflammations des membranes muqueuses com- 
munes. 

M. Broussais voit dans le froid une cause très-fréquente de 
l'induration sanguine chronique du poumon; lorsqu'un homme 
dont les poumons sont faibles , dit il , a contracté un catar- 
rhe , le froid , auquel mille causes ne cessent de l'exposer % 
suffit pour le renouveler; mais c'est surtout le froid de la nuit 
qui perpétue lescatanhes. Ce médecin a vu beaucoup de mi- 
litaires qui , imparfaitement guéris , étant obligés de faire 
une route forcée, éprouvaient une rechute bien plus dange- 
reuse que la maladie primitive ; le premier froid dont ils étaient 
saisis dans le repos engorgeait le poumon avec une facilite 
d'autant plus grande , que la force expansive de cet organe 
venait d'être anéantie par l'effet de la marche. Malheur, dit 
M. Broussais , à celui qui , après une journée pénible , est pé- 
nétré par un froid humide pendant qu'il se laisse aller au som- 
meil ! Au lieu d'y puiser de nouvelles forces , il eu rapporlera. 
le germe de la mort. 

C'est le froid humide qui est la cause de la plupart des re- 
chutes et récidives des catarrhes pulmonaires , c'est lui qui 
nourrit ces maladies, qui les fait dégénérer, fne grande irri- 
tation nerveuse est l'effet de la vicissitude du chaud au froid 
et au froid humide; elle supprime la transpiration, elle 
chasse les humeurs de ia circonférence vers le centre. Voyez 

AIR. 

Les émanations qui se dégagent du corps de l'homme ma- 
lade et de ses déjections alvines , ou des substances animales, 
en putréfaction, les exhalaisons des marais corrompent l'air ^ 
le chargent de yapeuis malfaisantes , et causent des empoisoa*» 



296 REC 

nemens nombreux. TeJ est le caractère du typhus , delà pour- 
riture d'hôpital , de la peste; beaucoup degaslro entérites sont 
produites par ces altérations de l'air. Voyez épidémie. 

Plusieurs rechutes et récidives dépendent de l'impression 
subite <\u froid , avec une partie du corps qui est en moiteur ; 
on a signale dès longtemps le danger des ablutions froides sur 
3a tète et le corps pendant les cbaleurs de l'été, celui du con- 
tact des pieds en moiteur avec des corps très froids , celui du 
passage d'un lieu dont la température est très-élevée dans un 
lieu où le froid se fait vivement sentir, surtout lorsque le cou, 
la poitrine , ies brus ne sont pas protégés par des vetemens 
chauds. Les femmes qui sont récemment accouchées sont spé- 
cialement sujettes aux accidens causés par l'impression du froid 
humide ou un grand changement de tci'npéialure , et leur mé- 
decin ne saiiiail trop piendre de précautions poui ies en pré- 
server. Voyez femme ein couche, et les additions à cet arti- 
cle dans le Journal complémentaire, et, comme complément 
à ce qui vient d'eue dit sur les circumjui>a considéiés comme 
causes de rechutes el de récidives , les articles air , froid y épi~ 
demies, miasmes , nuit, orage. 

Applicata. Quelques femmes récemment accouchées sont 
trop chargées de vetemens , de couvertures; elles vivent dans 
un air très chaud, el un changement médiocre , mais brusque 
de température peut exercer sur elles la plus fâcheuse influence; 
de même quelques convaiescens portent imprudemment des 
i vetemens dont laqualiléest tiop disproporlionnéeavcc l'état de 
leur sau!é. Des vetemens trop Jégers qui ne préservent pas du 
froid sont une cause indirecte de récidives et des rechutes , 
l'abus des bains lièdes doit être considéré de la même manière. 

lngesla. Combien de convaiescens ont été victimes de leur 
intempérance, que de lechules mortelles n'ont eud'autrecause 
qu'un écart de régime ! Cet individu qui a subi une opération 
majeure est dans Tétai le plus satisfaisant , le pus es: d'une 
bonne nature, et la marche de la pyogénie est régulière; mais 
il ne peut résister à la faim dangereuse qui le presse , il prend 
des alimens solides , et aussitôt la surface suppurante pâlit , 
se dessèche , des douleurs aiguës sont suivies d'une prostration 
extrême des forces ; les poumons ne remplissent leurs fonc- 
tions qu'avec peine , les convulsions , le délire surviennent, 
et l'opéré meurt victime de son imprudence. Celte révolution 
terrible a lieu ordinairement en trente-six heures , elle passe 
rarement le troisième jour , et une très - petite quantité d'ali- 
mens solides suffit pour lacarjser. Saucerotle a donné des soins 
à un militaire qui avait une plaie pénétrante de poitrine , com- 
pliquée de lésion du poumon et d'hémorragie considérable; 
son état était satisfaisant ; mais quatre jours après la blessure, 



REC 297 

il mangea du pain , but du vin , le sang coiila de nouveau , et 
çfe militaire périt. On a ouveit les cadavres de plusieurs deecs 
malheureux lues en peu d'heures par leur intempérance , et 
on a irouvé leur estomac rempli des alimens qu'ils avaient 
pris si imprudemment» La cause ia plus commune des rechutes 
d» la gastro-entérite est un écart de régime ; une petite quan- 
tité d'alimens solides prise pendant la convalescence de cette 
phlegmasie suffit pour lui rendre toute sa violence , et ordi- 
nairement accroît son danger. M. Lallement observe que daus 
les convalescences des maladies aiguës, en général, où les 
rechutes sont si fréquentes , ce ne sont pas ce qu'on appelle 
les crudités qui causent les indigestions les plus graves , 
mais bien les alimens les plus sains et les plus nouirissans. Ce 
médecin ajoute qu'on peut taire surtout cette remarque à la 
suite des inflammation* des organes digestifs, et que le travail 
de la digestion est d'autant plus long et pénible, que, sous 
un volume donné , l'aliment contient plus de matériaux nu- 
tritifs. M. Broussais a professé cette doctrine avant M. Lalle- 
ment ; il a démontré dans ses cours et ses leçons tout le dan- 
ger des alimens gias et nourrissans , donnés même en petite 
quantité, pendant la convalescence des gastro entérites. 

Mais les lechules sont bien plus faciles, bien plus redoutables, 
lorsque le malade , cédant à sa faim , remplit son estomac 
d'alimeus de mauvaise qualité, surtout s'il choisit précisément 
ceux qui ont causé la maladie dont il est atteint. Certaines 
substances alimentaires détériorées sont éminemment dange- 
reuses , l'usage du seigle ergoté est une cause commune de 
gangrène des extrémités inférieures. Mille fois des médecins 
ont signalé l'abus , le danger des boissons alcooliques , acides 
et non ferme utées , des vins falsitiJs. L'intempérance est la 
plus commune et la plus funeste des causes des rechutes ; elle 
fait le désespoir des médecins qui la voient souvent donner en 
peu d'heures la mort à des individus auxquels ils ont prodi- 
gué pendant plusieurs semaines des soins que le succès récom- 
pensait. Voyez ALIMENT , INTEMPÉRANCE. 

Excréta, Quelques rechutes ont pour cause une altération 
des sécrétions ou des excrétions ; les pertes séminales sont dan-; 
gercuses pendant la convalescence. Fabrice de Hilden a re- 
cueilli deux observations qui constatent leur danger. Un con- 
valescent dont la transpiration est supprimée tout a coup est 
menacé d'une rechute redoutable , et cet accident peut avoir 
les suites les plus funestes : on ne doit pas moins appréhender 
les effets de la suppression de l'urine , du flux sanguin pério- 
dique chez la femme, du flux hémorroïdal dans les deux 
sexes , de la leucorrhée , de toutes les excrétions habituelles. 
Camper a traité avec beaucoup de talent des effets du vice de 



2 9 8 REC 

différentes excrétions sur les maladies chirurgicales. Il a com- 
pose sur ce sujet uu mémoire auquel l'académie de chirurgie 
rendit justice eu le couronnant et en l'insérant dans le Recueil 
de ses prix. Les vices des excrétions sont plus souvent uu symp- 
tôme qu'une cause des rechutes et des récidives. 

Acta. Il est des maladies dans lesquelles l'exercice est dange- 
reux, des convalescences dans lesquelles il peut êtreunecausede 
rechute. Les fractures , les luxations, l'anévrysme, les tumeurs 
inflammatoires, les plaies, etc. , exigent le repos. Un malade 
dont le fémur a été fracturé court la chance d'une récidive 
s'il marche trop tôt ; tout convalescent qui se livre a un exer- 
cice forcé, s'expose à une rechute, des hémorragies utérines 
ont été rappelées par une marche trop longue , une prome- 
nade en voiture. Le sommeil trop prolongé est nuisible dans, 
quelques maladies ; les individus sujets aux attaques d'apo- 
plexie ne doivent pas dormir trop longtemps. 

Percepta. L'influence des passions sur la production des ma- 
ladies , leurs rechutes et leurs récidives est trop manifeste pour 
qu'elle puisse être niée. Dumas, examinant l'influence des 
passions sur les maladies chroniques , prouve, par beaucoup 
d'exemples , que les passions analogues au tempérament en 
renforcent les effets ; tandis que les autres corrigent ce qu'il 
peut y avoir de vicieux dans son action. Combien de rechutes 
ont eu la colère pour cause î Celte passion violente a fait 
rompre des cicatrices , rappelé des hémorragies , occasioné 
des attaques d'apoplexie, d'épilcpsie , le délire, des métas- 
tases mortelles , des convulsions, des vomissemens bilieux, 
l'ictère , des rechutes de phlegmasies aiguës. Des accidens non 
moins graves ont, été les effets d'une vive frayeur pendant la 
convalescence ; elle a été accompagnée du retour d'hémorra- 
gies dangereuses ; elle a causé la frénésie, l'aliénation men- 
tale, l'hydrophobie , la suppression de la transpiration, des 
menstrues , et d'autres évacuations habituelles. Beaucoup de 
femmes nouvellement délivrées , des hommes qui venaient de 
subir une opération majeure, ont succombé peu d'heures après 
avoir été informées d'une nouvelle fâcheuse. Le chagrin ne 
produit pas une révolution si rapide ; ses effets sont lents, 
mais cependant redoutables. Bonnefoi a vu un homme à qui 
on avait amputé la cuisse : le douzième jour apiès l'opéra- 
tion, la suppuration étant belle et abondante, un imprudent 
vint lui annoncer la mort de sa femme. Au pansement qui se 
fit ii cinq heures du soir, on trouva l'appl il sec, et il mou- 
rut le lendemain malin. Une femme, jeune et jolie, avait au 
sein un squirre lies-volumineux : on la décida enfin à l'opé- 
ration; le délabrement fut considérable, iiuil jouis après, 
voyant panser son seiu qu'elle n'avait pas encore eu le cou- 
rage de regarder j frappée de l'état où elle se trouvait, et le 



REC 299 

comparant avec l'autre, elle en conçut un tel chagrin, qu'elle 
en périt le lendemain. Une femme enceinte qui désirait 
beaucoup un garçon accouche d'une fille, son mari lui ap- 
prend imprudemment celle nouvelle; au même instant elle 
devient froide, sou pouls cesse de battre; elle meurt une 
heure et demie après. De vifs mouvemens de joie et de plai- 
sir ont donné la mort à des convalescens , ou ont cause des 
rechutes dangereuses : des convulsions, le délire, des hé- 
morragies redoutables, la mort même, tels ont été quelque- 
fois leurs effets. 

D'autres fois les rechutes ont eu pour cause une grande con- 
tention d'esprit, des travaux de cabinet forcés. J'ai vu périr 
un enfant opéré de la pierre et qui étjit dans l'état le plus 
satisfaisant, delà jalousie que lui inspira un autre enfant ré- 
cemment arrivé dans l'hôpital pour subir la même opération, 
auquel le chirurgien en chef prodiguait ses caresse?. Plusieurs 
récidives sont dues à la nostalgie, à l'influence funeste exer- 
cée sur l'économie animale par un amour violent et concen- 
tré , etc. Voyez passions. 

Irrégularité des crises f cause des rechutes et des récidives. 
Il n'est pas bien certain , quoique M. Houssard le certifie, que 
toute maladie, dont la crise n'a pas lieu d'une manière con- 
venable et conforme à la marche de la nature, tende essentiel- 
lement à récidiver, malgré les preuves évidentes de la dispa- 
rition des signes et des symptômes concomiîans. Plusieurs 
maladies aiguës se terminent parfaitement sans crises et sans 
rechutes ; il en esl de même d'un plus grand nombre de mala- 
dies chroniques. Ce serait courir des chances de méprises fré- 
quentes que d'annoncer une rechute toutes les fois qu'il n'y a 
point eu de crise, ou que cette crise a été ou a a paru irrégu- 
lière. On discute aujourd'hui davantage qu'on ne le faisait 
avant le 19 e siècle; l'esprit de critique a opéré une réforme sa- 
lutaire et indispensable en médecine. M. Houssard avance, 
mais ne prouve pas, qu'à cause de l'insuffisance des crises, 
les rechutes peuvent se renouveler autant de fois que les 
mouvemens critiques sont nécessaires pour la solution entière 
de la maladie; il veut que la sécurité du médecin ne soit 
complctte qu'au complément de tous les produits critiques. 
Ttop occupé de son sujet, comme la plupart des auteurs de 
monographies, il a beaucoup étendu son cadre; il a multi- 
plié outre mesure les causes des rechutes , qu'il ne distingue 
pas des récidives, ce qui cependant était essentiel. Ou ne peut 
regarder comme des causes positives de rechutes et récidives 
ce qu'on appelle crises prématurées, crises sans jugement, 
sans coction. Voyez crises , diagnostic, jours critiques. 

Des rechutes. Un malade vient d'éprouver une fièvre 
bilieuse très-aiguë, il entre en convalescence; l'extrême sensi- 



3oo REG 

bilité des parois abdominales a diminue' , mais subsiste encore 
en partie-, la peau est chaude, sèche, la langue très-rouge sur 
ies bords , les ailes du nez sont dilatées. Cet liomme cependant 
a repris des forces ; il a de l'appétit et parait être dans un état 
voisin de la santé j cependant la membrane muqueuse intesti- 
nale est encore le siège d'une phlogose lente, diverses sympa- 
thies l'indiquent, et une rechute est à craindre. On vient de 
délivrer du sëton cette fille qui avait une fistule lacrymale; 
elle pat ait guérie; mais il y a toujours beaucoup d'irritation 
dans le sac laciymal, les larmes ne coulent pas par le nez; 
on les voit bientôt tomber sur la joue. Une vive sensibilité de 
ïa surface suppurante, la rougeur de ses bords , l'altération 
soudaine de la pyogénie sont ies signes précurseurs d'une ré- 
cidive de la pourriture d'hôpital. Les rechutes et les récidives 
ont dans chaque maladie des caractères particuliers, qui sont 
}es symptômes de cette maladie même; des signes spéciaux 
annoncent un retour de l'aliénation mentale, de l'épilepsie, 
de l'apoplexie. Cependant ces accidens ont aussi des caractères 
communs; on peut présumer une rechute lorsqu'on voit sur- 
venir un trouble dans l'une des fonctions de premier ordre 
de l'économie animale. Il faut en général se défier des conva- 
lescences trop soudaines à la suite d'une maladie grave, et un. 
observateur inattentif espère quelquefois sur des apparences 
trompeuses la guérison d'un malade qui éprouve tout à coup 
un grand soulagement, et meurt peu de jours, peu d'heures 
après. Tel abcès qui contenait beaucoup de liquide, disparaît, 
le malade n'est pas guéri, il va périr ; un danger aussi grand 
menace souvent celui qui est délivré tout à coup ou très- 

Îuomptemenl d'une phlegmasie cutanée ancienne. Les conva- 
escenecs laborieuses ou compleltes, qui ne sont pas franches, 
menacent de rechutes; elles indiquent que la cause qui a pro- 
duit la maladie continue d'agir. M. Broussais a démontré que 
les causes les plus communes de la langueur, suite des fièvres 
intermittentes , étaient des inflammations chroniques du pou- 
mon , soit dans son parenchyme, so t dans sa séreuse , et des 
voies digeslives , plus souvent dans leurs tuniques muqueuses 
que dans le péritoine ( Histoire des phlegmasies chroniques). 
Les signes généraux des rechutes sont très-multiplies ; ils 
consistent dans une anomalie de fonctions d'un ou de plusieurs 
organes de l'économie animale. Des vertiges , des tintemens 
d'oreilles, des éblouissemens, un léger délire, une anomalie 
du goût, telle que le malade se méprend sur la saveur des ali- 
ment», désire des substances qui ne sont point alimentaires, 
et rejette celles dont il se nourrissait ; la perte de l'odorat \ I e 
dégoût pour le tabac dont, avant sa maladie, il faisait ses 
délices-, l'insomnie, le sommeil trop prolongé, celui qui est 



REC Soi 

troublé par des rêves pénibles, sont des phénomènes précur- 
seurs de rechutes, qu'on voit souvent dans la convalescence de 
plusieurs maladies aiguës, qui annoncent souvent lerelourde l'é- 
pi lepsie, de l'apoplexie. D'autres signes de réduites sont donnés 
parle système musculaire j ce sont des convulsions involontaires, 
des lassitudes spontanées, une répugnance invincible pour l'exer- 
cice. Souvent une rechute est précédée d'une perle d'appétit 
plus ou moins complelte, de tous les signes d'une irritation de 
la membrane muqueuse gastro- intestinale; la bouche est amère: 
la langue sèche , blanche au centre de sa smface supérieure, 
très* rouge sur les bords ; l'abdomen est tendu , douloureux; 
la nutrition ne se fait pas. D'autres fois, l'irritation a son siège 
sur les organes pulmonaires - ces organes se dilatent avec peine; 
le malade a, dans sa poitrine, le sentiment d'une chaleur plus 
ou moins vive; il est pris souvent d'une petite toux, l'un des 
signes les plus remarquables des noyaux inflammatoires du 
poumon. Si on examine la peau, on la trouve , dans quelques 
cas , sèche, pâle; elle est le siéged'une chaleur acre : d'autres 
signes des rechutes sont l'altération des sécrétions et des excré- 
tions ; ce sont un changement dans l'état naturel de l'urine 
qui peut être très-rouge, très-limpide, qui est quelquefois 
sédimenteuse ; des crachats noirâtres, fétides, puruleus, striés 
de sang, .d'un jaune paille; des sueurs partielles , épaisses 
onctueuses sur le visage, les tempes, les membres; une trans- 
piration nocturne fort abondante qui épuise le malade. Les 
sécrétions sont troublées de différentes manières; tantôt elles 
sont augmentées, tantôt diminuées; d'autres fois et très-sou- 
vent la nature du liquide sécrété a changé. Les altérations 
diverses qu'ont éprouvées les matières fécales indiquent l'état 
de la nutrition et celui de la membrane muqueuse gastro-intes- 
tinale. Des hémorragies sont quelquefois suivies de rechutes 
car elles ne soulagent pas toujours les malades ; elles sont en 
général nuisibles lorsqu'elles surviennent pendant la conva- 
lescence, car alors elles affaiblissent beaucoup. L'état du pouls 
peut rarement faire prévoir les rechutes. On a quelque sujet 
de l'appréhender lorsque le flux sanguin périodique de la 
femme est supprimé, altéré, ou devient irrégulier. Des circon- 
staiiccs, désavantageuses pour le malade, sont l'apparition 
pendant la convalescence , de phlegmons , d'abcès froids de 
pustules qui ne suppurent pas, d'éruptions cutanées qui ne 
parcourent pas leur période avec régularité; joignons à tous 
ces signes une faiblesse extraordinaire, un changement subit 
dans le moral. 

Un examen attentif de la face, de la poitrine, de l'abdomen 
des membres, des attitudes, peut faire découvrir plusieurs 
signes de rechutes. Uu changement remarquable daus l'çxpres- 



3o2 REC 

sion de la physionomie pendant la convalescence , ou dans 
l'état d'embonpoint du visage, sa lividité extraordinaire, doi- 
vent exciter la vigilance du médecin. On regarde comme un 
signe de délire ou de folie très-prochaine , une physionomie 
triste, sévère, pensive; si elle conserve son état naturel, sur- 
tout avec l'expression de la tristesse dans le cours et vers la 
fin d'une maladie aiguë, le malade est en danger : la contrac- 
tion des narines est un signe précurseur de l'apoplexie, de la 
pa/alysie; la contorsion du nez, l'amaigrissement de cet or- 
gane, qui devient effilé, sont des signes fâcheux; son refroi- 
dissent' nt et sa pâleur, réunis à d'autres signes, font présager 
un accès de fièvre intermittente. Les lèvres deviennent très- 
rouges aux approches d'une apoplexie fond royauté, et pendant 
le cours de la gastro-entérite et de la péri pneumonie aiguë; 
leur couleur livide pendant le cours des inflammations très- 
violentes a annoncé plusieurs fois une gangrène interne. Un 
grand danger est à craindre lorsque la douleur qui a lieu 
dans la péripneumonic et la pleurésie, cesse tout à coup et sans 
cause manifeste. Des signes déduits de l'examen de lu région 
abdominale, des altitudes, peuvent faire prévoir une rechute; 
on trouvera d'amples détails sur ce sujet dans les divers ar- 
ticles de ce Dictionaire relatifs à ces maladies. 

Mais les rechutes et les récidives n'ont pas toujours de pré- 
ludes, il n'est pas toujours au pouvoir du médecin de décou- 
vrir leur cause ; plusieurs surviennent tout à coup, spontané- 
ment. L'apoplexie a donné plusieurs fois la mort avant de 
s'être décelée par un trouble quelconque de la santé. Dans 
beaucoup de circonstances, les signes de la rechute sont si 
vagues, si équivoques qu'on ne peut leur accorder quelque 
confiance , et plusieurs de ceux que nous avons indiquas ont 
eu lieu plusieurs fois sans que la rechute ou la récidive ait 

suivi. 

Pronostic des rechutes et des récidives. Il est subordonné à 
un grand nombre de considérations ; l'une des principales est 
la nature de la maladie. Quelques maladies peuvent récidiver 
sans devenir plus dangereuses • un nouveau calcul dans la 
vessie n'est pas plus à craindre qrfe celui qui a été exliaitdix 
ans , vingt ans auparavant. Plusieurs individus ont 1res bien 
soutenu deux et même trois fois la lithotomie. Une ilbtule a 
l'anus fcpii récidive, n'en devient pas plus grave; il en est 
ainsi de la fistule lacrymale ; de même la gastro entérite com- 
pliquée, que l'on nomme pourriture d'hôpital , peui se repro- 
duire plusieurs fois sur le même sujet sans devenir plus redou- 
table : il n'en est pas ainsi d'autres maladies, par exemple, de, 
la dégénération cancéreuse. Lorsqu'elle reparaît après l'extir- 
pation d'un polype carcinoniateux ou d'une glande squirreuse 



REC 3o3 

cl ulcérée, elle marche avec la plus effrayante énergie. En 
général, les réduites sont beaucoup plus dangereuses que les 
récidives; lorsque celles-ci paraissent, le corps a repris des 
forces, il est dans un état de sanlé parfait, les organes ont assez 
d'énergie pour soutenir la maladie : une rechute au contraire 
survient pendant la convalescence ; alors i'oigaue malade est 
affaibli, quelquefois profondément altéré; souvent une com- 
plication ajoute encore au danger du retour de la phlcgmasio 
dans toute sa violence. Les rechutes sont terribles dans les gastro- 
entérites aiguës ; elles enlèvent un grand nombre de malades. 
Tel catarrhe pulmonaire, conduit jusqu'à son déclin, et qui 
a suivi une marche régulière, lorsqu'une rechute a lieu, prend 
un caractère de gravité qui lui était étranger; l'inflammation 
se propage aux capillaires sanguins; une induration sanguine 
se forme dans Je poumon; de rechute en rechute, ce catarrhe 
se convertit en péripneumouie et enfin eu phthisie. Rien n'est 
plus redoutable que les rechutes de la dysenterie et de la péri- 
tonite aiguë; certaines mélrorrhagies foudroyantes donnent la 
mort en reparaissant. Dans la classe des névroses, l'apoplexie 
présente un exemple frappant du danger qui suit les rechutes. 

Les rechutes sont en général beaucoup plus redoutables que 
les maladies auxquelles elles succèdent, phénomène que nous 
n'expliquerons pas en disant, avec quelques médecins, que la 
débilité, produite par la maladie , ne permet pas à la nature 
de chasser hors du corps le principe morbifique. il suffît peut- 
être de faire observer que l'irritation , qui reparaît avec une 
violence nouvelle, trouve des organes affaiblis, et, par cela 
seul , doit faire de plus grands ravages. La fréquence des com- 
plications est encore une circonstance à noter. 

Le danger de la rechute peut être accru par différentes cir- 
constances, dont les plus défavorables sont certaines constitu- 
tions, l'âge très-avancé, l'épuisement extrême des organes. La 
formation nouvelle d'un calcul vésical chez un iudividu extrê- 
mement gras , très-nerveux, ou chez un individu fort avancé 
en âge, diminue les chances de succès de l'opération ; le danger 
du séjour de la pierre dans la vessie n'est pas -• jgmenté , mal- 
gré la récidive, mais l'état de la constitution et des forces a 
changé, sous un rapport très-désavantageux. Un jeune homme 
soutient bien mieux toute espèce de rechute qu'un vieillard; 
chez lui tous les organes ont une grande irritabilité, une éner- 
gie d'action remarquable, ils sont animés par une puissance 
nerveuse qui est dans toute sa force. Si une inflammation ori- 
ginairement aiguë est devenue chronique, si son siège est un 
organe éminemment irritable, la rechute, lorsqu'elle a lieu, 
est presque toujours funeste. La longue durée de l'irritation et 
delà douleur a épuisé les forces, et l'organe primitivement 



3o4 RE G 

malade ne peut soutenir la nouvelle phlegmasîe dont il est 
frappé. Une rechule d'une maladie aiguë , qui en peu de temps 
a occasioné un grand épuisement, est également fort dange- 
reuse; peu d'individus supportent une nouvelle attaque de la 
pesle, du typhus, de la fièvre jaune. Il ne faut pas négliger, 
dans les considérations qui servent à établir le pronostic de 
la rechute , celle qui a sa cause pour objet. 

Il est peut-être des médecins qui croient encore par con- 
viction a la doctrine des fièvres essentielles; ceux-là, isolant 
]a re'aclion fébrile de l'organe souffrant, regarderont comme 
des iecUu[cs favorables celte fièvre qui parait dans le cours 
de plusieurs affections chroniques, et précède quelquefois leur 
guérison. M. Houssard, dont nous avons cité plusieurs fois le 
savant et utile Essai sur les rechutes, a adopté celte doc- 
trine. Suivant ce médecin, digne de soutenir une meilleure 
cause, il arrive assez souvent de voir des malades être déli- 
vrés de la fièvre trop tôt; ils restent dans un état de langueur 
qui ne cesse que par la réitération de la maladie, qui , par- 
courant mieux ses périodes, et se terminant d'une manière 
plus régulière q\ie la première fois, emporte avec elle toute 
espèce d'incommodité. Il cite Grant, qui observe que si Ton 
guérit trop tôt certaines fièvres, elles causent des obstructions 
dans les principaux viscères d'où naissent l'asthme, l'hydro- 
pisie, et autres maladies chroniques. Voilà d'étranges consé- 
quences de la doctrine des fièvres essentielles; il n'est déjà 
plus permis de les réfuter. 

Précautions à prendre pour prévenir les rechutes. Elles con- 
sistent spécialement dans le soin d'éviter les causes qui peu- 
vent les produire, ce qu'il n'est pas toujours possible de faire. 
On trouvera au mot convalescence l'indication du régime qui 
convient à cet état, il constitue la méthode la plus efficace 
de prévenir et les rechutes et les récidives. Lorsque la maladie 
s'est reproduite de nouveau, soit en se compliquant , soit avec 
sa simplicité première , il faut, son caractère bien reconnu-, 
la combattre en règle, et le traitement ne réclame d'autre 
modification q-ie celle qui résulte de la diminution des forces 
du malade. 

bat. wr.. Considérations cliniques sur les rechutes dans les maladies; in-8° . 
Paris, an v. 

CAillf.au ( J. m.) , Mémoire sur les rechutes dans les maladies aiguës et chro- 
niques; 48 pages in-8°. Bordeaux, 181 l. 

MOTJ8SAUD ( Eugène), Essai sur les rechutes ou les récidives dans les maladies; 
55 pages ra-4 . Paris , 1 8 1 5. ( MORFÂLCOH ) 

RECIDIVE, s. f. : retour d'une maladie éprouvée précé- 
demment, et dont ou était parfaitement guéri. Voyez re- 
çu ute. ( J * h ' *•) 



RÉC 3o5 

RECIPE: mot latin que Ton met en tête de toutes les for- 
mules, tt qui signifie, prenez. On le représente par ce signe 2£, 
ou par un 11 seul. (f. v. m.) 

RECIPIENT , s. m. , récipiens, receptaculum. Les récipiens 
sont des vases que Ton adapte aux cols des cornues , des raa- 
tras, et au bec des alambics, pour recueillir les produits qui 
passent à la distillation. Ces instrumens sont ordinairement 
de verre, afin de pouvoir distinguer les progrès de la distilla- 
tion et de voir s'il est besoin d'augmenter ou de diminuer le 
feu pour accélérer ou retarder l'opération. 

11 existe deux sortes de récipiens, ceux destinés a recevoir 
les produits liquides et ceux qui servent à recueillir les pro- 
duits gazeux. Les premiers sont des flacons ou des matras à 
longs cols pour les distillations à l'alambic, et des malras a 
cols courts et larges qui s'adaptent aux cornues; quand on 
veut obtenir des huiles volatiles par la distillation, ou em- 
ploie un récipient d'une forme particulière, nommé récipient 
florentin; ce vase est fait comme une poire, du bas de laquelle 
part un siphon qui remonte jusqu'à sou ouverture supérieure, 
et là se courbe comme le cou d'un cygne. Quand ce vase est 
plein d'eau distillée fournie par l'alambic, l'huile volatile se 
rassemble à sa surface, et toute l'eau surabondante coule par 
le siphon dans un autre récipient, sans entraîner l'huile avec 
elle. L'ensemble et la réunion des seconds récipiens constituent 
l'appareil de Woulf. Celui-ci, au grand complet, consiste 
dans une cornue tubulée placée dans un bain de sable disposé 
sur un fourneau; à la tubulure de la cornue, on adapte un 
tube recourbé, terminé à sa partie supérieure par un petit en- 
tonnoir, qui sert à verser les liquides dans la cornue; au 
col de celle-ci on ajuste une allonge et un balon lubulé, après 
lequel on place plusieurs flacons à deux ou trois ouvertures, 
séparés les uns des autres par une distance de sept à huit 
pouces, et remplis à moitié à peu près de liquides convena- 
bles; on les fait communiquer ensemble par des tubes cons- 
truits à la manière de Welter, servant à la fois pour la com- 
munication et la sûreté contre les absorptions, et dont la tige 
intermédiaire, garnie d'un petit entonnoir à sa partie supé- 
rieure, se recourbe et se renfle en une boule contenant une 
petite quantité d'eau qui empêche la sortie des gaz et indique, 
par son mouvement d'oscillation, leur plus ou moins grande 
dilatation. Par le moyen de ce tube, l'air extérieur pèse cons- 
tamment sur les liquides contenus dans les flacons; quand, 
par un refroidissement subit ou par la cessation de production 
de gaz , il se fait un vide dans le vaisseau distillaloire , celte 
pression fait équilibre avec la colonne d'air qui pèse sur la cuve 
ou sur l'ouverture du dernier flacon de l'appareil , et s'oppose 
f\"j. * 20 



3o6 REC 

à l'absorption. Le premier tube adapté à la tubulure du bal- 
lon, plonge par une de ses tiges dans le liquide du premier 
flacon, pour y conduire le gaz ; le second tube , qui n'y plonge 
pas, reçoit le gaz libre et non combiné, et le conduit au se- 
cond flacon dans le liquide duquel il plonge par son autre 
tige, et ainsi de suite dans tous les vases. De la seconde ou- 
verture du dernier flacom part un tube recourbé comme un 
siphon , destiné à porter le sarplus des gaz non dissous dans 
l'appareil hydropneumatiqce qui termine celui de Woulf. Il 
se compose d'une cuve ou caisse de bois garnie intérieurement 
en plomb quand on se sert d'eau, et" faite de marbre ou de 
pierre q^and c'est du mercure; celui-ci prend le nom d'appa- 
reil hydrargyro-pneumatique. On établit à la partie supérieure 
et à une des extrémités de ces cuves une petite planche ou 
support percé d'une ouverture , pour que le tube siphon puisse 
plonger d'abord dans le liquide de la cuve, et en sortir ensuite 
pour entrer sous une cloche de verre remplie d'eau ou de 
mercure, et destinée a recevoir les gaz. On peut voir, dans 
tous les ouvrages de chimie, les planches qui représentent ces 
appareils. 

En physique, on nomme aussi récipient le vaisseau ou la 
cloche de verre placé sur la platine de la machine pneuma- 
tique, sous laquelle on renferme les corps que l'on veut met- 
tre dans le vide. Ces vases ont la forme de voûte dans la partie 
supérieure, et celle de cylindre dans le reste de leur longueur, 
afin de les mettre à l'abri d'être écrasés par la pression de l'air 
extérieur quand on fait le vide. (nachet) 

RÉCO^FQRTA/r IF, reficiens , adj. On appelle ainsi les 

substances médicamenteuses ou nutritives dont l'effet est de 

donner du ton , de la vigueur à l'estomac et à tous les organes : 

le vin, pris en quantité modérée, est un bon réconfortatif; 

tous les toniques sont des réconfortatifs, mais le meilleur 

et le plus sûr de tous, c'est un régime bien entendu, c'est 

l'usage bien réglé de toutes les choses qui constituent la 

matière de l'hygiène ( Voyez hygiène, régime, toniques). 

Du reste, ce mot est à peu près inusité, en médecine du moins. 

(«0 
RECONFORT A.TION, s. f. : c'est l'action de réconforter, 

de rendre aux organes de l'économie les forces qu'ils peuvent 
avoir perdues, de réparer les perles continuelles que le corps 
éprouve, par l'emploi d'une bonne nourriture ou de tout autre 
moyen [Voyez réconfortatif, régime, toniques). Cette 
expression est peu usitée. ( R ) 

RÉCREMEIYT , recrementum. Les anciens appelaient in- 
crément les humeurs qui sont réintroduites dans l'économie 
après qu'elles ont été triturées, et qu'elles ont servi à divers 
usages. 






, , 



RÉC 3<>7 

. Les médecins attribuèrent , jusqu'à une époque très-rap- 
proclie'e de la notre , les fonctions les 'plus importantes aux 
liquides du corps humain : ils supposaient que les qualités de 
ces liquides exercent immédiatement la plus grande influence 
sur l'état de santé et de maladie , et ils avaient employé toute 
leur sagacité à en distinguer les diverses espèces et à expliquer 
le mécanisme de leur action. Toutes les humeurs qui entrent 
dans la composition de l'organisme, furent divisées en celles 
qui servent à la nourriture des parties , en celles qui doivent 
être rejetées en totalité , et en celles que les vaisseaux aixsor- 
bans reportent dans le torrent de la circulation, d'où certains 
organes sécréteurs les avaient extraites. De là les dénomina- 
tions d'humeurs nourricières, excrémentitielles et réciétneii- 
titielles. 

La physiologie moderne a renversé et les idées que les 
anciens s'étaient formées concernant le rôle que jouent les 
humeurs dans la machine animale , et, par suite, la classi- 
fication qu'ils avaient établieafin de mieux étudier ceshumeurs. 
Il est aujourd'hui parfaitement démontré qu'en adoptant la 
division généralement suivie dans les écoles jusqu'à la fin du 
dernier siècle, il est impossible de tracer une histoire corn- 
plelte et méthodique des liquides animaux ; aussi en a-t-on 
successivement proposé plusieurs autres , parmi lesquelles celle 
de M. le professeur Chaussier mérite la préférence, soit à 
raison de sa simplicité, soit parce qu'elle permet de décrire, 
dans le plus grand ordre et avec la plus rigoureuse exactitude , 
tous les phénomènes de la sécrétion et des fonctions de chaque 
humeur. 11 résulte des changemens que la théorie humorale a 
subis depuis un siècle, que l'article récrément , qui alors mi- 
rait été un morceau capital , a perdu beaucoup de son impor- 
tance , et qu'il doit être borné à des considérations générales 
sur l'origine et les usages des liquides récrémentiliels : toutes 
les connaissances de détail sur la composition de ces fluides , 
sur la disposition des orgaucs qui les élaborent , sur la ma- 
nière dont elles agissent ; toutes ces connaissances, dis- je, 
qui exigeraient un volume pour être convenablement exposées, 
appartiennent aux articles qui sont spécialement consacrés a 
chaque humeur. Voyez bile, humeur, salive, suc pan- 
créatique, etc. 

Les récrémens peuvent être divisés en trois classes : i°. ceux 
qui servent essentiellement à la génération ; 2 . ceux dont l'ac- 
tion est indispensable à l'altération et à l'annualisation des 
substances alimentaires ; 3°. ceux que la nature emploie pour 
favoriser le glissement de certaines parties les unes sur les au- 
tres , ou qui lubrifient les surfaces avec lesquelles des matières 
étrangères sont en contact. Il est rare que nos divisions soient 

20. 



5o8 RKC 

parfaitement exactes; aussi la plupart des humeurs récrémen- 
tiLielles renfermées dans ces tiois classes , sont elles en parlie 
rejetées au dehors, et il serait peut être plus convenabl» de 
leur conserver le nom de récremens eacrémentitiels. Quoi 
qu'il en soit , je suivrai dans cet article l'ordre que je viens 
d'indiquer. 

Lt- sperme chez l'homme ; chez la femme , l'ovule qui ren- 
ferme les élc'rnens dont le fœtus doit se composer ; le sang, 
élabore par le placenta , qui seit à l'accroissement du nouvel 
individu ; le lait qui est destine à Je nourrir après la naissance, 
tels sont les récremens de lapremièreclasse. Les physiologistes 
ne sont pas d'accord sur les fonctions du placenta : les uns 
considèrent cet organe comme uniquement destiné à recueiJlir 
]e sang artériel et a le transmettre de la mère au fœtus : les 
autres, et ceux, ci semblent avoir pour eux toutes les analo- 
gies , mais ne possèdent pas de preuves directes ; les autres , 
dis-je , pensent que non-seulement le placenta absorbe le sang 
que les artères utérines versent à la face interne de la matrice, 
niais qu'il élabore ce sang et qu'il lui imprime des modifica- 
tions qui varient suivant les divers degrés de développement 
du fœtus. 11 est présumable, en effet, que le nouvel être ne 
reçoit pas, lorsqu'il est à peine visible, des matériaux sembla- 
bles à ceux qu'il recevra à une époque voisine de la parluri- 
tion. On observerait , s'il en était ainsi, entre le sujet à nourrir 
et la substance nutritive , un défaut d'harmonie qui est con- 
traire à toutes les lois de l'organisme , puisque nous voyons 
constamment les sujets varier leurs alimens suivant les varia- 
tions qu'éprouve leur constitution. 

La nature elle-même semble avoir indiqué cette marche : 
elle proportionne toujours à la force du fœtus ou du nouveau- 
né la quantité et la qualité des matériaux qu'elle destine à son 
accroissement. Elle augmente la consistance des liquides nu- 
tritifs, à mesure que les organes assimilateurs acquièrent plus 
d'énergie. Cette loi doit recevoir son application à l'égard du 
sang fourni par la mère et élaboré par le placenta; elle préside 
manifestement aux divers changemens que subit le lait depuis 
la naissance de l'enfant jusqu'au sevrage. D'abord séreux, ce 
liquide devient graduellement plus épais, plus abondant, 
plus riche en principes assimilables; et ce n'est que quand la 
nature lui a donné ces qualités au plus haut degré possible, 
que, ne pouvant aller plus loin , elle presse l'enfant , qui con- 
tinue de croître , de recourir à des substances plus propres à 
lui fournir des matériaux plus solides et plus nutritifs. Cet 
enchaînement mutuel qui met en rapport l'organisation de l'a- 
nimal , avec les actions qu'il exécute et avec les substances 
dont il a besoin pour conserver l'existence; cet enchaînement 



RFC 3o() 

existe pendant toute la vie : on l'observe et pendant l'état de 
santé et pendant celui de maladie j mais c'est surtout aux pre- 
mières époques de l'animalisalion qu'il doit être étudié et ad- 
miré par le médecin philosophe. Voyez lait , nourrice , etc. 

Les humeurs récrémentitieJles qui sont destinées à favoriser 
directement la digestion des alimens sont les plus nombreuses 
et les plus variées. Leur usage est, en général, de se mélanger 
avec la substance ingérée, de la pénétrer , de facilite» l'action 
mécanique que les organes exercent sur elle; enfin , de lui im- 
primer des degrés plus ou moins avancés d'annualisation. 
Toutes les fois que des substances étrangères , destinées à la 
nourriture du sujet, sont introduites dans l'économie, elles 
rencontrent des humeurs déjà perfectionnées, qui s'unissent à, 
elles et qui leur communiqunt graduellement les qualités qui 
sont indispensables afin de réparer les pertes de l'organisme. 

La salive, les liquides folliculeux etperspiiatoiresdela bou- 
che , de i'estomac, des intestins, la bile et le suc pancréatique, 
sont les humeuisqui, versées surla masse alimentaire,aux diver- 
ses époques de la digestion , agissent surelleet opèrent son ani- 
malisation. Qu'elle est la manière d'agir de ces fluides , que 
l'on pourrait appeler des menstrues vitales? Les chimistes ont 
eu à diverses reprises l'espoir, toujours déçu, d'éclairer ce 
mystère ; mais l'observation la plus attentive et la plus im-' 
partiale a démontré que la chimie est impuissante pour les ex- 
pliquer , et que ces phénomènes sont entièrement soumis aux 
lois vitales. Ce n'est que quand les liquides élaborateurs sont 
versés sans intermédiaire sur la substance hétérogène contenue 
elle-même dans des organes doués de la vie , que la combi- 
naison vitale peut avoir lien. C'est en vain que l'on a recueilli 
de la salive , du suc gastrique de la bile ; que l'on a mélangé, 
broyé et fait macérer à une douce chaleur des alimens avec 
ces liquides , on n'obtint jamais que des matières imparfaite- 
ment digérées et qui n'ont presque aucune ressemblance avec 
le véritable chyle. Ces faits ont été mis hors de doute par 
Nysten , par de Montègre et par plusieurs autres observateurs 
qui ont tenté en vain de reproduire les résultats annoncés par 
le célèbre Spallanzani. 

La présence des alimens sur les membranes muqueuses est la 
condition qui détermine le plus efficacement la préparation et 
l'afflux des îécrémens digestifs. La composition de ces humeurs 
est loin d'être identique soit chez les divers sujets , soit chez 
la même personne aux différentes époques de la vie. Il y a 
plus , tout rend présumable que la nature des alimens fait va- 
rier à chaque instant la combinaison des liquides qui doivent 
agir sur eux. On sait que l'imagination détermine , en retraçant 
avec vivacité la sensation que produit uu mets agréable, la se- 



'« n t* /~< 

J ! il il. C 

crélion d'une salive abondante : or, que l'esprit s'occupe succes- 
sivement de diverses substances , et l'on sentira que l'impres- 
sion faite dans la bouche par la salive qui la remplit, est diffé- 
rente suivant les qualile's suppose'es de ces substances. L'idée 
des acides , par exemple , provoque l'afflux d'une salive lim- 
pide, légèrement salée, qui effrite la membrane buccale, et 
qui diffère certainement de celle qui est sécrétée pendant que 
l'on peuse à des substances fades , oléagineuses, nauséabondes. 
On n'a peut-être pas assez insisté sur cette variation des pro- 
duits des sécrétions que détermine là diversité des causes exci- 
tatrices. Cependant la sécrétion étant spécialement provoquée 
par l'excitation des orifices des canaux excre'teurs , il est naturel 
de penser que le fluide sécrété recevra quelques modifications 
de la nature de cette excitation elle-même. Ces variations in- 
finies qui se succèdent dans la composition des humeurs récré- 
mentiliclles, sont le plus grand obstacle à l'application de l'a- 
nalyse chimique pour expliquer leur nature et leur manière 
d'agir ; tout se meut , se combine, se détruit avec tant de rapi- 
dité dans l'organisme, et , à peine extraites des corps , les hu- 
meurs sont déjà si différentes de ce qu'elles étaient dans les or- 
ganes, qu'il est impossible de les soumettre à un examen 
rigoureux et qui puisse faite connaître avec exactitude leur 
composition normale. 

Les récrémens de la troisième classe, que l'on peut appeler 
récrémens de lubréfaction , sont destinés à protéger les surfaces 
membraneuses de l'action irritante des corps étrangers qui re- 
posent sur elles , ou a fortifier la marche et l'excrétion de ces 
corps. Ces liquides lubréiiaus sont répandus sur toutes les mem- 
branes muqueuses , et sécrétés par des follicules plus nombreux 
et plus considérables aux endroits où ces membranes sont plus 
étroites et où des frottemens plus violens doivent avoir lieu. 
Ainsi l'isthme du gosier, le pharynx, le cardia, le pylore , 
l'entrée du gros intestin , l'anus , l'orifice externe du vagin , 
sont, abondamment pourvus de ces follicules. Plusieurs d'entre 
eux sont agglomérés et forment des organes distincts qui ont été 
confondus avec les glandes, telles sont lestonsilies , les glandes 
de Cowper , les glandes anales , etc. Toutes les autres parties 
des mêmes membranes sont parsemées de follicules semblables j 
la peispiration qui est très active aux surfaces internes, four- 
nit une humeur qui favorise l'action du mucus proprement dit. 

L'intérieur des voies aériennes est incessamment humecté 
dans toute son étendue par un liquide qui est destiné à entre- 
tenir la souplesse de la membrane muqueuse, et à la préserver 
de L'action dessiccative de l'air atmosphérique. On trouve: des 
follicules semblables et des humeurs qui remplissent le même 
objet dans le canal digestif, dans les voies urinaires de l'un et 
l'autre sexe , et chez les femmes aux parties extérieures de h 



RÉC 3n 

génération. Les liquides qui lubréfîent ces derniers organes ont 
pour objet de faciliter l'exercice de leurs fonctions soit pen- 
dant le coït , soit pendant la parturïtion. 

A l'extérieur du corps , la peau est assouplie et préservée de 
l'action du fluide au milieu duquel nous vivons, et des frot- 
temens qui sont exercés sur elle, par un ensuit iéger et onc- 
tueux qui est le résultat de la peispiration cutanée et de la 
sécrétion des follicules renfermés dans lVpaisseur du derme. 
Ces follicules sont plus nombreux , et l'humeur récrément-ex- 
crémentitielle qu'ils préparent est plus abondante et plus émoî- 
lienle aux endroits où la peau est appliquée à elle-même et où 
des frotlemens étendus sont exercés sur elle , tels sont les ar- 
ticulations, les aisselles, les aînés, le périnée, l'intervalle 
des fesses. Sans cet enduit, l'air ambiant dessécherait bientôt la 
surface des corps , et rendrait , en la durcissan/ , le tissu cu- 
tané inhabile à remplir ses fonctions ; les frottemens continuels 
qui ont lieu aux plis des membres et sur les autres parties de la 
peau, l'excorieraient bientôt et y détermineraient des gerçures 
et des ulcérations considérables. 

Maigre la présence de l'enduit sébacé qui recouvre le derme, 
ce tissu éprouve cepeudanl des lésions graves lorsque l'on de- 
meure long-temps exposé à un air vif et sec, ou lorsque l'on 
se livre à des exercices très-vioiens. Alors, les hommes sont 
obligés de suppléer à la sécrétion trop peu abondante des fol- 
licules par des onctions graisseuses ou huileuses : ces onctions 
sont également indispensables et sous la zone torride, et dans 
les climats glacés qui avoisinent les pôles; mais elles semblent 
avoir aussi pour but, dans les contrées équatoriales , de s'op- 
poser à l'excessive transpiration que provoque la chaleur de 
l'atmosphère. 

La conjonctive est habituellement îubréfiée par le liquide 
réciémentitiel que sécrète la glande lacrymale. Le conduit au- 
ditif externe présente un grand nombre de follicules, qui sont 
contenus dans l'épaisseur de la peau qui le tapisse, et qui pré- 
parent une humeur épaisse , appelée cérumen {Voyez ce mot) , 
dont l'accumulation et le dessèchement ont souvent causé la 
surdité. Enfin, l'intérieur du prépuce est enduit d'une hu- 
meur sébacée très-abondante , très- onctueuse , dont l'odeur est 
très-remarquable, et qui a pour objet évident de maintenir a 
cette partie sa souplesse et sa sensibilité, et pour usage hypo- 
thétique d'être pour la femme une cause d'excitation pendant 
le coït. 

Dans l'intérieur de nos parties, tous les tissus, qui, sans 
être exposés à l'action des corps étrangers, exercent les nns sur 
les autres des frottemens plus ou moins étendus , sont couverts 
de liquides récrémentitiels qui s'opposent aux effets destruc- 



3i2 RÉC 

teurs de ces frottemens , et facilitent le jeu des organes. Ces 
liquides sont constamment fournis par exhalation , et, dans 
l'état de santé, l'absorption s'en empare dans des proportions 
égales à celles de leur production, afin qu'ils ne s'accumu- 
lent pas ou que les surfaces ne soient pas desséchées. L'un ou 
l'autre de ces effets a lieu lorsque l'équilibre est rompu entre 
l'exhalation et l'absorption. 

On rencontre autour des muscles, des tendons, de toutes 
les parties qui sont soumises àde grands mouvemens, un tissu 
lamineux lâche, à mailles très-larges et humecté par une hu- 
meur qui est destinée à favoriser la locomotion. Cette humeur 
est une sérosité limpide, légèrement onctueuse , et dont l'ac- 
cumuiation pendant les maladies, produit l'infiltration des 
jnembres. Les organes abdominaux , les testicules , Je cœur , 
les poumons, le cerveau , certains tendons contenus dans des 
gaines aponévrotiquesj toutes ces parties qui se meuvent dans 
les cavités qui les renferment sont revêtues a l'extérieur par 
une membrane qui se réfléchit de toutes parts sur la face in- 
terne des parois qui les environnent. Ces membranes sont in- 
cessamment couvertes d'une humeur analogue à celle que l'on 
trouve dans les tissus lamineux des membres, et il en doit 
être ainsi , car elles sont formées par un tissu cellulaire con- 
densé qui constitue des tuniques lisses et polies à l'une des 
•surfaces , lamelieuses à l'autre , et d'un côté partout conlîgués 
à elles-mêmes, tandis que du côté opposé elles adhèrent dans 
toute leur étendue soit aux organes, soit aux parois des cavités. 

Les articulations des membres étant essentiellement lormées 
par des surfaces cartilagineuses très-résistantes , et qui suppo- 
sent des fatigues considérables , elles avaient besoin d'un li- 
quide abondant qui rendît supportables des frottemens aussi 
rudes et aussi long-temps continués. Aussi , l'intérieur des ar- 
ticulations est-il tapissé par une membrane analogue aux mem- 
branes séreuses, mais qui exhale en plus grande quantité une 
humeur plus onctueuse, qui est nommée synovie ( Voyez ce 
mot). L'accumulation ou la disette de ce liquide peut avoir 
lieu comme dans les membranes séreuses ou dans le tissu 
cellulaire. 

Il existe enfin un dernier récrémenl qui mérite de fixer toute 
l'attention des physiologistes, c'est la graisse accumulée dans 
des loges particulières, contenues elles-mêmes dans le tissu 
lamineux ; lagraisse remplit des usages qui n'ont pas été encore 
parfaitement déterminés par l'observation. On sait que dans 
certains cas elle sert à la nutrition des sujets, soit pendant la 
maladie, soit pendant la sanlé, lorsque les alimens sont en trop 
petite quantité. 11 doit exister entre son absorption et sa for- 
mation un rapport tel que sa quantité n'augmente et ne dimi- 



RÉC 3i3 

m:c d'une manière trop considérable. Lorsque cet équilibre 
est rompu', on donne à l'absence de la graisse le nom de mai- 
greur et celui d'obésité à sa trop grande abondance. Ni l'un ni 
l'autre de ces états ne sont des causes prochaines de maladie; 
mais ils disposent les sujets à en contracter plusieurs, et un 
embonpoint médiocre paraît être la situation la plus favorable 
à la santé. 

Je termine ici ces considérations sur les récrémens : je le ré- 
pète, c'est aux articles dans lesquels il est spécialement traité 
île chacun d'eux , qu'il convient de recourir, afin de les bien 
connaître. L'histoire des altérations dont les humeurs récré- 
menlitielles sont susceptibles , se rattache aux irritations des 
organes qui les sécrètent , irritations dont ces dérangenuns de 
composition ne sont que des résultats. Je n'aurais pas abordé, 
dans ce morceau, toutes ces parties d'un sujet aussi vaste sans 
Jes tronquer et sans donner lieu à des répétitions aussi fasti- 
dieuses qu'inutiles. (BBGIJr) 

RÉCREMENTTTIEL, adj., recrementitius. On quai fie 
ainsi les humeurs séparées du sang, et qui sont réintroduites 
dans l'économie animale pour y servir à des usages particu- 
liers , telles que la bile , la sali ve , etc. (Voyez rlcrémf.nt) . Ou 
les appelle encore parfois récrè menteur s. (f. v. m. ) 

RECRUDESCENCE. Ce mot n'est devenu que depuis peu 
d'années d'un usage habituel dans la langue médicale; il est 
toutefois précieux, en ce qu'il exprime avec exactitude et pré- 
cision une idée parfaitement juste, et fondée sur l'observation 
la plus sévère. Ce terme est dérivé du latin recrudescere ?, re- 
nouveler, redevenir aigu, rentrer dans la période que les an- 
ciens appelaient crudité. On l'emploie pour désigner le retour 
à l'état aigu d'une irritation chronique. La. recrudescence dif- 
fère de la de utero p athi e { Voyez ce mot, tome ix , page 29) , 
en ce que celle-ci consiste dans l'apparition d'une autre lésion 
que celle qui existait précédemment; tandis que, dans la re- 
crudescence, c'est la même affection qui persiste et qui ac- 
quiert subitement un caractère plus (n'ave et plus aigu. On 
doit considérer la recrudescence comme une variété de ce que 
l'on appelle rechute dans les maladies. Elle diffère cependant 
de la rechute, en ce que, dans celle-ci, il y a reproduction 
d'une lésion qui avait cessé; au lieu que la recrudescence n'est 
que l'exaspération d'une maladie qui existait encore , mais 
dont les phénomènes étaient peu apparens. J'insiste à dessein 
sur ces distinctions, afin de sigualer les nuances qui séparent 
des mots que certaines personnes croient synonymes. L'exac- 
titude du langageest indispensable au médecin qui veut arriver à 
l'exactitude des idées : sans l'une et l'autre, il est impossible 
de rien écrire qui soit utile et philosophique dans les sciences. 



3i 4 REC 

L'histoire des recrudescences est un des points les plus im- 
portans de ia médecine pratique ; mais c'est aussi l'un de ceux 
dont il est le moins facile de traiter dans le silence et l'isole- 
ment du cabinet. Il en est d'ailleurs ainsi de tous les sujets qui 
consistent spécialement dans la description des faits , et qui ne 
sont susceptibles d'aucune de ces spéculations théoriques, sou- 
vent brillantes , mais presque toujours contestables, quelque 
rigoureux que soient les raisonnemens à l'aide desquels on les 
a déduites de l'observation des malades. C'est près de ceux-ci , 
c'est dans les hôpitaux, c'est sous les yeux des professeurs les 
plus habiles , qu'il convient d'apprendre à prévoir et à recon- 
naître les phénomènes qui signalent la recrudescence de cha- 
cune des affections chroniques. Il faudrait, afin d'embrasser 
tous les détails d'un sujet aussi vaste, parcourir presque toutes 
les maladies du corps, et décrire, et les causes, et les symp- 
tômes, et le traitement de toutes les recrudescences; un plan 
aussi vaste envahirait la plus grande partie du domaine de la 
pathologie, et ne peut convenir à un article de l'Encyclopé- 
die médicale. Je me bornerai donc à présenter quelques con- 
sidérations générales sur les circonstances qui déterminent la 
recrudescence, sur les dangers qu'entraîne celle-ci, et sur 
les moyens curatifs a l'aide desquels le praticien doit les com- 
battre. 

Les maladies produites par les irritations ne sont pas les 
seules qui soient susceptibles de recrudescence; la faiblesse des 
organes peut, après avoir été incomplètement dissipée , reve- 
nir à son premier état ; mais ces cas sont encore obscurs : l'é- 
tude des atonies est peu avancée. Les praticiens ont souvent 
appelé débilité l'imperfection des fonctions qui est produite 
par la surexcitation des tissus vivans. Toutes ces circonstances 
ont jusqu'ici empêché que l'on ait approfondi l'histoire des ma- 
ladies sans irritations, avec autant d'exactitude que celles pro- 
duites par des irritations. Il ne sera donc question dans cet ar- 
ticle que des recrudescences qui se manifestent pendant le cours 
de celles ci; ce que je dirais de cet accident, considéré dans 
les autres , serait tiop imparfait pour être de quelque utilité. 

L'irritation des organes peut être provoquée , ou directe- 
ment, par l'action de substances excitantes sur les tissus, ou 
sympathiquement , par l'affection de quelque partie éloignée 
de celle qui est le siège delà maladie; mais quelle que soil la 
manière d'agir de sa cause provocatrice, la marche des phejio- 
mènes est à peu près identique. Lorsque les premiers accidens 
sont dissipés, et que la phlogosc persiste à un degré médiocre, 
les vaisseaux capillaires contractent l'habitude de recevoir une 
plus grande quantité de sang ; la sensibilité prend une direc- 
■ un développement qui varient suivant les sujets , et qui 



RÉC 3i5 

se perpétuent indéfiniment au même degré; les symptômes lo- 
caux de la lésion deviennent moins remarquables; ses effets 
sympathiques perdent de leur intensité, et disparaissent en 
grande partie. L'organe malade remplit imparfaitement ses 
fondions ; mais le dérangement de celles ci n'est pas assez con- 
sidérable pour exciter de grands désordres; l'économie s'ac- 
coutume insensiblement au nouvel état de choses qui résulte 
de la maladie ; elle semble ne plus souffrir de la lésion qui 
tend à détruire l'une de ses parties. ïl est, par exemple, très- 
ordinaire de voir les sujets affectés de gastrites ou de gastro- 
eutéiites latentes n'éprouver qu'un léger malaise après le re- 
pas, des lassitudes dans les membres, ou, après l'ingestion de 
liqueurs spiritueuses , des douleurs plus ou moins vives à l'un 
des points de la circonférence du thorax. Malgré la lésion de 
l'estomac , la langue est un peu rouge à sa pointe et à ses bords, 
le pouls est peu fréquent, la peau n'a pas beaucoup plus de 
chaleur et de sécheresse que pendant la santé. Tous ces phé- 
nomènes ne deviennent très-manifestes et les accidens plus 
graves, que quand des substances irritantes sont placées dans 
le ventricule. On observe la même exactitude dans le diagnos- 
tic, uue absence analogue de tout symptôme très-apparent 
dans un grand nombre de cas de phlegmasie chronique des 
organes pectoraux ; mais l'impression du froid, et spécialement 
du froid humide; les excès dans les alimens et dans les bois- 
sons exaltent la sensibilité des tissus malades, et font bientôt 
apparaître les signes les moins équivoques de la lésion. 

Les exaltations passagères et soin eut peu considérables des 
phénomènes morbides qui suivent, dans les cas d'irritations 
chroniques, l'application des irritans, sont de véritables re- 
crudescences, bien qu'on ne les ait pas ainsi désignées. Elles se 
dissipent, il est vrai, presque ton joins spontanément ou a 
l'aide de moyens peu énergiques ; ma. s cette circonstance dé- 
montre seulement que l'impulsion communiquée à l'organe 
souffrant était peu considérable , et que ses effets disparaissent 
facilement : ce qui n'a pas lieu quand elle est assez violente 
pour constituer une recrudescence proprement dite. 

Les irritations chroniques c:i sont les plus susceptibles de 
recrudescence sont fréquemment méconnues. Le vulgaire at- 
tribue presque toujours a la faiblesse de l'organe la manière 
imparfaite dont la fonction est exécutée; il ne sait pas que 
toutes ces irritations ocCasi-onent dans la vitalité des parties un 
changement tel, qu'elles ne peuvent plus agir comme pendant 
la sauté. Loin que ces tissus soient aiors débilités , l'obser- 
vation raisonnée des phénomènes et les ouvertures des cada- 
vres démontrent au contraire que les actions vitales y ont 
acquis un surcroît de force , et que si le vin, si les alimens très- 



3i6 KEC 

substantiels , si tous les excitans en un mot ci (-terminent desao 
cidens plus ou moins graves , on doit attribuer ceux-ci , non à 
l'impuissance de l'organisme , mais à la surexcitation d'un vis- 
cère dont la susceptibilité était trop considérable. On prodi- 
gue cependant aux. malades les sti mulans les plus énergiques, 
dans les circonstances où l'on devrait mettre en usage les 
moyens les plus propres à dissiper la phlegmasie, qui est la 
cause première de tous les phénomènes morbides. Une manière 
aussi vicieuse de raisonner et d'agir entraîne après elle les pluà 
funestes conséquences : il en résulte d'abord que le mal, loin 
de se dissiper, se perpétue, et devient incessamment plus dif- 
ficile à guéiir; que les tissus se désorganisent; que les forces 
de l'économie sont plus rapidement épuisées , et que la destruc- 
tion de toute la machine est de beaucoup accélérée. Ces médi- 
camens excitans, à l'administration desquels on procède avec 
tant de sécurité, provoquent, de plus, très-souvent des recru- 
descences mortelles. Le praticien prudent s'abstiendra donc de 
recourir à leur usage toutes les fois que l'indication de les pres- 
crire ne sera pas parfaitement démontrée. La médecine physio- 
logique apprend seule a reconnaître ces différens cas , et à re- 
monter des phénomènes extérieurs vers les modifications ca- 
chées des organes dont ils sont les effets ; elle seule fournit au 
médecin philosophe les bases d'une conduite vi aiment ration- 
nelle dans le traitement des maladies chroniques. 

Lorsqu'une irritation a existé pendant longtemps et que l'é- 
conomie toute entière s'est habituée à sa présence , on peut as- 
similer la disposition organique qui en résulte aux particula- 
rités d'organisation que certains sujets apportent en naissant. 
Le malade doit être considéré comme portant en lui le prin- 
cipe d'une destruction plus ou moins prochaine, mais qui est 
inhérent a sa constitution. La seule différence qui existe entre 
une irritation profondément enracinée et les altérations congé- 
niales des organes, c'est que les premières sont accidentelle- 
ment produites , et demeurent pendant longtemps dans un état 
qui permet de Jes détruire; tandis que les autres sont en quel- 
que sorte naturelles à l'organisme, se développent avec lui, 
et sont , presque constamment, même à leur début, audessus 
de la puissance de l'art. 

Les irritations aiguës font périr les sujets en peu de jours, 
ou se guérissant avec rapidité : la machine ne peut supporter 
pendant longtemps les mouvemens précipités qu'elles provo- 
quent. Il n'en est pas de même des irritations plus faibles que 
des stimulations légères entretiennent, et qui passent à l'état 
chronique* Celles ci ne déterminent que des phénomènes sym- 
pathiques peu violens: les fonctions de l'organe ne sont pas 
complètement abolies; la vie se prolonge au milieu des obsta- 



RÉG 3> 7 

clés , mais avec assez de régularité. Il y a plus, les parties sai- 
nes de l'organe suppléent insensiblement celles que la dégéné- 
ration détruit, et la mort ne survient que quand i! ne reste 
plus aucune partie du tissu qui soit capable d'agir convenable- 
ment. C'est ainsi que l'on a trouvé chez des sujets affectés de 
céphalite chronique le cerveau transformé dans sa totalité en 
une bouillie épaisse, ou dilaté en un sac énorme et presque 
membraneux, ou endurci et offrant la dureté de la pierre. 
Le poumon, à la suite des pneumonies ou des pleurésies la- 
tentes, est fréquemment détruit, au point de ne former qu'un 
vaste foyer rempli de suppuration , ou refoulé et comprimé de 
manière à ce que l'air ne puisse en aucune façon le pénétrer, 
et que l'on ait été tenté de croire qu'il n'existait plus. Les gas- 
trites chroniques produisent des altérations aussi étendues, 
et qui permettent à peine de concevoir comment le sujet a 
pu exister pendant qu'elles s'opéraient : l'estomac est tantôt 
entièrement cartilagineux, tantôt privé dans toute sa surface 
de sa membrane muqueuse, tantôt tellement rétréci à ses ou- 
vertures, que le pylore ou le cardia ne permettent à aucune 
substance de le traverser. Il est incontestable que de vives ir- 
ritations ne produisent jamais de semblables désordres. Toute- 
fois, la mort a souvent lieu avant que l'organe soit détruit 
de manière à ne plus exécuter ses fonctions. Lorsque les sujets 
sont sensibles, et que les mouvemens organiques sont multi- 
pliés et violens, l'économie ne peut résister aux secousses qui 
l'agitent, et la vie s'éteint longtemps avant que les parties 
soient complètement désorganisées. 11 est permis d'évaluer la 
durée d'existence qui est accordée aux sujets atteints d'affec- 
tions chroniques d'après le rapport qui se trouve entre la sen- 
sibilité générale et l'intensité de l'irritation locale; plus l'une 
et l'autre seront faibles, plus les probabilités d'une longue vie 
seront favorables. 

J'ai cru devoir insister sur ces résultats généraux de la pré- 
sence des irritations chroniques dans l'économie vivante , bien 
que ce sujet ne semble pas appartenir directement à l'article 
dont je m'occupe. Les recrudescences ne sont en effet que des 
exaspérations de ces irritations ; il est donc indispensable de 
connaître parfaitement celles-ci si l'on veut expliquer les phé- 
nomènes qui caractérisent les antres. 

Une conséquence importante de ce qui vient d'être exposé 
relativement aux affections latentes, c'est qu'elles ne sont pas 
toutes susceptibles d'être guéries, soit que la dégénérescence 
du tissu ait déjà fait des progrès trop considérables, soit que 
les vaisseaux capillaires ne puissent plus revenir à leur état 
naturel, et cesser d'attirer une trop grande quantité de sang. 
Souvent même, lorsque le traitement le mieux dirigé n'est p.%s 



3i8 RÉC 

utile et ne dissipe pas les phlegmasies cîiro niques des viscères^ 
ii est nuisible et il accélère la perte du sujet. C'est un fait que 
l'observation clinique a rendu incontestable, et qui ne sauiaiî 
être trop connu, que, quand une inflammation ancienne résiste 
aux moyens antiphlogistiques les plus méthodiquement admi- 
nistres, il est contraire aux intérêts des malades d'insister avec 
trop d'opiniâtreté sur l'emploi de cet ordre de médicament. Dca 
personnes vivent en effet pendant quinze, vingt ou même treute 
ans avec des pneumonies , des pleurésies ou des gastrites chroni- 
ques ; elles vivent imparfaitement, il est vrai ; elles sont expo- 
sées à des douleurs et à des privations continuelles ; mais leur 
état est encore supportable, et l'existence n'a pas perdu pouy 
elles tous ses charmes. J'ai vu plusieurs fois des hommes pla- 
cés dans les mêmes circonstances que ces personnes ; des hom- 
mes qui semblaient, d'après l'état de leur nutrition , d'après 
le peu de vivacité de leurs sympathies , d'après la faiblesse 
des mouvemens produits par l'ùritalion ; j'ai vu, dis-je, ce9 
hommes dans la force de l'âge, et qui voulaient absolument 
être débarrassés des incommodités qu'ils éprouvaient, succom- 
ber en peu de mois sous l'influence d'un traitement que l'an- 
cienneté et l'opiniâtreté de l'irritation, ou la désorganisation 
complette des tissus, rendaient infructueux. La diète la plus sé- 
vère, les boissons adoucissantes, les saignées générales et lo- 
cales semblent d'abord agir favorablement; mais bientôt la 
susceptibilité de l'organe reparaît, et s'accroît ensuite à raison 
de la faiblesse que l'on détermine. La partie irritée réagit avec 
d'autant plus de force sur l'ensemble de l'organisme que celui-ci 
est moins stimulé; les matériaux de la nutrition se dirigent 
incessamment vers le point Le plus sensible, et le malade ar- 
rive enfin à ce degré d'excitabilité de ne pouvoir supporter au- 
cune action extérieure sans que l'inflammation se renouvelle. 
Ainsi des sujets qui faisaient usage sans inconvénient de quel- 
ques alimens solides et d'une petite quantité de boissons spiri- 
tucuses, et qui vivaient ainsi depuis plusieurs années , ne pou- 
vaient plus, après quelques semaines de traitement, se per- 
mettre une tasse de décoction d'orge, mêlée à une égale quan- 
tité de lait, sans voir aussitôt les accidens de la gastrite ou de 
la pneumonie acquérir un plus haut degré d'intensité. 

D'autres malades cependant, qui semblaient ressembler en 
tout aux précédens, ont guéri avec promptitude et facilité par 
l'emploi du même traitement. Cette différence dans le résultat 
dépend sans doute de l'état différent des organes malades, et 
de la diversité de constitution des sujets; mais il nous est im- 
possible de déterminer rigoureusement quel est l'état des or- 
ganes qui sont cachés à nos regards; nous ne pouvons même 
pas apprécier avec exactitude le degré de susceptibilité de cUi» 



RÉC 3<9 

que individu.Dc là naissent l'incertitude, qui est inséparable de 
notre pronostic, et la déception qui suit trop fréquemment les 
espérances qui nous paraissant les mieux fondées. Cependant , 
comme il est indubitable que l'irritation chronique abrégera 
les jours du malade, il est rationnel d'essayer dans tous les cas 
douteux l'emploi des moyens antiphlogistiqucs qui sont les 
plus propres à opérer la guérison. Mais si ces moyens, admi- 
nistrés avec prudence, ne réussissent pas ; si les accidens per- 
sistent; si surtout la susceptibilité générale s'accroît, il ne con- 
vient pas d'insister davantage : le sujet est condamné a vivre 
avec son mal, et tout ce que peut le médecin éclairé, c'est de 
lui prescrire un régime qui s'oppose aux progrès de la désor- 
ganisation , qui assoupisse les sympathies, et qui permette à 
la machine d'agir avec liberté pendant le plus longtemps pos- 
sible. Le repos de L'orgaue irrité, l'exercice et la stimulation, 
à titre de révulsifs , des autres organes : tels sont les moyens 
les plus convenables dans ces cas difficiles; quelquefois même 
on a obtenu par leur usage prolongé des guérisons inespérées, 
dans des cas où la méthode anliphîogistique directe n'avait 
été suivie d'aucun succès. Voyez l'exposition de la doctrine 
de M. Broussais , premier article, Journal complémentaire du 
Dictionaire des sciences médicales, t. 11, p. 61. 

Les causes qui font naître et qui perpétuent les irritations sont 
aussi celles qui provoquent les recrudescences. Ainsi le froid, 
et spécialement le froid humide, qui est la cause la plus puis- 
sante des phlegmasies du thorax , détermine le plus ordinaire- 
ment les exaspérations plus ou moins violentes de ces maladies. 
Il est un grand nombre de personnes qui éprouvent, pendant 
de longues années, tous les hivers, des recrudescences de ca- 
tarrhes, de pneumonies ou de pleurésies chroniques, recru- 
descences qui les conduisent enfin au tombeau. L'usage des ali- 
mens trop animalisés ou trop réfracta ires à l'action des organes 
digestifs; celui des boissons spiritueuses , et surtout de ces 
élixirs amers, aromatiques ou autres, que l'on prodigue dans 
les cas de prétendues faiblesses d'estomac : toutes ces substances 
stimulantes provoquent ordinairement les recrudescences des 
gasiro -entérites, comme elles' avaient déterminé les premières 
apparitions de ces affections. Enfin les organes irrités étant les 
parties du corps vers lesquelles convergent toutes les sym- 
pathies , les agens qui exercent leur influence de la manière la 
plus générale, exaspèrent la phlogose dont ils sont le siège : 
c'est ainsi que les accès de colère, que les impressions mo- 
rales très-vives, que les chagrins profonds peuvent détermi- 
ner la recrudescence des phlegmasies chroniques de tous les 
organes. 
Les renouvellemens des irritations sont annoncés et carac- 



320 RLC 

térisés par des phénomènes semblables à ceux qui précèdent 
ou qui accompagnent les inflammations aiguës dus oiganes af- 
fectés. Toutefois, ces phénomènes reçoivent quelques modifi- 
cations de Ja situation de l'économie et de l'organe malade à 
l'époque où les recrudescences se manifestent. Les forces étant 
en partie épuisées par des douleurs longtemps prolongées, la 
partie étant le siège d'une congestion habituelle, qui rond plus 
facile et plus violence celle qui s'établit, il en résulte que les 
symptômes sont plus graves, que la concentration vitale est 
plus prompte à s'établir , et qu'enfin la prostration générale 
accompagne presque toujours le développement de ces surirri- 
talious locales. 11 a été traité au long, dans un autre article, 
du mécanisme suivant lequel cette prostration est produite; 
je renvoie le lecteur a ce travail, dont je ne pourrais que 
reproduire ici les parties principales. Voyez prostration. 

Je ne dois pas enlrepiendre, ici , l'histoire des cas particu- 
liers de recrudescence, les bornes de cet article m'interdisent 
d'entrer dans de semblables détails. 11 est cependant un de ce* 
cas qui est trop impoitant, et qui a donné lieu à des discussions 
trop vives , pour ne pas être l'objet d'une attention spéciale : je 
veux parler des recrudescences dont les gaslro- entérites sont 
susceptibles. 

Un livre fut écrit en i8i3 : son auteur avait le projet de 
traiter d'une maladie qu'il croyait nouvelle, et à laquelle il 
imposa le nom de fièvre entéro -mésentérique . Je ne me pro- 
pose pas d'attaquer en ce moment la doctrine qui est exposée 
dans l'ouvrage de M. A. Petit : cette doctrine est aujourd'hui 
appréciée à sa juste valeur par les médecins physiologistes ; 
mais je cite cet écrit, parce qu'il est du petit nombre de ceux 
dont le mérite est indépendant des théories, puisqu'il consiste 
en descriptions fidèles de faits bien observés. Or, en lisant le 
traité du médecin de l'Hôtel- Dieu de Paris, on est bientôt con- 
vaincu qu'il n'y est question que d'entérites peu intenses et 
plus ou moins anciennes, qui ont été accidentellement exas- 
pérées. Cette opinion est fondée et sur l'examen des observa- 
tions, et sur les relations de ce que les autopsies des cadavre» 
ont démontré. Ainsi, presque tous les sujets avaient été ma- 
lades avant de contracter la prétendue fièvre j ils éprouvaient 
depuis plusieurs jours, plusieurs semaines, quelques-uns même 
depuis plusieurs mois, des coliques, de la diarrhée, des em- 
barras dans la digestion, de l'inappétence et d'autres accideus 
semblables: presque tous étaient des ouvriers mal nourris, 
imparfaitement vêtus, habitués aux excès de toute espèce, et 
qui avaient fait usage du vin ou de l'alcool, afin de dissiper 
le malaise et la faiblesse qu'ils éprouvaient. Un abus plus con- 
sidérable de ces boissons, ou l'action de quelque autre cause 



REC 321 

irritante, avait enfin détermine l'exaspération ou la recrudes- 
cence de la maladie. Les symptômes de la gastro-entérite de- 
venaiewt très -manifestes ; les accidens acquéraient incessam- 
ment plus de gravité ; enfin les malades succombaient en peu de 
jours à la violence de l'irritation nouvelle. L'ouverture des ca- 
davres montrait partout et chez tous des traces d'une ancienne 
irritation confondue avec celle d'une phlogose plus récente. Des 
ulcérations plus ou moins profondes, multipliées et étendues ; 
des plaques noires ou violacées; des épaississemens considéra- 
bles; des gonflemens et des dégénérescences squirreuses des 
ganglions mésentériques : tous ces désordres , qui existaient 
vers la fin de l'intestin grêle, appartenaient à la phlegmasie 
chronique, et rendaient son existence incontestable. La phlo- 
gose aiguë n'était pas moins évidente, puisque des rougeurs 
plus ou moins vives de la tunique muqueuse de l'estomac et 
de l'intestin ; des tuméfactions rouges aux ganglions mésenté- 
riques correspondans , attestaient qu'elle avait envahi ces par- 
ties. C'est donc à la recrudescence des inflammations gastro- 
intestinales qu'il faut rapporter les symptômes d'adynamie ou 
d'ataxie qui ont été si fréquemment indiqués comme des signes 
de la fièvre enléro-mésentérique ', et l'ouvrage qui est consacré 
à la description de cette fièvre doit être considéré comme un 
chapitre important de l'histoire des phlegmasies chronique* 
du tube alimentaire. 

Les effets des recrudescences varient suivant la constitution 
des sujets , et suivant le degré d'altération de l'organe affecté. 
Il est arrivé, quelquefois, que leur apparition a été avantageuse 
au malade, et que non-seulement l'irritation nouvelle s'est dis- 
sipée, mais encore l'irritation ancienne : la sensibilité des tis- 
sus a été modifiée par la surexcitation avec assez de force pour 
que les vaisseaux aient pu revenir à leur état naturel. Moins 
l'origine de l'irritation latente est éloignée, plus on doit avoir 
l'espoir d'obtenir une heureuse terminaison; plus, au con- 
traire, elle est ancienne, plus aussi elle est difficile à dissiper. 

Lorsque les irritations, de latentes qu'elles étaient, devien- 
nent aiguës, la fièvre s'allume et se prolonge avec une inten- 
sité, variable, pendant un temps plus ou moins long. Les prati- 
ciens qui ont vu cette réaction organique être suivie, dans 
quelques cas, de la guérison radicale, ont cru que la fièvre est 
le moyen dont se sert la nature afin d'obtenir ce résultat. Us 
proposèrent en conséquence de susciter, à l'aide de moyens 
perturbateurs ^ des troubles semblables , et d'opposer à presque 
toutes les affections chroniques des fièvres artificielles , ou en 
d'autres termes , de faire passer les irritations chroniques et 
anciennes à l'état aigu, afin d'opérer un changement avanta- 
geux dans la vitalité des tissus malades. Mais ces idées ont be- 
47- 21 






322 RÉC 

soin d'être rectifiées par les nouvelles connaissances que nor?» 
avons acquises en physiologie pathologique. Il n'est plus per- 
mis de supposer que la fièvre artificielle convienne à tous les 
cas, et peut être excitée, sans inconvénient, dans toutes les 
circonstances. Les médications à l'aide desquelles ou détermine 
Ja réaction sanguine, n'ont pas en général été suivies de succès 
pendant les irritations chroniques des viscères; elles ont, aa 
contraire, occasioné des accidens funestes chez plusieurs su- 
jets, surtout chez ceux qui étaient atteints de lésion du canal 
digestif, sur lequel on applique presque toujours les substances 
irritantes. Les fièvres artificielles ne sont avantageuses que dans 
Jes cas d'engorgemens indolens des parties extérieures du 
corps, et spécialement du système lymphatique. Les prati- 
ciens l'ont excitée avec succès , afin de dissiper les tumeurs 
scrophuleuses, de guérir les caries, les ulcères dits atoni- 
ques, etc.; mais, dans ces cas mêmes, il est prudent d'obser- 
ver avec attention l'état des organes gastriques, et d'arrêter 
la fièvre aussitôt que les phénomènes indiquent leur vive exci- 
tation. 

La terminaison des recrudescences n'est pas toujours aussi? 
heureuse que je viens de l'indiquer : cet accident est , au con- 
traire , le plus ordinairement défavorable aux malades. Un de» 
effets les plus communs qu'il entraine à sa suite est de donner 
une nouvelle force à l'irritation chronique, et d'accélérer la 
désorganisation des tissus. A la suite de chaque recrudescence, 
la solution de la maladie est plus difficile; les parties revien- 
nent moins complètement à leur état naturel ; il reste un foyer 
plus actif d'excitation , une épine , ainsi que le disait Van Hel- 
mont, qui entretient le trouble des fonctions, et qui appelle 
les fluides. C'est donc une erreur déplorable que celle des mé- 
decins qui s'obstinent a considérer la recrudescence que l'or- 
ganisme provoque spontanément et à des époques régulières, 
pendant les maladies chroniques, comme des efforts salutaires- 
que fait la nature pour se débarrasser du principe matériel 
qui, suivant eux, entretient ces affections. Les auteurs de cette 
théorie erronée favorisent le développement de ces prétendus? 
efforts critiques ; ils provoquent même leur manifestation, et 
aggravent ainsi presque toujours le désordre. Ce qui est le 
moins funeste au malade, c'est qu'après la recrudescence il 
soit placé dans le même état qu'avant son apparition, et qu'il 
n'ait rien perdu de sa force, ni dans l'organe, ni dans l'inté- 
grité de sa texture. 

Les recrudescences sont toujours très-graves et souvent mor- 
telles lorsqu'elles sont violentes , que l'irritation affecte un or- 
gane important , et que lesuj^t, déjà affaibli, est très-sensible. 
On observe, dans ces cas, ledéveloppement rapide des symp- 
tômes les plus alarmans : l'anxiété est bientôt extrême, la pvos- 



tration profonde , la vitalité presque e'teinte dans toute îVcono.» 
mie. Les recrudescences de gastro-entérite dont il a été question 
précédemment, deviennent quelquefois funestes en quelques 
heures, ainsi qu'on le voit chez les personnes qui sont conva- 
lescentes de fîevies dites essentielles, et qui périssent d'indi- 
gestion avant qu'on ait pu leur administrer le moindre secours. 
Les recrudescences des phlcgmasies des membranes séreuses, de 
l'abdomen et du thorax , ne sont pas accompagnées de moins 
de dauger; les malades succombent avec la rapidité la plus 
effrayante, et sans que l'ail puisse en aucune façon arrêter les 
progrès de la lésion. Nous avons vu, en 1817, à l'hôpital mi- 
litaire d'instruction du Yal-de-Grace, un exemple remarqua- 
ble de la léthalité de ces exaspérations subites des irritations 
des membranes séreuses. Le militaire qui est le sujet de cette 
observation avait éprouvé tous les accidens qui caractérisent 
une péritonite aiguë , mais peu intense ; les symptômes avaient 
diminué insensiblement par l'effet d'un régime sévère et de 
quelques boissons adoucissantes; et, depuis plusieurs se- 
maines, il ne restait plus que des douleurs abdominales assez 
légères, mais qui augmentaient à la pression, et qui étaient ac- 
compagnées d'un mouvement fébrile peu considérable pendant 
le jour. A celte époque, le malade mangea une grande quantité 
de haricots et but quelques verres de vin. A .peine ces ali- 
mens étaient-ils parvenus dans la cavité intestinale, que la 
douleur de l'abdomen devint intolérable; les extrémités infé- 
rieures se refroidirent ; le pouls, presqu'insensible, était petit 
dur et profond ; lu prostration générale acquit le plus haut de- 
gré de violence; un hoquet fréquent, avec de légers efforts 
pour vomir, se manifesta. La nuit fut orageuse, et s'écoula 
au milieu de l'agitation la plus cruelle. Le lendemain , dix- 
huit heures après l'invasion de la recrudescence, le malade 
fut apporté à l'hôpital ; son état était désespéré. Des briques 
brûlantes furent appliquées aux pieds ; des frictions avec la 
laine trempée dans le vinaigre camphré, chaud, furent prati- 
quées sur tout le corps; on appliqua douze sangsues sur la 
région ombilicale. Ces moyens demeurèrent sans succès : la 
mort survint avaut la chute des sangsues , et il sembla qu'elle 
fut accélérée par l'action de celles-ci {Voyez prostration). 
L'ouverture du cadavre fit découvrir le péritoine rouge, 
épaissi, recouvert de fausses membranes, adhérant à lui- 
même dans la plus grande partie de son étendue , et contenant 
une petite quantité de sérosité lactescente. La membrane mu- 
queuse du Canal digestif était légèrement phlogosce dans les 
portions qui tapissent l'estomac et le commencement de l'in- 
testin grêle; tous les autres organes étaient dans l'état naturel. 
Les recrudescences des phîegmasies pulmonaires ne sont pas 



21. 



324 RÉC 

moins rapidement mortelles lorsque l'irritation est violente.' 
Les malades périssent alors en peu d'instans, et sont étouffés, 
dans quelques cas, par le sang, qui obstrue tout à coup les 
parties encore perméables de l'organe. Enfin, toutes les irri- 
tations qui surviennent dans des parties déjà affectées dephleg- 
masies chroniques, sont p!us graves et plus difficiles à com- 
battre que celles qui s'emparent des parties saines. 

Le traitement des recrudescences est en général le même 
que celui des irritations aiguës primitives. Le praticien doit 
constamment les combattre à l'aide de moyens antiphlogisti- 
ques proportionnés à la violence de l'irritation et à la force de 
la constitution du sujet. La diète, les boissons délayantes, 
les saignées générales et locales, si le malade est vigoureux; 
s'il est très-affaibli , les révulsifs les plus puissans sont les mé- 
dications les plus convenables. Celte méthode est la seule 
qu'un médecin éclairé avoue, et qui soit en harmonie avec les 
principes sévères de la physiologie pathologique. Une routine 
aveugle ou des théories hypothétiques, qui ne comptent plus 
qu'un petit nombre de partisans, excitent cependant encore 
quelques praticiens à respecter les recrudescences lorsqu'elles 
sont modérées , et à les seconder comme des insurrections sa- 
lutaires de la force médicatrice de la nature. Mais il est trop 
rare que ces exaspérations soient suivies de bons effets pour 
que la raison conseille de les favoriser; et lors même qu'elles 
doivent être utiles, il convient encore de les combattre, afin 
d'abréger les douleurs du malade, et de prévenir des accidens 
funestes qui, souvent, ne peuvent plus être efficacement atta- 
qués lorsqu'ils se sont développés. L'impulsion étant donnée, 
la vitalité des tissus affectés est modifiée en peu d'inslans, et 
si le sujet doit obtenir la guérison radicale, il est inutile, 
pour atteindre ce but, que la phlegmasie se prolonge. Loin de 
là, la longue excitation des parties vivantes s'oppose toujours 
à la terminaison des phlogoses par résolution. 

Les règles qui viennent d'être établies , et les préceptes qui 
ont été exposés précédemment, au sujet des fièvres artificielles, 
ou des recrudescences qui sont provoquées par l'art , indiquent 
suffisamment les cas dans lesquels le médecin peut, avec avan- 
tage , exciter des perturbations de ce genre : ces cas sont ceux 
où l'irritation est fixée sur des parties extérieures du corps , et 
où les organes digestifs sont parfaitement sains. Alors on peut 
stimuler, sans crainte, l'estomac et Jes intestins, en observant 
toutefois les progrès de leur excitation. Lorsque la membrane 
muqueuse gastro intestinale est très-sensible, elle se prête dif- 
ficilement à ces modifications, et des inflammations violentes 
menacent de s'en emparer ; il est prudent de se borner à exci- 
ter, dans la partie, une irritation plus ou moins vive , qui pro- 
voque la fièvre locale, dont les effet* ont souvent été plus 






REC 3i5 

salutaires que ceux de la réaction fébrile générale. Mais toutes 
les fois que la phlegmasie chronique a son siège dans des or- 
ganes internes, et spécialement dans les viscères qui servent 
immédiatement ou secondairement à la digestion, il est con- 
traire aux préceptes d'une saine pratique de recourir aux mé- 
dications qui peuvent déterminer la fièvre. Le nombre des per- 
sonnes qui ont obtenu d'heureux résultats de ces moyens est 
si petit, relativement à celui des malades chez lesquels il a 
produit des effets funestes; il nous est si difficile de prévoir à 
quel degré d'intensité s'arrêtera l'irritation que nous détermi- 
nons dans des organes déjà enflammés ; nous sommes si fré- 
quemment enfin, dans l'impossibilité d'arrêter les progrès des 
phlogoses secondaires, et de soustraire les sujets à leur perte, 
que ce n'est jamais sans la plus grande circonspection qu'il 
sera permis d'essayer l'administration des substances irritantes 
pendant le cours des phlegmasies chroniques des parties con- 
tenues dans les grandes cavités du corps. 

Je termine ici ces considérations générales concernant le 
renouvellement des irritations , le lecteur trouvera aux articles 
irritabilité , irritation, phlegmasie , prostration , etc., des déve- 
lopperions qui complètent la doctrine relative aux recrudes- 
cences, (becin) 

RECTIFICATION, s. f., rectificatio, dérivé de rectus, droit, 
Jacio,\e fais. On nomme ainsi l'opération que l'on exécute sur 
Jes li juides en les soumettant à la distillation afin d'enséparer 
les substances étrangères ; lorsque les matières qui altèrent le li- 
quide que l'on rectifie sont plus volatiles que lui, elles passent 
dâusle récipient , et le liquide reste dans l'appareil distilla- 
toire , comme on le remarque dans la concentration de l'acide 
sulfurique - y quelques-uns appellent cette opération de'phleg- 
matwn. Si , au contraire , les matières impures sont moins 
volatiles; elles demeurent dans la cornue, et 1<î liquide se rend 
dans le récipient. C'est ainsi qu'on rectifie l'élher, l'alcool ; 
pour pratiquer celte opération sur ce dernier, on emploie quel- 
quefois la craie , les alcalis , les sels effleuris , ou très-avides 
d'eau , comme l'acétate de potasse , afin de mieux fixer le 
flegme. 

La rectification est un des principaux moyens de purifica- 
tion des médicamens. Voyez purification. (nachet) 

RECTUM , s. m. , rectum : on nomme ainsi la troisième et 
dernière partie du gros intestin. Le rectum a été décrit dans le 
bel article intestin que MM. Chaussier et Adeloii ont donné au. 
Dictionaire. 

Fonctions du rectum. Voyez intestin, digestion. 

Vices de conformation du rectum- Voyez iuperforatton. 

Maladie^ du rectum. Plaies, Cet intestin peut être blessé par 
un instrument vulnérant qui a pénétré dans l'intérieur de l'ab- 



32(5 RE G 

domen {Voyez plaies pénétrantes de l'abdomen) ; on l'ouvre 
quelquefois dans l'opération de ia litholomie; cet accident est 
arrivé aux chirurgiens les plus habiles, à Cheselden, à M. Des- 
champs. Voyez LHIIOTOMIE. 

Corps étrangers. ! oyez corps étrangers. 

Développement de poils dans le rectum. M. Martin le jeune , 
médecin de Lyon , a publié dans le Journal général de méde- 
cine une observation fort extraordinaire de ce phénomènesur- 
venu chez une jeune fille. Une mèche de cheveux parut subi- 
tement dans le rectum , à la suiie de coliques violentes et de 
picolemens très-incommodes dans cette pai tic. M. Devilliers, 
qui a l'ait à la société de médecine de Paris un rapport sur 
celte observation, lui reproche de manquer assez souvent d'exac- 
titude pour qu'on puisse élever des doutes sur la véracité de 
son contenu. On possède plusieurs exemples du développe' 
ment de poils dans le rectum. Voyez poils. 

Ah ces , perforations , ulcérations du rectum. Voyez fissure, 

FISTULE A L'ANUS. 

Polypes. Voyez polype. 

Ddchirement de la cloison recto vaginale. Voyez déchire- 
ment. 

Rétrécissement du rectum. Voyez imperforation. 

Dilatation du rectum. Aucun intestin n'est, plus susceptible 
que celui-ci de dilatations extraordinaires. M. Portai l'a trouvé 
dans un cadavre qu'il a ouvert , si ample , qu'il remplissait 
presque la cavité inférieure du bassin ; ses parois étaient cou- 
vertes de veines variqueuses. Voyez constipation. 

Paralysie du rectum. Voyez incontinence des matières 
flcales. 

Sauirre du rectum. Voyez tmperforation, tom. xxiv. , p. 1 3o. 

Chute du î°ectum.~E\\e doiiètre distinguée de l'invagination 
(Voyez ce mot) ; le renversement de la membrane muqueuse 
et des parois du rectum par l'anus est porté à un degré plus 
ou moins considérable ; Morgagni cite un cas de cet accident 
remarquable par la longueur de la portion d'intestin qui dé- 
passait l'anus ; elle égalait elle d'une coudée ; les Mélanges 
des curieux de la nature contiennent une observation plus ex- 
traordinaire encore : la tnmeur avait deux pieds de longueur ; 
Jorsquc la portion d'intestin renversé est si considérable, elle 
n'est pas formée parle rectum lui seul; il y a invagination dans 
ce viscère, du colon, du oœçUw , et quelquefois de l'intestin 
grêle. Le rectum est plus solidement assujeli dans sa place cpie 
ne le sont dans la leur les autres intestins. Sa chute a lieu len- 
tement ou tout d'un coup. Les causes rie cette maladie sont 
assrz multipliées; on voit assez souvent le rectum se renverser 
chez les enfaus que l'on opère de la taille. Sabaticr a vu deux 
chutes de l'anus , Tune arrivée à un enfant qui avait des vers , 



Faillie venue lentement et déjà ancienne sur un vieux soldai. 
On doit à ce chirurgien d'excellentes remarques sur le renver- 
sement du rectum {Mémoires de V académie de chirurgie , l. v). 

Des imposteurs ont feint quelquefois d'être affectés de ren- 
versement du rectum ; Ambroise Paré raconte d'une manière 
fort plaisante l'histoire d'une caguardière feignant être malade 
du mal de Saint Fiacre, il lui sortait par Vanus un long et 
gros bojrau fait par artifice. 

Le traitement du renversement du rectum consiste dans la 
réduction de l'intestin. (monfalcon) 

RECURRENT , s. m., recurrens , de rtcurrere , retourner, 
revenir sur ses pas. On désigne sous le nom de récurrentes 
plusieurs branches nerveuses ou artciiclles qui , par une direc- 
tion inverse des autres, semblent remonter vers l'origine du 
tronc qui leur a donné naissance. 

Nerf récurrent, ouj laryngé inférieur ( rameau trachéal T 
Chaussier). Ce rameau est double , c'est-à-dire lourni par le 
nerf vague du côté droit, et par celui du côté gauche; l'un 
diffère un peu de l'autre. , 

A droite. Il naît du pneumo-gastrique audessous de l'ar- 
tère sous ciavière , et l'embrasse par sa courbure en forme 
d'anse, puis se porte en dedans , environné par la carotide, lu. 
thyroïdienne inférieure et la trachée-artère, puis remonte 
entre elle et l'œsophage où il se termine. 

A gauche. Ce nerf naît beaucoup plus bas que le précédent, 
4e recourbe comme lui , en formant une anse plus considérable, 
et qui embrasse la crosse de l'aorte ; 1e reste de son trajet est 
le même qu'à gauche. 

Dans son trajet . le nerf récurrent donne de la convexité 
de son anse un grand nombre de filets que les analomit,tes ont 
distingués en cardiaques , pulmonaires , œsophagiens , thyroï- 
diens et trachéen s. Les noms imposés à ces rarnuscu les indiquent 
très-bien leur marche et leur destination. Presque tous, après 
un court trajet , se distribuent aux organes d'où ils lireut leur 
nom , s'y anastomosent avec les ramuscules du nerf opposé, 
ou bien avec ceux, des ganglions du grand sympathique (tris - 
planchnique, Ch.). 

Arrivé à la partie inférieure du larynx , le rameau laryngé 

inférieur s'engage sur le bord du constricteur inférieur, y donne 

^quelques filets , ainsi qu'à la partie postérieure du pharynx , 

et va se distribuer à l'intérieur du larynx {J r oyez ce mol). 

Voyez PNEU MO GASTRIQUE. 

Artères récurrentes. La radiale en fournit une autre qu'o» 
nomme récurrente radiale, La cubitale , deux désignées sous 
les noms de récurrentes cubitales postérieures et antérieures, 
Une quatrième fournie par l'artère interosscuse prend le nom 
de récurrente radiale postérieure. Il existe un rameau recur- 



f 

Safl RED 

rent qui naît de l'artère tibiale antérieure connue sous le nom 
de branche récurrente tibiale. Voyez les mots cubital , radial, 
et tibial où ces différentes branches sont de'crites. (m. p.) 

REDINGOTES ANGLAISES. On donne cenora , à Paris, 
à de petits sacs préparés avec l'appendice cœcal de quel- 
ques quadrupèdes , et qui servent à préserver les parties gé- 
nitales de l'absorption du virus vénérien. M. Culiericr donne 
à cette espèce de gant le nom de capote de santé. 

Il y a environ soixante et cinq ans que cette invention fut 
faite à Londres par un nommé Condom , dont elle a retenu le 
nom dans ce pays. M. Swediaur remarque que cette découverte, 
dont l'utilité eût dû valoir à son auteur la reconnaissance de 
ses compatriotes, ne fit que le déshonorer dans l'opinion publi- 
que , et qu'il fut même obligé de changer de nom , bien qu'il 
communiquât son procédé sans aucune vue d'intérêt , et qu'il 
n'en fît point l'objet d'une spéculation mercantile. 

On prépare les redingotes anglaises avec les appendices 
cœcaux du veau , du mouton , de l'agneau , afin d'en avoir de 
différens calibres, et non avec l'intestin cœcum , comme le 
dit M. Swediaur, parce qu'il ne faut point qu'il y ait de cou- 
ture à ces étuis qui pourraient blesser la partie sur laquelle 
on les applique , et donner entrée au virus syphilitique. On 
lave cette portion intestinale , on la fait sécher en la disten- 
dant avec du papier ou du coton , et on l'assouplit ensuite en 
la frottant entre les doigts avec un peu de son et d'huile. On 
pratique à l'extrémité ouverte une coulisse dans laquelle on 
passe un cordon qui sert à fixer cette enveloppe. Lorsqu'elle 
est bien préparée , elle doit être transparente comme le taffetas 
ciré, bien souple, point plus mince dans une place que dans 
l'autre, parce qu'elle pourrait se rompre là; et encore moins 
doit- elle être percée. On doit visiter avec soin les redingotes 
anglaises avant de s'en servir, afin de s'assurer de ces deux der^- 
nières conditions qui sont les plus essentielles de leur confection, 
à cause des inconvéniens qui peuvent en résulter. 

Effectivement on s'en sert dans des circonstances où la moin- 
dre rupture pourrait devenir fort contraire aux intentions quel'on 
a en les employant : i°. pour ne point s'exposera la contagion 
vénérienne; 2°. pour que le coït ne soit point prolifique. Dans 
ces deux cas, la moindre perforation, le plus petit trou peu- 
vent donner lieu à l'introduction du virus syphilitique, ou 
au passage du sperme. Le premier est surtout beaucoup plus 
à craindre , car il ne faut que la plus légère communication 
pour que la contagion ail lieu, tandis que la projection de la se- 
mence étant nécessaire, ordinairement, pour que la fécondation 
puisse se faire, ce serait un grand hasard que la perforation eût 
Jieu précisément à l'orifice de l'urètre. 

Lorsqu'on soupçonne la moindre, infection, ondoitse servir 



RED 329 

de condom, c'est un moyen d'éviter une des maladies les plus 
affligeantes de l'espèce humaine , et l'une de celles qui tour- 
mentent le plus ceux qui en sont atteints , à cause des craintes 
qu'elle entraine à sa suite. Sous le rapport de la sécurité, 
l'emploi de ce moyen , lors de commerce impur ou douteux , 
est d'un avantage considérable. Si le moraliste le blâme à, 
cause de la facilité qu'il apporte à des relations répiouvécs, 
d'un autre côté la médecine ne peut qu'en approuver et en 
provoquer l'usage de tout son pouvoir, puisqu'il devient un 
puissant obstacle à la contagion vénérienne. On peut même 
dire que l'usage des condoms n'est point assez répandu , et que 
s'il l'était davantage , on pourrait espérer de voir diminuer 
d'une manière notable le nombre des affections syphilitiques ; 
peut-être même parviendrait-on avec le temps à leur destruc- 
tion , du moins il serait un des moyens les plus puissans 
dont on pourrait se servir pour y parvenir. 

En s'en servant pour empêcher une fécondité réprouvée , la 
morale publique serait moins souvent oulragée. On verrait 
moins de filles mères , moins de femmes obligées de soustraire 
les fruits d'un amour illégitime à des époux outragés. Les 
malheurs de tous genres qui naissent d'une fécondité malheu- 
reuse et qui font ie désespoir de celles qui en sont les victimes 
et de leurs familles, seraient plus souvent épargnés. Des 
maux sans nombre seraient évités à la faiblesse humaine ; 
il y aurait moins de tentatives d'avortement, moins d'infanti- 
cides, etc. Que d'avantages résulteraient de l'emploi plus fré- 
quent d'un moyen si simple! Au surplus, la crainte d'une 
communication prolifique sert parfois de prétexte pour se re- 
vêtir de la capotte de santé avec des femmes que l'on soup- 
çonne être infectées, et réciproquement. 

M. le docteur Fournier a judicieusement conseillé l'usage 
de ce moyen au mari d'une nourrice, pour éviter une fécon- 
dité nuisible à l'aîlaitemement. 

Le mystèrequel'on met dans la vente de ce préservatif est vrai- 
ment fâcheux ; on n'en trouve, sous le manteau, que chez quel- 
ques marchands d'objets en taffetas ciré au Palais Royal à Paris, 
tandis que leur débit devrait être général et avoir lieu chez les 
pharmaciens , en prenant toutefois les précautions indiquées 
par la bienséance. On vend publiquement le remède contre la 
vérole , et l'on n'ose pas en faire de même du moyen prophy- 
lactique , tant l'esprit humain est pétri de contradictions. Si la 
vente en était autorisée et répandue , le prix de cet objet serait 
très-modique , car il peut être préparé à peu de frais. Il faut 
éviter de se servir de condoms qui aient déjà été employés, 
comme cela arriverait si on en achetait à ces officieux reven- 
deurs qui vous en offrent à demi - voix dans les promenades 
publiques. L« plus souvent ils sont de hasard , et pourraient 



33o IeED 

donner le mal que l'on cherche h éviter. 11 faut d'autant plus s'as- 
surer que lecondom dont on se sert est de bonne qualité, que 
Ja sécurité qu'il procure peut tourner au désavantage de celui 
qui l'emploie; effectivement avec lui, on croit pouvoir ne 
prendre aucune précaution , et cependant s'il se rompt pen- 
dant l'usage , on ne manquera pas de tomber dans les maux 
qu'on cherchait à éviter. 

Il serait à désirer qu'on pût donner plus de solidité à ce 
moyen hygiénique , ce qui ne manquerait pas d'avoir lieu si 
on parvenait à surmonter la fausse honte qui s'oppose à son 
emploi plus vulgaire. Ce sujet est même si délicat à toucher , 
qu'il nous a fallu une sorte de courage pour en entretenir nos 
lecteurs, malgré sonextrême importance et les résultats pré- 
cieux que la médecine peut en retirer. ( F . v. m.) 

REDONDANCE , s. fi , redundantia , redundaiio , excès , 
plénitude, surabondance des humeurs. Cet état, lorsqu'il est 
porté un peu loin, constitue une véritable maladie, ou plutôt 
une disposition pathologique que l'on est dans la nécessité de 
combattre par le régime et tous les moyens capables de dimi- 
nuer la masse des liquides, et de détruire celte surabondance. 
Celte redondance humorale qui peut être acquise ou naturelle, 
caractérise essentiellement les tempéramens sanguins ou lym- 
phatiques , suivant qu'elle porte sur l'un ou l'autre de ces 
deux systèmes. La redondance sanguine est surtout fréquente 
chez les individus qui se livrent aux jouissances de la table. 
Cet état ressemble beaucoup à la pléthore; mais il y a pour- 
tant cette différence entre elles deux, que la redondance est 
générale, c'est-à-dire qu'elle a lieu dans toute l'étendue du 
système, tandis que la pléthore peut n'être que locale, c'est- 
à-dire n'affecter qu'une partie du système , tout le reste étant 
dans un état naturel , comme cela a lieu dans un grand nombre 
de sujets exposés aux attaques d'apoplexie, et chez lesquels 
il n'y a réellement pléthore sanguine que dans les parties su- 
périeures. Voyez PLÉTHORE. 

On appelle parfois le pouls dicrote pouls redondant. Voyez 
«iciiote. (r.) 

REDOUBLEMENT , s. m. , exacerbalio , duplicatio, incre- 
meiilum. C'est ^augmentation ou l'accroissement d'un état 
morbide ou de quelqu'un de ses symptômes. Ainsi on dit.- re- 
doublement de lièvre, de mal être, de douleur, etc. Ce mot 
étant absolument synonyme à'exacerbalion et de paroxysme, 
nous renvoyons surtout à ce dernier article. ( renacldin) 



REDOÙL , s. m. , coriaria myrtifolia , Linn. : arbrisseau de 
la dioécic décandrie de Linné, dont l'ordre naturel n'a point 
encore été déterminé positivement, mais qui paraît avoir quel- 
ques rapports avec la famille des atriplicées. Ses tiges s'élèvent 
tu buisson à la hauteur de cinq à six pieds; ses feuilles sont 



RÉD 33i 

ovales , opposées , presque scssiles , glabres : ses fleurs sont ver- 
dàtres, disposées eu grappes à i' extrémité des rameaux , et or- 
dinairement dioïques. Les mâles ont un calice de cinq folioles, 
et dix eiauiiucsj les femelles ont un calice semblable aux 
mâles , el c'.nq ovaires comprimés, réunis, lesquels deviennent, 
après la fécondation, un fruit bacciforme, formé de cinq cap- 
sules monospermes, recouvertes par des corps glanduleux peu 
apparens dans la (leur, mais qui prennent de l*âcçroissemeat 
et s'épaisissent après la floraison. Cette plar.tr croît dans les 
haies el les buissons du midi de la France et de l'Europe. 

Le redoul ne paraît pas avoir jamais été employé en méde- 
cine, car on ne trouve rien dans les ouvrages de matière mé- 
dicale qui indique qu'on ait connu ses propriétés, et nous nous 
abstiendrions de parler de cette plante, si elle ne méritait 
d'être signalée sous le rapport des effets dangereux el même dé- 
létères que ses fruits peuvent produire. On doit à M. Pu jade , 
alors médecin à l'armée d'Espagne, d'avoir fait connaître les 
propriétés vénéneuses de ces fruits, par un mémoire inséré dans 
les Annales cliniques de la société de médecine